Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

The Milo Fine Free Jazz Ensemble : Earlier Outbreaks of Iconoclasm (Emanem, 2015)

milo fine free jazz ensemble earlier outbreaks of iconoclasm

Dans la droite lignée des francs-tireurs insaisissables, voici Milo Fine et Steve Gnitka. 1976-1977-1978 : les deux musiciens s’en donnent à cœur joie du côté de Minneapolis. Ça raye, ça érafle comme du papier de verre, ça gratte la chair, ça rebondit.  

Le premier invente vingt ans avant les autres la jungle style avec sa caisse claire hyper tendue. Fine est un batteur luxuriant, adepte du toujours plus vite. Il implose le cercle, anéantit l’espace, fouette ses cymbales. Le même Fine est aussi le pianiste que l’on connaît : redoutable coureur de fond et tout autant véloce que semeur de dissonances. Et que ceux qui aiment la clarinette aux doux ébats passent leur chemin : sa clarinette n’est pas celle de Giuffre ou de Carter. C’est une clarinette guerrière, nerveuse, spasmodique, urticante. Steve Gnitka n’est que guitariste mais un guitariste qui ne lâche jamais le morceau. On constate qu’il a emprunté à Bailey et Boni quelques génialités. Et qu’il a laissé le bon goût au vestiaire (c’est ici un compliment).

Ce sont donc deux zozos, hors catégories : loin du jazz, loin du rock, loin des douceurs. Réécouter cette musique aujourd’hui procure un double plaisir : celui du pavé lancé dans la mare aux conventions et celui d’une improvisation sans la moindre petite parcelle d’interdit. Que soit donc remercié Monsieur Emanem pour cette pas banale réédition compilant Hah! et The Constant Extension of Inescapable Tradition, deux vinyles hat Hut (label qui n’avait pas froid aux oreilles à cette époque) ainsi que When I Was Five Years Old, I Predicted Your Whole Life, 33 tours qui ne fut jamais publié, le label Horo ayant mis la clé sous la porte juste avant publication.

The Milo Fine Free Jazz Ensemble Featuring Steve Gnitka : Earlier Outbreaks of Iconoclasm (Emanem / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1976-1978. Réédition : 2015.
2 CD : CD1 : 01/ The Feint 02/ Hah! Duo 2 03/ Hah! Duo 3 04/ Keep it Light 05/ Hah! Duo 5 06/ Penis Ants 07/ Hah Duo 7 08/ One-Two-One 09/ Hah! Piano Solo 10/ Hah! Duo 9 11/ Extension Guitar Solo 1 12/ Ballad for D. 13/ Extension Duo 1 14/ Extension Duo 2 A15/ Extension Drum Solo 1 16/ Extension Drum Solo 2 – CD2 : 01/ Extension Guitar Solo 2 02/ Extension Guitar Solo 3 03/ Extension Duo 3 04/ Gin and Tonic Scotch for Lars 05/ Five Duo 1 06/ [1-2-3-4] 07/ Scottish Folk Tune 08/ Five Duo 4 09/ Five Duo 5 10/ [Sparse] 11/ Five Duo 7 12/ Five Duo 8 13/ For Mink Stole 14/ Five Duo 10 15/ Five Duo 11 16/ Melody for the Semi-enlightened
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Mirt : Solitaire (Polish Experimental Studio / Bolt, 2015) / Mud, Dirt & Hiss (Cat Sun, 2015)

mirt solitaire

Tout l’art de Mirt (une quinzaine d’années de sorties diverses derrière lui) pourrait se résumer dans l’electronica minimaliste de Solitaire (série Polish Experimental Studio du label Bôłt). Et tout serait-il dit ?

Tout en cinq morceaux (5 X Solitaire) sur le ton d’une electronica qui ne renie pas ses pop racines et sa tendance « folk » ambient. En jouant en plus de la vitesse de rotation de platines vinyle, Mirt en arrive à faire un éloge de la lenteur qui gangrène des plages d’atmo de BO qui ne feraient pas taches sur pellicules Kubrick ou des maquettes rythmiques et vocales qui évoque un Jimi Tenor (pièces d’origine) parasité. Sans être renversant, Solitaire s’impose par sa fraîcheur cablée sans prétention.

