Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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le son du grisli #3Peter Brötzmann Graphic WorksConversation de John Coltrane & Frank Kofsky
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Jac Berrocal, David Fenech, Vincent Epplay : Antigravity (Blackest Ever Black, 2015)

jac berrocal david fenech vincent epplay antigravity

Berrocal / Fenech, le retour ? Yep, et sur un air de western (enfin, d’un western modifié, celui de Nanook, le premier titre de ce CD). Avec le duo, notons que ce n’est plus Tazartès mais Vincent Epplay, artiste sonore de son état et musicien touche-à-tout-ce-qui-sonne (synthés, fied recordings, accordéon, etc.).

Pas moins de 14 plages, le tout enregistré entre 2011 et 2014. Oui mais alors le tout quoi ? Parce qu’il y en a des choses, dans Antigravity… Des improvisations lugubrostères (The Overload), des chansonnettes inspirées par Brian Eno et David Byrne (Panic in Bali) ou Vince Taylor (Rock’n’Roll Station), des reprises (le Where Flamingoes Fly par Gil Evans ou la Valse des lilas, avec Anna Byskov à la voix, qui ferait une belle musique d’ambiance pour parking à agressions), du folk baltringue pour trompette bouchée (Tsouking Chant), des élucubrations expérimentales (Nanooks), une poésie d’exil hôtelier (Riga Centraal) et autres petits trucs parfois un peu fastoches (Solaris)…

Bref (ah oui, aussi un hommage à Jacques Thollot, et un beau morceau de danse psychotrope : L’essai des suintes ou le bal des futaies)… Bref, disais-je, un catalogue (référence !) d’excentricités rockobrutales dans un Diapason pour routier chantant (cheers, Sœur Sourire).

Jac Berrocal, David Fenech, Vincent Epplay : Antigravity (Blackest Ever Black)
Enregistrement : 2011-2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Nanook 02/ The Overload 03/ Panic in Bali 04/ Rock’n’Roll Station 05/ Where Flamingoes Fly 06/ Kinder Lieder 07/ Tsouking Chant 06/ Valse des lilas 09/ Nanooks 10/ Solaris 11/ Ife L’ayo 12/ Spain 13/ Riga Centraal 14/ L’essai des suintes ou le bal des futaies
Pierre Cécile © Le son du grisli

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John Butcher : Nigemizu (Uchimizu, 2015)

john butcher nigemizu

C’est une jolie pochette de carton qui enferme la première référence du label Uchimizu. Sur le disque, trois solos de John Butcher, enregistrés début août 2013 au Japon.

Le 7, c’est au ténor que le saxophoniste fait résonner une église d’Osaka. Ses notes sont longues qui, dans la ligne ou le tremblement, construisent des structures anguleuses (parfois simple esquisse, comme d’un trait de plume) au gré de séquences rapprochées : à la verticale comme à l’horizontale, Butcher unit deux notes, installe un motif qu’il travaille, martèle et soudain gomme, projette un sifflement après lequel il s’élance, transforme combien d’inspirations en hallucinations sèches…

Le 10, c’est au soprano qu’il  comble l’espace du célèbre Hall Egg Farm de Fukuya. D’autres structures s’y entendront, prêtes à s’emboîter comme par merveille. D’abord prudent, le soprano s’étend sur un air qui se réfléchira en miroirs qui, tous à leur façon, le transformeront. C’est alors l’ascension puis la chute lente de volutes différentes : au moment de leur déclenchement ou quand arrive celui de leur disparition, c’est aussi l’assurance de nouvelles surprises.

John Butcher : Nigemizu (Uchimizu / Metamkine)
Enregistrement : 7 & 10 août 2013. Edition : 2015.
CD : 01/ Enrai 02/ Uchimizu 03/ Hamon
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Jacques Thollot : Tenga Niña (Nato, 2015)

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En 1995, on en parle, on s’excite : Jacques Thollot enregistre. Depuis longtemps, le mundillo oublie Thollot (le mundillo réussit très bien à oublier ceux qu’il a adorés la veille). Thollot joue en solitaire, compose, espère. Le sac est plein de cassettes, de projets. Et l’homme de Chantenay n’oublie pas. Et il dit go ! Et Tenga Niña voit le jour. Et la secousse sismique n’est pas anodine.

