Le son du grisli

Jazz, musiques expérimentales et autres [par Grisli]

mercredi 30 mars 2005

Art Ensemble of Chicago: In Concert (Rhapsody Films - 2003)

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Ce 1er novembre 1981, un coup de sifflet entame la partie que joue à domicile l’Art Ensemble Of Chicago. Dès les premières secondes, un bouillon de cultures invraisemblable se met en place. Premier à défendre une musique libérée des carcans que porte aux nues un sens particulier du spectacle, rien n’empêche le quintet de savoir, dès le départ, où il va.

Lester Bowie, mad professor un brin cabot, opte le premier pour les phrases jubilatoires (We-Bop). Les envolées heurtent les interventions de sifflets, cloches, gongs ou klaxons, que des musiciens touche-à-tout abordent de manière à évoquer, parfois, des transhumances africaines idéalisées (On The Cote Bamako).

Plus au Nord, les exhortations mauresques de Joseph Jarman étoffent le voyage (Bedouin Village), jusqu’au retour en terre natale, que décide un long duo basse / batterie (New York Is Full Of Lonely People). Là, un Malachi Favors ravi emporte un cool dégénéré, bientôt transformé en exercice de free apaisé.

Impeccable, Roscoe Mitchell récite sa gamme avant de trouver le sentier radical menant à une jungle (New Orleans). Poussé par les vents, un bestiaire fantastique se laisse aller à la célébration d’un carnaval halluciné, avant que ne résonne un balafon discret, bourdon mélodique et timide accompagnant les confrontations tonales opposant Bowie à Mitchell.

Après une courte citation d’un thème Nouvelle Orléans, Famoudou Don Moye proclame venue l’ère du funk minimal (Funky AEOC). Cyclope nubien égaré en milieu urbain, Favors s’essaye, assis, à la basse électrique, et double ingénument les graves du saxophone baryton de Mitchell.

En guise de conclusion, Theme (Odwalla) est une saynète musicale pendant laquelle Joseph Jarman adresse présentations et au revoir. L’Art ensemble, à Chicago, sert une vérité de La Palisse : l’évasion élaborée de chez soi ne souffre aucune concurrence. Il suffit juste d’éliminer l’assurance du cocon, et de se laisser porter.

DVD: 01/ We-Bop 02/ Promenade 03/ On The Cote Bamako 04/ Bedouin Village 05/ New York Is Full Of Lonely People 06/ New Orleans 07/ Funky AEOC 08/ Theme (Odwalla)

Art Ensemble of Chicago - In Concert - 2003 - Rhapsody Films. Distribution Night and Day.

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lundi 28 février 2005

Steve Lacy: Lift The Bandstand (Rhapsody Films - 2003)

lacydvdgrisliPrès d'un paravent, un Steve Lacy intimidé par la caméra introduit Evidence de Thelonious Monk. Ainsi débute le film que Peter Bull consacra, dans les années 1980, au saxophoniste. Les couleurs respirent leur époque, et cèderont la place à des archives en noir et blanc lorsqu'il s'agira d'illustrer une longue interview de Lacy, dans laquelle il fait un bilan raisonné de son expérience musicale.

Dès le départ, c'est à Monk qu'il rend hommage, et aux précieux conseils qu'il reçut du maître du temps où il jouait à ses côtés. Pourtant tous indispensables, l'un d'entre eux se détache et offre au film à la fois un fil conducteur et un titre choisi : "Lift the bandstand", sorte de quête précieuse de l'envol en musique, de l'instant où les interprètes contrôlent leurs thèmes sans vraiment y penser, ressentent loin des contraintes pour gagner comme jamais en efficacité.

Le principe déclaré, Steve Lacy peut maintenant annoncer qu'il croit avoir mené cette quête, sinon à son terme, du moins à un point de chute satisfaisant : deux extraits d'un concert donné en 1985 avec son sextette en offrent un aperçu. Irene Aebi scande Prospectus et Gay Paree Bop sur l'entente d'un groupe formé depuis douze ans. Inutile de dire qu'aux côtés du leader et de sa partenaire, Bobby Few, Jean-Jacques Avenel, Steve Potts et Oliver Johnson n'ont pas à simuler l'entente.

