lundi 7 juillet 2008
Steve Cohn: Iro Iro (Red Toucan - 2008)

Au début de l’année 1999, le pianiste Steve Cohn (jouant aussi ici du shakuhachi ou des percussions) enregistrait quatre titres en compagnie du tromboniste Masahiko Kono, du violoncelliste Tomas Ulrich et du batteur Kevin Norton : Iro Iro, que traduirait « ceci cela ».
Intéressé par une creative music de chambre, Cohn peint ici quatre grandes impressions accaparantes, qui accrochent leurs atmosphères différentes – quoique lentes, toutes – aux coins d’une proposition singulière ayant à voir autant avec une musique contemporaine défaite qu’avec une improvisation languide et torturée.
Sous les coups de Norton (sur batterie ou vibraphone) et l’archet d’Ulrich, Iro Iro agite alors le fantasme d’une musique qu’aurait pu servir Chico Hamilton s’il avait davantage donné dans l’expérimentation, et démontre l’œuvre singulière de Steve Cohn en petit comité.
Steve Cohn, Konnichiwa (très court extrait).
CD: 01/ Ohio 02/ Konnichiwa 03/ Kombawa 04/ Oyasuminasai >>> Steve Cohn - Iro Iro - 2008 - Red Toucan. Distribution ImproJazz.
vendredi 4 juillet 2008
François Carrier: Within (Leo Records - 2008)

Le soprano dont use François Carrier au début de Within rappelle évidemment celui de Steve Lacy, dont le contrebassiste Jean-Jacques Avenel fut longtemps le partenaire. Mais bientôt, les grands et beaux gestes du batteur Michel Lambert (avec lequel Carrier enregistra récemment Kathmandu) interrompent l’hommage.
Sonne alors l’heure d’une rencontre rare, celle de trois musiciens donnant de belles preuves de vie d’un bout à l’autre de Within : notes soudainement allongées d’un saxophone qui se rêverait sorti d’un atelier d’Alep, grand archet de contrebasse puis kalimba pour permettre à Avenel de répondre aux saxophones de Carrier sur Part 2, frénésie appliquée à la batterie sur une troisième et dernière partie répétitive et envoûtante.
L’écoute de Within, d’en devenir rapidement obligatoire, parce qu’elle est celle d’une musique qui s’est faite non seulement dans l'instant où elle fut enregistrée, mais qui s’invente encore à chaque fois qu’on l’écoute.
CD: 01/ Part 1 02/ Part 2 03/ Part 3 >>> François Carrier, Jean-Jacques Avenel, Michel Lambert - Within - 2008 - Leo Records. Distribution Orkhêstra International.
mercredi 2 juillet 2008
Janek Schaefer: Alone at Last (SIRR - 2008)

Trentenaire au destin animé par le collage électroacoustique, Janek Schaefer se sera fait entendre aux côtés de musiciens inspirants (Charlemagne Palestine, Robert Hampson, Stephan Mathieu ou Philip Jeck) avant de clamer bas mais fort Alone at Last.
Là, il assemble des pièces élaborées le long de dix années, qui temporisent en diplomates leur échange au son de field recordings (pluie, grincements ou pas dans l’escalier) et de nappes atmosphériques et oscillantes. Quelques voix, avant que Schaefer projette une série d’arpèges de guitare, notes abandonnées bientôt à leurs résonances.
Partout invoquée sur Alone at Last : une ambient lente et expressionniste s’empare de qui l’écoute, lui fait croire entendre quelques morceaux de vérité avant de disparaître et de laisser l’auditeur à ses doutes. Le propos est noir, mais pas récalcitrant.
CD: 01/ Alone at Last 02/ Come On Up… 03/ Scarlett Arrives 04/ Vasulka Vauban’s ’’A Day in the Good Life ’’ 05/ End of Hope & Glory 06/ All Bombing is Terrorism 07/ Boulevard périphérique 08/ Ever Ending Story >>> Janek Schaefer - Alone at Last - 2008 - SIRR.
lundi 30 juin 2008
Chris McGregor: Brotherhood (Fledg’ling - 2008)

