Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Archives des interviews du son du grisli

Alan Licht : Four Years Older (Editions Mego, 2013)

alan licht for years older

Passant à la guitare d'un effet à l'autre, tissant sa toile asymétrique, Alan Licht fait ici (deux) oeuvres de tourmente et de recherche autiste : le tonnerre y côtoie, à quatre ans de distance, une rengaine de huit notes, instables forcément, les crépitements et pépiements provoqués par la perforation soudaine de l'instrument, des bribes d'airs héroïques adeptes de conclusions gradiloquentes, des contradictions partout ailleurs...
 
Loin de la concentration hallucinante (et de l'effet à la hauteur que produisit son écoute) de YMCA, ce solo se trouve plutôt marqué du sceau Evan Dando of Noise? L'incision est même profonde, où trouvent refuge des bruits normalement confinés alliés à des bribes de mélodies sorties d'une guitare plusieurs fois retournée : y chutent des copeaux électriques, aigus voire hurlements saturant, parasites expectorant... Sur chant de ruines mais avec une distance qui ne s'interdit pas l'ironie, Alan Licht aura donc une autre fois joué de la guitare en courant à la perte de ses repères.


Alan Licht : Four Years Older (Editions Mego / Souffle Continu)
Enregistrement : 14 décembre 2012 (A) & 7 décembre 2008 (B). Edition : 2013.
LP : A/ Four Years Later B/ Four Years Earlier
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Les arbres ont bougé pendant la nuit (Musique en friche, 2013)

les arbres ont bougé pendant la nuit

Pendant une semaine, Nicolas Souchal (trompette), Julien Martin (voix), Sylvain Marty (percussions) et Sébastien Cirotteau (prise de son) ont rôdé à travers champs et sous-bois. Ils ont enregistré les vents, les oiseaux, les insectes. Ils ont joué en proximité ou en éloignement. Ils ont raclé les bidons. Ils ont concassé, écartelé. Trouvé quelques roulis précieux. Ils ont chanté – jamais vociféré –, étreint le circulaire. Ils ont écouté le rossignol et griffé le silence. La trompette s’est élevée et a claironné quelque vert éden. Voix et vent se sont croisés.

Puis, ils se sont retrouvés en studio. Ont composé d’autres zones. Ont brouillé les pistes. Ont fait du mystère un territoire d’appel(s). Et surtout : ont dépassé les sphères du convenu et de l’attendu.

Les arbres ont bougé pendant la nuit : Les arbres ont bougé pendant la nuit (Musique en Friche)
Enregistrement : 2011. Edition : 2013
CD : 01/ Sous bois 02/ Colza nuit 03/ Humus 04/ Sioule 05/ Viaduc 06/ Colettes
Luc Bouquet © Le son du grisli

les_arbres_ont_bouge9 juin 2013 : Les arbres ont bougé pendant la nuit sera de la quatrième édition du Jardin Singulier qu'organise, à Couëron, Nantes Jazz Action (Pannonica).


Spoo : Freaks (Les Nourritures Terrestres, 2013)

spoo freaks

Spoo (Eric Vagnon, Nicolas Lelièvre, Eric Brochard) aime le bruit, la fureur, le danger. Après tout, Spoo est peut-être en colère.

Ces trois-là aiment la caresse du fouet, les cris et les gesticulations. On dira rock hardcore et on n’aura rien dit. Spoo est une machine de dérégulation massive. Chez eux, l’axe est le plus souvent répétitif. Il enfle jusqu’à sa perte. Et si le trio calme parfois le jeu, le temps d’une frêle respiration, il ne quitte jamais la brûlure ancestrale. Le socle est maintenant tribal, sauvage. En ce sens, il rappelle les meilleures heures de The Ex.

Le saxophoniste s’époumone à s’en faire péter les jugulaires comme disent les poètes. Le batteur martèle un tempo brutal. Le bassiste sature ses riffs, rejette toute douceur. Et ce sont nos tympans qui, plongés dans cette foudroyante apocalypse, demandent que cesse ce doux ballet. N’en doutons point : live, ça doit être pire.

