Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


suivre le son du grisli Fil RSS au grisli clandestin Contact

Sortir : Sonic Protest 2017Interview de Jacques OgerLe son du grisli sur Twitter
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Dragonfly Breath : Live at the Stone (Not Two, 2016) / Yoni Kretzmer : Five (OutNow, 2016)

dragonflybreath live at the stone

C’est une réduction de fanfare qui, dès l’ouverture du concert qu’elle donna le 24 novembre 2015 – dans le cadre des célébrations du soixantième anniversaire de Steve Swell organisé un week-end durant au Stone, New York –, vola en éclats. Non pas sous l’effet du souffle du dragon, mais sous celui du troisième passage de la libellule – nulle trace du second, quand le premier avait paru déjà sur Not Two.

C’est dire la puissance du trombone et celle des saxophones de Paul Flaherty. Les beaux éclats chassés par un solo de batterie – les coups de Weasel Walter sont étouffés, est-ce dû à la prise de son ? –, l’improvisation perd en intensité. Mais c’est l’histoire de quelques minutes seulement. L’archet vindicatif de C. Spencer Yeh, les expérimentations de Swell (qui pourra par exemple donner l’impression de se noyer dans son instrument) et l’affront avec lequel Flaherty « challenge » ses partenaires ont certes battu en retraite, mais une retraite qui n’en est pas moins trublionne.

dragonfly breath

Dragonfly Breath III : Live at the Stone: Megaloprepus Caerulatus
Not Two
Enregistrement : 24 novembre 2015. Edition : 2016.
CD : Live at the Stone: Megaloprepus Caerulatus
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

yoni kretzmer five

C’est un autre orchestre miniature qu’emmène Yoni Kretzmer sur cinq compositions personnelles : quintette dans lequel on retrouve Swell aux côtés de Thomas Heberer, Max Johnson et Chad Taylor. Marqué davantage par le blues, on croirait parfois entendre le Vandermark 5 allant entre unissons décidés (belle association cornet / trombone) et quartiers libres. A défaut d’être originales, les compositions de Kretzmer ont le mérite de permettre à son jeu de ténor de démontrer qu’il tient la route sur laquelle tracent ses quatre partenaires.

kretzmer-five

Yoni Kretzmer : Five
OutNow
Enregistrement : 22 juillet 2015. Edition : 2016.
CD : 01/ July 19 02/ Quintet I 03/ Quintet II 04/ Feb 23 05/ For DC
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Flaming : Flamingo (Barefoot, 2016)

flamingo flamingo

Affronter l’horizontalité ne fait aucunement peur à la clarinette contrebasse de Chris Heenan, à la contrebasse d’Adam Pultz Melbye ou à la caisse claire de Christian Windfeld. Au contraire, elles y élisent domicile, en fouillent tous les recoins, filtrent quelques louches de sensible. Ici, on lustre le cercle, on craquelle la peau, l’anche grince, les balles rebondissent, l’archet frôle plus qu’il ne percute.

Plus tard, tous abandonneront l’horizon pour la strie, les césures vagabondes : la clarinette contrebasse se gargarisera de souffles parasites, s’y développeront fiels et griefs, bruissements d’ailes. Puis, animés par leur profonde nature, reviendront à la ligne droite.

flamingo

Chris Heenan, Adam Pultz Melbye, Christian Windfeld : Flamingo
Barefoot Records

Enregistrement : 2015. Edition : 2016.
CD : 01/ Life Is Nothing But Trading Smells 02/ Stepchild of Living Languages 03/ The Void Beneath 04/ Horizontal Fold 05/ Attention Filter
Luc Bouquet © Le son du grisli

 

Commentaires [0] - Permalien [#]

Jürg Frey : String Quartet no. 3 / Unhörbare Zeit (Wandelweiser, 2015)

jürg frey string quartet 3

C’est un ballet délicat qu’a composé Jürg Frey et qu’interprète ici le Quatuor Bozzini – en 2004, les mêmes musiciens enregistraient, du même compositeur et pour le même label, Strings Quartets – et qui l’oblige même. Est-ce que String Quartet no. 3 (2010-2014), avec cet air qu’il a de respecter les codes, manipule en fait ses interprètes ?

