Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

Inscription à la newsletter du son du grisli
suivre le son du grisli Fil RSS au grisli clandestin Contact

A paraître : le son du grisli #2Sortir : Festival Bruisme #7le son du grisli sur Twitter
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Ted Daniel : Tapestry (Sun, 1977)

TED DANIEL TAPESTRY

Ce texte est extrait du troisième des quatre fanzines Free Fight. Retrouvez l'intégrale Free Fight dans le livre Free Fight. This Is Our (New) Thing publié par Camion Blanc.

Ted Daniel appartient à une famille de trompettistes par trop méconnus, et comptant entre autres parmi ses rangs Eddie Gale, Marc Levin, Earl Cross ou Raphe Malik. De manière plus générale encore, Ted Daniel fait partie de ces musiciens dont la faible documentation phonographique n’aide pas à la reconnaissance, même tardive. Alors que sa carrière fut pourtant entamée sous les meilleurs auspices, en compagnie du si prometteur Sonny Sharrock, que Ted Daniel fréquentait depuis son adolescence passée à Ossining dans l’Etat de New York. Avec le frère aîné de Ted  – le pianiste Richard, quasiment de l’âge de Sonny – ils constituaient même une bande de copains dont les travaux musicaux émergèrent simultanément.

Ted Daniel 1  Ted Daniel 2

Fin des années 1960, par l’entremise de Milford Graves, lui-même contacté par Sonny Sharrock afin de remplacer Eric Gravatt indisponible, Ted Daniel participa au légendaire Black Woman du guitariste, sur lequel il n’est d’ailleurs présent que le temps de la face B enregistrée pendant l’automne 1968. Un an après, Ted et son frère Richard mirent sur pied un groupe pensé dans un registre voisin, Brute Force dont il n’existe qu’un seul LP produit par Herbie Mann pour le compte du label Embryo : Sonny Sharrock y participe d’ailleurs sur trois morceaux à mi-chemin du rock et du jazz libre, dans un style proche de ce que faisaient aussi Catalyst, formation funky rassemblant de futurs stars du free, ou, en Angleterre et en plus allumé, le guitariste Ray Russell au sein de Running Man.

Ce n’est que dans son premier album en sextette que Ted Daniel interprète sa musique, qu’il jouera aussi au bugle, au cor et à partir d’une sorte de trompe marocaine. Pour la faire entendre, le label Ujaama fut monté et intégré à la coopérative Ujoma (« Unité » en swahili) regroupant Clifford Thornton et Milford Graves dont les préoccupations esthétiques étaient voisines. Un moyen comme un autre de partager les frais de publicité afin de pallier une distribution indépendante peu performante, notamment assurée par la J.C.O.A. et le label Delmark aux Etats-Unis. Les Européens quant à eux, s’ils voulaient se faire une idée de ce disque, devaient débourser cinq dollars et les envoyer directement à Ted Daniel à New York. Autant dire que cette excellente galette n’obtint que peu de retentissement, ce qui explique que son auteur soit venu en Europe dans les années 1970, histoire de se faire connaître hors des frontières américaines en capitalisant sur un passage remarqué au Festival d’Amougies en compagnie de Dave Burrell, Sirone (Norris Jones) et Muhammad Ali

Ted Daniel 3

C’est donc produit par le saxophoniste Noah Howard qu’un deuxième disque vit le jour chez nous, édité par Sun Records trois ans après sa réalisation. Le premier était issu d’un concert à la Columbia University en 1970, alors que Tapestry fut enregistré en 1974 à l’Artist House d’Ornette Coleman – Ornette à qui Ted Daniel avait déjà dédié un morceau intitulé « O.C. », et dont il apprécia d’emblée le jeu de trompette, qu’il qualifia de « réellement novateur en raison même de limites techniques désinhibantes ». 

