Le son du grisli

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Rhodri Davies, John Butcher : Routing Lynn (Ftarri, 2014) / Mark Fell : A Pattern for Becoming (The Tapeworm, 2015)

rhodri davies john butcher routing lynn

Ce sont trente-cinq minutes d’exception que renferme Routing Lynn, disque enregistré en concert (14 mars 2014) par John Butcher (saxophones amplifiés ou non) et Rhodri Davies (harpes) sur la lecture d’une composition quadriphonique de Chris Watson – faite déjà de Butcher et de Davies (éléments plus tôt glanés en concert à Routing Lynn) en plus d’environnements.

Ainsi aux pépiements et sifflements d’oiseaux affolés, Butcher oppose des souffles inattendus et Davies des vibrations qui, les uns comme les autres, semblent faire effet sur la bande enregistrée. C’est dire la force des réactions des musiciens : leurs longues notes tenues ou leurs vifs échanges proposant un chapelet d’extensions éphémères à la pièce de Watson. Sous l’effet de parasites agissant (et créatifs), la voici bel et bien agitée.

écoute le son du grisliRhodri Davies, John Butcher
Routing Lynn (extrait)

écoute le son du grisliRhodri Davies, John Butcher
Routing Lynn (autre extrait)

Rhodri Davies, John Butcher : Routing Lynn (Ftarri  / Metamkine)
Enregistrement : 14 mars 2014. Edition : 2014.
CD : 01/ Routing Lynn
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

mark fell a pattern for becoming

On retrouve Rhodri Davies sur une cassette Tapeworm contenant deux interprétations d’A Pattern for Becoming, pièce pour sept enceintes mouvantes et un soliste signée Mark Fell. Le 22 janvier dernier, le harpiste réagissait ainsi aux signaux de l’environnement qu’on avait préparé pour lui à la Blue Room de la Royal Festival Hall : ainsi les cordes – tremblantes, pincées ou vibrantes – délimitent-elles un irrésistible champ magnétique. Sur l’autre face c’est, au même endroit mais deux mois plus tard, Okyung Lee qui rayait à l’archet cette partition de signaux avant d’en faire fléchir le volume dans de grands et beaux gestes.

Mark Fell, Rhodri Davies, Okkyung Lee : A Pattern for Becoming (The Tapeworm / Touch Shop)
Enregistrement : 22 janvier 2015 & 26 mars 2015. Edition : 2015.
Cassette : A/ A Pattern For Becoming, with Rhodri Davies – B/ A Pattern For BEcoming, with Okkyung Lee
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Luca Pissavioni, Dalila Kayros : A Spectral Work (Bunch, 2014) / Giancarlo Mazzu, Luciano Troja : Tasting Beauty (SLAM)

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Un grand raffut nous accueille. Les voix se dédoublent, s’étirent, s’entrechoquent, s’entretuent. Les échos sont partout. Les cordes scellent un mouvement sans fin. Cris et vociférations prennent le dessus. Une furia percussive fait surface. C’est une bourrasque. Le fracas s’éternise. Des déflagrations entretiennent le chaos. Peu à peu, le mouvement ralentit, se perd, se rétrécit et apparaissent alors entrechats de cordes (violoncelle et contrebasse). D’autres voix s’élèvent, d’outre-tombe maintenant. Le chaos n’est plus, la matière stagne. Du fracas jusqu’au silence, Luca Pissavini (compositions, contrebasse, violoncelle, viola, cithare, daxophone, percussions, electronics) et Dalila Kayros (voix) signent ainsi une essentielle séance d’exorcisme musical...

... Pas toujours inutile, la bonne vieille mélodie. Surtout quand elle a quelque chose à dire, traduire, transmettre. Giancarlo Mazzu est guitariste et Luciano Troja est pianiste. Tous deux aiment la clarté mais aussi le vagabondage. On les entend quitter le chemin et fouiller les fossés. Dans ces fossés, ils ne trouveront aucune dissonance mais apprendront à se séparer et à faire fructifier de nouvelles pistes. Improvisant, ils chouchoutent la mélodie puis s’amusent à défaire le cadre. Quelques petites choses glanées chez Mal Waldron pour l’un, un zeste de prog chez l’autre : ça sonne juste et précis. Souvent profond.

