Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Festival Météo 2018 : Mulhouse, du 21 au 25 août 2018

météo 2018

Le festival Météo vient de se terminer à Mulhouse. Moments choisis, et passage en revue des (cinq) bonnes raisons de fréquenter cet événement.

POUR ENTENDRE DE GRANDS ENSEMBLES QUI NETTOIENT LES OREILLES

Le vaste espace scénique de la salle modulaire de la Filature est empli d’un bric-à-brac insensé. Ils sont 24, les musiciens actuels du Splitter Orchester, qui vont prendre place sous nos yeux. Ce n’est pas une mince affaire d’organiser un tel déplacement. Il faut bien l’envergure d’un festival comme Météo pour offrir cette occasion. Cet ensemble, basé à Berlin, est composé d’instrumentistes et de plusieurs machinistes ou électroniciens. Deux batteries, aux deux extrémités du plateau. Des tables avec des machines parfois bizarres. Des platines vinyles. Un cadre de piano. Et aussi, plus classiquement, des cuivres, des bois, des cordes, un piano, des percussions. Mais pas de saxophone.

Splitter

Le Splitter est là pour deux concerts, deux jours de suite. Le premier est le résultat d’une résidence de création dans le cadre du festival, une composition de Jean-Luc Guionnet. Ça commence tout ténu. Marta Zaparolli promène parmi ses camarades un vieil enregistreur à cassettes. Elle saisit des sons, des textures. C’est tout doux, et puis blam ! Un bruit sec, violent, on ne l’a pas vu venir. C’est un coup de ceinturon en cuir, à toute volée, sur une grosse caisse d’une des batteries. Il y a des silences, des respirations, de courtes phrases musicales de textures terriblement riches et variées. Et blam ! La brutalité d’un ceinturon sur une batterie. Burkhard Beins ira même jusqu’à balancer au sol une valise métallique, qu’il tenait à bout de bras au-dessus de la tête. Il y a du contraste, et infiniment de retenue dans l’expression musicale. Si peu de notes alors que les musiciens sont aussi nombreux sur scène ? Une fois qu’on a accepté l’idée (et en sachant que le lendemain on réentendra le Splitter), on peut se laisser aller à l’écoute, renonçant à attendre plus de démonstration de virtuosité. La musique devient alors hypnotique, et l’écoute un exercice méditatif. La virtuosité des musiciens du Splitter se situe dans l’affolante combinaison de matières sonores dont ils sont capables.

Ce fut un deuxième bonheur de les retrouver le lendemain, dans un programme bien différent : une grande improvisation collective d’une heure. Oui, à 24, sans chef, simplement grâce à l’écoute de chacun et à cette passionnante palette sonore collective (24 musiciens, ça fait combien de duos possibles, de trios, de quartettes, etc. ? Y a-t-il un mathématicien dans la salle ?). Ça frotte, ça bruisse, ça respire, ça crisse, ça caresse, c’est d’une intelligence musicale complètement folle, aussi bien dans l’intensité que dans la retenue. Ce collectif est un éblouissement. Il est irracontable ? Diable merci, il sera écoutable ! Surveillez les programmes de France Musique. Anne Montaron a enregistré cinq concerts durant le festival, dont celui-ci. La date de diffusion, dans son émission « À l’improviste » n’est pas encore connue, ce sera sans doute début novembre.

Friche 2

Le Splitter n’était pas le seul grand orchestre invité par Météo. Nous avons aussi partagé la joie de jouer de Système Friche II, qui est la reconstitution du premier Système Friche. Sous la direction tantôt de Jacques Di Donato, tantôt de Xavier Charles, ils sont une quinzaine, allégrement réunis dans une liberté festive et débridée. Un régal.

POUR LES PETITES FORMES, A LA CHAPELLE SAINT-JEAN

À 12 h 30, la chapelle Saint-Jean accueille, dans sa lumière dorée, des concerts en solo ou duo qui font la part belle aux recherches sonores autour d’un instrument et aux explorations parfois les plus extrêmes. Cette année, nous avons successivement entendu le trompettiste (amplifié) Peter Evans dans une démonstration extrêmement époustouflante, ne laissant aucun répit à l’auditeur. Hurlements de moteurs d’une écurie de Formule 1, fracas d’un engin de travaux publics, il vous fait tout ça juste avec sa trompette. Presque plus de gymnastique que de musique.