On n’a jamais oublié la trompette d’appel d’Henry Lowther. On la retrouve ici intacte, inaugurant cet album puzzle. Un album où le sucré se marie avec l’amer. To Neneh by Don from Jacques, comment l’oublier ? Comment oublier les morsures de Noël Akchoté ? Comment passer sous silence les bienveillances de Claude Tchamitchian ? Comment oublier les douces violences de Tony Hymas ?

Ce disque n’est rien d’autre qu’un appel à la tendresse. A toutes les tendresses. Et peut-être même au pardon. Ce n’est pas un disque de compositeur. Ce n’est pas un disque de batteur. Peut-être est-ce un disque de chamane ? Et comment oublier l’au-delà de Marie Thollot ? Impossible. Voilà, vous venez de conclure à ma place.

Jacques Thollot : Tenga Niña (Nato / Allumés du Jazz)
Enregistrement : 1995. Edition : 1996. Réédition : 2015.
CD : 01/ Tenga Nina 02/ La maison des Cellettes 03/ To Neneh by Don from Jacques 04/ Récréation exubérante de position stationnaire 05/ Alliance secrète 06/ Trois bambins pour Art 07/ Longitude innée 08/ Un bâton a toujours deux bouts 09/ Même si j’étais mine, garde le style haut ! 10/ To Bud 11/ Fanny de deux à trois 12/ L’au-delà
Luc Bouquet © Le son du grisli

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John Butcher, Andy Moor : Experiments with a Leaf (UnSounds, 2015)

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C’est un concert donné le 26 octobre 2013 à Berne que consigne Experiments with a Leaf. Cinq plages, longues ensemble d’une demi-heure à peine, sur lesquelles se font face John Butcher et Andy Moor.

L’un comme l’autre à l’affût – l’œil de ces oiseaux de musée photographiés par Moor promet discernement et sagacité –, les musiciens évoluent d’abord à distance (l’un de l’autre, et aussi, semble-t-il, des micros). Mais déjà, le médiator agace et la guitare et le saxophone : les rebonds et virevoltes de Butcher répondent aux saillies de Moor quand les harmoniques électrifiées du guitariste ne poussent pas le ténor à trouver refuge dans l’ombre.

Deux rapaces abreuvés de taurines se cherchent alors : revêches, nerveux, jouant des différences de hauteur et parfois d’intention (pressé, le soprano pourra perdre quelques plumes dans des cordes qu’il se sera, ailleurs, amusé à emmêler), Butcher et Moor se tirent de ces cinq expériences avec un égal panache.

John Butcher, Andy Moor : Experiments with a Leaf (UnSounds)
Enregistrement : 26 octobre 2013. Edition : 2015.
CD / LP / DL : 01/ Five Eyes 02/ Fantasy Downsize 03/ Joy is the Headlight 04/ Tongue
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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John Chantler : Still Light, Outside (1703 Skivbolaget, 2015)

john chantler still light outside

Si (jusque-là) j’ignorais tout de John Chantler (ce qui prouve au lecteur que je ne connais pas ma grisli bible par cœur), Still Light, Outside m’a bien motivé à aller fouiller, comme on dit de la taupe au trou. Et de la taupe au trou, on sait qu’il n’y a qu’un pas.

Alors qu’est-ce ? Eh bien un Long Shadow of Decline en trois parties à l’instrumentarium qui trahit des guitares, un church organ et des electronics, bref de quoi faire. Et faire bien puisque Chantler fabrique avec tout ça une sorte d’ambient expérimentale (oui, mais légère) qui entasse n’importe quel bacillaire ou adventice (des synonymes de parasite) avec un calme agaçant (pour eux, en tout cas j’imagine).

L’auditeur que je suis n’a plus qu’à constater, la tête dans les étoiles, que ce suspense de film fantastique rêvé est moins effrayant que bien bien malin et que ses sons continus ont même l'accueil sympathique. C’est dire la confiance qu’il faut. Et, même si c’est un peu frais, je fais toute confiance à John Chantler.  

