Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Archives des interviews du son du grisli

Mikrokolektyw : Absent Minded (Delmark, 2013)

Mikrokolektyw absent minded

Duo polonais installé à Chicago, Mikrokolektyw : (Artur Majewski : trompette et electronics, Kuba Suchar : batterie et electronics) crée la surprise. La sauvagerie féroce et acide ouvrant le disque cède vite la place à des vents tourbillonnants : souffles circulaires et rhombes ancestraux désossant un air vicié, trompes d’appel appelant au rassemblement ; les repères temporels se brouillent.

D’un souffle s’assombrissant ou se perdant, d’une percussion bondissante (un air d’Han Bennink chez Suchar) ou d’un lithophone envoûtant émergent de lapidaires phrasés. Le jazz n’est pas loin mais ne se dévoile jamais. Pas plus que ne se désorganise un duo aux fraternels impacts. Et de ces modernes electronics s’agitant ça et là, une évidence s’impose : la plus haute technologie n’est jamais très loin de la musique des origines.

Mikrokolektyw : Absent Minded (Delmark)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Vacuum 02/ Dream about Mind Master 03/ Sonar Toy 04/ Thistle Soup 05/ Fossil Stairway 06/ Dream about City Backyards 07/ Trilobite 08/ Trouble Spot 09/ Superconductor 10/ Crazy Idea of Jakub S. 11/ Little Warrior 12/ No Magic 13/ Dream about the One
Luc Bouquet © Le son du grisli



PascAli : Suspicious Activity (Creative Sources, 2012)

PascAli suspicious activity

L'agacement que l'on peut ressentir devant ce catalogue (assumé au demeurant comme tel, au prétexte de collecter des « vignettes musicales » représentatives) de vingt-deux saynètes improvisées par Sean Ali & Pascal Niggenkemper aux « contrebasses préparées » se dissipe curieusement au fil de ce qu'il faudrait envisager comme un ensemble de diapositives proposant des perspectives différentes sur un même problème – celui qui confine presque à un genre : le duo de contrebasses (Kowald & Parker, Léandre & Saitoh, Guy & Phillips, Dafeldecker & Fussenegger, etc.).

Frappant, sciant, fouettant, vrillant, Niggenkemper (dont on connaît les prouesses chez Clean Feed, Red Toucan ou NoBusiness) & Ali dépassent la simple tentative d'épuisement de la contrebasse : ouf !

PascAli : Suspicious Activity (Creative Sources / Metamkine)
Edition : 2012.
CD : Suspicious Activity
Guillaume Tarche © Le son du grisli


Pali Meursault : Offset (Doubtful Sounds, 2013)

pali meursault offset

S’agit-il pour Pali Meursault de faire musique avec du concret – rotatives des imprimeries Cédigraphe (Bresson) et Laville (Paris) – datant ? Aux lecteurs pointilleux ou inquiets, le projet sera expliqué ici, et encore .

Capturé, le rythme des machines est aussi contrarié sans cesse. Et la musique à naître de l’opération (bruits de rouages que l’on tord, cadences en décalage et sirènes essoufflées) intéresse au-delà des couleurs qu’elle crache. C’est que les découpes que l’artiste a pratiquées dans ses enregistrements les compliquent et les rehaussent dans le même temps. Lourdes choses en perpétuel mouvement, les instruments de Pali Meursault l’obligeaient à faire du neuf à coups de vieux : chose faite et bien faite, au point qu’au terme de leurs efforts, elles suffoquent dans un dernier acte d’épatante dramatisation.

EN ECOUTE >>> Cycle 2

Pali Meursault : Offset (Doubtful Sounds)
Edition : 2013.
LP : A/ 01/ Cycle 1 02/ Cycle 2 03/ Cycle 3 04/ Cycle 4 05/ Cycle 5 – B/ 01/ Flux 1 02/ Flux 2
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Ghost Time : Ghost Time (Hinterzimmer, 2012)

ghost time hinterzimmer

Fans de la structure bernoise Hinterzimmer et de Stefan Joel Weisser, alias z’ev ? Réjouissez-vous : voici Ghost Time de Ghost Time (où le vétéran américain forme un trio aux côtés d’un autre ancien, le percussionniste (et chanteur) écossais Ken Hyder, et du trompettiste Andy Knight.