EN ECOUTE >>> Freaks (extraits)

Spoo : Freaks (Les nourritures terrestres)
Edition : 2013.
LP / DL : 01/ A Random Insanity Continuum 02/ Spoodification 03/ Vampyre 04/ When u Put a Finger 05/ Technical Details 06/ A Permanent Failure 07/ Koo Koo Part 2 08/ Koo Koo Part 1
Luc Bouquet © Le son du grisli


Barbara Romen, Kai Fagaschinski, Gunter Schneider : Here Comes the Sun (Mikroton, 2012)

barbara romen kai fagaschinski gunter schneider here comes the sun

Premier disque d'une association qui, depuis 2006, met en commun l'intérêt que Barbara Romen (hammered dulcimer), Gunter Schneider (guitares) et Kai Fagaschinski (clarinette), trouvent à la recherche de sons inusuels, Here Comes the Sun donne à entendre un couple de Viennois inquiet de musique contemporaine autant que d'Echtzeitmusik – collaborations avec Burkhard StanglChristof Kurzmann – et l'un de ses plus brillants fureteurs.

Leur démarche est lente, bien sûr, mais les premiers reliefs, bien qu'ajourés, ne sont-ils pas considérables ? Propice à la contemplation, l'air ambiant fait naître quelques questions : Sun Ra, par exemple, n'aurait-il pas trouvé chez Romen et Schneider d'autres Strange Strings que les siennes ? Pincées ou délicatement agacées, en appelant à l'arpège s'il accepte d'être court, rétablissant d'un grave ou d'un feedback l'équilibre menacé, toutes ont ici leur place, et même leur rôle.

Quant à Fagaschinski : sa première ascension n'était-elle pas un message adressé à ses deux partenaires : qu'ils quittent donc le champ de la rumeur et rejoignent, à force de flux et de reflux, le domaine de l'affirmation ! Alors, voici le dulcimer changé en soufflerie et la guitare accusant quelques coups, double transformation dont les conséquences feront le pouls de l'enregistrement... Et le soleil fut.

EN ECOUTE >>> Here Comes the Sun (extraits)

Barbara Romen, Kai Fagaschinski, Gunter Schneider : Here Comes the Sun (Mikroton)
Enregistrement : 31 mai 2008. Edition : 2012.
CD : 01/ Who's There ? 02/ Feelings Without End 03/ Dazed and Diffused 04/ The Last Words 05/ At the End Of the Tunnel There Is Always A Lie 06/ Plainchant and Goodbye
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

kai ic

30 mai 2013 : C'est avec Chris Abrahams, sous le nom de The Dogmatics, que Kai Fagaschinski donnera un concert aux Instants Chavirés.


Steve Roden : Berlin Fields (3leaves, 2012)

stev roden berlin fields

Dans une lettre envoyée à Akos Garai, musicien et tenancier de 3leaves, Steve Roden explique ne jamais avoir sorti de disque de pur field recording… Les bouts de réalité qu'il a capturés lors d'un séjour en Europe (Berlin, Paris & Helsinki) en 2011 l'ont fait changer d'habitude.

Berlin Fields, voilà le travail. Dans ces « champs », on trouve toujours quelque chose de musical, qui est apte à rappeler à Roden tel ou tel moment de son voyage (ici l'ambiance d'un aéroport, là des oiseaux, ailleurs une kalimba, des voix...) ou à lui faire mettre un son sur un lieu (le Centre Pompidou, le parc du Mémorial des Martyrs de la Déportation, le parvis de Notre-Dame, pour ce qui concerne la face parisienne de l'ouvrage berlinois). Lorsqu'il ne se laisse pas subjuguer, voire endormir, par la rumeur du trafic ou de la foule, Roden agit et se montre plus ambitieux et convaincant. Comme lorsqu'il  transforme un engin qu'il croise en boîte à rythme... De cette manière, il sauve un Berlin Fields en demi-teinte.

EN ECOUTE >>> Berlin Fields

Steve Roden : Berlin Fields (3leaves)
Enregistrement : 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Berlin Fields
Pierre Cécile © Le son du grisli



Pixel : Mantle (Raster-Noton, 2013)

pixel mantle

Pour fêter les dix ans de Display, son tout premier disque sur Raster-Noton, Pixel (derrière lequel se cache Jon Egelskov) en sort un nouveau (et quatrième sur le même label) : Mantle.