Luca Pissavioni feat Dalila Kayros : A Spectral Work (Bunch Records)
Edition : 2014.
CD : 01/A Spectral Work
Luc Bouquet © Le son du grisli

Giancarlo Mazzu, Luciano Troja : Tasting Beauty (SLAM)
Enregistrement : 2013. Edition : 2015.
CD : 01/ Tasting Beauty 02/ Blues for Giuseppino 03/ Quando amavamo l’America 04/ Qui 05/ Barbara & Blaise 06/ Somiglia 07/ Natural Wisdom 08/ Fat Mouse in Brooklyn 09/ Village Flowers 10/ Caserta
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Annette Peacock : I Belong to a World That’s Destroying Itself (Ironic, 2014)

annette peacock i belong to a world that's destroying itself

Puisque toute réédition (ou presque) mérite une explication, voilà pour I Belong to a World That’s Destroying Itself : c’est en fait Revenge, qui était sorti au début des années 1970 sous le nom du Bley-Peacock Synthesizer Show (+/- 1969) & qu’il faut désormais considérer comme le premier album solo d’Annette Peacock (non, ce n’est plus I’m the One) puisque Paul Bley n’y apparaît que sur 3 titres et que 8 - 3 = 5 et que 5 c’est suffisant pour un solo. Trêve de précisions, ajoutons qu’on aura pris soin d’agrémenter Revenge de deux morceaux supplémentaires (Flashbacks et Anytime with You).

Ce qu’il y a d’étonnant dans I Belong to a World That’s Destroying Itself (qui est aussi le titre du troisième morceau) c’est qu’il y est presque plus question de voix (celle d’Annette, trafiquée, modifiée…) que de synthétiseurs et d’expés postjazz (en plus de Paul Bley, ont participé à l’enregistrement Gary Peacock, Laurence Cook, Perry Robinson ou Mark Whitecage). Un album de chansons un peu spéciales, il faut bien le reconnaître, parce qu’il racole (mai dans le bon sens du terme = stylistiquement ou genriquement parlant, du côté des protopunk / punkofunk / funkoblues /  bluesypop / poprélofi…) même si pas toujours sur le bon trottoir.  

Enfin, oui, si le son est un peu sale, c’est normal. Et d’ailleurs ça ajoute aux charmes de la chose qui ne nous vient pas d’une autre époque mais d’une autre planète. Une planète qu’accosteront bientôt (c’est du futur régressif) Soft Machine, Carla Bley ou même (quoi ? qui ?) Astrud Gilberto. De quoi quand même intriguer, et faire à Revenge Nouvelle Formule une belle place dans sa discothèque.

Annette Peacock : I Belong to a World That’s Destroying Itself (Ironic)
Enregistrement : 1968-1969. Ediiton (sous le nom de Revenge) : 1971. Réédition : 2014.
CD / LP : 01/ A Loss or Consciousness 02/ The Cynic 03/ I Belong to a World That’s Destroying Itself 04/ Climbing Aspirations 05/ I’m the One 06/ Joy 07/ Daddy’s Boat (A Lullaby) 08/ Dreams (If Time Weren’t)
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Jean-Luc Guionnet, Didier Lasserre : Hear Out! (Les potagers natures, 2015)

jean-luc guionnet didier lasserre hear out

On aurait pu attendre – on aura peut-être attendu – du présent duo d’autres surfaces polies et d’autres rumeurs à mettre au jour. Or, la fièvre (ou le public) en a décidé autrement : en concert, Jean-Luc Guionnet (au saxophone alto) et Didier Lasserre improvisent en pyromanes.

Attachée à ces impressions d’Africanasia (souvenir d’Arthur Jones et de Claude Delcloo), la paire, qui connaît ses classiques, nous refait le coup de la « musique du dehors » (Hear Out!). Enfonce le cloo, certes ; mais revoit aussi ses influences sur l’instant, et les révise même : après s’être entendus sur un même principe, l’alto accouche de plaintes hautes et d’accrocs fabuleux quand la batterie remue sans cesse pour ne jamais laisser la rengaine s’imposer.

Il y a chez Guionnet (malgré ses redites, ses contrariétés décidées…) et chez Lasserre (malgré sa courtoisie et son abnégation, ce « laisser-faire »), de quoi créer – et bien – dans le feu de l’action : l’alto vibre alors – combien, ici, de blending notes ? – et la batterie renvoie, quand ce n’est pas l’inverse. Et l’inverse, c’est justement ce que Guionnet et Lasserre donnent ici à entendre. Qui impressionne, brut et authentique.

