Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

Inscription à la newsletter du son du grisli
suivre le son du grisli Fil RSS au grisli clandestin Contact

Quinzaine Agitée : Chants de FranceA la question : Harutaka MochizukiEn librairie : Ci-gît d'Antonin Artaud et Nurse With Wound
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Martin Küchen, Jon Rune Strøm, Tollef Østvang : Melted Snow / Küchen, Berthling, Noble : Night in Europe (NoBusiness, 2015)

martin küchen melted snow

En plus de donner à entendre une sonorité particulière aux saxophones (la sienne propre, ici au ténor et au soprano), on reconnaîtra à Martin Küchen l’élaboration méticuleuse d’un corpus capable de servir différentes formations.

Le trio qu’il forme avec Jon Rune Strøm à la contrebasse et Tollef Østvang à la batterie – soit: deux tiers d’Universal Indians – interprétera ainsi deux fois cet air qu’il servait encore récemment en All Included: Satan In Plain Clothes. En introduction du disque (dans les graves comme dans les plus aigus, le thème est le même, que Küchen répète et fait plier afin qu’il respecte l’allure de ses deux partenaires) et en conclusion aussi (seul plage dispensable des sept que compte le disque, question de « batterie rock »).

Presque autant que le solo, le trio convient à Küchen : sous l’orage, il convainc ses partenaires de trouver refuge dans un sillon grave (I’ve Been Lied To) ; sous l’averse seulement, il feint le free ancien (Three Courses) ou relativise un thème plus désinvolte (Melted Snow, précisément). Et lorsqu’il parvient à faire disparaître son alto dans un paquet de cordes (Stein) alors le trio fait son affaire : Melted Snow, justement.

Martin Küchen, Jon Rune Strøm, Tollef Østvang : Melted Snow (NoBusiness)
Enregistrement : 9 avril 2014. Edition : 2015.
LP : A1/ Satan in Plain Clothes (Breakdown) A2/ I’ve Been Lied To 03/ Tune for Martin – B1/ Melted Snow B2/ Three Courses B3/ Stein B4/ Satan in Plain Clothes (Beat Up)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

martin küchen johan berthling steve noble night in europe

Sous cette pochette grise qui rappelle les noirs d’Odilon Redon, Martin Küchen se fait entendre en concert : 15 et 16 décembre 2014 au Glenn Miller café en compagnie de Johan Berthling et Steve Noble. Sur cymbales et cordes graves, le duo d’accompagnateurs sait attiser le jeu du saxophoniste : faussement contrarié, abrasif ensuite, Küchen répond avec un à-propos qui rehausse de déjà beaux éclats de batterie et d’impressionnants solos d’archet. Ainsi le trio fait-il concurrence, sans pour autant lui faire d’ombre, à celui de Melted Snow.

Martin Küchen, Johan Berthling, Steve Noble : Night in Europe (NoBusiness)
Enregistrement : 15 & 16 décembre 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Night in Europe 1 02/ Night in Europe (again) 03/ Night in Europe 02
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

LDP 2015 : Carnet de route #33

ldp 4 novembre 2015

C'est ici le troisième souvenir de Chicago de Jacques Demierre et Urs Leimgruber. Il est daté du 4 novembre dernier, et raconte un enregistrement du duo avec les musiciens de l'endroit que sont Katie Young et Lou Mallozzi...

4 novembre, Chicago
ESS Chicago recording session

Lou Mallozzi organisiert eine Aufnahme-Session im ESS mit Katie Young Fagott, Jacques und mir. Katie spielt ihr Instrument akustisch und teils präpariert, ergänzt durch close miking und elektrischen Geräten zwecks Klangtransformation. Lou spielt sein elektro/akustisches Klanglabor, mit gespeicherten Klängen, programmierten Loops und turntables. Jacques spielt ein „Young-Chang 5’9’’ G-175 baby grand“. Er spielt auf der Klaviatur und mit seinen Händen ohne jegliche Präparation im Innern des Instruments. Ich spiele Sopran- und Tenor Saxofon. Wir beginnen die Aufnahmen mit drei Takes im Trio zusammen mit Lou. Katie kommt etwas später dazu. Zu viert spielen wir ein paar weitere Stücke. Das Quartett kommt richtig gut in Fahrt, und die Musik ist echt spannend. Es ist immer wieder interessant zu hören, wie sich die Musik mit einem andern set-up, einer andern Auswahl der Musiker, verändert. In keinem andern Bereich, als in der freien Improvisation ist das so offensichtlich. Man spielt in der Regel nicht komplett anders als sonst. Der persönliche Klang und das eigene Vokabular im Zusammenspiel mit den andern beeinflusst die Struktur und den Verlauf der Musik total. Nach zwei Stunden Musik machen wir Schluss. Jetzt lassen wir die Aufnahmen ruhen. Ich bin neugierig wie sie nach ein paar Wochen, eventuell nach Monaten mit Distanz klingen werden.
U.L.

