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Le son du grisli : la revue

Milford Graves : Bäbi (Corbett vs. Dempsey, 2018)

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L’art de Milford Graves est né d’une respiration et s’est changé en langage : ses expressions sont des trouvailles, ses injonctions des merveilles. Depuis La lecture de sa conversation avec le guitariste Garrison Fewell, on sait aussi que l’art de Graves est celui d’un cœur qui bat.

A ce cœur qui est le sien, le percussionniste emboîte le pas depuis les années 1960. De New York Art Quartet en duos avec Don Pullen (ce Nommo jadis autoproduit), Andrew Cyrille, David Murray ou John Zorn plus récemment. Ses disques rares ont longtemps attisé les attentes des amateurs de jazz créatif : Corbett vs Dempsey calme aujourd’hui leurs ardeurs en rééditant Bäbi, ancienne référence IPS augmentée de quatre pièces enregistrées quelques années plus tôt.

Bäbi, c’est Milford Graves en meneur de troupe, ou plutôt de trio : à ses côtés, les saxophonistes Arthur Doyle et Hugh Glover – sous-enregistré, ce-dernier, qui emboîta pourtant le pas à Graves en compagnie aussi de Joe Rigby. La rencontre date de mars 1976 et la musique qu’elle invente est d’une radicalité telle qu’on la dira... d’actualité. Ses cris sifflent et déclenchent le lyrisme de souffleurs écorchés : plus que « free », ce jazz est d’un naturel confondant – tout le monde ne s’accorde-t-il pas sur le fait que la nature a horreur du vide ? Au vide alors, le trio préfère l’éclat d’un feu de vie, plus que de détresse, même si ses sonorités peuvent alerter, inquiéter voire.

On ne cherchera pas à définir « l’origine » de ces tambours : les enregistrements de décembre 1969 du même trio, jusque-là inédits, brouillent les cartes davantage encore. Incantation et expression, les souffleurs expulsent, purgent et parfois dérangent. C’est la voix de Graves – son langage, une fois encore, même lointain, même inaccessible – qui rassure et explique le geste : car si le second disque donne parfois l’impression d’un enfouissement du discours (la prise de son y est certes pour beaucoup), il n’en atteste pas moins une expression franche et son « free jazz », qui claque et déclame comme nul autre, revendique l’exception : il y a un discours, dans ces bruits-là, et même un manifeste, qu’il faut relire, et vite encore. 

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Milford Graves : Bäbi
Corbett vs. Dempsey / Orkhêstra International
Enregistrement ! 1969 / 1976. Réédition : 2018.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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