Jean-Luc Guionnet, Didier Lasserre : Hear Out! (Les potagers natures)
Enregistrement : 28 février 2014. Edition : 2015
LP : A/ Set 1 – B/ Set 2
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Duane Pitre : Bayou Electric (Important, 2015)

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Qu’elle est longue à grimper la côte du Bayou Electric pour la colo de drones de Duane Pitre. Et lorsqu’il y arrive, pouf il disparaît. Mais on connaît le DP, et on attend son retour puisqu’on sait qu’il reviendra.

Gagné, voilà que les drones à répétition investissent c't'ambient sournoise où le synthétiseur et le violoncelle s’ébattent avant qu’on y déverse des criquets (des cigales ? qu’en sais-je ?) synthétiques et même des voix (bien étouffées, certes certes). Ca plus ça plus ça et voilà une musique de nuit (basses / insectes / dulcimer) qui se retire comme le jour. Mais pas de silence pour autant, non : des insectes, et le retour des drones beaucoup plus vindicatifs. Voilà ce que c’est que s’aventurer dans le Bayou Electric de Duane Pitre, qui prouve ici qu’il sait diversifier les drones qui continuent de l’inspirer.

Duane Pitre : Bayou Electric (Important)
Edition : 2015.
CD / LP : 01/ Electric Bayou
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Philippe Crab : Ridyller Rasitorier Rasibus (Le Saule)

philippe crab ridyller rasitorier rasibus

Un an après la parution du déjà remarquable Necora Puber, Philippe Crab réussit la gageure de lui donner une suite tout aussi passionnante. Cinquième album pour le musicien à l’humilité acérée dont la trajectoire de franc-tireur dans la dite « chanson française » s’avère suffisamment déboussolante et singulière, voire anachronique, pour réduire l’obsolète genre à une étiquette tout juste bonne à être décollée. De toute évidence, Crab ne se cherche pas délibérément une place, ne s’inscrit dans aucune filiation clairement identifiée, sinon identifiable. Il chuchote plutôt une beauté sans canon, accolée à la somptueuse évidence d’un monde en harmonie avec son esthétique. Un monde à rebours où le chanteur-guitariste remonte le temps pour accéder à des zones vierges : langue libre et rieuse, nourrie des cailloux d’Eric Chevillard et qui invente sa propre farandole de mots, accords de côté qui mettent à mal les conventions usitées, harmonies baroques qui se battent en duel, rythmiques reliées au berceau tellurique, son sans ornements qui convoque en creux quelque nostalgie folk appalachienne, collages sonores in vivo qui fouaillent le vivant… L’art s’affirme avec l’insistance têtue de ceux qui tamisent la brutalité du sens derrière la brillance de l’audace.
 
Le louable souci de Philippe Crab vise moins à élargir son audience qu’à approfondir et, simultanément, à aggraver la raison même de (se) jouer. D’un seul tenant, Ridyller rasitorier rasibus, titre qui emprunte sa substance poétique au recueil Dans la nature de Philippe Beck, chemine ainsi en trois denses étapes, durant un peu plus d’une heure. L’autre y rencontre soi-même, la quête de l’informulable rebondit sur la saisie du fugace. Se scrute dans les chansons de Crab ce qui remue et grommelle. Tortueux, le chemin fait office de savoureux périple et invite tout autant à la flânerie qu’à la découverte de saisissants impromptus. Souvent, le musicien opte pour une sorte d’épuisement, de ressassement, privilégie les motifs répétitifs, se joue de la durée. Chaque composition, jusque dans ses dérives instrumentales plus ou moins contrôlées, est question d’agencements à arbitrer, d’espaces à cerner, d’architectures à envisager. Il ne s’agit pas seulement de prendre son temps, mais d’en arracher des morceaux et de les nouer ensuite entre eux ; pas seulement de composer, ni même de décomposer, mais de bâtir un temps à soi, une cartographie sensible, celle des possibles. A l’instar du morceau sur Le Pont où l’attente de l’amoureux esseulé ouvre le monde alentour à la circulation des idées en un va-et-vient aussi envoûtant que déroutant. Crab semble bousculer les repères et étirer le temps afin de chercher une écriture qui échapperait à l’appréhension rationnelle des choses. L’intime, atteint au bout d’un long tête-à-tête, s’ouvre à des zones étrangement reculées de lui-même. Déploiement et tâtonnements hic et nunc d’un esprit vagabond qui considère la divagation et l’état second comme un délectable art de vivre.


