Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Shigemasa Horio, Itaru Oki, Kei Yoshida, Izumi Ose, Akira Ando, Makoto Sato : Paris, Le Chat Noir, 12 décembre 2017

makoto sato

À quelques pas des trottoirs verglacés du boulevard de Belleville, au sous-sol du bar Le Chat noir. Derrière une porte un peu dissimulée qui demande à ce qu’on ne l’ouvre pas, un sextet entièrement japonais. Makoto Sato à la batterie, Akira Ando au violoncelle, Izumi Ose à la voix et au piano (tous deux résidents de Berlin), et trois trompettes : le légendaire Itaru Oki, Shigemasa Horio (qui vient de Fukuoka, au sud du Japon), et Kei Yoshida.

Progressivement, la musique s'installe, sous-tendue par les motifs énigmatiques du violoncelle et le jeu plein d'espace de Sato, qui suspend souvent sa baguette dans les airs quelques instants décisifs avant de frapper. Les musiciens jouent d'abord en quartet. Quelque chose se met en place, avec assez de douceur pour qu'il soit possible de remarquer que les sons émis par les glaçons du verre d'un spectateur s'accordent étrangement avec ce qui est en train de se dérouler. Oki se lève et rejoint le groupe. Les deux trompettes se voient complétées brièvement par le mélodica d'Ose. Démarre un souffle collectif qui ne retombera pas.

Cette musique improvisée là, repose sur le son juste, et son plein potentiel se révèle quand elle peut faire entendre tous les sons justes à la fois. Les deux trompettes et le mélodica, bientôt les trois trompettes, jouent ensemble de longues lignes. Les musiciens, maintenant au complet, forment presque un cercle. Dans ce que jouent les trois cuivres se mêlent la pureté du son de l'instrument, la force de l'unisson, et l’ouverture vers toutes les possibilités du registre free. Une ligne rauque, presque brutale, de Yoshida, vient créer l'appel d'air. Le jeu de salive d’Oki, ses interjections de voix – auxquelles répondent les wordless vocals d'Ose –, forment comme un seuil derrière lequel existent les très nombreuses autres choses qu'il sait jouer. Des accords graves plaqués au piano à l'exact bon moment. La batterie qui passe un cap et montre qu'espace n'est pas l'inverse de puissance. Le chat noir sait où il va.

L'archet d'Ando a souffert, mais la musique a résonné très fort ce soir. Les musiciens se serrent la main. En haut, des gens fêtent un anniversaire. C'est une bonne soirée.

Itaru Oki par jjgfree  Ose Ando par jjgfree



Pierre Crépon © Le son du grisli
Photos originales : JJGFREE

 

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Die Tödliche Doris : Sprechpause (Fang Bomb, 2017)

die todliche doris sprechpause

Il n’y aura qu’à retourner la pochette du vinyle pour tout comprendre : Sprechpause fut la dernière plage (un peu plus de quatre minutes) du premier album de Die Tödliche Doris. Enregistré en 1981 et 1982 par Chris Dreier, Nikolaus Utermöhlen et Wolfgang Müller, le titre a récemment été retravaillé par Dreier et Müller jusqu’à ce qu’il chante, en plusieurs fois, un hymne à la réflexion et donc à la pause et donc au silence.

Or, chez Doris, le silence s’est toujours fait rare. Si, de 1980 à 1987, l’association s’y est essayée à combien de reprises, cette fois, les crépitements ou les bruits d’un simple micro que l’on gratte augurent d’une réussite inattendue. Post-punk, minimalisme, indus, abstract hype-hope… : la Doris arty en question n’en a cure : ses bruits de petit moteur, ses rythmes de rien, ses vocalisations spectrales, ses boucles de faux carillon, ses rafales de bruits tus, ses souffles forts ou ses forces sourdes…, non plus.

La nature n’aime pas le vide, pas plus que le bruit, pas plus que le silence. Voilà pourquoi Sprechpause, qui témoigne des interrogations de trois étudiants en arts du début des années 1980, résonne encore aujourd’hui. Et avec force : qui a exploré, explore ou explorera la discographie d’un groupe qui a marqué au fer rouge quelques-unes des plus tristes années berlinoises, devra forcément faire une pause, même si cette pause devra accepter un peu de bruit : Sprechpause est celle-là.

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Die Tödliche Doris : Sprechpause
Fang Bomb
Edition : 2017.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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