A notre écoute on dirait qu’il guette les réactions de petits schémas rythmiques à la loupe. Il les chatouille, les fait grésiller, les provoque… et le fruit de ses expériences varie entre minimalisme, proto-techno expérimentale (qui jongle avec les pulsations, les prises jacks et les buzzs) et pop électronique (où des basses ronflantes font face à des effets sonores für Atari). S’il s’était montré plus sélectif, Egelskov aurait pu faire de Mantle un excellent EP. Or le CD compte huit pistes...

Pixel : Mantle (Raster-Noton)
Edition : 2013.
CD : 01/ Line Level 02/ Steel Tape 03/ Plumb Bob 04/ Brown Shirt 05/ Nesting Screen 06/ North Arrow 07/ Ericson Sandstone 08/ Mantle
Pierre Cécile © le son du grisli


Ensemble Hope : Triptyque (EH, 2013)

ensemble hope triptyque

Ce qui fait d’abord la singularité de l’Ensemble HOPE de Marc Antoine Millon et Frédéric Bousquet, c’est l’instrument qu’il utilise : le cristal Baschet. C’est ensuite l’éclectisme savant de son répertoire, on ne peut plus classique (Purcell, Ravel) et on ne peut plus contemporain (Alain Labarouste, Alain Voirpy, Jean-Philippe Calvin, et Marc Antoine Millon).

Sur Music for a While de Purcell, les timbres de la sculpture sonore embrassent la voix de Maëlle Vivarès dans un mouvement qui fait naître à sa traîne des poussières symbolistes. Sur Styx de Calvin, d'une grande réussite, le cristal Baschet tourne le dos à tout lyrisme sous la pluie de percussions de Xavier Bluhm-Soubira.

Le groupe des quatre interprète aussi Satie (deux fois) et Poulenc. La Méditation du premier revêt les atours des minimalistes américains et Mon cadavre est doux comme un gant du second met, tout comme C’est l’heure exquise de Roger Steptoe, la soprano en valeur, certes, mais sur des effets surannés. Ce qui ne doit pas gâcher la fête que mène l’Ensemble HOPE : celle à l’intrépidité et au cristal Bacshet.

Ensemble Hope : Triptyque (EH)
Edition : 2013.
CD : 01/ Henry Purcell : Music for a While 02/ Marc Antoine Million : Antigone 03/ Maurice Ravel : Prelude 04/ Jean-Philippe Calvin : Styx 05/ Erik Satie : Gnossienne 1 06/ Erik Satie : Méditation 07/ Alain Labarousque : Rota Sensui 08/ Francis Poulenc : Mon cadaver est doux comme un gant 09/ Roger Steptoe : C’est l’heure exquise 10/ Alain Voirpy : Six miniatures 11/ Anonyme : Ay Luna Que Reluzes
Camille Barbarin © Le son du grisli


Lytton, Wooley, Mori, Vandermark : The Nows (Clean Feed, 2012) / Wooley, Duplant, Héraud : Movement and Immobility (Peira, 2012)

nate wooley paul lytton the nows

Deux enregistrements de concerts ont permis à Paul Lytton et Nate Wooley de peaufiner leur entente et d’enrichir leur discographie commune – d’un disque double, qui plus est : The Nows.

Le concert donné au Stone de New York date du 2 mars 2011. Le batteur charge en impatient, le trompettiste lui répond en frénétique : le repli viendra ensuite, au son de recherches percussives impertinentes et de notes de trompette qui y résistent ou se laissent par elles subtilement modifiées. Alors, Ikue Mori rejoint le duo : l’électronique éloigne un temps Wooley, qui reparaîtra pour parfaire l’ouvrage électroacoustique à coups d’exclamations franches. L’association aura brillé.

Le concert donné au Hideout de Chicago date du 16 mars 2011. Lytton et Wooley sur deux plages d’abord : notes longues de trompette contre claques redoublées, les secondes réussissant bientôt à faire danser les premières ; dialogue intergénérationnelle qui s’amuse de ses différences sur une même pratique de l’improvisation alerte. Alors, Ken Vandermark rejoint le duo : une fois que la clarinette basse aura charmé Wooley, ce sera au ténor que le trompettiste devra s’opposer avec force. L’un comme l’autre amateur de déroute, les deux souffleurs construiront un interlude comme privés soudain de leurs nerfs, avant de reprendre les hostilités : baryton répétitif que la trompette pourra citer pour mieux l'agacer encore. L’association aura autrement brillé.