Tapestry propose quarante minutes de musique électrique à l’instrumentation singulière, où se mêlent parfaitement au vibraphone de Khan Jamal, et à la batterie de Jerome Cooper (Revolutionary Ensemble), Fender Rhodes, cabine Leslie, echoplex et fretless bass équipée d’une pédale wah-wah. Plus encore que le Miles d'alors (influence certes revendiquée), certains climats développés ici évoquent Herbie Hancock (Mwandishi par exemple), voire Tony Williams en compagnie de Larry Young au sein du Lifetime

Sous son seul nom, et à ce jour, Ted Daniel laisse finalement peu de disques, essentiellement publiés par son label, ou par Sun Records (Tapestry a été réédité par Porter agrémenté d’un inédit) et Altura Recordings. Par contre il a été sollicité par de nombreux musiciens d’importance dont Sam Rivers, Henry Threadgill, Dewey Redman (The Ear of The Behearer) ou Archie Shepp (Things Have Got To Change). On l’a aussi entendu ces dernières années avec Michael Marcus.

ffenlibrairie

Commentaires [0] - Permalien [#]

Rafal Kolacki : Istanbul. Aux oreilles d’un étranger (Saamleng, 2015)

rafal kolacki istanbul aux oreilles d'une étranger

J’aurais aimé qu’on me dise en quelle année Rafael Kolacki (de… HATI, Mammoth Ulthana ou Innercity Ensemble, m’informe son distributeur Metamkine) a passé quelques jours à Istanbul. J’aurais aimé qu’on me dise aussi pourquoi la pièce sonore qu’il a éditée sur ce CD a un nom français : Istanbul. Aux oreilles d’un étranger. Rien dans le disque ne me le dit, mais à la place il y a (quand même !) six jolies photos de vacances. J’aurais aussi (justement) aimé qu’on me dise si Kolacki était parti là-bas en vacances ou s’il s’y trouvait avec dans l’idée d’en ramener un disque – oui, bien sûr, ça change tout.

Ignare mais content quand même me voilà balancé dans le « paysage » : volailles, mobylettes, appels à la prière (attention, * je ne mets en aucun cas tous ces éléments sur le même plan), chanson joué sur un petit instrument à cordes ou sur une flûte, voix radio qui saturent fort, clapotis from Bosphore !... De l’exotique, pour un Polonais, mais pour le Belge d’obédience française que je suis ?

On écoute ces sons, on peut même imaginer des visages… Et c’est quand on entend la voix dédoublée d’un crieur des rues ou une petite chanson qui chasse le muezzin (attention, *) qu’on se demande si Kolacki n’a pas intégré à son travail des petits décalages avec la réalité. C’est ce qui rend l’enregistrement mystérieux, à défaut d’être très surprenant.

rafal kolacki

Rafal Kolacki : Istanbul. Aux oreilles d’un étranger
Saamleng / Metamkine
Edition : 2015.
CD : 01/ La cérémonie a fini par quelques miracles
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

James Moore : Plays The Book of Heads (Tzadik, 2015)

james moore plays the book of heads john zorn

Les prises semblent être les mêmes : le disque et le film auraient donc un seul et même sujet ? James Moore, qui récite le Zorn du guitariste : The Book of Heads, que le compositeur écrivit (1976-1978) pour Eugene Chadbourne et dont Marc Ribot fit sa chose au milieu des années 1990.

Trente-cinq pièces courtes (dites « études ») , que Moore interprète donc à son tour : la guitare est souvent préparée,  augmentée parfois même, et les manipulations sont nombreuses. Des mélodies de rien, ici, qu’il faut sur instruction abandonner sous l’effet d’un bottleneck (une flasque vidée par qui ?) ; des fantaisies virant, là, sous l’effet du hasard, à l’expérimentation ; des objets qui, ailleurs encore, parlent (une poupée) ou chantent (le Blackbird des Beatles comme détruit à la guitare sèche, un blues de contrebande approché à l’électrique…).