Pour en arriver là, Lacy déclare qu'il n'y a pas de secrets. Juste une accumulation d'expériences qui font une histoire. Celle qui le mena de ses premiers cours en compagnie de Cecil Scott à sa rencontre avec Cecil Taylor, de ses expérimentations aux côtés de Roswell Rudd à sa découverte des permissions allouées par le refus de la mélodie. Autant de facteurs qui l'ont amené à se connaître, auxquels il ajouta certaines découvertes personnelles (l'emploi du soprano, ou une manière particulière d'utiliser les mots dans le jazz) pour en arriver enfin à se construire et s'imposer.

Précis et précieux, retraçant son parcours sans oublier d'être redevables aux maîtres comme aux figures qu'il a croisées (l'émulsion bénéfique qu'a pu lui procurer la concurrence d'un autre soprano de taille, John Coltrane), Steve Lacy trouve au "Lift The Bandstand" de Monk une réponse adéquate, qui est aussi une célébration de l'accord parfait entre musiciens, "when the music really takes place".

DVD: 01/ Evidence 02/ Prospectus 03/ About Sidney Bechet 04/ About Cecil Taylor 05/ About Gil Evans 06/ About Thelonious Monk 07/ About John Coltrane 08/ Gay Paree Bop

Steve Lacy - Lift The Bandstand - 2003 - Rhapsody Films.

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mercredi 12 janvier 2005

Ornette Coleman: David, Moffet, Ornette, 1966 (Efor Films - 2003)

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1966, deux jours à Paris. Le trio ColemanIzenzonMoffet enregistre une bande originale de film, prétexte, pour le réalisateur Dick Fontaine, d’un autre film. Quelques images en noir et blanc d’une capitale de l’époque, avant d’accompagner les musiciens en studio. Devant eux, un écran sur lequel défilent les images de Who’s crazy ?, œuvre – passée où ? - du Living Theatre.

Il fallait suivre l’un des inventeurs de la New thing pour illustrer le mieux ce que doit être le free jazz. Ornette s’en charge ici, saxophone aux lèvres ou violon à l’épaule, emmenant son trio dans des improvisations sensibles, et, avant tout, concentrées, à l'image d'European Echoes, que le trio a joué mille fois déjà, et où il s’agit de tout donner, ensemble, encore.

A côté de la musique, attitudes et gestes : Charles Moffet faussement agacé, Izenzon ironique, Coleman d’une timidité extrême bien que sûr de son fait. A côté des gestes, les phrases : expliquer, non pas tant la musique que l’improvisation, la démarche free, l’oreille fermée aux critiques, les paupières closes aux rêves de carrière et de célébration. Le film est court, mais l’essentiel est dit, et plusieurs fois.

Sound ?? Dick Fontaine, à nouveau, et une idée : confronter les réflexions musicales de John Cage aux élucubrations funky free bruitistes du saxophoniste (mais pas seulement) Roland Kirk. En un peu moins d’une demi-heure, nous suivons Cage en balade : au jardin d’enfants, en taxi ou dans un entrepôt, il fait la lecture de Sound ??, sorte de poème théorique et interrogateur : « Is that a sound ? If it is, is music music ? » ; “Why is it so difficult for so many people to listen ?”, etc.

Les images d’un concert de Roland Kirk au Ronnie Scott club de Londres (1967) viennent à intervalles réguliers interrompre la lecture. Grinçant, ironique et parfois arrogant, Kirk enfonce encore le clou des questions délicates à grand coup d’ Here comes the whistleman, Rip, rig and panic, ou A Nightingale Sang in Berkeley Square. Un simple portrait en flou, dans l’intérêt du film, qui, comme celui consacré au trio d'Ornette Coleman, traite de façon originale le phénomène de l’incompréhension en musique. Et de la seule réponse à lui aller : le charisme du musicien.

DVD: 01/ Ornette Coleman trio : David, Moffet, Ornette, 1966 02/ Roland Kirk / John Cage : Sound??

Ornette Coleman, John Cage, Roland Kirk - David, Moffet, Ornette, 1966 - 2003 - Efor Films. Distribution Socadisc.

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