Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Lettre ouverte de Joëlle Léandre aux Victoires du jazzle son du grisli #3Conversation de John Coltrane & Frank Kofsky
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Ugo Boscain, Fred Marty : Estasi (Creative Sources, 2015)

ugo boscain fred marty estasti

Ugo Boscain (clarinette contrebasse) & Fred Marty (contrebasse) : l’alliage des graves. Fondations solides. Résistent aux secousses sismiques. Soubresauts d’archet et lignes claires des deux. Tout est affaire de contrebasse : en cordes ou en anches. Peurs ancestrales et cavernes résonantes. Cérémonie joyeuse pourtant.

Ugo Boscain & Fred Marty : cherchent l’écho des silences. Raclent et raclent encore. Effraient l’unisson. Réfléchissent l’espace (église de Gauriac, Gironde). Exhalent. Ugo Boscain & Fred Marty : larges voiles. Chant profond des entrailles souterraines. Sauvages jusque dans la tendresse. Marche dodécaphonique. Jeu(x) se découvrant peu à peu. Ugo Boscain & Fred Marty : ne mentent jamais.



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Ugo Boscain, Fred Marty : Estasi
Creative Sources / Metamkine
Enregistrement : 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Orgasmo non apofantico 02/ Spazio in attesta 03/ Materia obscura 04/ L’amore dodecafonico 05/ La nascita del grido
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Morton Feldman, Erik Satie, John Cage : Rothko Chapel (ECM, 2015)

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Comme Tempo, c'est à Houston – mais à la Shepherd School of Music – qu’a été enregistré ce répertoire Feldman / Satie / Cage sous la direction de Robert Simpson. Parce qu’il est possible à leurs atmosphères de s’accorder, dix pièces composent là un programme qui impressionne, d’autant que les relectures peuvent parfois surprendre.

Voici ainsi Rothko Chapel abandonnant ses flottements pour une allure plus volontaire, que dirigent et modèlent les savantes percussions de Steven Schick sous l’archet de Kim Kashkashian ; certes plus entendu, le piano de Sarah Rothenberg récite ses Gnossienne, mais il peut aussi alterner subtilement avec les voix du Houston Chamber Choir qui servent Cage avec une passion épatante (sur Four₂, ear for EAR (Antiphonies) et Five). Voilà longtemps qu’ECM n’avait pas publié un disque, en somme, si cohérent.

rothko chapel

Morton Feldman, John Cage, Erik Satie : Rothko Chapel
ECM / Universal
Enregistrement : 22-23 mai 2012 & 1-2 février 2013
CD : 01/ rothko Chapel 02/ Gnossienne No. 4 03/ Four₂ 04/ Ogive No. 1 05/ ear for EAR (Antiphonies) 06/ Ogive No. 2 07/ Gnossienne No. 1 08/ Five 09/ Gnossienne No. 3 10/ In a Landscape
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Mural : Tempo (Sofa, 2015)

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S’il aura fallu trois disques à Mural pour documenter leur troisième apparition à la Rothko Chapel – on se souvient de ce récent Live –, c’est que celle-ci dura quatre heures. Le 27 avril 2013, Jim Denley, Kim Myhr et Ingar Zach invitèrent le public à aller et venir, voire à disparaître, en musique.

S’il ne dit rien de la première heure, cet enregistrement donne à entendre les trois autres comme elles se sont succédées. A la seconde, l’ivresse gagne déjà quand la cithare se lève après avoir longtemps cherché comment tenir sur les graves plateaux que remuent lentement les instruments à vent et la gran cassa. La musique tourne, mais parfois le silence la subjugue : après chaque arrêt, frottements, premiers souffles et frémissements doivent repartir de zéro.

Les musiciens peuvent alors choisir de se désolidariser : maintenant à la guitare, Myhr insiste quand, à la flûte, Denley peut éclater : la musique n’est plus atmosphérique, trois individualités s’y expriment avant de retourner à la rengaine commune. On y verra l’effet du bel art de Zach qui, au son de cymbales qui grincent et cinglent même, ramène le trio sur le chemin qu’il connaît et refait sans cesse avec bonheur : celui de la flâneuse pulsation chromatique.



tempo

Mural : Tempo
Sofa
Enregistrement : 27 avril 2013. Edition : 2015.
3 CD : CD1 : 01/ Second Hour – CD2 : 01/ Third Hour – CD3 : 01/ Fourth Hour
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Joe McPhee : Zurich (1979) (Astral Spirits, 2015)

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Après Roaratorio (Solos: The Lost Tapes), c’est au tour d’Astral Spirits – label jusque-là dédié au format cassette – de consigner sur vinyle (une face) un ancien solo de Joe McPhee. Enregistré le 12 mars 1979 à Zürich, sans que l’on sache dans quelles conditions.

Au saxophone ténor, le musicien prend d’abord ses précautions. A peine a-t-il eu le temps de développer un court schéma mélodique qu’une trame a déjà fait son apparition, sur laquelle il déposera des spirales descendantes ou des paquets de notes balançant. Ailleurs, c’est la même trame qu’il bouleverse à coups d’interventions toujours riches de propositions, quand elles ne sont pas « simplement » surprenantes.