Niggenkerper

Toute autre ambiance le lendemain, avec le solo de contrebasse de Pascal Niggenkemper, qui triture le son de son instrument à l’aide d’accessoires tels que abat-jour en aluminium, pince crocodile, petit tambourin, chaînette métallique. Ce pourrait être anecdotique. C’est totalement musical et construit, jouant de la maîtrise et de l’aléatoire. Délicieux.

Le violoniste Jon Rose a habilement dialogué avec lui-même : son solo, construit en réponse à des archives de sa propre musique, offre une belle complexité du propos musical.

R Hayward

Quatrième et dernier concert à Saint-Jean, le duo Robin Hayward / Jean-Luc Guionnet. Le premier possède une pratique du tuba tout à fait exceptionnelle. Jouant de micro-intervalles, il fait tourner ses phrases musicales en une longue montée, aux résonances subtiles, le souffle se faisant matière. Ça vous prend à la gorge tellement c’est fin et subtil. La suite en duo avec le saxophoniste, s’est jouée dans la plus grande écoute et concentration.

POUR LES AUDACES INDUS AUX FRICHES DMC

La vaste usine DMC n’est plus utilisée dans son entièreté pour la fabrication des cotons à broder. De grands espaces ont été délaissés par l’activité industrielle. Météo y avait organisé, pendant plusieurs années, de très beaux concerts et performances. Puis les normes permettant l’accueil du public se sont durcies, et l’accès s’est trouvé interdit. Une association, Motoco, a investi les lieux, qui se sont remplis d’ateliers d’artistes, et les spectacles y sont à nouveau possibles.

N Mitchell 2

Gros coup de cœur pour le solo de la flûtiste Nicole Mitchell. Elle joue avec les belles résonances de ce vaste lieu, conçu pour le travail et non la musique, elle fait gémir son instrument, y percute son souffle, démonte sa flûte, l’utilise par morceaux, puis revient à un jeu classique, sans jamais perdre le fil de sa phrase intensément musicale et cohérente. Le dialogue de la saxophoniste danoise Mette Rasmussen et de la vocaliste suédoise, née en Éthiopie, Sofia Jernberg était aussi très riche et complice, inventif et cohérent.

Jernberg-Rasmussen

POUR ENTENDRE LES LEGENDES POINTUES OU EN MARGE

Le poète, rappeur, écrivain et acteur Saul Williams, légende vivante pour tout un public, a littéralement porté le concert d’ouverture du festival. Il était l’invité du quartet de David Murray, il s’en est révélé l’âme vibrante.

Le public jazz ne connaît pas forcément This Heat, dissous en 1982, considéré comme un groupe culte par les amateurs de rock expérimental. Deux de ses fondateurs sont présents dans ce qui n’est pas une refondation du groupe initial, et qui s’appelle avec une belle ironie This is not This Heat. C’est eux qui ont clôturé le festival : hymne, énergie, hommage, fureur punk, grande musicalité, un feu d’artifice. Deux des créateurs du groupe initial sont dans This is not… : le multi-instrumentiste et chanteur (spectaculairement barbu) Charles Bullen, et l’incroyable batteur et chanteur Charles Hayward, à l’énergie cosmique et au sourire flamboyant. Il porte This is not This Heat avec une infinie vigueur chaleureuse.

On a aussi adoré l’entendre, la veille, en duo de batteries avec Tony Buck, un dialogue complice, fin, jouissif, énergique et respectueux entre les deux musiciens. Les regards qu’ils s’échangeaient et la lumière de leurs visages en disaient long sur leur euphorie musicale partagée (ce partage ne s’est pas toujours entendu dans certains des concerts que nous préférons passer sous silence).

Suryadi

POUR DECOUVRIR DES INCONNUS

Un dernier mot, puisqu’il faut choisir et conclure, sur l’étonnant duo indonésien Senyawa. Wukir Suryadi joue d’une collection d’instruments à cordes parfaitement inconnus ici, amplifiés comme de terribles guitares électriques, et à l’esthétique ouvertement phallique. Il utilise parfois un archet échevelé, aux crins en bataille. Nous sommes en pleine sauvagerie. Et c’est sans parler du chanteur, Rully Shabara, au look de bandit sibérien (je ne m’y connais pas du tout en matière de bandits indonésiens), torse nu sous sa veste, tatouage en évidence, grosses scarifications, bagouses de mafiosi, qui vous hurle ses chansons avec une fureur surjouée, usant de deux micros dont l’un trafique sa voix dans des infrabasses aux sonorités mongoles. Il termine le set survolté avec un grand sourire et un bisou sur le micro. C’était du théâtre. Et de l’excellente musique.

