mardi 1 avril 2008
Blue Note, A Story of Modern Jazz (Euroarts - 2007)

Il y a une dizaine d’années, Julian Benedikt réalisait Blue Note : A Story of Modern Jazz, documentaire consacré au label et à l’itinéraire de ses fondateurs : Alfred Lion et Francis Wolff, expatriés allemands partis, en terre lointaine, à la recherche du « black sound ».
Si les débuts du film font craindre l’agencement fruste d’images (pochettes de disques signées Reid Miles, photos en noir et blanc de Wolff) et de son (extraits de concerts et illustration sonore décidée par quelques grands thèmes obligatoires), Benedikt parvient à cerner son sujet lorsqu’il abandonne la technique du clip pour mettre en valeur la parole de témoins convoqués pour l’occasion – parmi d’autres : Max Roach, Ron Carter, Herbie Hancock, Horace Silver, Lou Donaldson ou Rudy Van Gelder.
Au gré des témoignages et d’une trame calquée sur le parcours de Lion (de la création du label en 1939 à son retrait des affaires en 1968), le documentaire saisit l’importance d’une maison qui aura d’abord profité de l’acuité de ses créateurs – l’oreille de Lion et de Wolff, souvent célébrée par les musiciens, davantage que leur sens du rythme – et des relations qu’ils ont su entretenir avec quelques uns des plus emblématiques jazzmen de leur époque.
Blue Note, A Story of Modern Jazz - 2007 - Euroarts. Distribution Harmonia Mundi.
mardi 11 mars 2008
Jackie McLean, Freddie Redd: The Connection (Efor Films - 2007)

Pièce grinçante du Living Theatre transposée au cinéma par la réalisatrice Shirley Clarke, The Connection raconte un soir d'octobre 1962 qu'un réalisateur de documentaire passe en compagnie de marginaux dans un appartement délabré de New York. Parmi ceux-là : Jackie McLean et Freddie Redd.
Comblant comme ils peuvent le temps qui les sépare de leur prochaine prise, les sujets vont de tensions inhérentes au manque en contemplations inquiètes, le tout au son du jazz que jouent quatre des leurs: McLean et Redd, donc, mais aussi le contrebassiste Michael Mattos et le batteur Larry Ritchie. Les paroles, parfois, se mêlent à la musique ; d'autres fois, le film concentre toutes ses attentions à la répétition des musiciens. Interprétant des thèmes que Redd avait écrit spécialement pour la pièce – et enregistrés dès 1960 pour le compte de Blue note -, le quartette sert un bop confronté aux dissonances de l'alto et déploye pour l'occasion un sens amusé de la comédie : impassible, la section rythmique dépose les cadres, quand l'agacement du pianiste contraste avec l'espièglerie de McLean. Alors, sous l'oeil des caméras, le groupe transforme l'attente en moment musical inespéré, et place The Connection entre Shadows et Straight No Chaser dans la liste des films incontournables consacrés au jazz.
Jackie McLean, Freddie Redd - The Connection - 2007 - Efor Films. Distribution Night & Day.
mardi 8 janvier 2008
Ari Brown: Live at The Green Mill (Delmark - 2007)

