Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Evan Parker / Barry Guy / Paul Lytton : Music For David Mossman (Intakt, 2018)

parker guy lytton david mossman

Dans les notes qu’il signe pour ce nouvel enregistrement du trio qu’il forme avec Barry Guy et Paul Lytton, Evan Parker rend hommage à John Stevens avant de revenir sur sa longue collaboration avec une paire rythmique d’exception : « J’ai rencontré Paul Lytton pour la première fois en 1967 à l’occasion d’un festival de musique qui se tenait dans un parc de Birmingham où je jouais en duo avec John… »

Compagnons du London Jazz Composers Orchestra de Barry Guy, Parker et Lytton ont joué en duo puis, dès 1980, en trio avec le contrebassiste. Si Tracks, le premier enregistrement de l’association, a paru en 1983 sur Incus, son œuvre a été publiée par une pléiade de labels (Emanem, Leo, Marge, Clean Feed, CIMP et bien sûr Maya et psi) que vient aujourd’hui grossir Intakt.

Ce sont-là deux sets enregistrés le 14 juillet 2016 au Vortex de Londres et quatre pièces que le trio dédie au fondateur du club, David Mossman. Solos, duos, trios : les combinaisons changent et, avec elles, les directions de cette nouvelle et saisissante épreuve d’improvisation libre. Et puisque les musiciens, en plus d’être capables, sont depuis longtemps intimes, ils adaptent leurs discours personnels sans jamais faillir : ce sont Guy et Lytton qui s’expriment avec une même retenue (II), Parker qui invente en frénétique à la suite de Lytton (III), Guy qui rejoint Parker au son d’un archet fragile (IV)… Quant à la première pièce du disque, sa mise en place augurait une heure fabuleuse. Et c’est ce qui est arrivé. 

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Evan Parker / Barry Guy / Paul Lytton : Music For David Mossman
Enregistrement : 14 juillet 2016. Edition : 2018.
Intakt Records  / Orkhêstra International
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Christophe Deniau : Nick Cave, l’intranquille / Daniel Miller : Mute, le label indépendant (Castor Music / E/P/A 2018)

lsdg4150Il n’y a pas de raison qu’il n’y ait que Nick Cave à profiter de la renommée de Kylie Minogue : en s’intéressant à Where the Wild Roses Grow enregistré par le duo pour l’album Murder Balldads, le quatrième numéro papier du son du grisli espère voir venir à lui de nouveaux lecteurs. Au sommaire, quand même : Edgar Varèse, François Tusques, Tristan Tzara, Harutaka Mochizuki et Thomas Bonvalet, ainsi que 90 chroniques de disques. A noter que ce texte fait écho à deux livres publiés en français sur le sujet Nick Cave

nick cave l'intranquille mute le label

Factuel, certes. Sans grande invention ni parti-pris non plus. Si elle existe – c’est déjà ça et même : se fait de plus en plus rare –, la bibliographie ne renvoie qu’à une vingtaine de références et oublie parfois de citer celle-ci (publiée chez Camion Blanc) ou cette autre (Wikipedia) que le livre résume à telle ou telle de ses 300 pages. Mais tout est là quand même.

Christophe Deniau – qui avait notamment signé Downtown Manhattan 78-82 – raconte donc l’histoire de Nick Cave. Voilà un sujet d’importance, un sujet à soumettre n’importe quel biographe. Alors Deniau déroule : la formation de The Boys Next Door fomentée avec Mick Harvey à la Caulfield Grammar School, sa transformation en ce Birthday Party qui quittera l’Australie pour l’Europe – Londres puis Berlin –, la signature avec Mute qui ne publiera qu’un seul et unique disque de The Birthday Party, combien de temps exactement avant sa dissolution ?