P1100626

L'action même de jouer est plus intéressante que son résultat. Nous sommes tels des enfants qui dessinent : nous prenons la décision de jouer à plusieurs sans définir aucun intention sonore, nous agençons une session d'enregistrement à l'Expérimental Sound Studio de Chicago sans évoquer à aucun moment l'objet de cet enregistrement, nous convenons de réunir Katie Young, basson et électronique, Lou Mallozzi, dispositif électronique, Urs Leimgruber, saxophone, et Jacques Demierre, piano, sans motif autre que celui de se retrouver à une heure précise, dans un lieu précis, pour participer à une mise en commun sonore et enregistrée. Le résultat de l'opération, comme son nom l'indique, résulte de la pratique, mais il n'en est peut-être pas le but. D'une certaine manière, la musique, en l'occurrence improvisée, pourrait être envisagée comme un artefact éphémère de la pratique improvisatrice. Son dessin une fois fait, l'enfant se détourne souvent du résultat pour se replonger dans un faire qui semble plus fondamental et qui paraît compter davantage pour lui. Durant la pratique improvisée, le musicien n'imagine pas les sons avant de les jouer, mais il les découvre au fur et à mesure qu'ils surgissent, simultanément au public écoutant. Il n'y a pas d'intention préalable, et si il y en a une, c'est l'intention de produire quelque chose qui n'a pas encore été formulé, qui n'existe pas encore formellement. En fin de compte, au moment du jeu, c'est le mouvement qui anime les sons qui m'intéresse, plus que les sons eux-mêmes. Cet après-midi-là, jouant pour la seconde fois ce piano sud-coréen YOUNG CHANG dont j'ai déjà dévoilé l'identité dans ce carnet de route (lire 2 novembre, Chicago), mon attention initiale s'est rapidement détournée de la surface du sonore pour se concentrer sur les mouvements intérieurs naissant en moi et me parcourant, mouvements d'engendrement de la forme, mouvements intimes de productions de gestes, kinésie subjective à laquelle il faut s'abandonner pour que le corps invente lui-même une réponse à la situation sonore et environnementale dans laquelle il se trouve. Le corps construit ainsi son propre espace intérieur à partir duquel l'espace sonore extérieur prendra forme. Dans cette musique en action, comme dans le geste du calligraphe, magnifiquement examiné par J-F Billeter, que je me permets de citer une nouvelle fois, tant la résonance entre ces deux pratiques me paraît évidente, « le corps et l'esprit sont saisis d'une effervescence qui abolit toute distinction entre les deux: ils s'abolissent ensemble dans une activité qui n'a d'autre lieu qu'elle-même, qui est devenue pure allégresse sans dedans ni dehors. »
J.D.

P1100645

Photos : Jacques Demierre

> LIRE L’INTÉGRALITÉ DU CARNET DE ROUTE

Commentaires [0] - Permalien [#]

Rant : Margo Flux (Schraum, 2015)

rant margo flux

(A la boulangerie). J’entre, avec dans les oreilles Margo Flux de Rant (et non pas Mago Rant de R’flux), bref la vingtième sortie de Schraum (un label de l’est) : Merle Bennett et Torsten Papenheim. J’entre et que vois-je ? Mon boulanger coincé entre le mur et une vitrine – victime c’est sûr du syndrome que l’on dit de la brioche de trop. L’ennui, sans doute.

« Ami, j’ai ce qu’il te faut ! » Je le décoince, branche ma clef entre un pain de deux et une boule céréales et claque : la guitare électrique l’émeut ! Derrière, y’ un tambour, allez savoir pourquoi ça lui parle autant qu’à moi. Cette première piste est bouleversante, assis dans la farine nous pleurons tous les deux. La baguette est offerte, je continue mon chemin (plus que seize kilomètres, et à pied en plus).