Paul Lytton, Nate Wooley : The Nows (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2 mars 2011 & 16 mars 2011. Edition : 2012.
CD1 : 01/ Free Will, Free Won’t 02/ Abstractions and Replications 03/ Berlyne’s Law – CD2 : 01/ Men Caught Staring 02/ The Information Bomb 03/ Automatic 04/ Destructive to Our Proper Business 05/ The Ripple Effect
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

duplant movement and immobility

Est-ce pour l'enregistrer par correspondance (France / USA) que Bruno Duplant confectionna ce Movement and Immobility mi-écrit mi-improvisé ? Le trajet serait en mesure d’expliquer le délayage des notes de trompette (Wooley) et de saxophone alto (Héraud) qu’on y trouve, animées à peine par son électroacoustique et ses battements. Trucs et astuces de pratique, divagations atmosphériques, bruitisme et harmoniques : malgré un louable son de trompette, la timidité de Duplant, l’imprécision d’Héraud et peut-être l’approximation du « projet » tout entier le fragilisent à l'excès.  

Nate Wooley, Duplant, Héraud : Movement and Immobility (Peira)
Enregistrement : 2012. Edition : 2012.
CD : 01/ Continental Drif 02/ Climate Disruption 03/ Continuity Strata
Guillaume Belhomme © le son du grisli


Rodrigo Amado Motion Trio, Jeb Bishop : The Flame Alphabet (Not Two, 2013)

rodrigo amado motion trio the flame alphabet

Deux jours après un enregistrement live des plus réjouissant (Burning Live / JACC), Rodrigo Amado, Jeb Bishop, Miguel Mira et Gabriel Ferrandini se retrouvent en studio et en profitent pour réitérer quelques-unes de leurs plus belles ascensions.

Souvent entamées par un duo batterie-saxophone ou batterie-trombone (The Flame Alphabet, First Light), les improvisations du quartet ne tardent pas à s’entrouvrir au collectif, à escalader des crescendos rayonnants. La ballade est là qui se déroule sans heurts, stagne (The Healing) ou se gargarise de sèches hachures (Into the Valley). Reflets, effets de miroir, les improvisateurs ne peuvent que se compléter ou s’interpénétrer.

On écrira à nouveau combien sont soyeux et profonds les graves du ténor d’Amado, endurants les solos du tromboniste, précieux et constructifs l’accompagnement du violoncelle-contrebasse de Mira,  débordante et impétueuse la frappe de Ferrandini. Et bien sûr, on écrira que le free jazz n’est pas tout à fait trépassé puisqu’ici débordant de vitalité et d’intensité.

Rodrigo Amado Motion Trio + Jeb Bishop : The Flame Alphabet (Not Two Records / Products from Poland)
Enregistrement : 30 mai 2011. Edition : 2013.
CD : 01/ Burning Mountain 02/ The Flame Alphabet 03/ First Light 04/ Into the Valley 05/ The Healing
Luc Bouquet © Le son du grisli


Dead Neanderthals : Polaris (Utech, 2013)

dead neanderthals polaris

« FUCK conventions and FUCK expectations » : sans forcément faire fi des conventions ni des attentes – ce serait oublier qu’avant eux sont passés dans le champ d’une improvisation revêche opposant saxophone et batterie Brötzmann et Bennink, Flaherty et Corsano ou encore Gustafsson et Nilssen-Love –, Dead Neanderthals s’adonne tout de même sur Polaris à une joute opiniâtre.

Sous l’influence de forces naturelles qui menacent quand ce n’est pas plus cérébralement inspirés par les nœuds de Shinkichi Tajiri, O (ténor) et R (batterie, donc) sonnent une demi-heure durant l’alerte d’instants rageurs. Avec un art non négligeable de la torpille ou du laisser-aller, le saxophoniste accuse les coups secs et les trombes de cymbales de son partenaire. Sous effervescence et sur le fil du rasoir, le duo se montre ainsi capable d’un jazz in opposition sinon insolite, en tout cas fort alerte.

EN ECOUTE >>> Plissken

Dead Neanderthals : Polaris (Utech Records / Metamkine)
Enregistrement : 6 novembre 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Neck-AIDS 02/ The Pit 03/ Knot 04/ Yamatsuka Eye 05/ Plissken 06/ Yolk
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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