Le film (Stephen Taylor) permet de mettre sur un son le nom d’un ustensile qui, sur disque, nous aurait surement échappé. Maintenant, l’œcuménisme de Zorn s’en trouve-t-il éclairé, si ce n’est réinventé ? Enfin, que décider ? Préférer l’entendre ou le voir ?



john zorn james moore

James Moore : Plays The Book of Heads
Tzadik / Orkhêstra International
Edition : 2015.
CD / DVD : 01-35/ Étude #1 - Étude #35
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

une minute une seule le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

SWQ : Ramble (Leo, 2015)

swq ramble

En quarante-sept petites minutes, entendre le salivaire s’éveiller et se convaincre que SWQ (pour Sandra Weiss Quartet, avec : Sarah Weiss & Jonathan Moritz : anches / Kenny Warren : trompette / Sean Ali : contrebasse / Carlo Costa : percussions) possède une singularité attachante.

Ainsi, entendre leurs tuyaux de cuivres effleurer les distances sans approcher l’ennui, enserrer le grain, fuir le flou, faire de la périphérie un environnement fertile. Ailleurs, remarquer le fin raclement des cercles sur les fûts, les balayages de souffles, l’abandon des arrière et premier plans au profit d’un écran-gîte expansif. Et ne pas s’étonner de leurs cris de bêtes, de leurs halètements, car ici il y a meute. Plutôt, s’interroger sur ce vrai solo de contrebasse, anachronisme (?) pointant en toute fin d’enregistrement, révélant ainsi un possible peu rencontré jusqu’alors. Demain, la suite…

swq

SWQ : Ramble
Leo  Records / Orkhêstra International
Enregistrement : 2015. Edition : 2015.
CD : 01/ Water in Tubes 02/ Transition Suite-Diffusion 03/ Transition Suite-Scattering 04/ Transition Suite-Dispersion 05/ Ramble ON
Luc Bouquet © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Illogical Harmonies : With D’incise (Insub., 2016)

illogical harmonies d'incise

Dans l’un de ces beaux étuis que publie désormais le label Insub., on trouve un nouveau poster qui, malgré le pliage, délivre le code permettant de télécharger ces quarante-cinq minutes de concert enregistré à Genève (Cave 12). Ce soir-là, 22 février 2015 : Johnny Chang (violon) et Mike Majkowski (contrebasse) – Illogical Harmonies est le nom dont s’est emparé le duo – improvisaient avec D’incise (enregistrements).

D’une note unique maintenue à l’archet – qu’elle aille et vienne, tremble sous la main du violoniste ou flanche lorsque Majkowski pince une de ses cordes –, le trio fait le décor dans lequel il sème des graines d’idées, malheureusement pauvres. Ainsi, sur les archets, D’incise dépose un field recording convenu (turbines bruissantes ou rideaux de pluie). Et puis, une fois le field recording passé, Chang ose une mélodie plus fausse encore qu’illogique. Expressément ? La question se pose. Assourdissant, l’ennui que l’improvisation dispense nous empêchera d’y réfléchir.



illogical harmonies

Illogical Harmonies : With D’incise (Insub.)
Enregistrement : 22 février 2015. Edition : 2016.
Téléchargement (en étui) : 01/ Illogical Harmonies with D’Incise
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

LDP 2015 : Carnet de route #40

ldp 2015 hambourg

Le 22 novembre dernier, le trio ldp se trouvait à Hambourg où il devait jouer dans une église. Mais de quel sexe était donc cet ange venu nimber l'un des deux partenaires de Jacques Demierre ? Et lequel des deux était-ce ? Urs Leimgruber ? Barre Phillips ?...