Dans un même mouvement, voici les cordes s’exprimant avec précaution puis allant et venant entre deux notes enfin dérivant au point de donner à leur association des couleurs d’harmonium. C’est que le vent emporte les archets et que les cordes, fragilisées par son passage, adoptent une tension dramatique qui n’est pas sans évoquer celle du Titanic de Bryars

En compagnie des percussionnistes Lee Ferguson et Christian Smith, le quatuor interprète ensuite Unhörbare Zeit, suite de séquences instrumentales interrompues par des silences de plus en plus longs, et donc influents. Le flou artistique que respectent les violons ne leur impose aucun contraste : ils vont ensemble sur un battement sourd ou s’expriment d’un commun accord sur des paliers différents. Et c’est encore en instrument à vent qu’ensemble ils se transforment. Puisque Jürg Frey a changé l’air que les musiciens respirent en soufflantes partitions.

écoute le son du grisliJürg Frey
String Quartet no. 3 (extrait)

jürg frey

Jürg Frey : String Quartet no. 3 / Unhörbare Zeit
Edition Wandelweiser
Enregistrement : 11-13 mai 2015. Edition : 2015.
CD : 01/ String Quartet no.3 02/ Unhörbare Zeit
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Automatisme : Momentform Accumulations (Constellation, 2016)

automatisme momentform accumulations

Derrière Automatisme se cache un homme (du moins, un Canadien) : William Jourdain. M. Jourdain est un producteur adepte de l’autoproduction – un autoproducteur, en somme – mais cet album sort sur Constellation. C’est donc une présentation de son travail électronique (electronica, rhythm, ambient, drone…) depuis 2013 bien qu’il soit actif depuis le milieu des années 1990.

Le rythme est toujours bien présent sur les six morceaux choisis et le minimalisme en semble le fil rouge. L’écoute n’est pas désagréable et quelques sons de basse valent le coup d’oreille, mais on ne trouve pas grand-chose de neuf là-dedans. Du post (voire du sous) Alva Noto / Four Tet / Kruder & Dorfmeister / Pole… Peut-être pas suffisant pour le moment…


automatisme

Automatisme : Momentform Accumulations
Constellation
Edition : 2016
CD / LP / DL : 01/ Transport 1 02/ Simultanéité 3 03/ Transport 2 04/ Sumultanéité 1 05/ Transport 3 06/ Simultanéité 4
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Ingar Zach : Le stanze (Sofa, 2016)

ingar zach le stanze

C’est avec une mesure, et même une parcimonie, qui rappelle celle de son aîné Fritz Hauser qu’Ingar Zach documente son travail en solitaire. Gran cassa, éléments de batterie, autres percussions et un peu d’électronique – à laquelle fait surtout appel la dernière des quatre pièces de Le stanze – lui permettent de composer ici, de différentes manières.  

Quatre tableaux d’inspiration italienne : La buggia dello specchio et Il battito del vichingo, qui conjuguent le pas d’un métronome pressé aux recherches, parfois indolentes, d’un rythmicien qui a sur lui toujours un temps d’avance ; L’inno dell’ Oscurità, qui ronronne entre deux silences et puis balance avec force ; È solitudine, enfin, qui soumet une caisse claire à une persistance électrique tenace jusqu’à ce que claque un terrible coup de grosse caisse.

Quatre pièces sur lesquelles le retentissement – le contrecoup – a un rôle indéniable, qu’il se souvienne, pour le sublimer, d’un geste que Zach a intentionnellement abandonné, qu’il s’empare d’un dernier rebond pour en faire la première note d’un chant d’envergure, qu’il transforme en battement grave le tintement régulier d’un triangle… Ce n’est donc pas la magie qui opère à chaque fois, mais bien l’art qu’a Ingar Zach de changer l’endroit qu’il est venu remuer en exceptionnelle caisse de résonance.

le stanze

Ingar Zach : Le stanze
Sofa
Enregistrement : 2014-2015. Edition : 2016.
CD / LP / DL : 01/ La buggia dello specchio 02/ Il battito del vichingo 03/ L’inno dell’ Oscurità04/ È solitudine
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Music as Dream: Essays on Giacinto Scelsi (Scarecrow Press, 2013)

music as dream essays on giacinto scelsi

L’ouvrage est collectif et a pour sujet Giacinto Scelsi. Bien, mais lequel ? Car derrière la possibilité d’un compositeur (« méditateur », préférait-il) dont l’aura dépasse celui de tous les autres, il y aurait – il y a – d’autres figures. Celles de Cage, Sciarrino, Bussotti ou encore celle des compositeurs de la Nuova Consonanza… que l’on entend dans ce livre, d’abord ; celles de ses « collaborateurs », ensuite.

