Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Parution : Jazz en 150 figures de Guillaume BelhommeParution : le son du grisli #2Sortir : Festival Baignade Interdite
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Wally Shoup, Greg Campbell, Greg Kelley, Bill Nace : One End to the Other (Open Mouth, 2015)

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Les ramifications dans lesquelles Bill Nace aime débusquer de nouveaux partenaires devaient l’amener un jour jusqu’à Wally Shoup, saxophoniste qui croisa plusieurs fois Paul Flaherty, Chris Corsano ou Thurston Moore. La rencontre se fit en quartette, le guitariste et le saxophoniste ayant chacun amené un Greg de leurs fidèles : Kelley et Campbell.

Sur les cymbales du second – batteur régulier de Shoup que l’on entendra ici souffler aussi en cornet et cor d’harmonie – et une guitare traînant en arrière-plan, l’alto dépose ses premières notes : fragiles, rauques bientôt, crissant enfin. Malgré ses précautions – une réserve, même, pour ce qui est de Kelley –, l’improvisation est ascensionnelle et marque dans l’empreinte.

Les autres pièces feront d’ailleurs de même : mais quand, par exemple sur Separating a Door from a WindowNace et Kelley enveloppent de rumeurs électriques le jeu du duo qui leur fait face, sur Transom, c’est une réunion de quatre solistes qui s’entendent sur une même intention : en démontrer d’avantage (au volume) sans jamais perdre en délicatesse ni en à-propos. Plusieurs écoutes l’attestent : c’est là un free à distance, trouble et alangui, dont l’effluve déconcerte toujours autrement.

Wally Shoup, Greg Campbell, Greg Kelley, Bill Nace : One End to the Other (Open Mouth)
Edition : 2015.
LP : A1/ Morning A2/ Separating a Door from a Window – B1/ Transom B2/ Nothing Is Deprived of Its Warmth
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Kenneth Kirschner Compressions & Rarefactions (12k, 2015)

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Un peu d’ambient, maintenant, et pas n’importe laquelle. Celle de Kenneth Kirschner, que le label 12k continue de soutenir à bout de CD et de téléchargement (une fois Compressions le CD terminé, on pourra se plonger dans les cinq heures de Rarefactions le téléchargement). De quoi faire, donc…

Comme si l’on m’avait invité à parcourir les toiles de Kysa Johnson qui ont servi au design du disque (noir et blanc dehors, coloré à l’intérieur), me voici téléporté sur Kirschnerland. Diaphane, le paysage de September 13, 2012. Les notes qui me parviennent ont l'air de sortir de mobiles où sont suspendus des pianos, des violons (de Tawnya Popoff, je lis), des EBows… Un peu plus loin, sur April 16, 2013, il y a des notes cristallines qui se répondent, mais leur minimalisme me parle moins.

Je disais cinq heures, mais c’est plus de cinq heures et demi de musique téléchargée. Rarefactions doit correspondre au noir et blanc du design, la partie cachée de l’icebient… Sans CD, la musique de Kirschner semble plus immatérielle encore, son ambient plus oppressante. Dans le livret du digipack, Marc Weidenbaum (de Disquiet) écrit de cette musique « Il y a un nuage au-dessus, et un océan en-dessous. » Moi, je suis dans l’un et dans l’autre en même temps, mais ma tête fait la navette.



Kenneth Kirschner : Compressions & Rarefactions (12k)
Enregistrement  2010-2013. Edition  2015.
CD + Téléchargement  CD  Compressions  01 September 13, 2012 02 April 16, 2013 – DL  Rarefactions  01 July 17, 2010 02 January 10, 2012 03 October 13, 2012
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Willem Breuker Kollektief : Angoulême 18 mai 1980 (Fou, 2015)

willem breuker kollektief angoulême

En 1980, le Willem Breuker Kollektief fête ses six années d’existence. En 1980, le WBK n’est pas encore un combo farces & attrapes mais un orchestre enthousiasmant, réjouissant. Les anciens s’en souviennent, l’arme à l’œil et le sourire aux quatre coins. Et les petits jeunots (grâce aux micros bienveillants de Jean-Marc Foussat) découvrent ce qu’ils ont raté.