Anne Kiesel © Le son du grisli

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Festival Le bruit de la musique #6 : Saint-Silvain-sous-Toulx, 16-18 août 2018

le bruit de la musique

C’est encore une très belle édition du festival Le Bruit de la musique qui vient de se terminer, à Saint-Silvain-sous-Toulx, charmant village de la Creuse.

Plantons le décor. Comme chaque année, le cœur du festival bat dans une pâture, derrière la micro-salle des fêtes du village, juste en face de la mignonne église. Un chapiteau de cirque a été monté, rouge pétant et jaune. Des guirlandes, faites de triangles de tissu de récupération. Une tente ouverte, avec des matelas, pour se reposer. Une autre avec une installation de vélos sonores, agencée par François Arbon, qui font dzing et blam quand on pédale. Des parapluies haut placés, au bout de grands piquets. C’est pour rire, il ne pleut jamais pendant le festival. Des tables et des bancs, afin de manger et discuter. Trois jours de musique, de rires d’enfants, de découvertes artistiques pointues, parfois déroutantes. Le public ? Il y a ceux qui reviennent chaque année, depuis qu’ils ont découvert cette pépite, de toute la France et de plus loin (on parle un peu toutes les langues ici, allemand, italien, grec, anglais…). Et des gens du coin, qui arrivent à pied, en voisins, les oreilles et l’esprit ouvert à toutes les aventures sonores et artistiques.

Alors, pendant ces trois jours, du 16 au 18 août, qu’a-t-on entendu ? Du très dépaysant : Yaping Wang et son yangqin préparé. Qui dit mieux ? On connaît bien sûr le piano préparé. Nous avons découvert, en ouverture du festival, une épinette préparée (lire plus loin). Mais un yangqin, instrument de la musique traditionnelle chinoise, de la famille des cithares sur table, avec des vis et des morceaux de caoutchouc coincés entre les cordes ? Il fallait la rencontre de cette musicienne, compositrice, improvisatrice, et d’un festival tel que le Bruit de la musique, pour jouir d’un tel concert, dans la petite église de Toulx-Sainte-Croix.

Yaping Wang

Les cordes frappées avec des mailloches en bambou donnent, au naturel, une sonorité curieusement à la fois métallique et moelleuse. Dans la composition contemporaine, écrite par elle-même, avec laquelle Yaping Wang a ouvert son concert, les passages rapides présentent un son continu, une cascade complexe et riche, qui ne ressemble à rien de connu. Elle ne s’interdit pas de jouer aussi sur le cadre métallique ou sur le bois de son instrument. La deuxième partie, l’improvisation sur le yangqin rapidement préparé par elle sous nos yeux, a commencé par des crissements furieux, produits à mains nues, du bout des ongles, ses mains gigotant comme de petites araignées en folie. Puis, changement radical d’ambiance, elle reprend ses mailloches et, très lentement, distille des notes aux harmonies étranges, une suite calme et pondérée, qui emporte l’auditeur dans un état de relaxation et d’écoute profonde, quasiment de conscience modifiée. On y flotte, au fil de sonorités cadencées, avec une lenteur qui semble dialoguer avec des rythmes organiques internes. Yaping Wang finit par nous ramener sur terre. Tonnerre d’applaudissements, salle enthousiaste. Nous étions au fin fond de la Creuse, nous sommes partis vraiment ailleurs…

Autre voyage musical, l’Ensemble U:. Il y a de grandes chances que vous n’ayez jamais entendu ce groupe estonien. En effet, c’est la première fois qu’il se produisait en France. Il a fallu le Bruit de la musique pour organiser ces trois concerts. Depuis quelques années, Martine Altenburger et Lê Quan Ninh, qui portent le festival et en assurent la programmation, proposent un « fil rouge » à un groupe invité, c’est-à-dire une série de concerts, un par jour, l’occasion de montrer des facettes différentes de son travail. Spécialisé en musique contemporaine et expérimentale, U:, basé à Tallin, existe depuis quinze ans. Il a offert un concert contemporain de pièces baltes et nordiques, un concert participatif, et un troisième programme, centré sur le minimalisme.

