Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Quinzaine Agitée : Chants de FranceA la question : Harutaka MochizukiEn librairie : Ci-gît d'Antonin Artaud et Nurse With Wound
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Fuji Yuki, Michel Henritzi, Harutaka Mochizuki : Shiroi Kao (An'archives, 2018)

lsdg4150Cette chronique de disque est l'une des 90 que l'on peut lire dans le quatrième numéro papier du son du grisli, en plus d'une longue interview de... Harutaka Mochizuki

fuji yuki michel henritzi harutaka mochizuki

Où l’on retrouve Harutaka Mochizuki : première et dernière des quatre plages de ce disque de Michel Henritzi échangeant (en duo) au Japon avec le saxophoniste et la vocaliste Fuji Yuki. C’est que, tout en poursuivant son œuvre de défricheur et de passeur, Henritzi remet sur le métier son art personnel – à Philippe Robert, il confiait ainsi dans Agitation FrIIte : « J’ai enregistré avec À Qui Gabriel des reprises de chansons enka, joué des chansons de Kazuki Tomakawa à Tokyo et l’accueil était plutôt bon. Ma seule ‘’fierté’’, c’est qu’on m’ait dit plusieurs fois que ma musique semblait habitée par la musique japonaise : pour moi, c’est le plus beau compliment. »

À Shizuoka avec Mochizuki, Henritzi apparaît – « Je suis passé de la guitare au lapsteel, qui ouvre de façon incroyable de nouvelles approches et me semble être un instrument sous-employé dans ces musiques, comme la vielle à roue qu’on redécouvre aujourd’hui. » – en dérouleur de nappe épaisse sur laquelle fleurissent des bourdons et va le saxophone empêché d’abord, saisissant ensuite. Faits pour s’entendre, les deux hommes adaptent leur langage singulier et en créent un troisième. Tsuki No Kage le redit : Mochizuki commence seul, que le guitariste rejoint en glissant : c’est alors une Western Suite réinventée à l’Orient.

À Shizuoka avec Yuki, Henritzi intervient aux guitares, aux percussions et au banjo, pour accompagner un autre chant énigmatique. Sur un léger écho, Yuki progresse à distance, comme en élévation même ; ses vocalises, à l’air fragile mais qui persistent, se promènent dans une forêt de cordes qu’elles finissent par envelopper. C’est la fin, notamment, de We Turn In the Night Endless, beau chant de brume que l’on pourrait laisser filer une journée entière. De quoi revenir souvent à ce beau disque (c’est la loi de la maison) An’archives.

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Fuji Yuki, Michel Henritzi, Harutaka Mochizuki : Shiroi Kao
An'archives
Edition : 2018.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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David Grubbs, Taku Unami : Failed Celestial Creatures (Empty Editions, 2018)

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Les structures des chansons de David Grubbs – puisqu’il s’agit bien, chez David Grubbs, toujours, de chanson – sont particulières. Propres à lui, qui souvent décide d’une ouverture dans laquelle s’engouffrer ou d’une nouvelle direction à suivre. A la mélodie première, il reviendra ; mais entretemps bien des choses se seront passées. Et puisque les frontières, en musique, ne sont plus qu’un mirage, Grubbs continue d’interroger ses manières au contact de partenaires doués d’improvisation : Mats Gustafsson, Nikos Veliotis, Nate Wooley et Paul Lytton hier, aujourd’hui Taku Unami.

Une corde basse de guitare et deux cordes pincées du reste de l’accord suffisent à ouvrir la première des deux pièces enfermées sur ce vinyle : Failed Celestial Creatures, sur laquelle le duo trouve un équilibre – un léger bourdon le soutenant, sorti sans doute de l’ordinateur d’Unami – qui l’engage à gagner en vitesse puis en effets ; d’un bout à l’autre de la face, les cordes de guitare tremblent alors, et puis ce sont vos enceintes.

En seconde face, les guitares tremblent encore, mais la chanson (The Forest Dedication) délivre un texte : le parlé-chanté de Grubbs suit ainsi le cours d’une ballade que n’aurait pas renié le Charlie Haden de Beyond the Missoury Sky : le premier médiator égrène lentement une guitare électrique, le second trouve comme par enchantement le chemin des fioritures. La voix, elle, n’a plus qu’à conter. Suivent quatre Threadbare, courtes pièces instrumentales que se disputent combien de motifs (nés d’un tapping, d’un glissando et puis d’un patient égrenage…). Autant d’autres chansons – quatre versions, tout compte fait, de la même – dont les structures changent sous le coup d’une commune imagination.

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David Grubbs, Taku Unami : Failed Celestial Creatures
Empty Editions
Enregistrement : 7-9 août 2017. Edition : 2018.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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