Certes, ici et là, on passe l’aspirateur, on joue aux acrobates, on fait semblant de ne pas savoir jouer, on chopinise et on dissone pour de rire  mais aussi et surtout : on prend quelques solos homériques (Willem van Manem, digne cousin de Brötz), on flirte avec quelques Blue Notes sud-africaines et on offre la joie à qui veut bien la prendre. Et ce, sans aucune ironie ou mépris. Grande machine à swinguer que ce WBK circa 1980, qui comprenait alors : WB, Boy Raaymakers, Willem van Manem, Bernard Hunnekink, Bob Driessen, Maarten van Norden, Henk de Jonge, Arjen Gorter (solos de contrebasse décoiffants) et Rob Verdurmen. Enjoy!



Willem Breuker Kollektief : Angoulême 18 mai 1980 (Fou Records / Les Allumés du Jazz)
Enregistrement : 1980. Edition : 2015.
2 CD : CD1 : 01/ Pale Fire 02/ Flat Jungle 03/ Tango Superior 04/ Interruptie 05/ Big Bussy Band 06/ Marche & Sax Solo with Vacuum Cleaner 07/ La Défense 08/ Sentimental Journey 09/ Bobbert – CD2 : 01/ Acro 02/ Song of Mandalay 03/ Oh, You Beautiful Doll 04/ Postdamer Stomp 05/ I Believe
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Bryan Eubanks, Stéphane Rives : fq (Potlatch, 2015)

bryan eubanks stéphane rives fq

Le premier signal est aigu, qu’émettent Bryan Eubanks (oscillateurs et feedback de synthétiseur) et Stéphane Rives (saxophone soprano). Et ses strates, déjà fragiles, sont altérées par les fréquences provoquées ici et là par leurs rapprochements.

Mais les premiers sifflements – une dizaine de minutes, en et hors circuit – « menuisent » seulement : l’ouvrage électroacoustique tout juste dessiné est encore à venir. Dans une deuxième séquence, un grave perce et le soprano calque l’électronique, quelques reliefs se lèvent. C’est maintenant une conversation chantante qui projette ses expressions saillantes, saturées, tremblantes…, avant de les cristalliser.

A des instruments différents ayant su ne faire qu’un, les musiciens peuvent jouer enfin de rivalités : désormais, le soprano jabote, opposant sa découpe facétieuse à d’autres aigus persistants – qui ne provoquent jamais mais pénètrent plutôt – et le charme opère. C’est ainsi qu’en trois temps,  Bryan Eubanks et Stéphane Rives ont fait de leur exploration des oscillations un bel ouvrage en dentelle de fréquences. 

Bryan Eubanks, Stéphane Rives : fq (Potlatch / Orkhêstra International)
Enregistrement : 9 september 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ fq
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Ben Gwilliam : Breakdownspedup (Mantile, 2015)

ben gwilliam breakdownspedup

Je dois bien avouer que Ben Gwilliam (artiste en position Cage du milieu genre « tout ce que tu entends est musique même la chose la plus amusicale au possible ») m’a bien eu. Quand j’ai passé sa cassette, je me suis longtemps demandé si elle avait été correctement « remplie ». Un souffle, rien qu’un souffle, là-dessus… était-ce voulu ?  

Un souffle, gars !, mais quoi pas n'importe lequel : un souffle de congélateur (que j’apprendrais par la suite). OK, pas une bande vierge mais une bande souffle, et moi j’en suis là : j’écoute dans mon studio (piètre) tourner un congélateur (quand mon frigo me le permet = ne lui donne pas la réplique) enregistré au dictaphone ?

Réfléchissant… bientôt : surprise ! Ce n’est pas le gel ou le dégel mais un climat rhodanien d’une autre tenue qui m’assaille. Je ne si sais si le Gwilliam a retouché quoi que ce soit (au fond : j’en doute… mais alors pourquoi ça s’accélère à chaque fois comme dans un panier à salade ? est-ce le dictaphonen qui rend l’âme en courant de plus en plus vite bitte ?) mais sa captation de soufflerie me touche jusqu’à l’épine. Et pour me toucher jusqu’à l’épine, normalement faut y aller.