Ensemble U Tatjana

Gros coup de cœur pour le premier de ces trois concerts. Avec, par exemple, une pièce de Jüri Reinvere, écrite pour les six musiciens, d’une grande complexité rythmique (chacun bat la mesure à son tour, selon qui a une main droite disponible à ce moment-là), et d’une magnifique richesse de timbres. Ou cet hommage à Schönberg, par Vykintas Baltakas, consistant en une réécriture d’un passage de Pierrot lunaire. Ou encore cette pièce bruitiste toute en subtilité de Tatjana Kozlova-Johannes, faisant intervenir le bruissement de fines feuilles de plastique ou les tintements de grains de riz doucement lâchés en pluie au-dessus d’un plat. Ce programme, splendidement maîtrisé, a lui aussi suscité l’enthousiasme du public, remplissant la charmante église de Domeyrot.

La deuxième prestation de U: était très différente. Grâce à un programme dédié, accessible par wifi depuis tout ordinateur portable, tablette ou smartphone, le public est invité à prendre le pouvoir sur les compositeurs et sur les interprètes. Une démonstration amusante, qui permet d’arriver à une conclusion peu surprenante : c’est mieux quand un vrai compositeur écrit de la musique, plutôt que le public, collectivement, en direct. Le troisième concert, consacré à la musique minimaliste, comportait notamment deux pièces radicales. L’une, de Peter Ablinger, présente un récitant (ici l’époustouflant flûtiste Tarmo Johannes) lisant un texte, sa voix étant totalement couverte par les grésillements variés, à volume très élevé, d’un haut-parleur installé juste à côté de son visage. Et l’autre, pour chef d’orchestre solo, de Thierry de Mey : la violoniste raffinée Merje Roomere bat très sérieusement la mesure, de manière de plus en plus farfelue, dans le silence, face public. Une très belle découverte, cet ensemble ! Les CD de U: se sont d’ailleurs vendus comme des petits pains. Ils sont disponibles sur leur site.

Clara Cornil

Autre proposition surprenante du festival, My Dog and I, un spectacle qui mêle plusieurs disciplines artistiques. Le point de départ est une commande à la compositrice irlandaise Jennifer Walshe. Elle a écrit une partition textuelle (téléchargeable ici) et réalisé un petit film, en plusieurs parties, avec entre autres des images de la chienne Skubi. Son propos, sur les relations entre les chiens et les humains, est assez décoiffant. Sur scène, pendant que le film est projeté, et entre ses séquences, il y a trois êtres vivants : la violoncelliste Martine Altenburger, la chorégraphe Clara Cornil, et la chienne Skubi. Skubi ne fait rien d’autre qu’être là – nous ne sommes pas au cirque (bien qu’étant sous un chapiteau), la chienne ne « joue » pas. En revanche, la musicienne et la danseuse sortent de leurs rôles traditionnels en bougeant, parlant, manipulant des objets, dessinant au sol avec un fil rouge et des sables colorés, ou se peignant les avant-bras en vert forêt. Une représentation au charme étrange, pleine d’empathie, d’attention, et dont on sort en portant un autre regard sur les chiens et les animaux en général.

Jeune fille orrible

En plein air, devant la façade du château de la Roche, voici la performance de Jeune fille orrible. Ils sont trois : Frédéric Danos, Audrey Gaisan-Doncel, Olivier Nourrisson. Ils improvisent, avec des objets et matériaux trouvés sur place ou apportés. Ils produisent des bruits (pas de la musique), uniquement acoustiques. Avec un parti pris d’absence d’intention, d’absence de récit, d’absence de communication visible entre eux (pas de regard, pas de synchronisation), ils bricolent une sorte de négation de spectacle, dont se dégage de l’humour (pas toujours), de la fantaisie, une occasion de réfléchir sur le principe du spectacle (nous sommes bien là à les regarder, ils font bien ça devant nous, et pas juste comme des enfants qui jouent avec des emballages en carton). Ça en a hérissé certains (plusieurs personnes sont parties), ça en a réjoui pas mal d’autres.

