Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Philippe Lauzier : Dôme (Small Scale Music, 2017) / A Pond In My Living Room (Sofa, 2017)

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C’est une bien belle cassette que ce petit Dôme. Voilà, c’est (déjà) dit. D’autant que la musique de Philippe Lauzier, je ne l’attendais pas spécialement, ni avec empressement ni au tournant. En plus, moi qui le croyais clarinettiste ou saxophoniste (je l’avais entendu avec Éric Normand ou avec Martin Tétreault et Pierre-Yves Martel dans XYZ), voilà qu’il débarque ce 31 juillet 2015 en installateur cithariste à laptop (et en short, une photo le prouve, ce ‘est pas moi qui invente)… Il faudra faire avec.

La cassette est jaune comme un soleil, et ce n’est pas pour rien. Car Lauzier vous décoche de ces rayons en manipulant ces cordes rattachées les unes aux autres, fantomatiques, crépitantes, bourdonnantes, sifflantes, déraillantes, en un mot : sciantes ! Que notre homme en pince pour les cordes, cela ne se discute pas. A tel point qu’il les arrache à leur nature, elles qui méritent plus que ces vieilles caisses de bois et de résonance, et les sublime dans ce qui ressemble à un fabuleux ballet électroacoustique. Est-ce assez d’éloge ? En tout cas, c’est bien la première fois que je me plains d’un coup de soleil.

En guise de pommade réparatrice, je conseillerai maintenant d’écouter d’une traite un autre enregistrement du même Philippe Lauzier, A Pond In My Living Room. Le disque est édité par Sofa et m’a donné à réentendre le musicien à l’instrument que je lui connaissais jusque-là, la clarinette basse. On connaît le genre de musique défendue par le label norvégien (d’Ingar Zach & Ivar Grydeland à Robin Hayward & Martin Taxt en passant par Kim Myhr), et Lauzier s’essayait donc au printemps 2016 à une acoustique d’un genre « réductionniste ». Pas tout à fait « réductionniste », pour tout dire, mais plutôt à strates drono-planantes sur fond « Bleu pénombre », pour reprendre le titre du premier morceau.

Tout au long de cette plongée en eaux troubles (de Pond à Water, c’est un CD de potomane ou je ne m’y connais pas en gueuze), Lauzier maîtrise son sujet. Sa clarinette oscille, c’est donc une clarinette sinusoïdale. Ses multiples remous (il y a parfois plusieurs clarinettes à la fois, celle-ci ou celle-là peut être reprise par un sampler ?) sont apaisantes. Sa technique de la clarinette (c’est bien ce que j’avais entendu avec Normand, Martel et Tétreault) est aussi impressionnante que son travail avec les cithares et le laptop. C’est dire (ou écrire).

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Philippe Lauzier : Dôme
Small Scale Music, 2017

Philippe Lauzier : A Pond In My Living Room
Sofa, 2017
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Bruno Fernandès : Vocations de l’ombre : Haino Keiji, Une autre voix / Voie du rock (Les Presses du Réel, 2017)

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« Guitarroriste », bluesman insulaire, dandy détaché des conventions… D’une brochure jadis tirée à une centaine d’exemplaires, Bruno Fernandès a fait un livre conséquent sur Keiji Haino et son œuvre. Et si, de l’aveu même de l’auteur, ce livre « ne se veut nullement exhaustif », sa composition n’en est pas moins habile et sa force évidente.  

Ainsi, Fernandès nous invite-t-il à pénétrer l’univers – l’utilisation de ce terme, pour le cas qui nous intéresse, n’est pas exagérée – de Keiji Haino par de nombreuses et différentes portes ou entrées. Au fil de la lecture apparaît un portrait cubiste du musicien dont les multiples facettes disent le parcours (l’harmonica d’abord, puis les débuts en Lost Aaraaff…), les influences (Blue Cheer, Doors, Pierre Schaeffer…), l’environnement (Fernandès nous conte une courte histoire du rock, du jazz et du noise  japonais), les goûts (pas de classique, pas de free si ce n’est celui d’Albert Ayler) et les diverses intentions (« le rock est enfoui en moi », dit Haino, ce qui ne l’empêcha pas de défendre de doux refrains sous le nom d’Aihiyo).

Pour aider peut-être à percer le mystère Keiji Haino, un disque a été glissé dans le livre. Trois enregistrements inédits (un solo studio daté du début des années 1990 et deux extraits de concerts donnés en 2001 et 2002) illustrent le vague à l’âme du créateur au son d’une ballade défaite, d’un rock garage (en duo avec le bassiste Yasushi Ozawa) ou d’une délicate pièce pour voix. Jadis, le saxophoniste Booker Ervin expliqua : « Il y a différents genres de blues, et je voulais simplement en jouer de différents. » Peut-être est-ce le même dessein qu’a toujours poursuivi Keiji Haino, qu’il continue de poursuivre aujourd’hui.