Ben Gwilliam : Breakdownspedup (Mantile)
Enregistrement : 2010-2015. Edition : 2015.
K7 : A-B/ Breakdownspedup
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Poligono Hindú Astral : 00110010 (Verlag System)

poligono hindu astral 00110010

Et si le futur de la Kosmische se situait du côté de l'Espagne ? Avant de ricaner, tendez une oreille, et même deux, vers le duo Poligono Hindú Astral, et son premier LP 00110010. Si le titre renvoie à un nombre binaire, équivalent au nombre 50 en décimal, l'esthétique des deux gaillards nommés Joni et Julio (on n'en sait pas plus) nous offre un mariage des plus heureux entre la tradition germanique (et surtout Conrad Schnitzler) et les nouveaux explorateurs du genre (on pense principalement à Forma et au catalogue SpectrumSpools).

Non contents de revisiter des sonorités et des rythmes qu'on  ne cesse de vénérer, plus de quarante ans après les faits, la paire espagnole prend également un malin plaisir à siphonner les quartiers connexes. Plus d'une fois, on songe aux formidables relectures des Islandais d'Evil Madness, et plus rarement quelques échos d'EBM aux parfums de Düsseldorf viennent enrichir le propos, que nous vous conseillons sans le moindre détour.

Poligono Hindú Astral : 00110010 (Verlag System)
Edition : 2015.
LP : 01/ 41º 24´22. 2¨N 02/ Terra Incognita 03/ Miles De MIllones DeAños 04/ 51º 18´15¨ 05/ B-15.13´ Sobre Superficie 06/ Bronce 07/ N.Av 08/ Aguas Subterráneas 09/ Líneas Que Describen Círculos 10/ CIII.Y.E37 11/ Rocas Gravitando A La Deriva
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Bobby Bradford / Frode Gjerstad Quartet : The Delaware River (NoBusiness, 2015)

bradford gjerstad quartet delaware river

La veille du concert que documente Silver Cornet, le Bradford/Gjerstad Quartet – dans lequel on trouve le contrebassiste Ingebrigt Håker Flaten et le batteur Frank Rosaly, remplaçant Paal Nilssen-Love – donnait un autre concert, à Philadelphie. Que The Delaware River documente à son tour.

La prise de son prête main-forte à Bradford : elle rapproche en effet ses partenaires d’un free d’antan. Quelque peu étouffée, la batterie (Rosaly jouant là de nuances que Nilssen-Love a désormais tendance à décliner) n’en impose pas moins sur Sailing Up The, premier titre que cornet et alto se partagent selon la tradition : motifs mélodiques pour Bradford, saillances pour Gjerstad.

L'équilibre trouvé (assez rapidement), les musiciens inventent une musique libérée de (presque) toutes contingences. Certes, mais cérébrale aussi. C’est d’ailleurs là le charme de l’association Bradford / Gjerstad : son jazz d’improvisation est funambule, dont la force ne se joue pas dans la vitesse, ni l’intensité dans l’épaisseur.

écoute le son du grisliBradford/Gjerstad Quartet
River In

Bobby Bradford / Frode Gjerstad Quartet : The Delaware River (NoBusiness / Improjazz)
Enregistrement : 29 mars 2014. Edition : 2015.
LP : A1/ Sailing Up The – B1/ Delaware B2/ River In B3/ 1965 Was Amazing
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Asmus Tietchens : Ornamente (LINE, 2015)

asmus tietchens ornamente

Sur ce nouveau CD d’Asmus Tietchens, on cite Cioran (ce n’est pas que ce soit original, mais bon…). Il ne faut pas s’étonner que la musique soit joyeuse en conséquence et que ses Ornament (il y en a cinq en tout) ne « respirent » pas la joie de vivre.

Mais, il n’empêche, ils respirent quand même, et c’est d’ailleurs en ayant l’air de jouer les réanimateurs sonores que Tietchens parvient à capter notre attention. Auditeurs-badauds que nous sommes, tendons l’oreille à cette respiration ou ce pouls maintenus de tamagochi – même artificiellement, par des machines (les bips ne trompent pas). On en est à compter les gouttelettes dans un écho clinique quand, soudain, elles prennent formes chantantes et dansantes. La salle d’attente changée en salle des fêtes ? Diantre, est-ce un mirage ? Niantre, c’est la méthode Tietchens ! Opération réussie, et tant pis pour la gaudriole.

Asmus Tietchens : Ornamente (LINE)
Edition : 2015.
CD : 01-05/ Ornament 1 - Ornament 5
Pierre Cécile © Le son du grisli

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LDP 2015 : Carnet de route #23

ldp 21 octobre 2015

La deuxième agglomération des États-Unis a été fondée en 1781 par les Espagnols. Construite selon un plan en damier, traversée d'autoroutes, elle s'étend aujourd'hui sur une centaine de km d'O. en E. et sur une cinquantaine du N. au S. (Larousse). Jacques Demierre et Urs Leimgruber y étaient, le 21 octobre dernier - pour célébrer non pas les 234 ans de la ville, mais les 80 ans de Barre Phillips.