Membre discret de l’AACM, le saxophoniste Ari Brown, souvent entendu aux côtés de Kahil El’Zabar, emmenait en juin 2007 à Chicago un quartette âgé d’une dizaine d’années, qui donne à entendre aussi : Kirk Brown au piano, Yosef Ben Israel à la contrebasse, et Avreeayl Ra à la batterie.
Sur ses propres compositions, Brown défendait là un jazz sobre et élégant, inspectant les possibilités de la modalité (Richard’s Tune) ou servant une ballade travaillée longtemps (One for Skip). Ailleurs, le trompettiste Pharez Whitted est invité à venir, lyrique, soutenir le ténor (Waltz of The Prophets) ou la flûte (Kylie’s Lullaby).
Le film, quant à lui, se satisfait de peu : captation de concert sobre aussi, voire brute, voire rudimentaire, selon les jugements. Instable, en tout cas, mais qui donne à entendre (et donc à voir) un titre de plus que la version cd de cet enregistrement : Evod, marche éléphantesque et enivrante qui vaut qu’on lui pardonne.
DVD: 01/ Richard’s Tune 02/ One For Skip 03/ Waltz of The Prophets 04/ Shorter’s Vibes 05/ Two Gun 06/ Kylie’s Lullaby 07/ Evod
Ari Brown - Live at The Green Mill - 2007 - Delmark. Distribution Socadisc.
vendredi 21 décembre 2007
Peter Kowald: Off The Road (Rogue Art - 2007)

Deux ans avant sa mort, en 2000, le contrebassiste Peter Kowald sillona les Etats-Unis en compagnie de Laurence Petit-Jouvet, caméra au poing. Dans une Chevrolet achetée sur place, le couple relient les endroits où le contrebassiste est attendu, pour donner concerts auprès d’autres personnages de la Creative Music.
Sur le premier film, les à-côtés d’un périple marqué par les collaborations musicales : avec Kidd Jordan, William Parker, George Lewis, mais aussi Eddie Gale, Marco Eneidi ou Anna Homler. A chaque fois, la simplicité et l’humilité de Kowald densifient les échanges, tous tranquilles, presque tous précis. Au hasard d’autres rencontres, le contrebassiste en apprend sur la vie des déclassés, la politique d’éducation des Etats-Unis ou les discriminations toujours bien présentes.
Plus axé sur la musique, le second film donne à voir Kowald à Chicago : en studio auprès de Ken Vandermark, ou sur scène aux côtés de Günter Baby Sommer et Floris Floridis, ou de Fred Anderson et Hamid Drake. Tous musiciens s’entendant sur les origines du jazz et sur l’importance qu’aura eu sur sa forme actuelle une musique improvisée ayant profité des pratiques différentes, notamment européenne et américaine. En guise de conclusion, un disque reprend les thèmes que le contrebassiste aura abordés durant son voyage, bande-son originale d’un road movie unique et passionnant, complément indispensable de l’hommage élégant.
DVD 1: Off The Road - DVD 2: Chicago Improvisations - CD: 01/ Introduction 02/ New York March 17 2000 03/ New Orleans April 6 2000 04/ Houston April 9 2000 05/ San Diego April 14 2000 06/ Los Angeles April 15 2000 07/ Berkeley May 3 2000 08/ Chicago May 10 2000
Peter Kowald, Laurence Petit-Jouvet - Off The Road - 2007 - Rogue Art.
mardi 27 novembre 2007
John Coltrane: Live in ’60, ’61 & ’65 (Naxos - 2007)

Rassemblés ici, trois films de concerts donnés en Europe entre 1960 et 1965 donnent à voir John Coltrane diversement entouré.
A Düsseldorf, d’abord, où le saxophoniste, alors en tournée en tant que sideman de Miles Davis, prend – à la place d’un trompettiste ayant décliné l’invitation – la tête d’une petite formation à l’occasion d’un show radiotélévisé. Auprès de Wynton Kelly, Paul Chambers et Jimmy Cobb, il interprète un Green Dolphin Street élégant avant d’accueillir Stan Getz puis Oscar Peterson sur une reprise d’Hackensack de Monk.
L’année suivante, c’est en leader que Coltrane revient en Allemagne, participant là à une autre émission, en compagnie de son quartette classique, augmenté d’Eric Dolphy. Célèbre, la séance vaut surtout pour la rencontre des deux saxophonistes, déposant encore l’un après l’autre leurs solos de My Favorite Things ou Impressions.
Plus rares, les images d’un concert donné en Belgique en 1965, toujours auprès de McCoy Tyner, Jimmy Garrison et Elvin Jones, qui attestent d’un tournant inévitable, celui qui mènera Coltrane au seuil d’un free jazz dont Ayler lui attribuera la paternité – l’introduction, en compagnie de Jones, de Vigil, en étant la meilleure preuve. Et l’esquisse aura été faite d’un parcours monumental.
John Coltrane, Live in '60, '61 & '65 (extraits). Courtesy of Naxos.
DVD : 01/ On Green Dolphin Street 02/ Walkin’ 03/ The Theme 04/ Autun Leaves 05/ What’s New 06/ Autumn in NY 07/ Hackensck 08/ My Favorite Things 09/ Ev’rytime We Say Goodbye 10/ Impressions 11/ Vigil 12/ Naima 13/ My Favorite Things
John Coltrane - Live in ’60, ’61 & ’65 - 2007 - Naxos. Distribution Abeille Musique.
mardi 20 novembre 2007
The Ex: Building a Broken Mousetrap (Ex Records - 2007)

