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Thymolphthalein : Mad Among the Mad (Immediata, 2015)

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Après Ni Maître, Ni Marteau, Mad Among the Mad – titre du second enregistrement publié de feu Thymolphtalein – atteste peut-être la distance que l’association d’Anthony Pateras, Natasha Anderson, Jérôme Noetinger, Clayton Thomas et Will Guthrie, avait prise avec la réalité. Avec ses habitudes et ses obligations, notamment.

Improvisations et compositions partagées (Pateras, Guthrie, Thomas), prises studio ou extraits de concerts : l’intention était la même (qu’une sentence ampoulée, « ouvrir les portes de l’inconnu et se risquer dans l’inouï », résume dans la pochette du disque) mais les formes pouvaient changer : électroacoustique sur le feu (même si l’électronique prend rapidement l’ascendant malgré les efforts des percussions), sonorités suspendues, minimalismes en décalage, timbres déformés, moteurs sifflants et feux de Bengale…

Jusqu’à ce qu’un gimmick de contrebasse emporte tout, si ce n’est ce dernier effet de bande qui décidera du terme et qui nous fait espérer qu’Immediata – dire ici l’élégant objet que le label a confectionné pour l’occasion – conserve d’autres trésors de Thymolphthalein à changer en disque(s).



Thymolphthalein : Mad Among the Mad (Immediata / Metamkine)
Edition : 2015.
CD : 01/ Awareness Of Time Is An Assault On Time [Prague] 02/ You Cannot Escape the 20th Century 03/ Supreme Nothingness 04/ Mad Among The Mad 05/ It Doesn’t Kill You, It Stops You Living 06/ Awareness Of Time Is An Assault On Time (Ljubljana)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Cabaret Contemporain, Linda Oláh, Isabel Sörling : Moondog (Sub Rosa)

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Une simple soustraction des featurings (Linda Oláh & Isabel Sörling au chant) nous en dit plus sur ce Cabaret Contemporain : dedans il y a donc Fabrizio Rat (piano), Giani Caserotti (guitare), Ronan Courty (contrebasse), Simon Drapier (contrebasse itou) et Julien Loutelier (batterie). Et tout ce petit monde va droit au répertoire de Moondog (et dans le mur aussi) encouragé par deux résidences à la Maison de la Musique de Nanterre et Le Lieu Unique de Nantes (il faut bien aider la jeunesse sans idée).

Comme à tout groupe inconnu hommage est bon, pourquoi pas le vieil Hardin ? C’est la promesse assurée d’une certaine (espérons) couverture médiaticobranchouille, non pas ? Oui bien mais qu’en faire des mélodies de Moondog ? Eh bien (comme souvent) pas grand-chose. Certes certes on transpose le défunt aveugle dans des espaces faits pour qu'il chute (et qu’il aurait en conséquence sans doute détestés) : minimalisme gnangnan à la Stina Nordenstam (My Tiny Butterfly), dance pop à la Cardigans (I’m Just a Ho Head), rubik’s cube unicolore (Maybe), vocalises ECMisantes, cover pseudoexpée qu’aurait pu cracher les Brigitte comme Nouvelle Vague comme Pink Martini... Bref, queue d'chi là-dedans, mon pov’ Louis…



Cabaret Contemporain, Linda Oláh, Isabel Sörling : Moondog (Sub Rosa)
Edition : 2015.
CD / LP :  01/ My Tiny Butterfly 02/ I Love You 02/ Do Your Thing 04/ I’m Just a Hop Head 05/ Why Spend the Dark Night with You 06/ Maybe 07/ Paris 08/ Trees Against the Sky 09/ Enough About Human Rights 10/ All Is Loneliness 11/ High on a Rocky Ledge
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Jean Guérin : Tacet (Souffle Continu, 2015)

jean guérin tacet

Si le tacet est un silence qui dure, celui de Jean Guérin n’en fait pas grand cas sur ce disque du même nom enregistré en janvier 1971. La référence Futura est aujourd’hui rééditée sur vinyle par le Souffle Continu.

Dans le film de Claude Faraldo que la musique illustre, Bof.. (Anatomie d’un livreur), il est question de vin : c’est d’abord au rythme de gouttes que Guérin arrange donc son ouvrage – d’autres effets liquides suivront. Et c'est bientôt l’auditeur qui oublie le « comment faire » (collages, appropriations, bruitages…) pour se plonger au mieux dans le son du film qui lui est associé.