John Chantler : Still Light, Outside (1703 Skivbolaget)
Enregistrement : août-novembre 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ The Long Shadow of Decline – Pt I 02/ 01/ The Long Shadow of Decline – Pt II 03/ 01/ The Long Shadow of Decline – Pt III
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Paul Dunmall, Tony Bianco : Homage to John Coltrane (Slam, 2015)

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Est-ce le souvenir d’Interstellar Space qui rapprocha un jour Paul Dunmall et Tony Bianco autour de compositions de John Coltrane ? C’est en tout cas le troisième hommage que le duo rend au saxophoniste – après Thank You John Coltrane et Tribute to Coltrane. Et l’inspiration est la même, qui le travaille.

Deux fois en 2013 (Café Oto le 16 juillet et Delbury Hall de Shropshire le 7 novembre), Dunmall et Bianco révisaient donc leur classique avec une implication fiévreuse. Si ce n’est sur l’imposante texture filée d’Alabama, la batterie est sémillante et ses emportements comblent les attentes d’un ténor – abandonné deux fois pour une flûte en introduction de Psalm et un saxello sur My Favorite Things – dont Coltrane jadis dessina les (pour ne pas dire « décida des ») desseins.

Qu’ils ne gardent du thème qu’un court motif prétexte à inventer autrement (Giant Steps, Sunship…) ou approchent les versions originales avec plus d’égard (Central Park West, Alabama…), Dunmall et Bianco entretiennent la flamme avec, toujours, la ferme intention d’inventer « par-dessus ». The real risk is in not changing, avertissait en son temps Coltrane. Paul Dunmall et Tony Bianco, sur du Coltrane pourtant, confirment.

Paul Dunmall, Tony Bianco : Homage to John Coltrane (Slam / Improjazz)
Enregistrement : 7 novembre 2013 & 16 juillet 2013. Edition : 2015.
2 CD : CD1 : 01/ Ascension 02/ Resolution 03/ Central Park West 04/ Transition 05/ Psalm – CD2 : 01/ Ogunde/Ascent 02/ Naima 03/ The Drum Thing 04/ Sunship 05/ Giant Steps 06/ Expression/Affirmation 07/ Alabama 08/ My Favorite Things
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Jessica Meyer : Sounds of Being (Pipeline Collective, 2014)

jessica meyer sounds of being

Le coup du (de la) musicien(ne) qui sait tout jouer (classique, contemporain, jazz, impro, indien, flamenco, bourrée auvergnate…), on vous l’a déjà fait ? A moi aussi. On en arrive le plus souvent à un patchwork indigeste et sans saveur. Est-ce ce qui arrive avec Jessica Meyer ici ? Soyons honnêtes, nous avons entendu bien pire.

Jessica Meyer est une altiste confirmée, et qui n’a pas l’archet dans sa poche. Elle aime à se démultiplier et à envisager quelques belles et saines périphéries : virtuosité nerveuse (Hello), attente et suspension quasi-microtonale (Touch), petites frayeurs (Afflicted Mantra), inquiétude sourde (Duende). Tout cela est très consonnant, très joli, mais est-ce suffisant pour nous passionner ?

Jessica Meyer : Sounds of Beings (Pipeline Collective Recordings)
Enregistrement : 2013-2014. Edition : 2014.
CD : 01/ Getting Home (I Must Be…) 02/ Hello 03/ Into the Vortex 04/ Afflicted Mantra 05/ Source of Joy 06/ Touch 07/ Duende
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Lukas Ligeti, Thollem McDonas : Imaginary Images (Leo, 2014)

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Codes et usuels du langage improvisé au vestiaire, Lukas Ligeti (batterie) et Thollem McDonas (piano) s’offrent quelques blocs sportifs, limite démoniaques. Le premier précise sa direction : jeu rejetant finesse et vibration au profit d’un foisonnement sec, mâtiné d’un désir constant de pousser la saturation en de hautes sphères. Intégrant une figure rythmique pour aussitôt la rejeter, c’est lui qui le plus souvent pousse son partenaire à fouetter la trame.