Autant le dire tout de suite, si vous avez peur du noir, les quatre plages de ce disque ne sont pas faites pour vous, tant son ambient d’outre-tombe semble avoir traversé toutes les forêts hantées de la planète. Non que l’écoute manque d’intérêt, c’est même carrément l’inverse, mais on ressort de cette quadruple traversée le visage pâle et les yeux explosés d’angoisse. Au minimum.

Ghost Time : Ghost Time (Hinterzimmer Records)
Edition : 2012
CD : 1/ Pastly 2/ Another 3/ Faint 4/ Glimpse
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli


Richard Chartier, William Basinski : Aurora Liminalis (LINE, 2013)

richard chartier aurora liminalis

Richard Chartier a (on le sait) de la ressource, mais il a aussi de l'idée. Par exemple, celle d'aller chercher l’artiste et musicien William Basinski. Tellement bonne, l’idée, que c’est la deuxième fois qu’elle sert : après Untitled (Spekk), la collaboration accouche d’Aurora Liminalis.

Aidé par la couverture du CD, on imagine un paysage boréal où le vent joue à la roulette avec des grains de poussière et des paquets de fumée. La musique du phénomène est une ambient aux boucles et couches sonores translucides (leurs couleurs ne sont visibles qu’une fois mêlées aux autres), aux voix effacées et aux microphénomènes pseudo-naturels. L’écoute d’Aurora Liminalis se fait en suspension, et même à l’horizontal. Mais point d’effort à faire : les premières secondes se chargent d’elles-mêmes de vous faire chavirer.

William Basinski, Richard Chartier : Aurora Liminalis (LINE)
Edition : 2013.
CD : 01/ Aurora Liminalis
Pierre Cécile © le son du grisli



Pª : 9 (Drone Sweet Drone, 2013)

Pa 9

A main gauche, Soizic Lebrat, violoncelliste qui improvise seule ou accompagnée (par Heddy Boubaker, Jean-Marc Foussat, Sophie Agnel…). A main droite, Amaury Bourget qui – dixit le site du label Drone Sweet Drone –  a développé « le dispositif électro-acoustique SeMoNO!LinA, qu'il utilise dans divers contextes (reprise du son d'un musicien ou de sons concrets pré-enregistrés) ».

On comprend donc comment s’est fabriqué 9, le premier album de : Lebrat joue et Bourget la reprend. Non pour la corriger mais pour construire une « musique contemporaine polymorphe » (cette fois, c’est le site internet du duo que je cite). « Polymorphe » est le terme approprié, puisque les musiciens peuvent créer une superbe plage que l’on aimerait voir dansée par Josef Nadj (Neuf, où Lebrat suspend ses gestes pour que Bourget donne des ailes à leurs empreintes sonores) ou ennuyer en regagnant le monde de l’impro contemporaine entendue et réentendue (Persépolis). Et si Bourget peut aider Lebrat à sortir un impressionnant chant de gorge (Sables), le duo peut aussi expérimenter sans se soucier de la présence de l’auditeur (Coda). Voilà pourquoi l’avis est mitigé, ce qui n’empêche pas de le donner quand même !

Pª : 9 (Drone Sweet Drone)
Enregistrement : juillet 2009. Edition : 2013.
CD / Téléchargement libre : 01/ Neuf 02/ Sur les fils 03/ Persépolis 04/ Sables 05/ La conférence 06/ Coda 07/ .*.*
Pierre Cécile © Le son du grisli


Jean-Luc Cappozzo, Géraldine Keller : Air Prints (Ayler, 2013)

jean-luc cappozzo géraldine keller air prints

Des sirènes et des pistons. Des râles et des dérives. Des appels et des rappels. Des plaintes et des liesses. Des imaginaires et des imaginaires. Des phares et des paquebots. Des volutes et des spirales. Des salives et des  écumes. Des froissements d’ailes et des grincements de chair. Cela autant pour le chant de Géraldine Keller que pour la trompette de Jean-Luc Cappozzo.