22 novembre, Hambourg
Christians Kirche, Forum Neue Musik

Mit der Christians Kirche verbindet mich eine langjährige Bekanntschaft mit dem Musiker Peter Niklas Wilson. Peter war ein kompetenter Denker im Bereich zeitgenössischer Musik, und er war Initiant und Organisator der Konzertreihe, Forum Neue Musik. In diesem Rahmen hatte ich ende der 90er Jahre die Gelegenheit ein Solo Konzert in der Kirche zu spielen. Er hat zahlreiche Bücher zum Thema Jazz und Improvisierte Musik veröffentlicht. Er hat die Grenzen zwischen herkömmlich und in Echtzeit komponierter Musik kritisch und ausführlich untersucht, und er hat die Unterschiede und Gemeinsamkeiten dieser beiden Praktiken und Techniken im Austausch mit praktizierenden Komponisten und Improvisatoren und aufgrund eigener Erfahrung dokumentiert. Seine Bücher zählen mitunter zu den aufschlussreichsten Aufzeichnungen und Nachschlagswerken zeitgenössischer Musik. Unsere letzte Zusammenarbeit kurz vor seinem Tode bezieht sich auf Auftragswerke des Lucerne Festival 2003. Die Gruppe Quartet Noir (Léandre, Crispell, Hauser, Leimgruber) gibt den Komponistinnen und Komponisten Bettina Skrzycpzak, Mela Meierhaus, Jacques Demierre, Alexander von Schlippenbach den Auftrag ein Stück zu schreiben.
„Wie lässt sich heute Musik schreiben, die den strukturellen Anspruch wahrt, den der Begriff Komposition impliziert, und die zugleich jene musikalischen Horizonte im Blick hat, die die grossen Improvisatoren der letzten Jahrzehnte eröffneten? Dieses Dilemma beschäftigt viele kreative Geister der Gegenwart. In den letzten Jahrzehnten haben wir das Aufkommen virtuoser Musiker erlebt, deren Fertigkeiten in hochgradig persönlichem Vokabular unorthodoxer Spieltechniken gebündelt sind, welche durch ausgiebige Improvisationen entwickelt wurden. Der Komponist steht nun vor dem Rätsel, wie man für solche Spieler schreiben kann“. Ein Rätsel in der Tat.  (Peter Niklas Wilson)
Heute Abend spielen wir mit dem Trio zum zweiten mal in der Christians Kirche, einem spirituellen Ort. Seit vielen Jahren ist Milo Lohse für die Konzertreihe, Forum Neue Musik zuständig und verantwortlich. Der engste Kreis der Zuhörer sind Musiker und Musikerinnen aus Hamburg und Liebhaber neuer Musik. Die Kirche ist überakustisch. Sie klingt wie eine Kathedrale. In diesem Raum zu spielen ist eine grosser Herausforderung. Man muss die Qualitäten des Raumes aufspüren. Es gibt musikalische Parameter, die eignen sich ausgezeichnet, andere taugen nicht. Die Obertonstruktur des Raumes ist komplex und ausbreitend. Man hört keine reinen Intervalle. Messien hat Zeit seines Lebens als Organist in Kirchen gespielt, seine Werke sind von diesen akustischen Erfahrungen und Errungenschaften getragen. Er hat für grosse Räume komponiert, die Natur hatte für ihn eine wichtige Bedeutung, und er hat sie in sein kompositorisches Denken einbezogen. Messien hatte einmal folgendes bemerkt: „Vögel singen immer in einem vorgegebenen Modus“ sagt er. „Sie kennen das Intervall Oktave nicht. Ihre Melodielinien erinnern oft an die Modulationen gregorianischer Gesänge. Ihre Rhythmen sind unendlich komplex und unendlich vielfälltig, doch immer vollkommen präzise und vollkommen klar“. Heute während dem Konzert wird mir dieser Gedanke von Messien wieder einmal bewusst. Beim Praktizieren, also beim Üben am Instrument denke ich oft in reinen Intervallen u.a. in Oktaven, beim improvisieren jedoch hört mein Ohr in unbestimmten Intervallen und natürlichen Obertönen.
Ich bin froh, dass seit dem Zürcher Konzert das Trio wieder komplett ist. Und ich bin beeindruckt mit welcher Leichtigkeit und Souveränität Barre sich im Konzert mit vollem Einsatz in die Musik einbringt, und wie er die Strapazen der Reisen bravurös meistert. In der dritten November Woche spielen wir fünf Konzerte, ohne Pause jeden Abend. Früher war das für Barre daily bussiness. Seit ein paar Jahren planen wir während Tourneen ganz bewusst Ruhetage mit ein, seit seiner Krankheit ist es Pflicht. Während den letzten fünfzehn Jahren haben wir unsere Musik kontinuierlich weiter entwickelt. Wir haben einzelne Konzerte gespielt, vorallem waren wir regelmässig auf Tournee, wir waren eine working band, während wir fast jeden Abend an einem andern Ort Konzerte spielten. Es ist die Kontinuität  die es ausmacht, die Musik lebt von inneren und äusseren Bewegungen, wir bespielen ganz verschiedene Räume, und wir treffen immer wieder auf neue Zuhörer, die zusammen mit uns ein experimentelles, musikalisches Erlebnis teilen. Wir öffnen uns, wir riskieren, die Musik findet ihren Weg, wie eine Pflanze die mit Sonne und Wasser wächst und sich entwickelt. Es gibt keine toten Momente. Die Musik ist so wohl als auch immer gut und sie wird immer besser. Manchmal sind es drei lebendige Wochen, und sie geben uns die wunderbare Möglichkeit unsere Musik zu leben, sie zu entwickeln. Im Sinne, wenn wir spielen leben wir.
U.L.