Ainsi, un nouveau motif peut naître, que McPhee fait tourner – pour ne pas dire danser –, écorche un temps puis soigne à nouveau. Une fois de plus, il y a là à entendre les effets d’une émulation aussi forte que celle qui émane des plus belles rencontres. Et qui nous pousse à aller inspecter le silence de la seconde face histoire de se convaincre qu’un dernier motif n’y a pas été caché.



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Joe McPhee : Zurich (1979)
Astral Spirits / Mononofus Press
Enregistrement : 12 mars 1979. Edition : 2015.
LP : A/ Zurich (1979)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

 

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Phill Niblock : THIR (Von Archives, 2015)

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Il y a un DVD là-dessous (THIR, de Phill Niblock, qui date de 1972), qu’il faudrait regarder en même temps qu’on écoute cette BO de drôle de film expéri-environnemental signée du même homme (d’époque ? d’il y a quelques semaines ? les deux, à ce que j’ai cru comprendre…).  

Regarder ces clichés qui se succèdent à l’image, c’est déjà risquer un voyage. Et quand la musique s’en mêle, le voyage nous emmène plus loin encore. La faute à ces couches d’instruments, à ces légères dissonances, à ces successions de voix (la nature de l’instrument que l’on entend nous échappe presque partout)…

On aurait tort d’essayer de raccrocher les wagons et de se contenter d’accoler le nom de Niblock à ceux de Landry ou de Riley. Comme on aurait tort de ne flairer que le document. Non, ce Niblock là n’est pas un Niblock de plus, c’est un Niblock historique et en même temps une belle nouveauté !



niblock

Phill Niblock : THIR / Ten Hundred Inch Radii (1972-1975)
Von Archives
Enregistrement : 1972. Edition : 2015.
DVD : 01/ THIT / Ten Hundred Inch Radii (1972)
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Jamie Drouin : Attraction (Rhizomes, 2016)

jamie drouin attraction

Derrière Attraction – je cite : « an audio work intended for repeat playback in a room with two speakers positioned at least 5 feet (1,5 meters) apart » –, Jamie Drouin compose dans un espace-partenaire, qui lui renvoie son premier matériau.   

Et c’est une suite de sons tenus qu’il fait naître, qu’il entretient et berce, qu’il sculpte et arrange enfin – alors les longues lignes tremblent, les signaux se distancent lorsqu’ils ont fini de se chevaucher – avec une vigilance qui met au jour l’intérêt qu’il porte au son. Plus encore qu’attractive, sa démonstration est accaparante.



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Jamie Drouin : Attraction
Rhizome∙s
Edition : 2016.
CDR : 01/ Attraction
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Suboko, Ute Völker : Le lune, la soleil (Ritte Ritte Ross, 2015)

suboko ute völker le lune, la soleil

Après avoir improvisé en 2009 avec Carl Ludwig Hübsch et Roland Spieth (K-Horns), les trois percussionnistes sur objets divers de Suboko (DJ Bouto, Laurent Berger ou Regreb, Pascal Gully ou Yllug) sont retournés à l’écurie Schraum. Et c’est l’accordéoniste Ute Völker qu’ils ont cette fois attrapée.

Le temps d’improviser quatre pièces et de faire avec le romantisch épanchement de l’instrumentiste qui les accompagne, d’abord, puis avec son endurance – combien d’éclats métalliques et de rumeurs difficiles à avaler fait-elle siens dans un souffle et en souriant peut-être ?

Jusque-là ayant tenu le cap, l’accordéoniste montre des signes de faiblesse en début de seconde face, et c’est tant mieux : cette fois les percussions ont raison de son aimable balancement et l’étouffent même comme pour être sûr de s’en débarrasser définitivement. Les sons qu’on trouve alors sont autrement intéressants mais, malheureusement, c’est déjà l’éclipse : est-ce dû au mouvement de le lune ou à celui de la soleil ?, c’est là un phénomène en demi-teinte.


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Suboko, Ute Völker : Le lune, la soleil
Ritte Ritte Ross / Metamkine
Edition : 2015.
LP : A1/ Glückliche Nacht A2/ Surplomb – B1/ Cumulus Humilis B2/ Steigung
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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GX Jupitter-Larsen, Ace Farren Ford / Le Scrambled Debutante, EMERGE : Split (Attenuation Circuit, 2015)

gx jupitter-larsen ace farren ford le scrambled debutante emerge split

Un split (déjà) et sur ce split (vinyle marbré) deux collaborations : GX Jupitter-Larsen + Ace Farren Ford d’abord & Le Scrambled Debutante + EMERGE de l'autre côté. Il va falloir faire clair.

Une sorte de son de cornemuse sonne l’heure du premier duo. Dans une veine La Monte Young, mais un LMY poussé dans le tambour d’une machine à essorer, GX & AF font du bruit. Ayant plombé ladite machine avec des objets prêts à la faire osciller si c’est plus (tousser, crachoter...), ils tordent le cou à tout drone minimaliste simpliste pour en faire un beau moment de brouille sonore.