Mirt : Solitaire (Bôłt)
Edition : 2015.
CD : 01-05/ Solitaire 01 – Solitaire 05

Pierre Cécile © Le son du grisli

mirt mud dirt hiss

Et Mirt qui tourne encore, avec Mud, Dirt & Hiss. Quant à nous, ça dépend : vraiment pas mal sur les deux Swamp où le Polonais fait un Golem avec la boue et la poussière du titre, un peu moins avec l'electronica au goût de Mapstation d'In Limbo et les field recordings (hiss d'oiseaux !) de Bury Me Here. Sans aller jusque-là (oui, la signification de cette chronique est soumise au parlage d'anglais), on promet à Mirt d'aller le visiter de temps en temps, au moins à Noël et au Jour de l'an.

Mirt : Mud, Dirt & Hiss (Cat Sun / Monotype Records)
Edition : 2015.
CD / K7 : 01/ Swamp 1 02/ In Limbo 03/ Bury Me Here 04/ Swamp 2 05/ The Death
Pierre Cécile © le son du grisli

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Mike Osborne : Dawn (Cuneiform, 2015)

mike osborne dawn

Derviche tourneur de la scène improvisée britannique, Mike Osborne assiégeait deux tournis : celui de son phrasé empli de hautes spirales et celui de sa propre schizophrénie, cette dernière l’éloignant à partir des années 1980 du circuit jazz. Pour l’heure, nous sommes en 1970 et l’altiste attaque les aigus à la base.

La phrase refuse de s’arrêter, le looping est dolphyen (Scotch Pearl), l’harmolodie parfois colemanienne (TBC) et la ritournelle épisodiquement aylérienne (1st). Ne pouvant que constater l’intensité des manœuvres, Harry Miller et Louis Moholo s’accrochent à l’insaisissable, s’en sortent à merveille.

Quatre ans plus tôt, toujours aux côtés d’un John Surman barytonnant sans conviction, du fidèle Miller et d’un vibrant Alan Jackson, l’altiste – toujours sans pianiste – cherchait à embrayer la boite aux lyrismes secs avant d’y échouer. Puis, tous ensemble, trouvaient dans l’Aggression de Booker Little le chemin des vives clairières. Moments magiques et documents précieux, cela va de soi.

Mike Osborne : Dawn (Cuneiform / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1966 & 1970. Edition : 2015.
CD : 01/ Scotch Pearl 02/ Dawn 03/ Jack Rabbit 04/ TBC 05/ 1st 06/ TBD 07/ Seven by Seven 08/ And Now the Queen 09/ An Idea 10/ Aggression
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Contre-chronique > Les massifs de fleurs : T'es pas drône (CCAM, 2015)

les massifs de fleurs contre-chronique bruno fleurence

C'est, après la réaction de Nobu Stowe à la chronique de Confusion Bleue par Luc Bouquet, la seconde contre-chronique publiée par le son du grisli. A la lecture de T'es pas drône par Pierre Cécile, Bruno Fleurence (CCAM, lieu & label) a réagi à sa manière, dans une veine pastiche qui ne déplaira sans doute pas à notre collaborateur. Musiciens, éditeurs, producteurs, gens du cirque..., adressez-nous vos contre-chroniques à grisli @ lesondugrisli.com.

Pierre Cécile : t'es pas crônikeur...

Ce n’est pas la première (faudrait presque espérer la dernière) chronique de Pierre Cécile, auteur jusqu’alors inconnu malgré un petit livre sur sa passionnante découverte des Sonic Youth à travers Kurt Cobain (si je ne me trompe). Sa chronique sur Les massifs de fleurs est ma première – on sait qu’il ne faut pas pousser Bruno F (mais qui c’est ?). Or c’est pas l’envie qui m’en manquera.

L’article œuvre dans le registre du magistral J’aime / J’aime pas / De toute façon j’aurais pas aimé quand même…
L’article, c’est aussi un chroniqueur de la campagne qui découvre autre chose que Thiéfaine, Didier Super, Arno ou Dick Annegarn.
L’accent du texte est malhabile, il joue sur des jeux de mots « rigolos », vulgaires pastiches de André Manoukian des champs à Thierry Ardisson du cresson (poil au menton !).