Ce qui passe en eux depuis une dizaine d’année ne s’invente pas mais se délecte. Il y a ces chants entremêlés, ces unissons sans balises, ces plaintes caverneuses, ces litanies importées du fond des âges. Il y a toute l’histoire des chants et des souffles, toute la sensibilité du circulaire. Il y a ce qui peut se dérégler sans jamais se séparer. Il y a la fidélité au présent et au sens. Et tout cela se termine en un chant. Sensuel, profond et débordant le chant.

Jean-Luc Cappozzo, Géraldine Keller : Air Prints (Ayler Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2011 / Edition : 2012
CD : 01/ Ouvrir les intermédiaires 02/Autour, tout autour 03/ Sur la balançoire 04/ Les souffres du temps 05/ Volutes et spirales 06/ Le chinois à bicyclette 07/ Air Prints
Luc Bouquet © Le son du grisli


Haino, O’Rourke, Ambarchi : Now While It’s Still Warm... (Black Truffle, 2013) / Ambarchi : Audience of One (Touch, 2012)

haino ambarchi orourke now while its still warm

Au jeu des classements (top 50 ou pourquoi pas 500), on décernera au trio Haino / O’Rourke / Ambarchi (enregistré le 30 janvier 2012 au SuperDeluxe de Tokyo et accompagnés sur un titre par Charlemagne Palestine et Eiko Ishibashi) la plus passionnante intro entendue depuis des lustres. Le groupe s’est-il fixé pour but de donner dans l’expérimental grégorien ? Et pourquoi pas ? d’autant que le pari est réussi.

La voix d’Haino (qui joue aussi de la flûte en plus de la guitare qu’on lui connaît) et la (quasi) neutralité d’O’Rourke (à la basse) et Ambarchi (à la batterie, qu’il privilégie toujours sur Black Truffle), pour le moins inattendues, surprennent en effet. La poésie d’Haino, aussi sombre soit-elle, nous intrigue, nous caresse, avant de nous rompre quand il reprend la guitare et qu'Ambarchi frappe fort. C’est dire que ce à quoi on s’attendait dès le départ (une improv’rock musclée) finit bien par arriver : mais ce n’est pas non plus tout dire encore.

Parce que la seconde partie du CD (ou LP) arrive et avec elle un genre de post no-wave forcenée, follement nipponisée, chantante et dansante, à deux accords, puis un noise foutraque et foudroyant… Quelques semaines après la parution d’Imikuzushi (pas encore chroniqué ici, c’est qu’on ne peut pas tout faire), le trio Haino / O’Rourke / Ambarchi signe avec ce disque au titre long comme un manche de guitare une de ses plus belles réussites.

Keiji Haino, Jim O’Rourke, Oren Ambarchi : Now While It’s Still Warm Let Us Pour In All the Mystery (Black Truffle / Kompakt)
Enregistrement : 30 janvier 2012. Edition : 2013.
CD / LP : 01/ Once Again  I Hear  the Beautiful Vertigo… Luring Us  to  ‘’Do Somethingn Somehow” 02/ Who Would Have Thought  This Callous  History  Would Become  My Skin  03/ Only the Winding  ‘’Why’’  Expressess  Anything  Clearly 04/ A New  Radiance  Springing Forth  From Inside the Light…
Pierre Cécile © Le son du grisli

oren ambarchi audience of one

De la pop chantée (Salt) à l’instrumental poppy (Fractured Mirror) mais aussi du minimalisme vaporeux (Passages), Audience of One déçoit par trois fois. Pourtant épaulé par d’excellents musiciens (comme James Rushford, Elizabeth Welsh, Eyvind Kang, Jessika Kenney), Ambarchi va jusqu’à commettre des fautes de goût (le son d’un rythme en boîte ou des arpèges soporifiques). Pour les rattraper, il faut compter sur la plus longue pièce, Knots : une demi-heure d’électricités ravivées par la batterie de Joe Talia dans l’esprit de Sagitarrian Domain. Ouf, Ambarchi sauvé des eaux (de mars, d’avril…) !