Et c'est encore une machine qui tourne avec Le Scrambled Debutante & EMERGE, ce coup-ci à l’horizontale, mais non plus une cornemuse (ou instrument approchant) mais un accordéon (ou instrument approchant). Lui aussi crachote, d’ailleurs, sur un delay qui au fur et à mesure expectore à son tour, et piaule, et siffle, et… avant de battre la mesure d’une minipièce de prototechno qui comble le tout et me fait saluer cet objet d’expérimental foutraque et ludique et même chanter mon amour du split.



attenuation circuit split

GX Jupitter-Larsen, Ace Farren Ford / Le Scrambled Debutante, EMERGE : Split
Attenuation Circuit
Edition : 2015.
LP : A/ GX Jupitter-Larsen, Ace Farren Ford : Vertigone – B/ Le Scrambled Debutante, EMERGE : Electric Jackass
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Thomas Borgmann Trio : One for Cisco (NoBusiness, 2016)

thomas borgmann trio one for cisco

Au milieu des années 1990, on a pu entendre Thomas Borgmann auprès de Lol Coxhill ou de Peter Brötzmann, mais c’est en trio avec Wilber Morris et Denis Charles – que Reggie Nicholson remplacera à sa disparition – qu’il a surtout travaillé sa sonorité aux saxophones ténor, soprano et sopranino.

Après avoir documenté l’association Borgmann / Morris / Nicholson (Nasty & Sweet), NoBusiness publie un enregistrement récent du saxophoniste, en trio encore : le 31 janvier 2015, celui-ci se produisait ainsi au Tenor Sax Festival de New York aux côtés du contrebassiste Max Johnson et du batteur Willi Kellers – deux autres habitués du label lituanien.

C’est de façon plutôt informelle que débute cette improvisation en deux parties – bien distinctes l’une de l’autre, le vinyle ne gêne donc pas l’écoute. Allégeance faite à l’école FMP, Borgmann ne craint pas les comparaisons et emmène son trio avec une volonté certaine, mais avec subtilité aussi. D’autant que ses phrases turbulentes comme ses élans retenus profitent d’un archet accrocheur et d’une batterie changeante – si c’est à Nicholson que Kellers fait penser en première face, c’est à Charles qu’il semble en appeler en seconde. Reste à un harmonica de conclure : la gentillesse des deux notes entre lesquels il va et vient « excuse » tous les écarts dont le jeu s’est nourri.



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Thomas Borgmann Trio : One for Cisco
NoBusiness Records
Enregistrement : 31 janvier 2015. Edition : 2016.
LP : A/ One for Cisco (Part 1) – B/ One for Cisco (Part 2)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Micro-Festival #3 : Montpellier, 11 & 12 février 2016

micro-festival 3

A Montpellier existe depuis trois années le Micro-Festival. A Montpellier l’Oreille Electrique se passionne pour les petits formats. A Montpellier l’Oreille Electrique est donc en charge du Micro-Festival.

A la Baignoire, on y cause, on y joue, on s’y amuse, on s’y retrouve. A la Baignoire, l’Electric Pop Art Ensemble s’ouvre au Laboratoire Electrique, formation éphémère englobant musiciens-graphistes de l’EPE et musiciens-stagiaires invités. On plonge dans l’improvisation et on s’inspire d’une photographie pour dérouler de longues volutes amies (jeudi 11 février).

A la Baignoire, les ondes radios s’invitent. Les micros s’ouvrent et la parole est laissée à Agrovélocités, collectif de jeunes ingénieurs agronomes, voyageurs infatigables parcourant l’Europe à vélo en quête et recherche d’agricultures urbaines. A la Baignoire, la franche poésie de Pierre Soletti et David Taïeb vient, avec bienveillance, soutenir et interroger la parole de chacun (vendredi 11 février / first set)

MICRO-MACRO

A la Baignoire, le Micro Macro M… (Nicolas Thirion, Olivier Dumont, Baptiste Châtel, Stéphane Mulet : voir photo) réveille les fantômes de La Monte Young, John Cage, Stockhausen. Les vieux fantômes sont bruyants, insistants, jamais rassurants. Leur parole claque sur la chair des assis (vendredi 11 février / second set).

A la Baignoire, l’acousmatique prend ses aises. L’air de rien, Julien Guillamat hypnotise sons et images. A la Baignoire, manque le violon de Ludovic Nicot,  de tristes figures lui ayant volé son instrument quelques jours auparavant. A la Baignoire, DJ Catman (aka David Taïeb) confirme l’absurdité de nos sociétés déshumanisées. A la rigueur, on peut encore danser sur les décombres (samedi 12 février).

A la Baignoire, Patrice Soletti peut être fier (mais cela n’est pas dans ses habitudes) de ce petit pas de côté. On le rassure : c’est toujours la marge qui tient la page.

Luc Bouquet © Le son du grisli

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