Mais bon. Ces exercices de style, si tant est qu’ils en soient, m’ennuient profondément, et je n’arrive même pas à me raccrocher aux vraies références (c’est impossible de toute façon, y’en a pas). Un arrière goût de Télérama et D8 plus que Revue & Corrigée mais bon… Au troisième paragraphe, je n’en puis plus. Mais je ne raccroche pas (déontologie). Tiens qu’est ce que ça veut dire au fait déontologie ? Mais alors que je m’accroche, Pierre Cécile lance un « C’est là que je prend la décision (ferme) d’arrêter de vieillir. »

On y r’viendra dans 10 ans

Les massifs de fleurs : T’es pas drône (CCAM)
Edition : 2015.
CD : 01/ Le progrès 02/ T’es pas drône 03/ On y reviendra 04/ Garde Ca 05/ Cà m’a plu 06/ My Degeneration 07/ Cà se jette 08/ Massifs 09/ Sarcophage
Bruno Fleurence © Le son du grisli

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Trevor Watts : Veracity (FMR, 2014)

trevor watts veracity

Pour s’affranchir encore de tout Ensemble ou Orchestra, Trevor Watts a pris l’habitude d’enregistrer seul. C’était hier The Deep Blue, aux saxophones, piano, synthétiseurs et percussions. C’est aujourd’hui Veracity, au seul saxophone alto.

Treize compositions, sur lesquelles Watts donne libre cours à ses envies et à son tempérament. Pugnace, et inventif encore, il adapte ses « folies » à un devoir de mélodie qui s’emparera de motifs prêts à souffrir tensions et torsions et qui se nourrira aussi d’inspirations généreuses.

Certes, les aplats dont il use sont moins replets que ceux de la peinture de Ruth Franklin choisie pour la couverture du disque – et l’on pourra regretter ce léger écho desmondien qui lustre l’alto – mais ses élans (répétitions, trombes, vrilles, entrelacs, hourvaris et soudaines délocalisations) peuvent être contrariants au point de surprendre, et même d’emporter.   

Trevor Watts : Veracity. Solo Alto Saxophone (FMR / Improjazz)
Enregistrement : juin 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ SOlus 02/ Alto Prestissimo 03/ Dreamind and Drifting 04/ Afrocentricity 05/ Echoes of Tradition 06/ Monadism 07/ Pleomorphism 08/ Space Signal 09/ Rolling 10/ Shadows 11/ Quito Nights 12/ Iberiana 13/ Veracity
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Interview d'Ellery Eskelin

interview ellery eskelin juin 2015 le son du grisli

Il reste des musiciens avares, de confidences et donc de disques. Ellery Eskelin, saxophone ténor de Baltimore installé à New York depuis 1983, est de ceux-là. Quelques leçons de Dave Liebman et le voici multipliant les collaborations : Andrea Parkins et Jim Black, Gerry Hemingway, Han Bennink, Sylvie Courvoisier, Dennis González… Cette année, c’est pourtant seul qu’il revient : ce dont Solo Live at Snugs atteste.



… Mon premier souvenir de musique, c’est ma mère jouant de l’orgue. Elle était musicienne professionnelle à Baltimore lorsque j’étais enfant. En l’écoutant jouer, j’ai appris beaucoup de chansons et j’ai forgé mon sens du rythme.  

Tu vois éditer aujourd’hui Solo Live at Snugs, qui n’est que ton second enregistrement solo…Oui, Premonition était le premier, Solo Live at Snugs est le second. Vingt-trois années les séparent.

Qu’est-ce qui a changé dans ta pratique instrumentale, et dans ta façon de t’exprimer, entre ces deux époques ? Lorsque j’ai commencé à développer mon projet de saxophone solo en 1992, je voulais que le saxophone agisse d’une autre manière, musicalement parlant. A travers le phrasé et d’extrêmes juxtapositions de texture sonore, j’ai essayé d’imaginer le saxophone comme s’il était tout sauf un saxophone. Après des années passées à envisager l’instrument de cette manière, je m’intéresse aujourd’hui au principe même qui fait qu’un saxophone est un saxophone. Ce que j’obtiens est toujours basé sur la texture et le phrasé mais j’essaye de jouer du plus profond de l’instrument, d’en trouver le cœur.