 
Philippe Crab : Ridyller, rasitorier rasibus (Le Saule)
Enregistrement : 2014-2015. Edition : 2015.
CD / DL : 01/ Le rasoir d'O 02/ Le pont 03/ Idylle interrompue 04/ Mashuk 05/Sphère 06/ Dédier le temple 07/ MLH 08/ Lycophron 09/ Phorie 10/ Réponds 11/Un très joli ptè bois 12/Agraulé 13/ Les compagnies cycloportées 14/ Désidyllons 15/ Opulente nature 16/ Un cas banal de dissonance cognitive 17/Es tam polin 18/ Heureux les lapins
Fabrice Fuentes © Le son du grisli

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Martin Küchen, Landæus Trio ‎: Four Lamentations and One Wicked Dream of Innocence (Moserobie, 2014)

martin küchen landaeus trio four lamentations

Four Lamentations and One Wicked Dream of Innocence : le titre du vinyle s’explique, et même, se comprend : quatre compositions de Martin Küchen, d’un abattement inspiré, augmentées d’une composition « innocente » que l’on doit au pianiste de la section rythmique qui accompagnait le saxophoniste ce 19 avril 2013, Mathias Landæus.

Des années après India ou Olé, le modal (et l’ « exotique ») inspire encore Küchen : ses mélodies sont attachantes, mais surtout sublimées par ses façons d’instrumentiste. Ainsi, les saxophones (alto, ténor, baryton) invitent-ils la section rythmique à les rejoindre pour mieux, ensuite, la traîner à terre ; et quand ils vacillent sur un swing ralenti – qui pourra évoquer le vieil Hawkins (Tres Palabras) ou le jeune Kenyatta (Until) – leurs vibrations font effet.  

On remerciera Johnny Åman (contrebasse lâche) et Jonas Holgersson (batterie mesurée) des discrétions qu’ils dispensent. Mais n’étant « que » membres du Landæus Trio, leur élégance ne compte pas en comparaison du bavardage mélodique – à la McCoy Tyner, alors qu’on aurait apprécié ici la ponctuation d’un Fred Simmons (Until encore) – de leur leader de pianiste. Inquiet de placer quelques notes au-dessus de celles du soliste, Mathias Landæus démontre en effet un goût pour le clinquant qui finit par embarrasser l’auditeur – après absorption de pilule Küchen, voici qu’il entend TSF.

L’auditeur en question devra donc faire un effort (en seconde face, surtout) : et consacrer toute son attention au timbre singulier de Martin Küchen en imaginant le pianiste suédois – mais, au son, déjà franco-italien – accompagner, et accepter d’accompagner seulement, l’épatant saxophoniste sur piano Bolleter.

Martin Küchen, Landaeus Trio : Four Lamentations and One Wicked Dream of Innocence (Moserobie)
Enregistrement : 19 avril 2013. Edition : 2014.
LP : A1/ Post Injuries A2/ Don’t Ruin Me – B1/ En Jämtländsk Xe B2/ Du Rör Dig Så Sakta… 03/ One Minute of Innocence
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Keith Rowe, John Tilbury : Enough Still Not to Know (SOFA, 2015)

keith rowe john tilbury enough still not to know

C’est à la demande Kjell Bjørgeengen que Keith Rowe et John Tilbury se sont retrouvés en studio, les 17 et 18 juillet 2014. Il s’agissait de mettre en musique une installation vidéo de l'artiste : si le beau coffret nous prive de l'image, il n’en consigne pas moins quatre disques capables de remplir cet écran noir aux airs de reps qui a commandé les couleurs de l’objet.

Partageant avec Rowe et Tilbury un goût pour la poésie de Beckett, Bjørgeengen nomme, dans un livret, le titre du dernier poème de l'écrivain, What is the word : voir —/ entrevoir — / croire entrevoir — / vouloir croire entrevoir — / folie que de vouloir croire entrevoir quoi — / quoi — / comment dire.  Il suffira de substituer « entendre » à « entrevoir » pour chercher ensuite à dire comment le duo est parvenu à emprunter à Beckett son savoir-faire sur le fil.