P1100723

Ce que l'on voit sur cette photo n'est pas le détail d'un vitrail de Hans Gottfried von Stockhausen, dont le catalogue reposait sur une des tables meublant la sacristie de l'église où nous allions jouer ce soir-là, mais un arrêt sur image du mouvement urbain qui défilait devant mes yeux et que j'observais sans discontinuer depuis le siège arrière du taxi qui nous menait de la gare de Hambourg à la Christians Kirche. Ce qui me fascinait tant en regardant à travers la buée recouvrant la vitre fermée, c'était de me rendre compte, comme pour la toute première fois, que l'on perçoit les choses dans un certain ordre. Expérience en même temps banale et cruciale. Une peinture nous laisse libres de choisir l'endroit où entrer dans sa géographie, libres de s'engager, ici ou là, pour pénétrer sa surface. Un dictionnaire, se déployant pourtant en une continuité de A à Z, s'offre à nous tel un champ de multiples portes d'entrée. La musique, elle, nous lie à sa propre émergence. Notre mode de connaissance du son est celui de son propre déroulement. En ce sens, la pratique de la musique dans l'instant est unique, à travers elle prend forme l'expérience de l'écoulement du temps. Elle témoigne de l'expérience – humaine – de la réalité dans la continuité de son enchaînement. Cette expérience du sonore nous replace à la source intime de notre propre émergence au monde. En jouant, nous sommes captifs de la durée et nous sommes nous-même durée et mouvement, nous sommes, dans la dynamique de l'expérience, soumis à la transformation continue et nous sommes nous-même transformation continue. Ce ne fut pas l'homonymie partagée par le peintre sur verre avec le compositeur allemand – Karlheinz, de son prénom – qui mit un terme à mes considérations et à la légère nausée qui était montée en moi, progressivement écœuré par l'excès de chauffage du taxi hanséatique, mais la découverte du nom du piano installé devant l'autel, à quelques mètres de la chaire, GEBR. ROHLFING, écrit en caractères gothiques et dorés. Depuis le clavier, je voyais Urs et Barre surmontés d'un ange tenant une couronne tel un volant et parcourant l'espace de la Christians Kirche. Le mot OSNABRÜCK, tracé en small caps également dorées sur l'intérieur du couvercle, semblait n'avoir cessé, depuis l'origine de la fabrique de piano des Frères Rohlfing – GEGR. 1790, pouvait-on lire à l'intérieur de l'instrument –, de résonner de la plus haute des excellences – parallèlement aux chevilles, HÖCHSTE AUSZEICHNUNGEN, confirmait mon sentiment. C'est en lisant l'inscription suivante sur le cadre en métal, HANNOVER 1878. CHICAGO 1893., que je fus submergé par une présence, qui était celle des souvenirs de la semaine récente passée à Chicago. Je ne fus ainsi pas étonné d'apprendre, en lisant des extrait de The William Steinway Diary: 1861-1896, Steinway & Sons Records and Family Papers, Archives Center, National Museum of American History, Smithsonian Institution, que le marchand de pianos Rohlfing & Sons avait été le représentant de la compagnie de piano Steinway & Sons à Milwaukee, Illinois.
J.D.