Car Scelsi avait un goût pour le mystère, et un autre pour le partage, même en composition. Des bribes rapportées de sa correspondance avec Walter Klein disent l’importance de ce dernier dans son œuvre. Avant lui il y eut Giacinto Sallustio, et après, peut-être, ce Richard Falk sur lequel l’un des rédacteurs du livre a sérieusement enquêté. Passée l’influence sur la musique de Scelsi de l’expressionnisme américain et dépassée la question de la paternité de ses œuvres, reste une évidence : la difficulté qu’on éprouve à en faire l’analyse, à saisir une respiration qui leur est propre, à interpréter aussi une musique qui a été « dictée » – lire la brillante contribution de Sandro Marrocu, « The Art of ‘’Writing’’ Sound ».

Passionnant en conséquence, l’ouvrage ne fait cependant qu’approfondir le mystère en question. Non, Scelsi n’était pas cette figure à part, ce créateur isolé ; plutôt plusieurs figures en une, plusieurs créateurs isolés en un. « Notre art est fait de mystère, et ce n’est de l’art qu’à cette condition », écrivait, bien avant Giacinto Scelsi, Puvis de Chavannes.

tumblr_nffphhspPV1rb47qeo3_1280

scelsi

Franco Sciannameo, Alexandra Carlotta Pellegrini : Music as Dream. Essays on Giacinto Scelsi
Scarecrow Press
Edition : 2013.
Livre : Music as Dream. Essays on Giacinto Scelsi
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

 

Commentaires [0] - Permalien [#]

Jason Sharp : A Boat Upon Its Blood (Constellation, 2016)

jason sharp a boat upon its blood

La dernière fois que j’ai écouté un CD Constellation, c’était un Coin Coin de Matana (et encore, j’avais été forcé). Mais la dernière fois avant cette dernière fois là ça devait encore être dans les années 1990. J’ai pris du retard, d’accord, mais je ne compte pas le rattraper. Ceci étant, en déballant A Boat Upon Its Blood (inspiré par le poète Robert Creeley) du touche-à-tout Jason Sharp qui sévit aussi dans le Land of Krush de Sam Shalabi, j’étais quand même curieux…

Je ne sais pas grand-chose de ce Sharp canadien et en cherchant à en apprendre eh bien j’apprends qu’il est joueur de saxophones (basse et baryton), qu’il a improvisé sur scène avec Malcolm Goldstein ou Lori Freedman et a joué en première partie de Peter Brötzmann ou David S. Ware. Ce qui fait que je m’attends en gros à un Colin StetGustafsson de plus (en fait, je me rends compte que j'ai entendu pas mal de disques Constellation ces derniers temps ! sorry).

Or voilà que non. Le cœur amplifié (oui oui), Sharp échange son sax de temps en temps pour un synthé ou alors il le plaque à une caisse claire tenue à la verticale pour faire tout autre chose. Une sorte de musique psychédélique, très rythmée (par des basses profondes) et parfois bruyante, qui tient autant du minimalisme dronant que du post-rock le plus abrasif. En prime, on a la pedal steel guitar de Joe Grass, le violon de Joshua Zubot, les micros de l’Architek Percussion et la drum machine de Jesse Zubot. Malgré le trop de violon(sss) sur la fin, ça valait bien le coup de retrouver l’écurie Constellation.

a boat upon its blood

Jason Sharp : A Boat Upon Its Blood
Constellation
Edition : 2016.
CD / LP / DL : A Boat Upon Its Blood
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Sylvain Guérineau, Itaru Oki, Kent Carter, Makoto Sato : D’une rive à l’autre (Improvising Beings, 2016)

sylvain guérineau itaru oki kent carter makoto sato d'une rive à l'autre

Ils n’y peuvent rien mais peuvent tout : le free jazz coule dans leurs veines. Et ce, depuis longtemps déjà. Et même s’ils sont passés par d’autres sphères, rarement relayées par les médias, Sylvain Guérineau, Itaru Oki, Kent Carter et Makoto Sato aiment à voguer librement, toutes voiles dehors. Avec de vrais morceaux de Trane-Cherry ici. Et alors ? Que faire ? Les ficher S sur le Code pénal de la critiquature ?