En équilibre, ce sont là d’autres silences et d’autres rumeurs, des accords en progrès (au début de la troisième partie, Tilbury lui-même les dit, une fois n’est pas coutume, « envahissants ») ; en déséquilibre, un piano timide d’où chutent de rares notes et des bruits divers jetés dans l’espace (crissements et crépitements, bourdons graves, ronronnements de moteurs et air de violon que diffuse la radio…).

Peut-être la vidéo montre-elle, malgré ses noirs, deux surfaces planes qui se frôlent et, pour peu qu’on les envisage à distance, ne font bientôt plus qu’une, agacée bientôt par les lignes de fuite qu’arrange la bande-son : Enough Still Not to Know, qui atteste à son tour, comment dire… que Keith Rowe et John Tilbury font à la manière de Pénélope, soit : pour mieux défaire ensuite, en secret.  

Keith Rowe, John Tilbury : Enough Still Not to Know (SOFA)
Enregistrement : 17-18 juillet 2014. Edition : 2015.
4 CD : 01-04/ First Part-Fourth Part
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Marinos Koutsomichalis : Ereignis (Holotype, 2015)

marinos koutsomichalis ereignis

Mais dans quelles turbines Marinos Koutsomichalis (le fondateur du label Agxivatein) a-t-il passé (j’utilise le passé, car le LP a été enregistré en 2012) le Serge Modular System ? Ces deux premiers extraits du projet qu’il a engagé et intitulé « E Stato Eliminato » ne le disent pas, alors : écoute passive.

First face, c’est explosif, les expérimentations sont légion. Elles tirent dans l’espace, dérapent, bricolent une techno minimale, canardent de ces effets de micropro… Bon. Second face, c’est plus rentré. Le vinyle (mais n’est-ce pas Serge plutôt ?) craque pendant des secondes, après quoi il crépite… Il faut admettre que c’est un peu court pour ne pas dire assez décevant, en tout cas pas à la hauteur par exemple du solo ci-dessous. A ceux qui souhaitent le retour du Serge, je donnerais donc deux conseils : le Feu d'Yvan Etienne et la Terrace de Thomas Ankersmit !

Marinos Koutsomichalis : Ereignis (Holotype)
Enregistrement : 2012. Edition : 2015.
LP : A/ Ereignis #1 – B/ Ereignis #2
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Ross Bolleter : Frontier Piano (WARPS, 2014)

ross bolleter frontier piano

« L’heure de la mort sonne un jour pour tout piano ; une fois passé, il chante une tout autre chanson. » En boucle, Ross Bolleter, que son intérêt pour les pianos à deux doigts de ne plus l’être continue – après Secret Sandhills and Satellites, Night Kitchen… –  de travailler.

Le charme qu’il trouve aux carcasses abandonnées interroge encore : leur petite musique est-elle encore musique ? C’est qu’à « l’instrument classique par excellence » le piètre état impose l’à-peu-près, si ce n’est l’injustifiable, et l’inattendu. De son enveloppe défaite une poignée d’oiseaux peut avoir fait son nid – c’est ce qu’on peut imaginer à l’écoute de la première pièce de ces deux disques –, sa sonorité dégradée ne s’avère pourtant pas moins capable : de mélodies malhabiles, de combinaisons rythmiques, d’arpèges tordus, de troubles comptines, de coups autrement expressifs…

Bolleter peut aussi se saisir de plusieurs pianos que lui ont préparés la nature et le temps qui passe. Il les empile alors, ou les imbrique, et entame un concert. C’est l’ « après Mozart » qu’il envisage maintenant : en pianiste régressif, il invente un art autrement probant : petite musique de déchéance aux joyeux airs de Carmagnole.

Ross Bolleter : Frontier Piano. A Double Album of Pieces for Ruined Piano (WARPS)
Edition : 2014.
2 CD-R : CD1 : Terra Nullius 02/ Living Daylights 03/ Dead They Sing… 04/ Paddock Grand 05/ Sombre 06/ Trespass 07/ Pioneer Piano 08/ Home Truth 09/ Nasal 10/ Ancient Challenge 11/ Envoi – CD2 : 01/ Dominion 02/ Eye Music 03/ Après Mozart 04/ Bleached Oats 05/ Family Diary 06/ Antoinette 07/ Time and Fevers Burn Away…
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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