Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

Inscription à la newsletter du son du grisli
suivre le son du grisli Fil RSS au grisli clandestin Contact

Peter Brötzmann Graphic WorksAu rapport : Rock In Opposition XParution : Du piano-épave de Ross Bolleter
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

France Sauvage : Le monde des doigts (Doubtful Sounds..., 2017)

france sauvage le monde des doigts

La pochette (signée Stéphane Batsal) du 33 tours (sorti sur une guilde de labels, comme le fut Jeux vocaux des bords de Dronne) donne le ton : Le monde des doigts des rennais de France Sauvage est placé sous le signe du collage ! Les doigts, c’est sans doute pour les échantillons (on appellera ça comme ça plutôt que « samples », « emprunts », « citations »…) de cette réédition vinyle d’un CDR enregistré et produit sur Larsen Commercial en 2009.

France Sauvage, c’était alors encore Arno Bruil (ordinateur, tourne-disque, électronique), Johann Mazé (batterie, percussions, samples, câbles), Manuel Duval (saxophone, échantillons, percussions) et Simon Poligné (et non Louvigné, au chant, clavier et platine, qui a maintenant quitté le projet). Une Nationale de la Concrète Clandestine (NCC) ou une Association d’Abstraction Debout (AAD)… Leur propos ? ... ou plutôt ce qu’ils promettent ? Eh bien, y’a qu’à voir les titres : nettoyage d’insectes, désenvoûtement et sauce samouraï…

Alors, forcément, quand on secoue le vinyle, il en tombe bien des choses : une guimbarde ou un crooner, un mini synthé et une machine à écrire, des colliers de tambours et même un éléphant. Et tout ça danse sans but mais avec plaisir d’autant que les musiciens suscités ajoutent leur grain de sel (des notes de saxophone, un rythme de batterie ou de l’électronique expérimentale). Cette aléatoire qui parade valait bien qu’on la réédite !

doubt16125

France Sauvage : Le monde des doigts
Tomaturj, Agraph’ Prod, Fougère, Doubtful Sounds, Fruqueupruk, Les Potagers Natures, KdB et Attila Tralala / Metamkine
Editions : 2009. Réédition : 2017.
LP : Le monde des doigts
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Peter Brötzmann : Graphic Works 1959-2016 (Wolke, 2016)

peter brötzmann graphic works

Internet a ceci d’étrange (et de charmant, parfois) qu’il permet plus d’espace et, proportionnellement peut-être, moins de temps. Pour parler musique, par exemple. C’est que l’espace permis est « virtuel » et encombré, en plus, de toutes ces évocations de disques que le « concret » nous impose. Alors, pour ce qui est des « pochettes » des disques en question…

Bien sûr, on aura déjà remarqué (et même goûté) qu’à ses beaux enregistrements Peter Brötzmann attache trois fois sur quatre de belles images de sa confection (Wolke in Hosen, I Am Here Where Are You, Long Story Short...). Cet ouvrage – livre de 366 pages publié à l’occasion d’une exposition organisée au Bimhuis, à Amsterdam – nous le redit et même insiste : la somme d’affiches, de couvertures de disques et de livres est incommensurable.  

IMG_20171018_174101

En fin d’ouvrage, on peut voir Brötzmann travaillant dans son atelier (piles de disques derrière, et verdure un peu aussi). On l’imagine autrement paisible, dans ces conditions, que lorsqu’il se donne en spectacle. C’est que dans l’encre et / ou la couleur, l’homme a trouvé un autre moyen d’expression – « sa typographie a des dents », dit David Keenan, l’une des plumes de l’ouvrage dont sont aussi Jost Gebbers, John Corbett, Lasse Marhaug, Karl Lippegaus ou Gérard Rouy (qui, il y a deux ans, avait publié avec Brötzmann un beau livre de conversations).

3

Habillement, Rouy fait remarquer que, contrairement à son ami Han Bennink, Brötzmann n’envisage pas sa création graphique tendant vers un but seulement artistique. Celle-ci doit en effet présenter une valeur informative, voire être « informativement » stupéfiante. Les innombrables affiches que le saxophoniste imagina pour le festival Total Music Meeting ou le Workshop Freie Musik le démontrent, comme les réutilisations qu’il fit pour ses disques de ses œuvres (aquarelles, sculptures, dessins, photos…). Allant au gré d’un énième trait épais, tamponnant parfois, Peter Brötzmann saisit ainsi d’une autre manière ce que lui propose l’instant. Bref, improviserait presque.

Peter Brötzmann : Graphic Works 1959-2016
EXTRAITS

Edition : 2016.
Wolke Verlag

Commentaires [0] - Permalien [#]

Thelonious Monk : Inédit (à paraître)

monk ponzio

Il nous l’avait promis, il avait dit qu’il le ferait, il n’en aura pas eu le temps. Mais aussi, que de temps perdu en concerts, des semaines au Five Spot et autres lieux, le monde entier visité, et pas qu’une fois, plusieurs, excusez ! Et composer des trucs bancals, qui parfois n’ont pas le bon compte, les 32 mesures réglementaires, mais un pont de 6 ou 6 et demi voire 7 mesures… Comment s’y retrouver ? Et rester assis à rêvasser en regardant la télé avec la cigarette au bec chez la Baronne, c’est une vie, ça ?

Je sais bien qu’on ne fait pas toujours ce qu’on veut, que la vie réserve des surprises, blah-blah-blah, mais alors là… manquer à ce point de parole, c’est impensable… Ce type n’est pas fiable, vraiment, il ne sait pas jouer du piano, il joue au fou, il tournicote sur la scène, il disparaît en coulisse pour se précipiter à l’abordage du clavier, état d’extrême urgence ; il porte un nom comme un accoutrement, comme il porte un chapeau. Pas un seul modèle de toute la chapellerie européenne, américaine, chinoise ou exotique qu’il n’ait posé sur son crâne. Et ses mains ? Vous les avez vues, ses mains ? Avec ces bagouses improbables qu’on dirait volées à Liberace, ce mouchoir – est-ce toujours le même qu’il trimballe du Birdland à la Salle Pleyel ?

Non, décidément, Monk ce n’est plus ce que c’était…

C’est à ce moment-là que je me réveille de ce cauchemar insistant. Voyons… Ah oui, c’est bien sûr, ça évoque naturellement le nombre de CD encore sous cellophane que je n’ai pas écoutés, sagement rangés sur leur étagère, et les vidéos parcourues mais jamais complètement, me les réservant « pour plus tard », quand viendra l’heure d’une improbable retraite. Que de trésors nous réservez-vous encore, Thelonious Monk ? Plein ? Chic, je m’y mets demain !

Jacques Ponzio © Le son du grisli

920x920

Jacques Ponzio est musicien, et même pianiste. Il est l'auteur de l'Abécédaire Monk, publié au printemps dernier aux éditions Lenka lente.

 

Commentaires [0] - Permalien [#]

>