21 octobre, Los Angeles
Artshare

Um 7:30 Uhr verlassen wir mit unserem Toyota die Innenstadt von San Francisco und stürzen uns in die morgentliche „rush hour“. Wir haben Glück. Der Verkehr rollt relativ fliessend, bestehend aus tausenden von Fahrzeugen in unzähligen Strassen und Avenues. Das Geschehen ist unüberschaubar, ein spannendes und beeindruckendes Zusammenspiel von fahrenden Objekten. Wir erreichen den Airport International San Francisco pünktlich zum check-in. Wir reisen komfortabel, denn der Flug ist kaum besetzt und dauert eine Stunde und zwanzig Minuten. Ankunft in Los Angeles. Wir mieten auch hier einen Kleinwagen, mit dem Unterschied, dass hier die Kleinwagen grösser und luxuriöser und dennoch billiger sind als in SF. Wir fahren durch eine fast ländlich anmutende Landschaft via Glendale Boulevard zum Three Bedroom Home von Jeff Koch. Jeff ist Theaterfachmann. Er ist für drei Monate in Prag, um ein neues Stück zu inszenieren. Während dieser Zeit vermietet er seine Wohnung über Airbnb. Jetzt geht es Schlag auf Schlag. Eine kleine Mahlzeit beim Vietnamesen, ein kurzer „nap“. Nach einer Stunde stürzen wir uns in die „rush hour“ von LA. Um 19:00 Uhr erreichen wir den Konzertort Artshare. Andrew Choate begrüsst uns herzlich. Wir haben uns viele Jahre nicht mehr gesehen. Umso grösser ist die Freude und das Wiedersehen.
Artshare ist ein alternativer Kunst- und Kulturraum. Shelley Burgon ist zusammen mit ihrem Gitarristen am Soundcheck. Wir begrüssen die beiden Musiker. Anschliessend stimmen Jacques und ich uns ein. Der Konzertraum ist ein aus Holz gebautes akustisches Instrument. Wir sind sehr gespannt, wie es später im Konzert klingen wird. Das Duo mit Shelley spielt eine minimalistische Musik in der Tradition von La Monte Young und Terry Reily, eine harmonisch/melodische Klangmusik, ein kurzes Konzert von 30 Minuten. Nach einer Pause präsentieren wir das Video mit Barre. Jacques und ich spielen das erste Mal als Duo zum Video. Auf einem mal spielt das Trio....! Im Anschluss spielen wir eine lange Improvisation. Aus leeren Flächen blitzen erste Regungen. Wir setzen Klänge in den Raum und fallen in die Stille. Ein interaktiver, ein offener und kantiger Austausch. Die Musik führt durch fast Unhörbares zu kollektiven Klangerschütterungen. Total freie Improvisation, wir komponieren aus dem Moment mit gestischem Spiel und extremer Dynamik. Immer wieder ist Ruhe, leert sich der Gedanke.
U.L.