Tu as beaucoup joué en duos, est-ce la formule que tu préfères ? En solo, la musique a tendance à évoluer assez lentement dans le temps (en tout cas, pour moi) et je ne ressens pas le besoin de la documenter jusqu’à ce que quelque chose ait assez changé pour en faire état. Avec un partenaire, la musique est tout de suite différente, puisqu’elle dépend de la personnalité de celui-ci et de notre interaction.  

Dans un souci de préservation peut-être, de nombreux musiciens ont tendance à consigner le moindre de leurs enregistrements sur disque. Dois-tu forcément ressentir le genre de « changement » dont tu parles pour envisager de faire paraître un nouveau disque ? Je pense que chaque musicien est différent à cet égard. Moi, j’essaye de travailler une chose après l’autre. J’aime constater le développement d’un projet dans le temps, les changements qu’il peut connaître. Certains projets peuvent bouger plus vite que d’autres. Je pense que le solo se développe plus progressivement, d’autant qu’il est comme mon vocabulaire de base. Selon le projet auquel il est appliqué, ce langage peut dire différentes choses, ce qui aura pour conséquence que tel ou tel projet sera plus souvent documenté.

Tu as récemment travaillé avec de jeunes musiciens (Harris Eisenstadt et Angelica Sanchez sur September Trio, Christian Weber et Michael Griener sur Jazz Festival Willisau…). Comment les rencontres-tu et qu’apportent-ils à ta musique ?  Ce n’est pas difficile de rencontrer des musiciens à New York. Ils sont partout. Et il est important pour moi d’écouter les nouvelles choses qui se font en matière de musique, en tout cas autant qu’explorer ce qui s’est fait par le passé.

Enseignes-tu ? Oui, je donne des cours privés. J’aime beaucoup ça. Surtout en ce moment, d'autant que les programmes universitaires enseignent le jazz d’une manière qui me motive à proposer quelques nuances, notamment sur l’aspect créatif de la chose.

De quelle façon choisis-tu les musiciens avec lesquels tu veux enregistrer ? Je les choisis sur l’idée que je me fais de notre possible association – de ce qu’elle donnera au son. Surtout lorsque nos approches dépassent un certain seuil de contraste. Il y a des chances pour que cela donne un « instantané musical » plus ouvert.

Tes projets de groupes respectent-ils tous ce vœu ? Ils suivent le même chemin, que trace l’idée que je me fais de ce que pourrait être ma rencontre avec telle ou telle personnalité. Il doit y avoir des points communs aux joueurs, qu'il faudra relier les uns aux autres. Et aussi des différences entre les musiciens afin de rendre notre musique plus ample.  

Tu enregistres souvent avec des partenaires que l'on dirait réguliers. Est-il aisé de dire de « nouvelles choses » avec des musiciens que tu fréquentes depuis tant d’années ? Ce n’est pas si difficile. A partir du moment où ces musiciens évoluent aussi en tant qu’individus, nous pouvons envisager ensemble d’exprimer quelque chose de nouveau.

Tes partenaires ne développent cependant peut-être pas leur pratique de la même manière que toi, et peut-être leurs attentes sont-elles différentes… Est-il alors question d’accorder vos intérêts ou, sinon, de jouer sans se soucier de rien d’autre ? Il faut d’abord que nous soyons d’accord pour faire avec nos sonorités et nos approches respectives, et alors nous entendre pour faire de la musique ensemble, l’un avec l’autre.

J’ai toutefois l’impression (je peux me tromper) que les musiciens disent davantage de leur art en solo – que ce soit en concert ou sur disque… Oui, peut-être. Mais il n’y a nulle part où fuir. Et, d’un autre côté, une bonne part du travail d’un musicien et de sa personnalité est révélée dans son interaction avec d’autres musiciens…  

Qu’est-ce qu’un exercice comme le solo apporte alors de différent ? Un enregistrement solo m’offre la chance d’expérimenter un peu plus intimement le point de vue d’un interprète (performer), afin d’entendre de quelle manière tous les éléments musicaux sont liés dans son esprit.