En 1972, sortait Brotherhood, deuxième album (après un éponyme assez anecdotique) du Brotherhood of Breath, grand ensemble libertaire dirigé par le pianiste sud-africain Chris McGregor, ou Duke Ellington du Cap. Réédité.
Douze musiciens, parmi lesquels compter aussi Dudu Pukwana, Mongezi Feza, Harry Miller, Louis Moholo, servent sous les faux airs d’une fanfare joyeuse un mélange rare de free jazz sans limite pour rejeter avec force l’influence de piano bar à laquelle doit faire face McGregor (Joyful Noises) et de swing à l’allure mouvante, puisque altéré par les sifflements instrumentaux (Think of Something).
Plus vindicatives, les percussions soufflent ensuite sur les braises d’un répétitif et dansant Do It, saxophones clamant une dernière fois l’héritage de Sun Ra (le parallèle avec les enregistrements en leader du disciple Eddie Gale, à faire aussi) avant d’entamer un court Funky Boots March qui finit de révéler la fougue du groupe de McGregor, qui accueillera plus tard des invités de la taille d’Evan Parker ou Paul Rutherford), et donne ici l’un de ses enregistrements les plus enthousiasmants.
CD: 01/ Nick Tete 02/ Joyful Noises 03/ Think of Something 04/ Do It 05/ Funky Boots March >>> Chris McGregor’s Brotherhood of Breath - Brotherhood - 2008 (réédition) - Fledg’ling. Distribution Orkhêstra International.
vendredi 27 juin 2008
Pichelin, Charles, Grydeland: North of the North (Sofa - 2008)

Les field recordings de Marc Pichelin nous parlent d’un voyage qu’il a fait en Norvège : North of the North, de rendre une variation de bruits valant souvenirs ayant à voir avec les transports empruntés ou la faune croisée à l’occasion, à qui quelques larsens disputeront bientôt l’endroit : « Nous glissons quelques sons dans les plissures des vagues », écrit Pichelin en guise d'explications.
Puisque la clarinette de Xavier Charles fomente bientôt d’autres souffles à aller à de plus naturels. Puisque les deux hommes réduisent ensuite la nature au statut de simple intervenant avant d'improviser en compagnie du guitariste – ici au banjo – Ivar Grydeland : enregistrements d’atmosphères juxtaposés bientôt à une création spontanée. Inspiré jusqu'à la réussite.
CD: 01/ Bateau de pêche 02/ Le port 03/ Bord de Route 04/ Trois bords de mer 05/ Travelling sur le pont d’un ferry boat 06/ Du vent du nord 07/ West of the North 08/ East of the North 09/ South of the North 10/ North of the North >>> Marc Pichelin, Xavier Charles, Ivar Grydeland - North of the North - 2008 - Sofa Music.
mercredi 25 juin 2008
Jason Stein’s Locksmith Isidore: A Calculus of Loss (Clean Feed - 2008)

Ancien guitariste passé à la clarinette sous l’influence d’Eric Dolphy, Jason Stein a, depuis, étudié auprès de Charles Gayle et Milford Graves avant de se faire remarquer au sein du Bridge 61 de Ken Vandermark. Sur A Calculus of Loss, il fait état de ses prétentions à la tête d’un trio que forment avec lui Kevin Davis (violoncelle) et Mike Pride (batterie).
Pas pressé d’en démontrer, Stein expose sa pratique expérimentale – à l’influence de Dolphy (qui lui conseille d'ailleurs la compagnie d'un violoncelliste) ajouter maintenant celle de Braxton – sur la suite de pizzicatos angoissés servis par Davis. Dérangé par la progression chaotique de ses deux partenaires, le batteur ponctue leurs interventions avec sagacité, pour parfaire chacune des déconstructions lentes exposées sur le disque.
That’s Not Closet, par exemple, que Stein ouvre en répétant une phrase mélodique jusqu’à la faire tomber dans l’oubli pour laisser toute la place à un développement qui rappelle l’usage que faisaient, à la fin des années 1960, Steve Lacy ou Jacques Coursil du free jazz. D’un genre ancien rattrapé par le silence, Locksmith Isidore fait une nouveauté irrésistible.
CD: 01/ Nurse Ellen 02/ Miss Izzy 03/ That’s Not Closet 04/ Caroline and Sam 05/ 167th St. Ellen 06/ J.H. 01 >>> Jason Stein’s Locksmith Isidore - A Calculus of Loss - 2008 - Clean Feed. Distribution Orkhêstra International.
lundi 23 juin 2008
David Liebman, Ellery Eskelin: Renewal (HatOLOGY - 2008)