Ici, entendre le ténor se lover au cœur d’une contrebasse grouillante, sentir la timide et essentielle sourdine du trompettiste titiller le saxophoniste, entendre le batteur déstructurer la pompe du contrebassiste, aimer ces cuivres chauffés à blanc, retrouver ces phrasés lancés à même le sensible. Oui, c’est ça : fichés S. S comme superbe !

ib48_cover

Sylvain Guérineau, Itaru Oki, Kent Carter, Makoto Sato : D’une rive à l’autre
Improvising Beings / Orkhêstra International
Enregistrement : 2015. Edition : 2016.
CD : 01/ Terre-Neuvas 02/ Bateau phare 03/ Récif 04/ Le rideau de mer 05/ D’une rive à l’autre
Luc Bouquet © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Bi-Ki ? : Quelque chose au milieu (Circum-Disc / BeCoq, 2016)

bi-ki jean-luc guionnet quelque chose au milieu

Comme en promenade, Jean-Luc Guionnet a enregistré les saxophonistes Sakina Abdou et Jean-Baptise Rubin dans différents endroits (piscine, église, autoroute…) de Lomme, près de Lille, au printemps 2014. Pour avoir en plus signé montage et mixage du disque Quelque chose au milieu, il serait davantage que ce tiret qui fait tenir ensemble le « Bi » et le « Ki » du nom de ce duo d’altos.

Que l’on avait pu entendre respectivement dans Eliogabal et Louis Minus XVI, deux de ces innombrables formations qui jouent avec les styles et les références sans rien en faire de neuf, ni même d’intéressant. Ensemble, Abdou et Rubin se disent cependant préoccupés par l’espace dans lequel ils jouent, ce dont ce travail tenait à rendre compte : « l’objectif de ce disque est de donner à entendre une multiplicité de ‘’points d’écoute’’ de la musique du duo ».

Le choix de Guionnet est judicieux, d’autant que son implication – celle qu’il arrive à faire entendre dans le même temps qu’il cherche à se fondre dans le paysage – change la donne d’un projet qui, de notes en suspension en discordances mesurées – interprétations et improvisations ici se confondent – se serait peut-être contenté de rebondir sur un bas-relief ou de se glisser dans une conversation de plus. Or, voici nos deux aérophones changés en Urban Sax miniature, qui font acte de présence en jouant des airs et des rumeurs, certes, mais font plus forte impression encore en lançant une horde d’aigus à l’assaut des habitués du marché de Lomme (SIb, C3/C5). C’est une belle façon de faire avec l’espace aussi que de s’exprimer dans l’intention de le faire taire.


biki

Bi-Ki ? : Quelque chose au milieu
Circum-Disc / BeCoq / Les allumés du jazz
Enregistrement : 14-19 avril 2014. Edition : 2016.
CD : 01/ SIb église 02/ Zoom marché 03/ Diabétiques s’abstenir marché 04/ Tenues autoroute 05/ Minuscule église / hôtel de ville 06/ SIb hôtel de ville 07/ C3/C5 église 08/ Attaques inversées autoroute 09/ SIb marché 10/ aBto 3am autoroute 11/ Grand bassin / Attaques inversées piscine 12/ C3/C5 marché
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Rock In Opposition [2016] : Carmaux, du 16 au 18 septembre 2016

rock in opposition septembre 2016

RIO : Rock in Opposition – ma première visite, en cette 9e édition. L’intitulé de ce festival interpelle* : né à la fin des années 1970 (cela ne nous rajeunit guère), il regroupait quelques formations musicales européennes en marge  des structures de diffusion de l’époque. Pas uniquement musical, ce mouvement était aussi politico-économique… Le contexte de ce festival n’est évidemment plus le même – même si je doute que cet environnement se soit amélioré, bien qu’Internet puisse offrir d’autres structures de diffusion. La musique ? Globalement, à la lecture des programmes des années précédentes, et de celui de cette année, il y a certes des affinités, des convergences, un esprit hérité du mouvement né il y a 40 ans. Art Bears, Guigou Chenevier (l’année dernière avec Rêve Général), Art Zoyd, Présent, Chris Cutler (encore cette année !), Haco y ont été (ou y sont) présents. Des convergences plus proches que les programmes des dernières éditions du festival MIMI (si l’on réduit le terme à une approche  musicale au-delà des identités stylistiques variées : Samla n’était pas Macromassa, qui n’était pas Stormy Six, ni Univers Zéro…) plus ouvert vers certains autres univers musicaux.