Une trompette (Bernard Vitet) sur écho, des bandes manipulées, un saxophone (Philippe Maté) en lutte contre une électroacoustique dérangée, une voix (Françoise Achard) comme perdue dans le corps de quels instruments, une impression d’Afrique chassée par une électronique hirsute… Les expériences d’alors – quelques rapprochements : François Bayle, Jef Gilson, Alain Goraguer et Orfeu Negro pour dire que l’image parvient ici aussi à percer le son – se réentendent : et l’on peut même goûter cette musique d’ancien régime où le silence ne régnait pas encore en maître sur l’exploration sonore, où l’on reconnaissait le charme des écarts et même la beauté des excédents.



Jean Guérin : Tacet (Souffle Continu)
Enregistrement : janvier 1971. Réédition : 2015.
LP : A1/ Triptik 2 A2/ Mixage vert A3/ Maochat A4/ Ca va le comte – B1/ BM 37 B2/ Interminable hommage à Zaza B3/ Reflexion 2 et I B4/ Gaub 71
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Johannes Frisch, Ralf Welhowsky : Which Head You’re Dancing In? (Monotype, 2014)

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Quelques saillies (il faut le reconnaître) mais bon moyen-moyen. Voilà pour résumer en six mot (je ne compte jamais les parenthèses) cette nouvelle rencontre Johannes Frisch (bassiste repéré dans le Kammerflimmer Kollektief ou avec Mia Zabelka) / Ralf Wehowsky (RLW & concept-groupe qui a déjà enregistré avec Bruce Russell, Kevin Drumm, Anla Courtis etc.).

Parce que c’est en fait un mezzé bien foutraque que ce Which Head You Re-Dancing In? Du digital d’outre-tombe, des beats crachant sur basse qui drone (la plage 4 qui donne son titre au disque c’est alva noto qui ferraille avec Veliotis), de la derbouka qui rebondit dans un piano droit… Bref, des expériences d’accord mais concrètement ?

Eh bien parfois (quand même) des beats assaillants ralentis / accélérés contre un vokalKlavier retournant avec Theme for a Skyscraper ou un sax-aphone qui vole dans les plumes d’une contrebasse (à plumes donc) avec Crisis In Space. Maintenant, quand on remarque que sur ce disque un titre s’appelle Let’s Now Interrupt for a Commercial…, on se dit que c’est vraiment l’effet que ça donne entre deux bons expérimorceaux.

Johannes Frisch, Ralf Welhowsky : Which Head You’re Dancing In? (Monotype / Metamkine)
Edition : 2014.
CD : 01/ Stutter Train Stoppage 02/ Theme for a Skyscraper 03/ Crisis in Space 04/ Which Cloud You Are Coming From? 05/ Skies of Guantanamo 06/ Let’s Now Interrupt for a Commercial 07/ Dub Clap Move 08/ Acid Breakdown
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Robin Hayward : Nouveau Saxhorn Nouveau Basse (Pogus, 2014)

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S’il sert et même alimente, depuis 2009, son répertoire personnel via tuba microtonal – l’invention est de lui –, Robin Hayward adresse ici un hommage appuyé à Adolphe Sax et à son « saxhorn nouveau basse ».

Un nombre de pistons en commun, et voici le tuba d’Hayward (plusieurs fois amplifié) allant sur deux longues pièces et une courte troisième. Deux fois, Hayward va seul et lentement. Chaque nouvelle attaque porte en elle les causes de sa disparition : ici une fragilité qui condamne d’emblée la note, là un désir de dire mais seulement après être passée, ailleurs un jeu de cache-cache où rivalisent échos et harmoniques…

En duo avec le guitariste Seth Josel, Hayward diffère : citant une note donnée par une corde pincée ou cherchant à étouffer une sonorité malheureuse, il ne parvient à commander qu'une pièce laborieuse et sans mystère. Or, c’est dans le mystère que sa microtonalité fait effet. Heureusement, c’est là la plus courte des trois pièces du disque.

Robin Hayward : Nouveau Saxhorn Nouveau Basse (Pogus / Metamkine)
Edition : 2014.
CD : 01/ Plateau Square 02/ Travel Stain 03/ Nouveau Saxhorn Nouveau Basse
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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John Dikeman, William Parker, Hamid Drake : Live at la Resistenza (El Negocito, 2015)

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Quelque chose survient ici, qui devrait nous mettre la puce à l’oreille : le très prévisible duo William Parker / Hamid Drake le devient nettement moins. Il faut dire que les phrasés de rocailles et d’escarres de John Dikeman ne sont pas ceux de tout le monde. Ce sont des phrasés de force et de colère. Ce sont des phrasés qui rugissent. Ce sont des phrasés qui ne demandent qu’à être captés et étendus. Ce ne sont pas des phrasés insaisissables, mais des phrasés en attente d’amis.