Oren Ambarchi : Audience of One (Touch)
Edition : 2012.
CD : 01/ Salt 02/ Knots 03/ Passage 04/ Fractured Mirror
Pierre Cécile © Le son du grisli


Jason Kahn : Open Space (Editions, 2013)

jason kahn open space

Cela fait près de dix ans que Jason Kahn (electronics) élabore, sur mesure, pour des occasions et des musiciens particuliers, des partitions graphiques : de Séoul (Dotolim) à New York (Timelines_NY), de Los Angeles (Timelines Los Angeles) à Zurich (Timelines, Sin Asunto), leur interprétation – puisque c'est bien d'une actualisation collective, littéralement d'une « performance », dont il s'agit – a toujours donné lieu à de passionnants concerts... et les soixante-dix minutes de la prestation enregistrée en janvier 2012 à Sydney ne déçoivent pas !

Porté à neuf membres, l'effectif australien regroupe, autour de Kahn, Chris Abrahams (piano), Laura Altman (clarinette), Monika Brooks (accordéon), Rishin Singh (trombone), Aemon Webb (guitare), John Wilton (percussion), Matt Earle (electronics) et Adam Sussmann (electronics) – les deux derniers constituant le Stasis Duo avec lequel JK a enregistré début 2011. L'orchestre au complet n'intervient que très brièvement et ponctuellement ; il est en général dispersé afin d'obtenir différentes variations de densités : c'est ainsi que les accords d'Abrahams se déposent sur un bourdon de guitare avant que ne s'ouvre une courte séquence de silence à peine empoussiéré qui elle-même annonce des constructions fragiles, mixtes, dictées par cette partition qui pousse les improvisateurs hors de leurs « zones de confort », dans des associations délicates.

L'auditeur, quant à lui, affecté à la manipulation de ces deux beaux vinyles (luxueusement escortés : fac-similé de la partition, livret détaillé, pochette peinte et numérotée), est convié dans cet « espace » que ménagent les interactions à l'œuvre. Carte en main, il n'en évalue que mieux les ouvertures.

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Jason Kahn : Open Space (Editions)
Enregistrement : Janvier 2012. Edition : 2013.
2 LP : LP1 : A/ Open Space B/ Open Space – LP2 : C/ Open Space D/ Open Space
Guillaume Tarche © Le son du grisli


AMM : Two London Concerts (Matchless, 2012)

amm two london concerts

Deux concerts londoniens enregistrés les 6 mars 2011 et 27 novembre 2011. AMM (duo) : John Tilbury au piano et Eddie Prévost à la batterie, & dans la brume. London in the fog : Tilbury & Prévost in the mist. Nous, assis, qui respirons cette somme d’atmosphères.  

Un cluster prend le temps de s’évanouir dans l’air mais un autre le remplace, les deux sont reliés par un bourdon de cymbale allumé par une mèche. Les accords de piano se rapprochent, Tilbury tire sur une des cordes de son piano, prise au hasard, et il n’en voit pas le bout : parce qu'il n’a qu’une corde à son piano, de plus en plus fine.

La batterie de l'adroit Prévost lui décoche des flèches de rouille ou inquiète un tom pour la faire trembler : le piano s’en méfie, se fait discret mais pas oublier, on entend partout sa respiration. A Londres, la brume s’est dissipée pour laisser place à un brouillard frémissant. Nous, pourtant assis loin de lui, avons frémi avec lui.  

AMM : Two London Concerts (Matchless)
Enregistrement : 6 mars 2011 & 27 novembre 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ E1 AMM 02/ SE1 AMM
Héctor Cabrero © Le son du grisli



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