C’est ensuite un contrat avec le même label que Nick Cave doit honorer : avec quelques-uns de ses « anciens » partenaires, il enregistre From Her to Eternity et le reste est une histoire connue de tous, en tout cas dans ses grandes lignes. Nick Cave and the Cavemen puis Nick Cave and the Bad Seeds : la musique gagne en profondeur ce qu’elle perd en violences, en tout cas jusqu’à Murder Ballads. A l’inspiration provoquée par sa rencontre avec Blixa Bargeld succède celle, moins vindicative, née de son rapprochement avec Warren Ellis – c’est alors surtout Grinderman qui intéresse. Et puis Nick Cave perd un de ses jumeaux, et il écrit encore. C’est alors l’enregistrement de Skeleton Tree, au son duquel termine le livre de Deniau. La messe est dite. Deniau y a servi efficacement, de moments d’exaltation en longueurs inévitables – le décorticage de dispensables musiques de films, par exemple.

Pour les images, le lecteur pourra aller voir dans Mute, le label indépendant depuis 1978 -> demain. Ecrit par Daniel Miller, le fondateur du label, en collaboration avec Terry Burrows, l’épais ouvrage a été pensé pour raconter « visuellement » l’histoire du label. Les récits et anecdotes fleurissent cependant entre photos de musiciens et pochettes de disques estampillés Mute et associés (The Grey Area, Novamute, First, Blast First, 13th Hour…).

En ce qui concerne Nick Cave – musicien particulier qui fait ici bon ménage avec le fer de lance Depeche Mode, mais aussi Smegma, Swans, Wire, Can, Einstürzende Neubauten, Pan Sonic, Add N To (X)… –, ce sont là des photos de The Birthday Party en concert, des projets d’affiches et la reproduction de la pochette de Mutiny!, seul disque du groupe – augmenté de Blixa Bargeld – à avoir été produit sur Mute. Ensuite, ce sont de Nick Cave and the Bad Seeds et de Grinderman d’autres affiches et d’autres couvertures de disques et le propos de designers qui révèlent de quelle manière l’ancien étudiant des beaux-arts que fut Nick Cave envisage la conception graphique. C’est dire si l’ouvrage publié avec soin par E/P/A devrait lui plaire.

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Yann Leguay : Ground (Tanuki, 2017)

lsdg4150Cette chronique de disque (cassette) est l'une des 90 à lire dans le quatrième numéro papier du son du grisli, à commander d'urgence !

yann leguay grisli

Yann Leguay est un artiste sonore belge. Un Belge sonore. Et c’est ce qui nous rapproche (notez que nous ne nous connaissons pas : c’est juré). Sur la première face de cette cassette il se promène en clamant (en douce) partout « Here I Am ».

Sauf que cette phrase est à peine entendue par le monde qui l’entoure (Yann Leguay) qu’il est déjà à quelques mètres (Leguay Yann). J’aime la poésie sonore, et son ego trip me va très très bien d’autant que comme Marc j’ai reconnu des enfants là-dessus. Mais surtout parce que Yann Leguay a un rire en pointe.

J’en déduis alors qu’un Belge sonore qui rit, eh bien, c’est un vrai Belge. Et un vrai Belge, c’est déjà ça. Je retourne la cassette et c’est tout différent : une sorte d’electroldschoomenampli faite comm' ein' beat d'ours. Et pour un grisli, ein’ beat d’ours c’est l’occase de rêve comme on dirait chez Stefantiek : entre la poésie sonore et la tech minimaliste, on pourra bien passer pour des Belges qui parlent aux Belges, mais alors ? Ça me goûte ! 

PS : Rien ni personne n’est infaillible, même pas un chroniqueur du son du grisli, hélas. Ici, deux erreurs : Yann Leguay n’est pas Belge mais Français (Pierre, m’entends-tu ?, est-ce par un fait exprès ?) ; et sur Here I Am, ce n’est pas Yann Leguay qu’on entend mais Brad Downey (que Leguay enregistre). Décidemment, impossible de se fier à la Belgique ! [gb]

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