Donc : les cris, les convulsions, les lamentations et ce vieux free jazz qui bouge encore. J’en vois qui s’en lassent. J’en vois qui se réjouissent. Je m’adresse donc à la deuxième catégorie : ouvrez les oreilles, mes amis, car un nouveau trio vient de naître. En choisissant de jouer avec  la paire Parker / Drake, Dikeman savait qu’il ne pouvait compter que sur lui seul. Le pari est gagné : ces trois-là s’écoutent, se comprennent, se complètent, s’amuseraient presque. Et oui, ce qui n’aurait pu n’être qu’un gig de plus cède la place à un concert vif, sans flottement, sans encombrements. C’est à suivre, me semble-t-il.



John Dikeman, William Parker, Hamid Drake : Live at la Resistenza (El Negocito Records)
Enregistrement : 5 mai 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Gratitude 02/ Invocation 03/ Bad Uncle John! 04/ WY Funk
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Mats Gustafsson & NU Ensemble : Hidros6: Knockin' (Not Two, 2015)

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Sur vinyle consigné en boîte épaisse (Hidros6) ou sur simple CD (Hidros6: Knockin'), c'est un hommage à Little Richard écrit par Mats Gustafsson – en 2009, l’épais souffleur ne précisait-il pas au grisli : « Little Richard, le vrai roi du rock’n’roll… Ce qu’il est toujours ! » C’est pourquoi on pouvait s’attendre à une dédicace plus appuyée, pour ne pas dire plus rock’n’roll.

Car ici, c'est une utilisation assez naïve (pour ne pas dire « mignonne ») de la voix de Stine Janvind Motland, des solos « libres et fous » parce qu’ils sont sans cesse assurés de soutien (les unissons joués par le NU Ensemble sont nombreux), une grandiloquence qui n’en démord pas quand quelques musiciens remontés (Peter Evans, Joe McPhee, Ingebrigt Håker Flaten, Paal Nilssen-Love peut-être…) tenaient à s’essayer encore à la morsure. Les héros sont-ils fatigués, ou tournent-ils en rond, et désormais à l’unisson ?

Mats Gustafsson & Nu Ensemble : Hidros6: Knockin' (Not Two)
Enregistrement : 12 octobre 2013. Edition : 2015.
LP / CD / Téléchargement : 01-04/ Hidros6 Knockin’
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Une liste 2015 (de disques chroniqués au son du grisli)

2015 une liste

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103628040          103684894          104495519

halfway to white          105920521          106047438

106753533          107589221          107646779

107707690          107745036          107930732

enoughstill          polwechsel          russell

> UNE LISTE 2014 (des disques chroniqués au son du grisli)

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LDP 2015 : Carnet de route #33

ldp 2015 34 5 novembre chicago

5 novembre 2015, Chicago encore : Elastic Arts, où le duo Urs Leigrumber / Jacques Demierre a une nouvelle fois improvisé en compagnie de Fred Lonberg-Holm...