RIO, ce fut aussi pour moi revoir des têtes côtoyées il y a plus de 25, 30 ans, entre journalistes italiens (hello  Alessandro!, hello Paolo!), anciens membres d’Intra-Musiques des années 1980, sans parler des musiciens qu’on a toutefois rencontrés plus souvent et plus récemment dans d’autres contextes. Le public ? Une moyenne d’âge assez élevée. On rencontre à la Maison de la Musique du Cap Découverte pas mal de quinquagénaires et de sexagénaires** (bref, ceux qui avaient entre 20 et 30 ans au moment de l’historique RIO…). Mais aussi, heureusement, des plus jeunes (peut-être particulièrement pour Magma, concert pour lequel il y eut un public plus fourni !). RIO, c’est aussi une audience cosmopolite. Alors que le public de MIMI est devenu de plus en plus local (Marseille et sa région, à près de 75%), ce Rock In Opposition attire des Polonais, des Russes, des Mexicains, beaucoup d’Italiens et d’Allemands, et ceci, hors d’une période estivale favorable à la transhumance. Les musiques entendues durant ce weekend de fin d’été (11 formations en 3 journées) alternaient (en les mêlant parfois) des tenants de la scène RIO historique et des pousses plus récentes, sinon plus jeunes.

DSC00747

Vendredi 16 septembre

No Noise No Reduction : un trio de trois saxophones (deux basses, un baryton : Marc Démereau, Marc Maffiolo et Florian Nastorg) qui rappelle le quartet allemand Deep Schrott – des arrangements de thèmes destinés à combiner des sonorités particulières, forcément sombres, aux structures complexes mais aussi minimal (tel le troisème titre), intégrant, ici, RIO oblige, une reprise de This Heat (Horizontal Hold), utilisant parfois la voix. Peut-être la formation récente la plus intéressante, susceptible d’émarger dans d’autres contextes, davantage liés aux musiques plus improvisées.
Pixvae : ce groupe franco-colombien propose un ethno-tribal rock, un peu funky, intégrant des musiques colombiennes diverses, entre celles issues de la côte atlantique de la Colombie, afro-colombienne, ou celle rattachées davantage à la tradition amérindienne issue de la Colombie du Sud Pacifique (dont les rythmes furent distillés le cununo, sorte de bongo colombien servi par Jaime Salazar et les guasàs de deux chanteuses) et une assise rock assez sombre servie notamment par la guitare baryton de Damien Cluzel, et le sax baryton de Romain Dugelay), nourrie aux musiques savantes (Xenakis, Messiaen).
Haco & Nippon Eldorado Kabarett : j’ai toujours eu un attachement à la musique de Haco et d’After Dinner et revoir la musicienne japonaise près de 30 ans après son passage à la 2e édition de MIMI en 1987 fut une des raisons qui m’attirèrent en ce lieu. D’autant plus qu’elle y était accompagnée par des musiciens italiens, et particulièrement Giovanni Venosta, toujours inspirés par l’esprit RIO**, à l’origine de ce projet visant à relire une musique japonaise plus ou moins dadaïste, nourrie d’after-rock, de folk que pratiquaient alors After Dinner, Wha Ha Ha ou le Haniwa All Stars. Un moment musical délicieux, où l’on notait plus particulièrement la capacité d’adaptation de la voix de la chanteuse italienne aux divers types de chant nippon.  

DSC00784

Samedi 17 septembre

Cicala Mvta (cigale muette) : une formation de  sept musicien(ne)s (percussion/koto, clarinette, trompette, sax, tuba, batterie, guitare) proposa d’emblée en ouverture une sorte de fanfare / musique de rue japonaise, mais intégrant des apports musicaux occidentaux chers à son leader et saxophoniste Wataru Ohkuma (il a écouté, au-delà du post punk britannique, Faust, Henry Cow, Soft Machine, EFL, Magma, jazz d’avant-garde) et rythmée par la batterie de Tatsuya Yoshida (Ruins, duo avec Pinhas…), le ching-dong (sorte de batterie portative pour musique de rue) de Miwazo Kogure. La construction des pièces, assez hybrides, privilégie par moment l’aspect fanfare (telles l’entrée et la sortie de scène !) mais bénéficie souvent d’arrangements plus complexes qui intégrèrent même, un cours moment, des sonorités à la Residents. Un moment à la fois ambitieux et festif.
Jump for Joy! : ce fut, d’après une auditrice, une vision du chaos. La formation l’assume. Du moins dans une de ses facettes, celle qui est proche du dilettantisme exubérant qualifié de théatralo-bruitiste (dixit Jean-Hervé Péron, concernant Zappi Diermaier, voire Geoff Leigh). Une facette confrontée à une musique plus ciselée, précise et virtuose (dont Chris Cutler, Yumi Nara et Géraldine Swayne seraient les titulaires). Dichotomie que l’on retrouve entre les deux batteurs (Zappi, Chris), les deux claviers (le piano, parfois préparé et l’orgue), dans le jeu de Geoff Leigh, sorte de ludion aux effets électroniques et aux vents, voire dans celui de Jean-Hervé Péron. Ce fut un moment intense et prometteur, attendu ardemment et davantage que celui qui allait suivre, du fait de ses tournées régulièrement programmées sur toutes les scènes françaises. A savoir...
Magma : proposant deux longs sets (Theusz Hamtaahk, MDK) : le premier péchait pendant un instant d’une approche trop brouillonne (la guitare surtout mais aussi le son d’ensemble avant de continuer et s’achever dans une prestation bien huilée), le second parfait, incluant une digression vocale du sieur Christian Vander. On peut toutefois souhaiter un renouvellement du répertoire, et non seulement une relecture de quelques pièces d’anthologie par un line-up renouvelé autour de Vander. Et pourtant on ne peut s’empêcher d’y adhérer…
Richard Pinhas : ici accompagné d’un jeune batteur, Arthur Narcy (qu’il côtoie depuis deux ans !), fut égal à lui-même. Véhiculée par le rythme haletant voire incandescent de la batterie, la musique du guitariste / électronicien imposa ses fresques envoutantes nourries de delay, de guitare aérienne.