J’ai une destination, moi, pas comme le piano de deux, pas terrib’terrib’ comme on dit dans le pays. Les musiciens remplissent et multiplient les instruments comme d'autres les petits pains, bon bon… Et bing, en quatre du noise bien tourné qui me retourne… me voilà reparti dans l’autre sens, sûr sûr : mon boulanger va adorer ! Le temps de le retrouver et c’est du tambour moins chouette. Rant joue et se joue de nous, ami du pain ! j’aurais aimé qu’ils filent la veine noise comme tu moules ta baguette : pas que du compact, de l’air, de l’air ! Déception : assis dans la farine, nous repleurons tous les deux !

Rant : Margo Flux (Schraum)
Enregistrement : 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Aperçu 02/ Tympanen 03/ Kassiber 04/ Impasto 05/ Folia 06/ Epitaph 07/ Samisdat 08/ Vestibül
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

S4 : Cold Duck (Monotype, 2015)

s4 cold duck

Les premières notes sont hautes et insistantes : c’est ainsi au appeau que quatre saxophones soprano (John Butcher, Christian Kobi, Hans Koch et Urs Leimgruber – on se souvient de ces deux derniers en Schweizer Holz Trio) attiraient à eux ce Cold Duck d’une espère rare…

Le titre du disque fait sans doute davantage référence au froid qui sévissait à Zürich le 21 janvier 2015 qu’au pétillant – un mousseux, non une mousse – dont il porte le nom. Pas engourdis pour autant, les musiciens s’agitent d’abord et puis s’accordent à l’oreille sur des lignes souvent longues, et mouvantes encore bien après que les saxophones droits les ont abandonnées.

Dans leurs filets, les musiciens arrangent alors avec bonheur couacs, nasillements et sifflements, et puisqu’un ancien atlas nous rappelle qu’ « il est extrêmement difficile de fixer par écrit les chants caractéristiques des oiseaux » et « qu’ils ne peuvent être traduits ni par des lettres, ni par des mots ni même par des notes », on renverra l’amateur à l’éloquence de cet enregistrement.  



S4 : Cold Duck (Monotype / Metamkine)
Enregistrement : 21 janvier 2015. Edition : 2015.
CD : 01-09/ I-IX
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

10 years a grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Polwechsel : Untitled (N°7) (GOD, 2015)

polwechsel untitled n°7

Sans plus d’invité – mais c’était déjà le cas sur son précédent disque, Traces of Wood –, Polwechsel retournait en 2012 à son art délicat. Dont le support change, puisque c’est sur vinyle que l’on retrouve aujourd'hui Michael Moser, Werner Dafeldecker, Burkhard Beins et Martin Brandlmayr.

Comme l’illustrent les lignes serrées de la pochette du disque : sous les profondeurs, c’est bien l’azur que trouvera la formation. Quatre percussionnistes qui, d’abord, envisagent à fond de cale – presque en secret – l’étendue de nouvelles possibilités : les coups sont nombreux, pour la plupart retenus mais endurants aussi, et les mécanismes travaillés interrogent sans cesse l’équilibre commun.

Est-ce pour que l’ouvrage n’échappe pas aux fondateurs Dafeldecker et Moser ? Si, dans le deuxième des trois temps du disque, les frappes de Beins et Brandlmayr sont plus volontaires, les cordes déposent quelques harmoniques et puis d’épais bourdons qui font impression. C’est alors que Polwechsel gagne les hautes sphères, avec autant d’obstination que de finesse. Mais c’est devenu une habitude.



Polwechsel : Untitled (N°7) (GODrec)
Enregistrement : août 2012. Edition : 2015.  
LP : 01/ Unx 02/ Uny 03/ Unz
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Clinamen Trio : Décliné (Creative Sources, 2015)

clinamen trio

En cascades ou en chutes libres, Louis-Michel Marion (contrebasse), Jacques Di Donato (clarinette) et Philippe Berger (violon alto) respirent abondement, ne se fient qu’à ce qu’entretient l’instant. Surtout : ne se soucient pas de la forme, des chemins à suivre et à respecter. Mais ne jaillissent jamais pour rien.

Ils épousent les lueurs, les murmures. Jamais on ne les surprendra à torturer les cordes ou les souffles. Ils diront quelques colères mais rejoindront vite les silences  épanouis. Ces silences se fendilleront de craquements, de bruissements, de frôlements. Ils ne seront pas servilité mais sensibilité. Puis toutes voiles dehors, ils fouetteront le dégel, enfanteront quelques morsures avant  de rejoindre ce silence tant adoré.