5 novembre, Chicago
Elastic Arts

Musik, Kunst und Performance. Elastic Arts programmiert eine grosse Auswahl von nicht kommerziellen Musik Formen; Jazz, improvisierte Musik, experimentelle, elektronische und elektro/akustische Musik, Klang und Art/Noise, Hip-Hop, Neue Musik, internationale Folksmusik. Elastic Arts präsentiert in Zusammenarbeit mit Kurator Jordan Martins vierteljährlich Kunst Ausstellungen und Installationen. Elastic Arts stellt aktuelle Arbeiten von Künstlern im Fachbereich Performance, Literatur, Film/Video, Theater, Tanz und multimedialen Formen vor. Die Thursday Improvised Music Series kuratiert der Saxofonist Dave Rempis. Für die Electro/Acoustic Series ist der Musiker Paul Giallorenzo verantwortlich.
Ab und an frage ich mich. Um was geht es uns Musiker? Wieso spielen wir diese Musik? Und wieso reisen wir um die halbe Welt um sie öffentlich vor Publikum zu spielen? Das Reisen ist heute im Vergleich zu früher viel schwieriger geworden. Um was geht es? Woher diese klare Entschlossenheit, diese radikale Absicht etwas wortlos mitteilen zu wollen? Etwas was niemand wirklich versteht! Für uns Musiker ist das Konzert ein experimentelles Erlebnis, in tiefer Konzentration, Offenheit und Vertrauen mit Verantwortung eine wunderbare Zeit zu erleben. Es ist die ideale Situation, der passende Ort unsere Musik weiter zu entwickeln. Durch dieses Erlebnis sind wir nachher an einem andern Ort. Nichts ist mehr gleich wie vorher. Das faszinierende dabei ist, dass es weltweit und überall Zuhörer gibt, die dieses Erlebnis mit uns teilen wollen. Liebhaber freier Improvisation, die bereit sind zusammen mit uns die Musik im Konzert zu erleben.
Die Konzerte auf der Tour waren bis anhin gut besucht. Heute Abend im Elastic kommen gerade fünf Zuhörer. Niemand weiss wieso es heute so wenige sind. Es gibt immer Gründe, jedoch keine Antworten. Konzerte vor kleinem Publikum sind intim. In diesen Momenten sind wir Musiker zusätzlich gefordert um vor dem Konzert konzentriert und motiviert zu bleiben. Sobald das Konzert beginnt sind wir total engagiert wie sonst. Wir sind bereit für ein neues, experimentelles Erlebnis. Schwierige und aussergewöhnliche Umstände können inspirierend wirken. Überhaupt die ganze Vorbereitung auf das Konzert ist entscheidend und spielt eine wichtige Rolle. Die Erlebnisse auf der Reise, der Schlaf, die Träume, das Essen, der Empfang am Ort, der Raum, das Publikum... Alle Eindrücke beeinflussen. Die Musik ist unberechenbar. Es gibt keine Garantie was heute passieren wird.
Bei Ingold lese ich in Leben & Werk. Bemerkenswert bei Kafka ist die verschiedentlich dargelegte Auffassung, wonach „die eigentliche Kunst“ im Grund „gar keine Kunst, sondern eine charakteristische Lebensäusserung “ sei.
U.L

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Comme le couvercle et le panneau de bois au-dessus des touches du piano sont manquants, c'est en plongeant mes mains et mon regard à l'intérieur de l'instrument, dont la peinture extérieure blanche est très sérieusement écaillée, que des caractères en relief à même le métal m'indiquent qu'il a été fabriqué par l'entreprise Kimball, MF'D BY W.W. KIMBALL CO. Plus loin le numéro 145625 semble imprimé sur la face avant d'une barre transversale dorée et crasseuse. J'ouvre la banquette branlante sur laquelle je suis assis et découvre émergeant d'une pile de partitions, 18 Short Preludes, composés par J-S-Bach, en partie cachés par un exemplaire relié en spirale du Jazz Tunes for Improvisation, a graduate course of study for the jazz musician, co-écrit par Dan Hearle, Jack Petersen & Rich Matteson. Ainsi, concrètement, c'est en m'asseyant sur ces musiques, en prenant littéralement appui sur elles, qu'il m'est possible de jouer la mienne. L'influence du passé prend parfois d'étonnants chemins. Un autre rapport au passé est celui proposé par le Museum of Contemporary Art de Chicago à l'occasion d'une exposition intitulée The Freedom Principle, Experiments in Art and Music, 1965 to Now - qui porte un regard historique sur l'émergence de musiciens et d'artistes visuels dans le South Side of Chicago durant les années 60. Cette exposition coïncide aussi avec le 50ème anniversaire de l'Association for the Advancement of Creative Musicians, qui dès sa naissance n'a cessé de soutenir l'enseignement, la composition et la performance de la musique expérimentale/free jazz/musique improvisée. Si, au sein de l'exposition, la réponse de certains artistes d'aujourd'hui à cette période n'est pas totalement convaincante, la présentation de documents d'époque qui manifestent la force et la puissance de ce mouvement artistique est tout à fait enthousiasmante. Comme nous en avons fait à nouveau pleinement l'expérience durant toute notre semaine de concerts à Chicago, ce sont trois constantes principales qui se dégagent nettement et qui articulent les pratiques sonores chicagoennes: l'improvisation, la collectivité et l'expérimentation. J'aimerais témoigner de cette scène musicale exceptionnelle par un montage subjectif de phrases trouvées et tirées de deux contextes très différents. Ces citations appartiennent d'une part à Hamza Walker, curateur à The Renaissance Society University of Chicago, infatigable défenseur depuis de nombreuses années des pratiques sonores improvisées et expérimentales (lire 3 novembre, Chicago) et d'autre part, à Marea Stamper, alias The Black Madonna, DJ et producteur respectée, pilier de la Chicago's club scene et icône androgyne, ardente défenseuse de la communauté queer.
"On the South Side there was also a great sense of fluidity between the writers and the people making music."
"Dance music needs riot grrrls."
"Ideas came from lots of conversation, talk and discourse about the political climate, about the history of the black people from the 1920s to that point in the mid-1960s when AACM formed."
"Dance music needs Patti Smith."
"All of this comes together to create this strange, interesting brew of methods and ways toward making experimentally."
"It needs DJ Sprinkles."
"Then, there is that term - when we say jazz, is that already a historically bond term? Do we include music from post-1959, like free improvisation, the new creative music, AACM?"
"Dance music needs some discomfort with its euphoria."
"There is the idea trying to locate that loss in the music itself. How free jazz utterly alienated its audience, leaving it for largely, young, white, college oriented youth."
"Dance music needs salt in its wounds."
"That's the whole improvisation thing. Even though I might think: "Oh, I can do this by myself", what about responding and listening and being in that moment as it's evolving?"
"Dance music needs women over the age of 40."
"How does that play itself out as an ideology with others and how we behave collectively? It will depend on what you say and where we go from there."
"Dance needs breastfeeding DJs trying to get their kids to sleep before they have to play."
"Then there is the relationship of improvisation to structure and self-consciousness, learning to be aware of patterns that we aren't able to see precisely as patterns."
"Dance needs cranky queers and teenagers who are really tired of this shit."
"Then to try and use improvisation as a means of self-reflexivity about repetition and structure."
"Dance music needs writers and critics and academics and historians."
"[Theodor Adorno] didn't see the ability to go from low to high. AACM, free jazz, creative music - it's actually coming out of a confidence grown over an intergenerational rehearsal of the simple song form. It wouldn't come about through a classical model or avant-garde one."
"Dance music needs poor people and people who don't have the right shoes to get into the club."
"The simplest of structures can develop a certain king of self-consciuosness or self-reflexivity. It starts simple, but you can take it somewhere else."
"Dance music needs shirts without collars."
"That's why I think of a ground zero. This is the period when the construction of identity becomes a matter of self-determination as opposed to an external set of conditions. It's fraught with so many different problems, but it also gave rise to an aesthetic."
"Dance music needs people who struggled all week."
"[…] The civil right movement aligned itself with a number of independent, international struggles after World War II. Specifically with music, […] the world of European avant-garde musicians, […] the rhetoric of Cornelius Cardew, the AMM, the British school that's neo-Marxist in its orientation, very militant in terms of taking on democracy."
"Dance music needs people that had to come before midnight because they couldn't afford full admission."
"But at the same time, it's very difficult to improvise. We always think about it like, oh, freedom! But it actually becomes about how the weight is to be distributed."
"Dance music does not need more of the status quo.”
"[…]What could be more American than jazz and the idea of freedom, and then what could be more anti-American than jazz?"
J.D.