Quelle est la part d’improvisation dans ce dernier solo enregistré ? Quelle est ton point de vue sur l’improvisation libre – je me souviens par exemple de Figures of SpeechSolo Live at Snugs a été entièrement improvisé. Dans mon esprit, l’ « improvisation libre » veut dire libre de jouer ce qui nécessite d’être joué, et non pas libre des conventions qui peuvent être consciemment évitées. De mon côté, je n’écarte aucune possibilité et m’efforce d’être capable de jouer ce que mon esprit peut imaginer. Mon premier disque solo, Premonition, était lui aussi improvisé mais contenait quelques processus déterminés à l’avance.

Y a-t-il des disques d’autres musiciens de jazz enregistrés en solo que tu apprécies particulièrement ? J’apprends toujours quelque chose de chacun d’eux.

Ellery Eskelin, propos recueillis en juin 2015.
Photos : Benjamin Constable & Dragan Tasic
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Ellery Eskelin : Solo Live at Snugs (hatOLOGY, 2015)

ellery eskelin solo live at snugs

Ellery Eskelin n’avait pas enregistré seul depuis ce concert de 1992 à la Knitting Factory que documente Premonition (Primesource). Fin 2013, il retournait au solo pour en interroger les intentions autant que les formes. En quatre temps : Turning a Phrase / State of Mind / Unwritten Rule / Weave/Warp and Woof.

Devant un autre public, le saxophoniste fait état d’une pratique sereine mais aussi versatile – c’est Hector Berlioz que l’on cite dans les notes de pochette, quand il célébrait la « variété de l’accent » de l’instrument saxophone. Souvent tiré vers ses aigus (au point de passer pour soprano sur Unwritten Rule), le ténor en position imbrique des phrases courtes avec une facilité déconcertante (Turning a Phrase) ou décoche des attaques capables de débarrasser de sa gangue une mélodie que son corps semblait enfouir et même vouloir garder pour lui.  

Ayant dénoué les fils – vingt années de tricotage en différentes compagnies – de son improvisation, le musicien atteste maintenant, dans la lenteur, que ceux-ci mènent tous à une seule et même destination : Ellery Eskelin en personne. Alors, il peut abandonner la note pour un souffle autrement révélateur – « Aucun autre instrument de musique existant, à ma connaissance, ne possède cette curieuse sonorité placée au bord du silence », écrivait encore Berlioz que ce Solo cite.

Ellery Eskelin : Solo Live at Snugs (hatOLOGY)
Enregistrement : 1er décembre 2013. Edition : 2015.
CD : 01/ Turning a Phrase 02/ State of Mind 03/ Unwritten Rule 04/ Weave / Warp and Woof
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Les massifs de fleurs : T’es pas drône (CCAM, 2015)

les massifs de fleurs t'es pas drone

Ce n’est pas le premier (mais faut dire que le deuxième) CD des Massifs de fleurs du chanteur « impopulaire » Frédéric Le Junter et du guitariste Dominique Répécaud. Mais T’es pas drône est mon premier Massifs de fleurs – on sait qu’il ne faut pas y pousser mamie (qui est cette personne ?), or c’est pas l’envie qui m’en manquera.  

Le duo œuvre dans le registre de la chanson décalée / expérimentale, de la ritournelle rock et de la poésie barge… Le duo, c’est aussi un gars de la campagne qui découvre l’électricité : l’accent de Le Junter débite des phrases courtes, des citations, des pastiches, des jeux de mots, des à-peu-près qui mélangent tous (mais alors tous) les genres, des Who des villes à l’Halliday des champs.

Mais bon. Ces exercices de styles et ces mini-phrases « rigolotes » m’ennuient pas mal, et je me raccroche à la guitare (c’est possible). Un blues / rock / no wave, qui enterre un peu cet arrière-goût de Didier Super plus que d’Annegarn & de Thiéfaine plus que d’Arno, mais bon… Au trente-huitième jeu de mots, je n’en peux plus. Mais je ne raccroche pas (déontologie oblige). Mais alors que je m'accroche, Le Junter me lance un « je me sens vieillir d’un coup sec » qui résume exactement ce que je ressens en ce moment. Et c'est là que je prends la décision (ferme) d'arrêter de vieillir. 