Des images capturées sur un chantier en construction ouvrent Building a Broken Mousetrap, film que Jem Cohen consacre à un concert donné par The Ex à la Knitting Factory de New York en septembre 2004.
Deux parties – noir et blanc, puis couleur – racontent alors un soir comme un autre dans la vie du groupe hollandais, l’assurance constante de chacun de ses membres étant évidemment au rendez-vous. Sur scène, on donne un rock teinté de punk, qui agence sur l’instant ses plages bruitistes, ses accès de fièvre répétitive et ses rugueux automatismes. Entre – et quelques fois pendant – les morceaux, Cohen glisse des vues nocturnes de New York, où se disputent inquiétude et frénésie, illustration adéquate aux efforts magistraux de The Ex, au chaos magnétique qu’ils martèlent.
The Ex - Building a Broken Mousetrap - 2007 - Ex Records. Distribution Differ-ant.
mardi 6 novembre 2007
Dexter Gordon: Live in ’63 & ’64 (Naxos - 2007)

Ayant habité Copenhague pendant plus de dix ans, Dexter Gordon en aura profité pour parcourir l’Europe : afin d’enregistrer à Paris pour le compte de Blue Note, ou donner des concerts de la taille de ceux rassemblés sur ce film : datant de 1963 (en Suisse) et 1964 (aux Pays-Bas et en Belgique).
La première année, au Festival de Lugano, le saxophoniste, entouré du pianiste Kenny Drew, du contrebassiste Gilbert Rovère et du batteur Art Taylor, dispense un bop aux charmes limpides, pétri de cool, et adresse un hommage appuyé à Lester Young, en reprenant notamment You’ve Changed de Billie Holiday. L’année suivante, auprès du pianiste George Gruntz, du contrebassiste Guy Pedersen et du batteur Daniel Humair, il donne un concert en Belgique ou enregistre pour la télévision hollandaise : au programme, l’impeccable – à force d’avoir été étudiée par le ténor – Body and Soul, ou une version élégante de What’s New, thème que Coltrane avait investi plus tôt sur l’album Ballads.
A chaque fois, Dexter Gordon sert, révérencieux, une musique distinguée et opérante, qu’il dispense avec un certain détachement, autre preuve d’une maîtrise capable d’influencer quelques uns de ses confrères : Sonny Rollins, John Coltrane.
Dexter Gordon, Live in '63 & '64 (extraits). Courtesy of Naxos.
DVD : 01/ A Night in Tunisia 02/ What’s New 03/ Blues Walk 04/ Second Balcony Jump 05/ You’ve Changed 05/ Lady Bird 06/ Body And Soul
Dexter Gordon - Live in '63 & '64 - 2007 - Naxos. Distribution Abeille Musique.
jeudi 1 novembre 2007
Marc Ribot: La corde perdue (La Huit - 2007)