P1100725

Photos : Jacques Demierre

> LIRE L’INTÉGRALITÉ DU CARNET DE ROUTE

jacques_demierre_barre_phillips_urs_leimgruber

Commentaires [0] - Permalien [#]

Tim Olive, Ben Owen : 63-66 (845 Audio, 2016)

tim olive ben owen 63-66

On renverra le lecteur aux « archives » Tim Olive pour le persuader de l’intérêt que celui-ci porte à l’improvisation en duo. A sa galerie de collaborateurs, c’est le portrait de Ben Owen qu’il accroche aujourd’hui – la rencontre, enregistrée à New York, date d’octobre 2014 – au son de quatre pièces numérotées de 63 à 66 et qui font de cinq à vingt minutes.

C’est, une fois encore, une abstraction peu rassurante, balistique ; mais une abstraction sur laquelle les instruments (micros électromagnétiques pour Olive, radio ondes courtes, oscillateurs et micro-contacts pour Owen) jouent de discrétion et même d’effacement – l’amour que le second porte au gaufrage (voir les objets qu’il publie sous étiquette Winds Measure) aurait-il influencé la rencontre ?

Sur la première plage, peut-être. Le souffle qui effleure de temps à autre une ou deux cordes tendues en tubes épais (c’est ce qu’on imagine, à l’écoute du disque) exprime en marge de l’échange ce qu’il aurait pu être d’un bout à l’autre. Or, la suite est différente : conversation atone d’un larsen et d’un ronronnement qui transforme les chuchotements en susurrement qui agace et finalement ravit ; usinages s’accordant sur une poésie concrète et donc électrique ; accrocs instrumentaux qui menacent de plus en plus et livrent le gaufrage à son pire ennemi : le contraste fauve. Peut-être est-ce là – station 66 – qu’Olive et Owen se disent enfin les choses ? C'est à dire dans « le son dont des mots veulent naître », comme l’écrivait Bonnefoy.

tim olive ben owen

Tim Olive, Ben Owen : 63-66
845 Audio Records / Metamkine
Enregistrement : 25 et 28 octobre 2014. Edition : 2016.
CD : 01/ 63 02/ 64 03/ 65 04/ 66
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Bruno Duplant : Fictions (Aussenraum, 2015)

bruno duplant fictions

N’ayant pas (encore) abandonné la contrebasse, Bruno Duplant sait néanmoins s’en passer. C’est en tout cas ce qu’il a récemment prouvé à l’orgue (Là où nos rêves se forment / Là où nos rêves s’effacent, Immobilité…) et ce qu’il prouve aujourd’hui dans un autre domaine, celui de la composition électroacoustique d’un genre inquiet.

S’il s’est bien gardé de les visiter (une affaire de précaution), Duplant est allé chercher l’inspiration à Prypiat et Futaba, « capitales » des zones d’exclusion circonscrites après les accidents nucléaires de Tchernobyl et de Fukushima. L’intention est donc différente de celle des Sounds From Dangerous Places de Peter Cusack, et si l’on ne tient pas à reprendre le terme de « fiction » qu’utilise le musicien, on parlera ici de fantasmes capables de faire illusion.