Les massifs de fleurs : T’es pas drône (CCAM)
Edition : 2015.
CD : 01/ Le progrès 02/ T’es pas drône 03/ On y reviendra 04/ Garde Ca 05/ Cà m’a plu 06/ My Degeneration 07/ Cà se jette 08/ Massifs 09/ Sarcophage
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Vertex, Axel Dörner, Andrea Neumann : Sustain Ability (Gigafon, 2014)

vertex axel doerner andrea neumann sustain ability

Le 24 septembre 2012, à l’Emanuel Vigelands Mausoleum, Andrea Neumann et Axel Dörner, qui se connaissent bien, faisaient corps avec un duo établi dans les parages : Vertex, soit Petter Vågan (guitare acoustique, électronique) et Tor Haugerud (batterie, générateur de signaux).

Ensemble ou par paires, les musiciens – qui ont appris à se connaître en tournée et, donc, font preuve d’une assez belle cohérence – improvisent un collage électroacoustique chamarré. Là, succèderont aux premiers feulements des rumeurs élevées sur surfaces rotatives, une courte suite d’artefacts concrets, des sons tenus envahis par des parasites, des cordes pincées ou un chant de cuivre, des signaux sonores enfouis sous un lourd climat de brumes...

Se renvoyant les grands signaux mis au jour par les musiciens, les murs de l’endroit auront parfait l’improvisation, qui a au moins le mérite de changer et Dörner et Neumann de leurs champs d’abstraction mécanique respectifs.

Vertex, Axel Dörner, Andrea Neumann : Sustain Ability (Gigafon)
Enregistrement : 24 septembre 2012. Edition : 2014.
CD : 01/ Sustain Ability
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Carole Rieussec : L'étonnement Sonore. Objet de pensée sonore en mouvement (Césaré, 2014)

carole rieussec l'étonnement sonore

L’auditeur aura-t-il la volonté de suivre toutes les indications-étapes proposées par Carole Rieussec (Kristoff K. Roll) concernant ce voyage en étonnement sonore* ? Je ne sais. Mais je sais qu’aujourd’hui le chroniqueur s’y est refusé. Comme avec Godard, le chroniqueur demande à y retourner. Et peut-être même d’y replonger, ici-même. A vrai dire, le travail de Carole Rieussec m’évoque les dernières propositions filmiques de l’ermite de Rolle. Est-ce un hasard ? Les œuvres nous questionnent, nous découvrent. Toujours y revenir…

Les signes sont parmi nous et ces signes sont silences, hésitations, profusions et expériences, vibrations, rythmes et mouvements, sensations, témoignages. A travers des voix uniquement féminines, Carole Rieussec interroge, guide, imagine, rend palpable l’impalpable. Puissance de la parole (Lui encore) pour nous dire d’où viennent les sons. Mais où vont-ils ? Promis, j’y reviendrai. Ici, même.

Carole Rieussec : L’étonnement sonore / Objet de pensée sonore en mouvement (Césaré / Metamkine)
Edition : 2014.
2 CD : CD1 : 01/ La mise en abîme 02/ De la parole 03/ C’est la joie ! 04/ Objet de pensée sonore – CD2 : 01/ Séquence 1 02/ Séquence 2 03/ Séquence 3 04/ Séquence 4 05/ Séquence 5 06/ Séquence 6 07/ Séquence 7 08/ Séquence 8
Luc Bouquet © Le son du grisli

* La vidéo ci-dessous correspond à la partition vidéographique de L'étonnement sonore. Le chronomètre symbolise le haut-parleur. Cette partition de la diffusion du son dans l'espace a été réalisée par Carole Rieussec, Johann Maheut et Guillaume Robert en collaboration avec la chorégraphe Clara Cornil. S'il veut en apprendre davantage encore sur le vaste projet qu'est L'étonnement sonore, le son du grisli renverra son lecteur au site qui lui est consacré.

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