Clinamen Trio : Décliné (Creative Sources / Metamkine)
Enregistrement : 2008. Edition : 2015.
CD : 01/ Clinamen#1: synclinal 02/ Clinamen#2: inclinant 03/ Clinamen#3: anticlinal 04/ Clinamen#4: enclin 05/ Clinamen#5: clin 06/ Clinamen#6: lin 07/ Clinamen#7: in 08/ Clinamen#8: n
Luc Bouquet © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Rafael Anton Irisarri : A Fragile Geography (Room40, 2015)

rafael anton irisarri a fragile geography

Ce n’est pas le premier CD que Rafael Anton Irisarri sort sur Room40. Le label a d’ailleurs l’air de l’avoir adopté, et avec lui son ambient pas originale mais diantrement capable de se fondre dans le paysage (et c’est ce qu’on demande à l’ambient, n’est-ce pas ?).

Chez Irisarri, il suffit de quelques touches de synthé, d’extraits de field recordings et d’électronique décorative pour vous mettre dans le bain (oui, car de bain il s’agit !). Un bain assez sombre d’aspect mais dont les vapeurs sont prêtes à vous emporter. On pense bien sûr au Rafael Toral de sa jeunesse (sur le très beau crescendo de Reprisal), au Brian Eno de son middle age (un rien grandiloquace, sur Empire System) et au Badalamenti de toujours (pour le très réussi Hiatus). Et quand Irisarri se paye le luxe d’une danse, c’est en compagnie d’une partenaire peu commune, j’ai nommé la violoncelliste Julia Kent (sur Secretly Wishing for Rain). Alors, fragile ?



Rafael Anton Irisarri : A Fragile Geography (Room40)
Edition : 2015.
Téléchargement : 01/ Displacement 02/ Reprisal 03/ Empire Systems 04/ Hiatus 05/ Persistence 06/ Secretly Wishing for Rain
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Steve Swell : Kanreki. Reflection & Renewal (Not Two, 2015)

steve swell kanreki

La soixantaine est, pour Steve Swell, le temps du Kanreki – regard tourné vers le passé sur fond de réflexion permettant d’envisager la suite –, qu’illustrerait le florilège d’enregistrements que le label Not Two met aujourd’hui en boîte. Entre 2011 et 2014, on y entend le tromboniste en différentes compagnies : en conséquence, différemment occupé.

C’est d’abord avec Dragonfly Breath (et Paul Flaherty, C. Spencer Yeh et Weasel Walter) une « fuite en avant » d’une demi-heure enregistrée en concert à Brooklyn. Cette insatiable envie d’en découdre et même de tapage, Swell la soigne ici pour la relativiser ailleurs au son d’un jazz « straight » qui n’est qu’un prétexte à jouer en perpétuel affranchi (en quintette avec Ken Vandermark et Magnus Broo).

Après quoi, la palette s’élargit encore : composition plus complexe qu'interprètent quatre clarinettes (dont celles de Ned Rothenberg et Guillermo Gregorio) ; duo avec Tom Buckner ou trio avec Gregorio et Fred Lonberg-Holm qui servent l’un et l’autre d’inquiets morceaux d’atmosphère ; combinaison plus écrite qui accorde le trombone, le saxophone alto de Darius Jones et la guitare d’Omar Tamez. Enfin, il y a ces quatre minutes enregistrées seul au trombone, où, sur une note qu’il tient pour travailler encore à sa sonorité, Swell démontre ce qu’il affirmait au son du grisli en 2007 : « Je sens qu’il y a encore à dire ».

Steve Swell : Kanreki. Reflection & Renewal (Not Two)
Enregistrement : 2011-2014. Edition : 2015.
2 CD : CD1 : 01/ Live at Zebulon 02/ Essakane 03/ Schemata and Heuristics for Four Clarinets #1 04/ News from the Upper West Side – CD2 : 01/ Splitting up is Hard to Do 02-04/ Live at the Hideout 05/ Composite #8
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Joe Panzner, Greg Stuart / Jason Brogan, Sam Sfirri : Harness (Lengua de Lava, 2015)

joe panzner greg stuart jason brogan sam sfirri hamess

Les deux duos que l’on trouve sur cette splitcassette ont été enregistrés le même soir (8 mars 2014) au même endroit (Oberlin College). C’est donc une soirée (plutôt noise) comme une autre, avec Joe Panzner & Greg Stuart qui versent dans un déluge progressif de sons qui raclent et font des étincelles… Le plaisir y est, et il y a même de beaux éclats tranchants…