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Bruno Fernandès : Vocations de l’ombre : Haino Keiji, Une autre voix / Voie du rock
Les Presses du Réel, 2017
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

 

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Burkhard Beins, Lucio Capece, Martin Küchen, Paul Vogel : Fracture Mechanics (Mikroton, 2017)

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La rencontre date d’octobre 2014 : une radio étudiante de Lubiana (89.3 FM) recevait et enregistrait Burkhard Beins (caisse claire et objets, cithare sous EBbow et oscillateurs), Lucio Capece (saxophones soprano, enceintes sans fil et préparations), Martin Küchen (saxophone ténor, flute, radio et iPod) et son compagnon de Chip Shop Music Paul Vogel (je cite : « air from another planet contained in terrestrial glassware »). Elle paraît aujourd’hui sous le titre Fracture Mechanics.

Sur les quatre pièces du disque, les musiciens vont au son d’une improvisation (forcément) électroacoustique qui fait grand cas du ou des rythmes. Ainsi l’auditeur y pénètre-t-il au son de conversations ayant précédé cette prestation « on air » avant de faire face aux premiers graves de percussions diverses – on ne saura que rarement si la « percussion » enregistrée répond à l’agacement d’un instrument ou à celui d’un objet « quelconque ». Certes, l’environnement reste électronique mais les saxophones n’en démordent pas : une place leur est réservée dans ces labyrinthes de rythmes minuscules. Alors tiennent-ils une note quelques secondes durant ou en répètent une autre comme pour ramener le groupe à la raison : la musique n’est-elle qu’une suite de parasites tremblants ? de rythmes individuels que l’on se passe sous le manteau ? de raclements d’objets ou de craquements radio ?

D’une enceinte, perce soudain une voix d’un autre âge, c’est-à-dire d’un autre art musical : elle offre  un supplément d’âme à l’exercice électroacoustique partagé par quatre habitués du genre. Leur association, en plus d’être rare, est épatante.

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Burkhard Beins, Lucio Capece, Martin Küchen, Paul Vogel : Fracture Mechanics
Mikroton / Metamkine
Edition : Octobre 2014. Edition : 2017.
CD : 01/ Transubstantiation 02/ Pebble Snatch 03/ Pendentive 04/ Transmogrification
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Strotter Inst. : Miszellen (Hallow Ground, 2017)

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Depuis la fin des années 1990, Christoph Hess fait tourner ses platines sous pseudo Strotter Inst. La particularité est qu’il ne prend même plus la peine de déposer de vinyles sur ses machines tournantes et donc qu’il compose dans le vide. C’est d’ailleurs là que réside le mystère de sa techno minimaliste ou de sa rotobik envoûtante.

Maintenant, la particularité de Miszellen est de prouver que Strotter Inst. ne respecte rien, même par la particularité dont je viens de parler. Sur ce double LP, il puise en effet dans ses influences musicales pour s’en servir de matériau brut (de défrocage). C’est ce qui explique que ce nouveau Strotter Inst., eh bien, ne sonne pas tellement Strotter Inst. Il n’en est pas moins recommandable, car Hess y ouvre des boîtes qui cachent des boîtes qui cachent des boîtes…

Et c’est à force d’ouvrir tout ça qu’il habille ses structures élastiques, jonglant avec des samples qui donnent à ses atmosphères de nouvelles couleurs. Si ce n’est pas toujours convaincant (je pense au violoncelle qui a du mal à faire bon ménage avec l’électronique sur la plage Asmus Tietchens ou à la relecture de Darsombra) on trouve quelques perles sur ce disque, que ce soit dans le genre d’une strange ambient inspirée par Nurse With Wound ou Ultra ou quand il joue à la roulette sous les encouragements de RLW. L’autre grand intérêt de Miszellen est qu’il permet de dénicher des morceaux d’indus sur lesquels on ne serait peut-être jamais tombé sans les conseils avisés de Strotter Inst.


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Strotter Inst. : Miszellen
Hallow Ground
Edition : 2017.
2 LP : A1. AAADSTY : Spassreiz beim Polen (a miscellany about TASADAY) A2. ABDMORRS : Yaeh-Namp (a miscellany about DARSOMBRA) A3. ACEEH IMNSSSTTU : Artigst nach Gutem changiert (a miscellany about ASMUS TIETCHENS) – B1. BEEEENQU : Snijdende Tests (a miscellany about BEEQUEEN) B2. DEHIN NOR STUUWW : 105 Humorous Print Diseases (a miscellany about NURSE WITH WOUND) B3. GIILLMSS U : Juli enteist Jute (a miscellany about SIGILLUM S) – C1. 146DP : typisch CH-Hofpresse (a miscellany about P16D4) C2. AHMNOT : Ahnenreihe O.T. (a miscellany about MATHON) C3. EFOSTU : Acid Hang (a miscellany about FOETUS) - D1. LRW : Keilhirnrinde... (a miscellany about RLW) D2. ÄDEKL : Seismic Sofa Gang 44 (a miscellany about DÄLEK) D3. ALRTU : Mysterious Flowershirts (a miscellany about ULTRA)
Pierre Cécile © Le son du grisli

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