Après Different but the Same, disque produit en 2005 par le même label, David Liebman et Ellery Eskelin présentent Renewal, enregistré en juin 2007 à New York. Avec Tony Marino (contrebassiste amené par Liebman) et Jim Black (batteur inséparable d’Eskelin), les deux ténors multiplient les prétextes pour mener à bien leur rencontre.
Pêchant lorsqu’ils tentent de s’accorder sur unissons et transforment, par exemple, Out There en pièce de post-bop gonflée d’un groove incertain, les saxophonistes se montrent plus inspirés sur des improvisations perturbées par la section rythmique : concluante intervention de Black sur Renewal, ou marche contrariée de Dimi and the Blue Moon.
Ailleurs encore, Liebman et Eskelin donnent les preuves de la qualité de leur joute libertaire, sur le blues de Palpable Clock ou un grand duo de musiciens d’une avant-garde frénétique commandée par une des compositions d'Eskelin : IC. Qui persuade, comme la majorité des titres du disque, qu’il est encore possible à Liebman d’enregistrer un disque convaincant.
CD: 01/ Cha 02/ The Decider 03/ Out There (Take 2) 04/ Renewal 05/ Palpable Clock 06/ Dimi and the Blue Moon 07/ IC 08/ Free Ballad 09/ Out There (Take 1) >>> David Liebman, Ellery Eskelin - Renewal - 2008 - HatOLOGY. Distribution Harmonia Mundi.
vendredi 20 juin 2008
Evan Parker: Conic Sections (Psi - 2008)

En complément de ceux de l'album The Snakes Decides, enregistrés en 1986, d'autres solos de soprano d'Evan Parker sont exposés sur Conic Sections, enregistrés trois ans plus tard.
Là, le saxophoniste dévale les pentes vertigineuses d'une improvisation frénétique, amasse naturellement des plaintes pourtant surprenantes, fait part d'une endurance hors du commun capable, en plus, de s'adapter aux besoins de nouvelles et soudaines trajectoires. Sortant ici un peu du cadre, il fait ailleurs une pause, minuscule, avant de reprendre son art insatiable de la conversation.
En conclusion, se laisse happer par un mouvement qui le dépasse et sur lequel il ose des expressions changeantes : répétant une note aigue ou démontrant la force expressive de grincements inattendus. Au final, Conic Sections est un objet sonore irrécupérable, rare et indispensable.
CD: 01/ Conic Section 1 02/ Conic Section 2 03/ Conic Section 3 04/ Conic Section 4 05/ Conic Section 5 >>> Evan Parker - Conic Sections - 2008 (réédition) - Psi. Distribution Orkhêstra International.
jeudi 19 juin 2008
Spring Heel Jack: Songs & Themes (Thirsty Ear - 2008)

Après avoir enregistré Masses en compagnie (notamment) de William Parker, Matthew Shipp et Evan Parker, puis Amassed en compagnie (notamment) de Kenny Wheeler, Han Bennink et Paul Rutherford, le Spring Heel Jack d’Ashley Wales et John Coxon s’occupa de Songs and Themes en compagnie (notamment) de John Tchicai, Roy Campbell, John Ewards et Mark Sanders.
Au programme, toujours le même projet d’une musique électroacoustique investie par quelques improvisateurs qui, rapidement, lui donnent une tournure mélancolique : atmosphères lentes portées par à-coups que perturbent les apparitions momentanées de digressions bruitistes ou d’éclats de folk expérimental et glissant. Le final, lyrique, emporte les derniers morceaux d’une expérience aboutie, rencontre fertile d’univers souvent étrangers pour rester chacun sur ses positions.
CD: 01/ Church Music 02/ Dereks 03/ With Out Words 04/ Eupen 05/ For Paul Rutherford 06/ Folk Players 07/ Sivertone 08/ Clara 09/ 1,000 Yards 10/ Antiphon 11/ At Long Last 12/ Garlands >>> Spring Heel Jack - Songs & Themes - 2008 - Thirsty Ear. Distribution Orkhêstra International.
mercredi 18 juin 2008
Brendan Murray: Commonwealth (23five Incorporated - 2008)

Musicien de Boston confectionnant en artiste conceptuel sa musique atmosphérique, Brendan Murray installe au moyen de guitares électriques et de synthétiseurs l'évolution lente d'un drone métallique. Commonwealth, de tenir dans cet unique développement, qui revêt l'allure sonore de champs électromagnétiques avant de se faire amas de couches enveloppantes plus chaleureuses.
Lentement, le drone se décharge des substances qui le composaient, jusqu'à disparaître sous la forme d'une ligne ténue sur composition abstraite et contrariée. Commonwealth a passé.
CD: 01/ Commonwealth >>> Brendan Murray - Commonwealth - 2008 - 23five Incorporated.