Et Jason Brogan & Sam Sfirri (qui ont fait une apparition sur la compil' Wandelweiser Und So Weiter) qui passent derrière. Ce duo là est plus étrange, puisqu'il fait chanter un loup ? non ! Mais plutôt un chœur de pré-ados enfermés en sous-sol (si ce n’est en sous-bois, si l’on tend l’oreille on entend bien des oiseaux sur les branches) qu’ils s’apprêtent à calmer à coups de décharges électriques. L’accalmie qui suit est encore plus angoissante que les cris qu’on leur a arrachés. Heureusement, des voix reviennent, plus graves, peut-être celles de leurs fantômes (si l’on y croit). La prestation du duo a-t-elle été accompagnée d’un film ou d’un tableau chorégraphique quelconque ? Nul ne le sait mais sa musique est à elle seule extra-ordinaire.



Joe Panzner, Greg Stuart / Jason Brogan, Sam Sfirri : Harness (Lengua de Lava)
Enregistrement : 8 mars 2014. Edition : 2014.
Cassette : A/ Joe Panzner, Greg Stuart : We Didn’t Get There Tonight – B/ Jason Brogan, Sam Sfirri : Wolf
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

John Cage, Morton Feldman : Radio Happenings (Allia, 2015)

john cage morton feldman radio happenings

Il est des préfaces qui valent toutes les introductions, chroniques... Celle que Christian Wolff a écrite pour ces retranscriptions de conversations entre John Cage et Morton Feldman (Radio WBAI, New York, 1966-1967) est de celles-là – et, puisqu’elle est courte, il faudra aller la lire.

A John Cage, Morton Feldman fait remarquer : « On dirait que les seules fois où nous avons la chance de nous parler, c’est à la radio ». A Feldman, Cage avoue : « C’est une forme de plaisir de converser en fait sur n’importe quel sujet. » Et les sujets de ces Radios Happenings ne manquent pas : de souvenirs en anecdotes et d’explications en impressions, les deux compositeurs badinent dans le même temps qu’ils dévoilent un pan de leur imaginaire. Dans leurs conversations se glissent alors les silhouettes d’autres grands compositeurs (Satie, Varèse, Stockhausen…), d’écrivains (Mallarmé, Whitman...) ou de peintres (De Kooning, Guston…), perce un aveu (ce difficile rapport de Feldman au « parasite sonore », qui l’oppose à l’idée de Cage selon laquelle tous les bruits peuvent s’entendre) ou quelque regret même (de ne pas voir les étudiants en musique aussi curieux que ceux en arts, par exemple, pour Cage). Ce sont là deux intelligences – en résumé : l’humour de Feldman et le rire de Cage – qui se stimulent et s’accordent.

Reste maintenant à regretter quelques lourdeurs dans la traduction et une mise en page qui peut fatiguer l’œil tant elle abuse des illustrations : nombreux portraits d’artistes reproduits là peut-être pour remplir l’espace laissé vacant par des notes quasi inexistantes – elles, auraient pu expliquer pourtant, même brièvement comme c’est le cas pour Lukas Foss, qui était Teitaro Suzuki ou pourquoi Feldman traite à l’époque de ces entretiens son ancien ami Philip Guston de « peintre conventionnel », ou aussi donner le nom de cette pièce écrite pour « quelques violoncelles, environ seize » évoquée par Cage. Et puis, sous la reproduction de la pochette d’un disque, c’est souvent une approximation – rien que pour For Christian Wolff : les labels Hat Hut et hat ART ont été confondus quand l’année de la composition de la pièce passe pour celle de la publication du disque… Plus loin, c’est le label Mode qui n’est pas cité sous la pochette de String Quartet N°1 ou la réédition sur CD de The Piano Music of Henry Cowell que l’on date de… 1963 ; plus loin encore, c’est toute annotation qui a été jugée inutile sous la couverture du Piano and String Quartet par Vicki Ray et l'Eclipse Quartet paru chez Bridge… Ce sont là des détails mais on sait (d’autant qu’il y en a d’autres) que le diable s'y cache : qu’importe, pour goûter aux brillantes conversations de John Cage et de Morton Feldman, on acceptera d'en passer par là.

John Cage, Morton Feldman : Radio Happenings (Allia)
Edition : 2015.
Livre (français) : Radio Happenings. Traduction de Jérôme Orsoni.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Commentaires [0] - Permalien [#]

>