Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Le son du grisli : la revue

Alan Silva : Paris, Atelier Tampon, 18 mai 2019

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Three Hundred Seasons and Some : 80 ans d’Alan Silva.

Alors qu'une averse trempe Paris, un concert célébrant le quatre-vingtième anniversaire d'Alan Silva se déroule dans une petite salle du 10e arrondissement aux murs ornés de calligraphies chinoises. L'anniversaire du contrebassiste, joueur de synthétiseur, compositeur et enseignant avait en fait eu lieu quelques mois plus tôt, en janvier. Mais les occasions de jouer pour les musiciens tels que lui sont rares, désormais, aux États-Unis ou dans sa France d'adoption.

Silva fit un discours d'introduction enjoué, expliquant que le free jazz avait depuis longtemps été une affaire de petites salles : du Cellar Café de l'Upper West Side new-yorkais où s'était déroulée l'October Revolution de 1964, à la Vieille Grille de Paris, où Silva avait joué quelques années plus tard avec Sunny Murray, durant son premier long séjour en France. Dans le groupe de Murray se trouvaient alors plusieurs musiciens français : Bernard Vitet, Beb Guérin, et François Tusques.

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Ce soir, Tusques était là pour écouter. Tusques et la femme de Silva, Catherine, furent applaudis, une attention que le pianiste semble toujours accueillir avec un air de surprise, comme si... Silva mentionna l'âge et la mort, rappelant les noms de musiciens aux côtés desquels il avait construit sa carrière, maintenant tous disparus : Cecil Taylor, Bill Dixon, Sun Ra.

En 1970, alors que l’impressionnant Celestrial Communication Orchestra secouait la scène de la Maison de l'ORTF, quelque part parmi les neuf cents spectateurs se trouvait un jeune japonais, alors étudiant en littérature française. Makoto Sato n'avait pas encore entrepris de devenir batteur sur les conseils de Don Cherry. Ce soir, il se trouve derrière le kit. Face à lui, Itaru Oki et sa trompette prolongent un travail entamé dans les coffee houses de Tokyo cinquante ans plus tôt. À sa gauche, un musicien beaucoup plus jeune, le français Richard Comte, ajoute une voix nouvelle à l'aide de ses guitares électriques et électro-acoustiques.

Makoto Sato

Depuis environ vingt ans, la préférence de Silva va au synthétiseur plutôt qu'à l'instrument sur lequel il a fait son nom. Silva décline une basse offerte au profit d'un clavier Yamaha. Pour le rappel, le groupe accueille le saxophoniste Georges Gaumont, vétéran du Celestrial époque IACP et membre d'une illustre famille musicale. Un grand nombre d'années d'histoire sont réunies sur scène.

Et la musique, qu’en est-il ? Peut-être qu'un adepte de la philosophie bouddhiste mentionnerait l'impermanence. Passé un certain point, plus rien n’est à prouver. Lorsqu’une musique contient suffisamment pour continuellement se recomposer, fusionner, et générer à nouveau, c'est le signe que l'état de changement continu a été infléchi, et que quelque chose a été accompli. La musique était légère. Bon anniversaire, M. Silva.

Itaru Oki

Pierre Crépon © Le son du grisli
Photographies : Olivier Ledure. Traduction : Cathy Lecocq.
La version originale anglaise de cet article a été publiée dans la revue en ligne Arteidolia.

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