Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Neuköllner Modelle : Sektion 1-2 (Umlaut 2016)

neuköllner modelle sektion 1-2

Cette chronique est extraite du second numéro papier du son du grisli, qui paraîtra le 11 juin 2017 et peut être précommandé sur le site des éditions Lenka lente. Elle illustrera un long entretien avec le saxophoniste Bertrand Denzler.

Le 21 mars dernier à Paris, église Saint-Merry, on a pu apercevoir (et entendre, si l’on était motivé) Sven-Åke Johansson entre deux larrons en foire Sonic Protest. On sait le goût qu’a le batteur pour les standards, mais « Chante France ! », projet de réinterprétation d’anciens airs de variété française mené par Oliver Augst et Alexandre Bellenger, brilla surtout par la façon qu’il eut d’enterrer sous une insipidité rigolarde et satisfaite les multiples talents de leur invité. Etrange, pour leur spectateur, d’avoir à se poser la question suivante : comment, devant l’immense Sven-Åke Johansson, puis-je regretter Michel Delpech, voire Mike Flowers ?  

Le premier atout du trio Neuköllner Modelle – concert enregistré en 2015 à Berlin, Sowieso – est de nous permettre de revenir à Johansson dans des conditions moins éprouvantes et même, pour le dire dès à présent, idéales. A l’écoute de ces deux pièces improvisées, on imagine mal, en effet, retomber sur ce batteur au regard perdu qu’on avait envie de tirer par la manche jusqu'à un partenaire à sa mesure – Quentin Rollet, qui traînait par-là pour jouer ensuite en compagnie de Nurse With Wound, aurait été un excellent choix, mais passons. Sur cette référence Umlaut, donc, la compagnie n’est pas la même : Bertrand Denzler est au saxophone ténor et Joel Grip à la contrebasse. Et c’est autre chose.

D’autant que cette chose-là n’attend pas qu’on lui réponde par un sourire de connivence. Elle va plutôt à distance sur le balancement de deux notes de basse et des cymbales légères, puis « progresse » par paliers : ainsi le saxophoniste remet-il immédiatement sur le métier une phrase à peine terminée pour l’allonger un peu, la reformuler ou même la transformer. Dans une configuration qui pourra rappeler celle – ténor en lieu et place de l’alto, certes – de l’Ames Room de son camarade Jean-Luc Guionnet, Denzler entreprend l’improvisation d’une autre manière : non pas en déclinant un motif avec autorité d’un bout à l’autre de la pièce mais en tournant autour avec célérité. Jouant ici de l’attisement inhérent aux ruades de Johansson, là avec l’archet complice de Grip (c’est ici pourtant la première rencontre du trio), il compose en derviche inspiré. Pour preuve, Sven-Åke Johansson parlera ensuite de musique « d’une conceptualité toute nouvelle », c’est dire… et, cette fois, mérité. […]

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Neuköllner Modelle : Sektion 1-2
Umlaut
Edition : 2016.
LP : Sektion 1-2
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

 

 

présentation

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My Cat Is An Alien, Joëlle Vinciarelli : > Eternal Beyond > (Arsenic Solaris, 2016)

my cat is an alien joelle vinciarelli eternal beyond

Pas assez d’être deux, pour Maurizio et Roberto Opalio. Ni d’être frères, à en croire les rencontres opérées ces dernières années sur disques par My Cat Is An Alien : Jackie-O Motherfucker, Thurston Moore, Jim O’Rourke, Okkyung Lee et Christian Marclay… dans la série From the Earth to the Spheres ; plus récemment Keiji Haino, Mats Gustafsson, Steve Roden ou Nels Cline. Cette fois, c’est Joëlle Vinciarelli (Talweg, La Morte Young) qu’ils ont rencontrée, non loin du Village Nègre du Col de Vence.

Comme par enchantement, l’échange (quatre jours de studio) a accouché de rumeurs musicales qui, toutes, épousent le modelé karstique. Pétri de noire métaphysique – Nietzsche et Emily Dickinson auraient, apprend-on, pu faire bon ménage –, les musiciens remuent un instrumentarium hétéroclite (piano droit, percussions, pédales d’effets et autre électronique… en plus d’instruments à cordes de leur fabrication) comme en souvenir du temps qu’ils sont en train de passer ensemble : là, des cris d’angoisse, ici comme une récitation ; ailleurs, un cuivre en peine contre l’union de cordes pincées et d’un sifflement électronique.

A même le rocher, le trio sculpte puis trace des signes dans lesquels on craindra de voir l’expression d’une menace au lieu des chemins qu’ils sont. Qui mènent à quelque univers parallèle – où le Ciel et la Terre s’y rejoignent au son d’Albert Ayler, nous indique le titre des morceaux – sur un air de manège oublié. Des chemins qui dérangent l’harmonie du premier paysage, avant de l’avaler. 

R-9385413-1479642120-3455

My Cat Is An Alien, Joëlle Vinciarelli : > Eternal Beyond >
Arsenic Solaris
Edition : 2016.
LP : > Eternal Beyond >
Guillaume Belhomme  Le son du grisli

guillaume belhomme daniel menche d'entre les morts

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Alice Kemp : Fill My Body With Flowers And Rice (Fragment Factory / Erratum, 2017)

alice kemp fill my body

En 2013, en publiant Decay and Persistence, le label Fragment Factory mettait en lumière la pratique musicale d’Alice Kemp, pratique qu’une poignée d’enregistrements sous les noms d’Uniform ou de Defeatist avait eu du mal à faire émerger du lot toujours grandissant de pratiques expérimentales en tous genres pensées (ou rendues) aux quatre coins de la planète. Fait de différents bruits enregistrés à même le réel, son « théâtre concret » avait déjà ravi.

Avec Fill My Body With Flowers And Rice, qui regroupe des enregistrements datant de 2012 à 2015, la musicienne franchit un seuil, au point de provoquer un véritable intérêt. C’est, dans l’idée, une même façon de composer au moyen d’un matériau concret et d’atmosphères attrapées – au creux de l’une d’elle, un piano ou un couplet murmuré pourront se faire entendre, comme quelques sons empruntés à Rudolf Eb.er. Pour ce qui est de l’intention, elle est, de l’aveu même de Kemp, faite de fertilité et de déliquescence, de sexualité et de mort, de « sauvagerie » aussi. C’est, en conséquence, une étrangeté insaisissable qu’elle arrange là avec superbe.

Plongé dans l’obscurité d’un sous-bois, l’auditeur n’a d’autre réflexe que de tendre l’oreille. Déjà, des présences animales font impression : est-ce une nuée d’insectes qui survole une carcasse en décomposition quand un groupe d’oiseaux se garde bien de l’approcher ? Après quoi, c’est une voix tremblante qui se fait entendre puis un souffle que l’on croirait tiré d’un sommeil. Le noir est inquiétant, pas encore « érotique ». Un souffle l’y amène bientôt, tandis que le bois craque. Une autre inquiétude se lève alors ; mais, d’un bout à l’autre, la balade vaut la peine. Toutes les peines qu’on y trouve, même.

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Alice Kemp : Fill My Body With Flowers And Rice
Fragment Factory / Erratum
Edition : 2017.
LP : Fill My Body With Flowers And Rice
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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