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HUNGRY, BROKE, TIRED & ALONE, comme quatre balles en plein cœur, écrit à la main, en majuscules, sur un vieux carton posé sur les genoux d'une femme assise au bord d'un trottoir de San Francisco. Face à elle, à quelques mètres à peine, des néons lumineux tracent dans la nuit le nom de GIORGIO ARMANI et dessinent sur sa silhouette recroquevillée de subtils reflets de paillettes colorées à l'indécence choquante. La présence de cette femme, à même le trottoir d'un quartier branché et touristique de la ville, témoigne tragiquement du déséquilibre absolu et exponentiel qui touche le monde aujourd'hui. Parmi la multitude de homeless de tous âges et de toutes provenances peuplant les rues de ce quartier, cette image est celle de la rencontre insupportable entre l'argent issu des grandes compagnies à la finance ascensionnelle et la chute vertigineuse de toute une partie de la population. Une chute dans laquelle misère et folie se côtoient de plus en plus souvent, comme si le déséquilibre fatal contaminait autant les corps que les esprits. L'exemple est ici californien, mais cette violence capitaliste est mondiale. Que faire? Comment faire alors que nous acceptions journellement, par exemple, à travers la "gratuité" d'internet, de nous offrir candidement comme produits d'un capitalisme à haute dérégulation ? Les mouvements citoyens sont sûrement ce qui a surgi de plus intéressant comme réponse à cette situation d'urgence. Que faire comme musicien ? Que faire de mes sons ? Leur faiblesse est peut-être leur force. Leur absence d'effets directs sur la société et sa violente complexité ouvre en contrepartie un espace de réflexion peu commun. SI l'engagement dans le son n'est le plus souvent pas directement social - il l'est encore et l'a été dans certains contexte - il n'est pas pour autant dénué de sens. Que ce soit au niveau de la structure interne du son ou à celui de son positionnement dans la société, nous avons finalement souvent le choix entre nourrir un système profondément inégalitaire ou proposer un lieu de questionnement et de transformation.
Comme en écho à ces pensées, le jour suivant, le concert organisé à Los Angeles par Unwrinkled Ear Productions fut un example d'engagement, à la fois artistique et social. Structure nomade, Unwrinkled Ear programme dans différents lieux de la ville : ce soir-là, Artshare, un "community art center". Les mots que Andrew Choate, responsable de Unwrinkled Ear, musicien et écrivain, utilisa un jour pour décrire la matière sonore mise en jeu par le trio me paraissent aujourd'hui évoquer le réseau de potentialités que le travail avec le son engage, qui vont de la résistance à l'utopie : A convivial need to unearth and upend the fibers of social reality pervades the atmosphere: the piano-bass-sax trio appears to be enjoying the acting out of their blistering urge to understand the foundations of human behavior as it relates to audible sound, even if the act itself sounds desperate, yearn-ridden, compromised. The idea of 'compromise' in artistic realms is loaded with negative connotations, but here it is experienced as both the celebration and tragedy that it truly is, as internal thoughts and feelings are translated into external sounds and actions. Even though music, by its nature, is continuous, this is the music of a paused shattering. Kissy-mouth sounds and barely-made-it-out-alive-from-the-cave squawks alternate with big-buzzed piano string thwacks and long, softly sustained chords, trickle, trickling, trickle. The interactive style is not really direct or laminal, but hinted-at-connected. The tension that feeds even the most seemingly innocent interactions does manifest itself, but it's like watching a pleasant underwater coral scene: sudden, violent feeding sessions erupt amid an ultimate equanimity. Threats are constantly implied, color and vibrancy are always everywhere.  
J.D.

PS : Un spectateur, John, me demanda après le concert si j'avais aimé le piano. C'était un W.W. Kimball C.O., Chicago, U.S.A., lequel, en-dessous de l'énumération de quelques distinctions soigneusement mises en valeur, portait en inscription sur la table d'harmonie la mention suivante, "The only manufacturers thus honored". Je n'ai pu que lui répondre qu'il m'était impossible de lui répondre, car la mémoire des nombreux pianos que j'ai eu l'honneur d'approcher se construit en moi plutôt en buisson foisonnant qu'en excellence pyramidale.

P1100516

Photos : Jacques Demierre

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Hearing Things : Stalefish (Hawks, 2015)

hearing things stalefish

Deux faces de quarante-cinq tours suffiraient-elles à exprimer les influences de Matt Bauder – ces musiques qui, en tout cas, semblent l’inspirer ?

En première face, une rengaine « éthiopique » : ce n’est pas la première fois que le souffleur débute un disque dans cet esprit (aller entendre ceux de Day In Pictures), style désuet mais en vogue qu’un saxophone soigne avec orgue (JP Schlegelmilch) et batterie (Vinnie Sperrazza) – ce nouveau projet est donc un trio : Hearing Things. En seconde face, c’est soutenu par une guitare baryton (qu’il a lui-même enregistrée) que Bauder s’adonne à un rock au swing induit : les feulements du saxophone donnant un peu de couleur à ce qui n’aurait pu être qu’un simple exercice de style.

Deux temps, donc : de charmantes récréations tournées vers le passé, en attendant que Matt Bauder mette au jour un fond aussi singulier que peut l’être la forme de son art instrumental – pour obtenir et l’un et l’autre, on retournera à Paper Gardens et Memorize the Sky

Hearing Things : Stalefish (Hawks Records)
Edition : 2015.
45 tours : A/ Stalefish B/ Transit of Venus
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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