Quelle est alors la provenance de ces bruits de basse-cour et de ces grincements métalliques ? Quel est l’usage que l’on fait encore de ces rails sur lesquels un lourd wagon glisse ? Quelle est la véritable nature – non, pas un réacteur – de ce monstre endormi, à la respiration rauque, au flanc duquel Duplant a posé ses micros ? Les questions se posent au fil des tours que fait le disque sur lui-même et qui le distendent : c’est ainsi que le compositeur gagne encore en espace, qu’il fleurit de différentes manières avec un à-propos qui bruisse et captive.

duplant fictions

Bruno Duplant : Fictions
Aussenraum
Edition : 2015.
LP : A/ Prypiat – B/ Futaba
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Mattin : Songbook #5 (Disembraining Machine, 2014)

mattin songbook 5

Trois chansons sur la première face, deux sur la deuxième : c’est donc un vinyle de plus ! Et un Mattin de plus, mais (c’est toujours la question) dans quel genre cette fois ? Après pas loin de deux ans passés à me poser la question j'ose enfin une réponse : dans le genre post-punk / no wave ou je ne sais quoi (le sait-il lui-même ?).

En tout cas, le démon l’habite (j’aurais pu écrire l’a-beat) et le voilà (avec des comparses qui ont pour noms Alex Cuffe, Andrew McLellan, Dean Roberts, Joel Stern) qui éclate sur nos murs dans un son de ballade qui bat de l’aile, de motorisch ou berlinischbowie (mais en fait c’est pas Bowie mais Eno, qu’est-ce que j’y comprends, moi ? Il faudrait que je me cogne un jour les vocals d’Eno, ça c’est autre chose), de sonic vielle improrock ou de poésie guitarhéroïnomane... Tout ça pour persister & dire que c’est toujours foutraque, Mattin ; c’est toujours troublant aussi.



mattin 5

Mattin : Songbook #5
Disembraining Machine

Edition : 2014.
LP : A1/ What Isn’t Music After John Cage? A2/ Aware Of Its Own Meditation A3/ Stuck In Our Own Trap – B1/ Alienation As An Enabling Condition B2/ The Act Acting On Itself
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Christian Buck, Christian Wolfarth : The Music of Katharina Weber… (Edition Wandelweiser, 2016)

christian buck christian wolfarth the music of katharina weber

En compagnie du guitariste Christian Buck, Christian Wolfarth s’essayait récemment à la lecture de compositeurs contemporains de générations différentes : Jack Callahan, Katharina Weber, Alfred Zimmerlin et Alex Goretzki. Les quatre compositions sont, elles toutes, récentes.

Toutes, aussi, permettent à Buck et Wolfarth de multiplier les angles d’interprétation sur des structures déjà capricieuses, voire complexes. Ainsi, les six duos que Weber case dans une poignée de minutes les obligent-ils au dialogue et même à la question-réponse : un rythme minuscule commandant glissandos et tirandos sur guitare classique, et c’est un subtil jeu de construction qui commence.

Au véritable commencement – New Piece, du jeune Callahan –,  il y a bien quelques oscillations et un aigu de cymbale qui menace : le son de la guitare aurait pu être soigné davantage (ce n’est pas ici une affaire de partition), mais celle-ci préfère travailler à quelques surprises. Cordes soudainement lâchées, lentement pincées, arpèges changeant dans la discrétion (voilà pour Zimmerlin) et même médiator allant sur une (autre) chanson de rien chassé par une chinoiserie qui glisse sous le coup de frêles baguettes. Les modules sont nombreux, la guitare classique gagne en assurance et les percussions s’étoffent dans le même temps. Les quatre compositeurs apprécieront.

écoute le son du grisliChristian Buck, Christian Wolfarth
Flüchtige Weile – 6 Duos für Gitarre und Schlagzeug

 

ewr1511

Christian Buck, Christian Wolfarth : The Music of Katharina Weber, Jack Callahan, Alex Goretzki & Alfred Zimmerlin
Edition Wandelweiser
Enregistrement : 29 et 30 décembre 2014. Edition : 2016
CD : 01/ New Piece 02/ Flüchtige Weile – 6 Duos für Gitarre und Schlagzeug 03/ Spaziergang in der Abenddämmerung (C.D.F.) 04/ Squall Line Territories
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

une minute une seule le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

>