Plusieurs musiciens sont venus ici avec une approche très fine de la subtilité des petits sons qu’ils peuvent tirer de leurs instruments. C’est le cas de Christoph Schiller, et son épinette arrangée. Du bout des doigts, il joue dans les cordes, chipote avec divers accessoires (un tampon à vaisselle métallique, un morceau de boîtier de CD en plastique…). On est dans le très minimal, très ténu, très captivant. Une parfaite entrée en matière (c’était le premier concert du festival, jeudi après-midi). Autres pratiquants de l’arachnéen, le duo Jonas Kocher / Gaudenz Badrutt. Accordéon et électronique, les deux hommes construisent leur improvisation, pleine de silences, de moments très légers, de micro-variations, puis d’éclats de fureur, au fil d’une idée musicale toujours soutenue. Une très belle expérience, étayée par une grande qualité d’écoute, comme toujours dans ce festival.

Deux prestations bien givrées, maintenant : Parlophonie, en plein air, à La Spouze. Anne-Julie Rollet aux machines, envoie des sons dans une série de vieilles radios, de transistors ou de ghetto blasters. Anne-Laure Pigache vocalise, grimpant parfois à un Everest du farfelu, avec des sons organiques en pleine ébullition. Très réussi et joyeux. Et le solo de Michael Vorfeld, qui produit des sons à partir d’ampoules lumineuses, qu’il allume et éteint, et dont il amplifie les bruits électriques. Il joue dans le noir, bien sûr. C’est agréablement bizarre. On peut toutefois se permettre de dire ici que ça ne procure pas une émotion artistique inoubliable. Autre bémol, au milieu de ce très riche programme : les images de synthèse et les sonorités binaurales de Mathieu Chamagne, avec une projection sur l’autre façade du château de la Roche, nous ont laissée dubitative.

Violaine Gestalder Michel Doneda

Aucune réserve, en revanche pour le concert des deux saxophonistes Violaine Gestalder et Michel Doneda, dans l’église de Toulx-Sainte-Croix. Elle, dans des pièces contemporaines (Scelsi, Berio…), lui dans des improvisations. Drôle de duo : ils ne jouent pas ensemble, mais se répondent, Doneda s’appuyant dans ses impros sur des éléments des pièces écrites. Dialogue contemporain et musique improvisée : un parfait résumé de l’esprit de ce festival.

Il faudrait aussi parler de la pièce de Mauricio Kagel, Eine Brise, pour 111 cyclistes, qui a été interprétée joyeusement par 70 participants, spectateurs, artistes, bénévoles, après deux répétitions rondement menées. Une déambulation vélocipédique et musicale, sifflée, chantée et ponctuée de coups de sonnette, juste avant le bal sous chapiteau avec le groupe Frisette.

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Anne Kiesel © Le son du grisli

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Gregory Büttner : Tonarm, P.S. (Fragment Factory 2017)

gregory büttner tonarm

Les dernières nouvelles reçues de Gregory Büttner provenaient de son propre label, 1000füssler : Wenn Uns Jemand Hört - Sag - Wir Haben Einfach Kurz Luft Geschnappt était un petit disque sur lequel l’intéressé faisait une belle musique de crépitements et du chant d’objets divers. Sur les labels Hideous Replica ou Herbal International, seul ou accompagné par la trompettiste Birgit Ulher, il avait plus tôt intéressé au son d’épreuves toujours différentes, qu’elles fussent électroacoustique ou concrète.

Sur cette cassette Fragment Factory (l’étiquette allemande lui assurant une sorte de « promotion »), Büttner compose sur des plaques tournantes qui nous renverront bientôt à l’oreille l'une de ses préoccupations : la rumeur qui rôde, sa lente déformation, sa disparition enfin. Maître d’un jeu de roulette unique sur lequel il balance combien de nouveaux objets, le musicien compose avec désinvolture. En seconde face, déclenchant une cascade de boucles et de silences, il impressionne même : car, chez Gregory Büttner, le grain de sable arrive toujours, qui grippe le ronron expérimental. Même prévenu, l’auditeur ne peut qu’y trouver son compte.


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Gregory Büttner : Tonarm, P.S.
Fragment Factory
Edition : 2017.
Guillaume Belhomme © le son du grisli

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