DSC00823

Dimanche 18 septembre

Moins nombreux que la veille, le public m’a paru un peu plus jeune, notamment pour...
Uz Jsme Doma : avec cette formation tchèque, que je suis depuis son deuxième enregistrement en 1991 (Nemilovany Svet, et son parfum Etron Fou Leloublan), j’ai toujours le même problème : les concerts apparaissent trop basiques (trop rock peut-être ?) : guitare / basse / batterie. Et parfois proche de la saturation sonore, occultant ainsi les nuances. Il y a toutefois la trompette, (troquée un instant contre une flûte) qui apporte une coloration autre, mais sans atteindre la diversité de la palette sonore des enregistrements studio (souvent une dizaine d’invités). Enfin  on ne peut pas dire qu’ils n’assurent pas, nos quatre compères !
Apollonius Abraham Schwarz : un trio helvète guitare / basse / sax aux accents free, à la sonorité sombre et tellurique, au discours parfois déstructuré et tourmenté à souhait, quoiqu’un peu bavard ! Intéressant. Une musique qui peut s’inscrire à la fois dans l’esthétique RIO, facette Univers Zero & Co, et dans les musiques improvisées. A suivre, notamment à travers un enregistrement programmé pour novembre.
Upsilon Acrux : ce sont des musiciens originaires de Los Angeles, avec notamment des Américains d’origine japonaise. Au centre de la scène, deux batteurs, à ses extrémités deux guitaristes, un claviériste se glissant presque subrepticement. La musique ? Du métal progressif (?), un déluge de sons saturés d’effets fuzz, de distorsions (on pense à certaines outrances sonores de Keiji Haino !) boostés par la frappe des deux batteurs. Cela pouvait être pénible, cela pouvait aussi amener à la transe !  
Half the Sky : sans doute le concert le plus attendu. Celui du bonheur, celui de l’émotion. Avec une fidélité certaine à la musique de Lindsay Cooper. Certes, il y avait Chris Cutler, également Dagmar Krause, comme garantie. Cette fidélité à l’esprit de la défunte bassoniste fut la volonté de l’ensemble de la formation, à travers les arrangements (en partie réalisés en amont par Zeena Parkins, absente !). Aux côtés des anciens partenaires de Lindsay officiaient Yumi Nara (claviers), la britannique Chlöe Herington (basson, mélodica, saxophone soprano), et trois des musiciens de Cicala Mvta (koto, ching-dong, saxophone alto, clarinette, basse). Le concert qui justifiait à lui seul le déplacement dans le Sud-Ouest. Nostalgie ? Oui, et je le revendique.

Bref, pour mon premier RIO tarnais, je suis venu, j’ai vu (et écouté) et j’ai été convaincu.

Pierre Durr (textes & photos) © Le son du grisli

DSC00754

 * plus ou moins contesté par Ferdinand Richard, membre d’Etron Fou Leloublan, groupe qui fit partie de ce mouvement.
** c’est aussi le cas au festival de musiques contemporaines Musica de Strasbourg, mais sans les t-shirts Faust, Gong, Magma, etc.
*** comme en témoigne l’Altrock Chamber Quartet « sonata islands goes RIO » ALTROCK ALT028 – 2012

Commentaires [0] - Permalien [#]

>