P1100641

Photos : Jacques Demierre

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Carlos Zingaro : Live at Mosteiro de Santa Clara a Velha (Cipsela, 2015)

carlos zingaro live at mosteiro de santa clara a velha

« Dieu me garde des solos de violon ! », aurais-je pu m’écrier en larmes et à genoux et saignant en plus de tout à l’époque où j’apprenais encore la flûte à bec. Ah, si seulement j’avais pu finir mon catéchèse. Or, ce sont des tentateurs comme Carlos Zingaro qui m’ont écarté du droit chemin (camino). A coup d’archet qui fouette ou de cordes qui claquent, vous m’aurez compris.

Car Zingaro (je ne vous apprendrais rien) est ce genre d’instrumentiste qui transcende ou l’instrument. Et pour longtemps voire pour toujours. Prenons l’exemple de ce live daté de 2012 : chez lui (je crois) à Coimbra (Portugal). Lui & lui seul & l’instrument. Ce qui fait trois, soit trois paires de mains ! Leurs improvisations font la course et sur les chevaux et sous la bombe on imagine autant Henry Flynt qu’Irvine Arditti, elles dialoguent aussi avec le délai naturel du monastère de Santa Clara a Velha, elles font la gigue avec une classe qu’on ne trouve normalement pas chez les danseurs de gigue…

Même quand un avion passe c’est le violon qui gagne. Plus que le violon : le son, puisque le principal pour Zingaro c’est (trois fois encore) le son. Si bien qu’à la fin je me pose quand même la question : quelle est la différence entre un solo de violon et un autre solo de violon ? La réponse est toute trouvée : Carlos Zingaro !



Carlos Zingaro : Live at Mosteiro de Santa Clara a Velha (Cipsela)
Enregistrement : 25 mai 2012. Edition : 2015.
CD : 01/ Crushing Wheels 02/ Portions of Life 03/ Twisted Chords 04/ Voids of Night 05/ Scroll of Fate
Pierre Cécile © Le son du grisli

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