On sait ce dernier soûlant de virtuosité vaine. On le découvre ici plus que supportable. Intimidant le trait, jamais en reste dans le cluster assassin, on lui donne ici mention honorable. Et espoir pour la suite. Parce que plusieurs fois hors sujet et dégageant les habitudes de jeu (sans jamais les pulvériser toutefois), Ligeti et McDonas donnent beaucoup à espérer. A suivre…

écoute le son du grisliLukas Ligeti, Thollem McDonas
Imaginary Images (extrait)

Lukas Ligeti, Thollem McDonas : Imaginary Images (Leo Records / Orkhêstra International)
Edition : 2014.
CD : 01/ Dark Correspondance 02/ Minds Fill In 03/ Whisper Stream 04/ Reflexivities 05/ Connecting Thoughts 06/ Advance in Standstill 07/ The Gravity of Up
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Ulrich Krieger : Winters in the Abyss (Pogus, 2015)

ulrich krieger winters in the abyss

Si Winters in the Abyss consigne les cinq premières pièces des quatorze qui font le Deep-Sea Cycle d’Ulrich Krieger, c’est toutefois adaptées : par le compositeur en personne aux instruments de ses interprètes (trombone de Matt Barbier, cor d’harmonie de Zara Rivera et trombone contrebasse de Paul Rivera), puisque ces pièces étaient destinées à l’origine à trois contrebasses (flûte, saxophone et tuba).

Ce sont donc un cor et deux trombones (aux micros rapprochés) qui, jetés d’on ne sait où, viennent grossir la neige marine et, à leur propre vitesse, gagneront comme elle le fond de l’océan. Cinq étapes mais pas de stations : trois instruments gravent qui, l’un après l’autre, cherchent à établir le contact au son de signaux répétés. A force de redites, leurs notes se superposent ; à force de dérivation (verticale, certes), reprennent de la distance.

A chaque fois, c’est un effet de couplage (dirait-on « triplage » ?) qui donne à la chute lente et au sondage opportuniste qui y est attaché l’ombreuse et impressionnante musique – minimalisme revu à la lumière du Wandelweiser – que renferme Winters in the Abyss.

Ulrich Krieger : Winters in the Abyss (Pogus)
Enregistrement : 2012. Edition : 2015.
CD : 01/ V Sun Lit 02/ IV Twilight 03/ III Midnight 04/ II Lower Midnight 05/ I Pitch Black
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Enema Syringe : Upshutlenvolte (Fragment Factory, 2014)

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Ce n’est pas le catalogue de nez de la pochette qui m’aurait détourné de ce 33 rpm un tiers (rounds per minute = tours par minute, et là dans ta tête tout s’éclaire !) de l’Enema Syringe de Kai Parviainen dont j’avais loué (mais sans l’écrire, étant alors trop jeune) le Bögens Massage Institut du label Ultra Eczema.

D’autant qu’en dos de couv’, il y a cet enfant obèse qui me sourit (j’ai toujours eu un faible pour les enfants obèses) et cette femme qui fume qui pense (la contrepèterie de cette phrase donne la même phrase, ce qui ne lasse pas de m’abasourdir). Sur la A, de face, il y a marqué « (infinite version) » sous la pièce number 2 (En Krullig Mongoloid). Parce que ce ne serait pas moins bon que de laisser tourner pour toujours ces voix / beats / scratchs… de chanson indusbuzz.

Mais sur la B, de face, c’est un beat happening qui recadre tout le vinyle rond de la chose. Du genre techno facile mais qui lâche des pointes qui font mal sous l’effet de la centripète force (ne voyez là aucune malice). C’est donc presque musical, cette fois. En tout cas, ça marche pareil… Et (tenez-vous bien) tout ça enregistré en 1987. C’était une belle année, 1987…

Enema Syringe : Upshutlenvolte (Fragment Factory)
Enregistrement : 1987. Edition : 2014.
7’’ : A1/ Upshutlenvolte A2/ En Krullig Mongoloid (Infinite Version) – B/ Rytmarantz
Pierre Cécile © Le son du grisli

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