En suivant le guitariste Marc Ribot dans les rues de New York, la réalisatrice Anaïs Prosaïc signe le portrait sobre et efficace d’un guitariste en quête d’expériences différentes.
Pas toujours heureuses, d’ailleurs, tant Ribot semble chercher davantage à multiplier les interrogations qu’à mettre la main sur une solution définitive. L’effet du doute, sûrement, mis en images : archives datant des années 1990 (tentatives inquiètes sur la scène de la Knitting Factory), témoignages d’anciens partenaires (Arto Lindsay), ou extraits de concerts auprès des Cubanos Postizos.
Ailleurs, le guitariste raconte ses origines familiales, donne tous les gages du père anxieux mais attentif, interroge la capacité de la musique à répondre efficacement à la marche du monde, enfin, ballade ses inquiétudes d’un continent à l’autre, sur lesquels il donne en représentations autant de gestes adroits que d’hésitations formelles. Comme en 2003, à Pau, où Prosaïc aura filmé l’interprétation de quatre morceaux en solo, pour n’oublier aucune des nécessités imposées par son sujet, et achever son film saisissant.
Anaïs Prosaïc - Marc Ribot, La corde perdue / The Lost String - 2007 - La Huit.
lundi 22 octobre 2007
Charles Mingus: Live in ’64 (Naxos - 2007)

Parmi les 7 nouvelles références publiées cette année dans sa collection Jazz Icons, Naxos consacre une anthologie à la tournée européenne qu’effectua Charles Mingus en 1964.
En sextette ou en quintette – selon la présence du trompettiste Johnny Coles, victime à Paris d’un malaise –, le contrebassiste défend alors ses morceaux les plus déterminants auprès de la plus convaincante de ses formations : Coles, donc, et puis Eric Dolphy, Clifford Jordan, Jacki Byard, Dannie Richmond.
Aux répétitions et concert filmés en Suède et en Norvège, bien connus pour être dispersés sur les DVD déjà existant de Mingus, mais aussi de Dolphy, Live in ’64 donne à voir un document plus rare : la séance que le quintette enregistra à Liège, dans les locaux de la RTBF, à l’occasion de sa participation à l’émission Jazz pour tous. Vraisemblablement satisfait de son groupe, Mingus dirige ici So Long Eric, Peggy’s Blue Skylight et Meditations le long d’interprétations qui se passent de commentaires.
Charles Mingus - Live in ’64 - 2007 - Naxos. Distribution Abeille Musique.
vendredi 28 septembre 2007
Eric Dolphy: So Long Eric (Salt Peanuts - 2007) / Charles Mingus: Orange Was the Colour of Her Dress (Salt Peanuts - 2007)

Les images sont les mêmes. Pourtant, en haut à droite de l’écran, un logo Salt Peanuts. L’année dernière, c’était celui d’Impro-Jazz que l’on trouvait au même endroit sur ces extraits de concerts donnés par Eric Dolphy en compagnie de Charles Mingus ou de la formation qu’il menait en Allemagne pour une émission radiotélévisée.
Il n’y a donc plus qu’à relire, avant d'ajouter quand même que l'édition Salt Peanuts montre aussi Dolphy à la flûte aux côtés de John Coltrane le temps d’une interprétation de My Favorite Things. Seule grande différence, à côté d’une autre, plus petite et terre à terre : un prix plus raisonnable, justice faite aux amateurs pour des films vraisemblablement libres de droits.
DVD: 01/ GeeWee 02/ God Bless The Child 03/ 245 04/ So Long Eric 05/ My Favorite Things
Eric Dolphy - So Long Eric - 2007 - Salt Peanuts. Distribution Nocturne.
DVD: 01/ Orange Was the Colour of Her Dress, Then Blue Silk 02/ Ow! 03/ Meditations 04/ I’ll Remember April
Charles Mingus - Orange Was the Colour of Her Dress - 2007 - Salt Peanuts. Distribution Nocturne.




