Le son du grisli

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KK Null : Cryptozoon Stereo Condensed Mix (Nux Organization, 2014)

kk null cryptozoon condensed mix

Cryptozoon est (normalement) une composition-voyage de près de trois heures de KK Null dont une compilation de remixs rendait compte partiellement l’année dernière. L’année dernière encore, au festival Présences électroniques, une version quadriphonique en a été présentée : Cryptozoon Quadriphonic mix 2013. Cette année maintenant, son passage sur CD a forcé Kazayuki Kishino à la travailler en stéréo et à la diminuer pour qu’elle ne tienne plus que dans une vingtaine de minutes.

Or, même en vingt minutes, Cryptozoon Stereo Condensed Mix reste une composition voyage. Et la question se pose : comment puis-je la réduire encore ? la résumer en quelques mots ? Moins noise que ce à quoi je m’attendais, cette nouvelle création cosmique « maximaliste / minimaliste » m’a secoué d’une façon inattendue. Avec une force que lui envierait le big bang (qui semble l’obsèder), KK Null projette des séquences électroniques dans lesquelles il injecte des field recordings (bouts de caniches détrempés, d’oiseaux gloussant et autres bestioles cinglées nous invitent à approfondir nos connaissances de cryptosoonologues).

Alors on ne comprend pas, on ne suit pas, les choses nous dépassent mais il faut l’accepter puisque tout est bon : beats, psychédélisme sonique, abstraction radioactive… Et voilà le côté obscur du noise retourné à la béatitude fondamentale, dixit KK Null : « Écoute ! L'éclat de rire de la joie de vivre (du bonheur d'être), le chœur de la force vitale. Il s'agit d'une danse sans fin luttant contre l'entropie. » Fondamental, indeed.

KK Null : Cryptozoon Stereo Condensed Mix (Nux Organization)
Edition : 2014.
CD (EXISTE AUSSI EN DVD ! !! !!!) : 01/ Cryptozoon Stereo Condensed Mix
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Spontaneous Music Ensemble : Oliv & Familie (Emanem, 2014)

spontaneous music ensemble oliv & familie

Enfermant désormais ses rééditions en élégants digipacks à volets, Martin Davidson n’oublie jamais d’y coucher quelques notes qui remettent la référence rééditée dans son contexte (musical, social, historique même). Ainsi, explique-t-il ici qu’Oliv & Familie (jadis sorti sur Maramalade, soit Polydor) est le troisième disque du Spontaneous Music Ensemble à avoir été édité, et aussi le premier à exposer un SME de cette taille.  

Dix musiciens – dont Trevor Watts, Evan Parker, Derek Bailey et Dave Holland –, auprès de John Stevens, pour l’enregistrement de Familie (deux versions) en janvier 1968. Sous influence japonaise (Davidson attire d’ailleurs notre attention sur le mouvement lent du gagaku), le groupe suit une partition dont les longues notes (voix de Pepi Lemer et Norma Winstone, flûte de Brian Smith) mettent à mal les lignes parallèles jusqu’à ce que le piano de Peter Lemer provoque les perturbations qui engageront les musiciens à abandonner la semi-composition pour une improvisation libre – qu'expressions concentrées, chutes de tension et éclats individuels, éloigneront peu à peu du bourdon qui composait sa trame.

C’est à neuf qu’a été enregistrée la première des deux variations d’Olive datant de l’année suivante. Aux voix, Pepi Lemer, Carolann Nicholls et Maggie Nicols, installent un autre bourdon, aux strates oscillantes, sur lequel Kenny Wheeler et Derek Bailey s’accordent bientôt avant de suivre les intérêts communs de Peter Lemer et Johnny Dyani : et le jazz gagne l’improvisation. Du même thème, Stevens fera tout autre chose encore en compagnie de Nicols, Watts et Dyani. Oliv II est ce quart d’heure que la voix et le saxophone alto s’approprient en douce. Leur dialogue, découpé, paraît écrit sous le coup de surprises. La composition instantanée que peut, parfois, être l'improvisation a-t-elle jamais aussi bien porté son nom ?

Spontaneous Music Ensemble : Oliv & Familie (Emanem / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1968-1969. Réédition : 2014.
CD : 01/ Familie 02/ Oliv I 03/ Oliv II 04/ Familie (alternative ending)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Chris Strickland : Animal Expert (Caduc, 2014)

chris strickland animal expert

Mon ouïe a toujours couru après les bruits de dehors. Je les classais selon mes intérêts du moment. Avec l’âge, les field recordings des autres m’ont attiré (ceux que l’on modifie comme ceux que l’on laisse tel quel). Mon goût a fait que je préférais les seconds aux premiers. Et voilà qu’on remarque un jour qu’on a construit son monde à soi avec les enregistrements sans retouche de sons de la nature ou de l’activité du monde que d’autres nous ont révélés.

Il arrive que je déserte ce monde-là, le mien, pour prendre plaisir à en visiter d’autres. Celui de Chris Strickland dernièrement, électroacoustique, baroque et spectral. Les trois pièces de ce CD font parfois penser à l’esthétique défendue par le label Ambiances Magnétiques (Strickland est Canadien, peut être est-ce que cela a un rapport). Son électronique, ses inserts instrumentaux et ses emprunts discographiques, il les arrange dans un Palais de miroirs (et même dans une cathédrale, sur Vaguely Human). S'agissant de ses field recordings à lui, ils ne sont pas à lui justement mais sortent des archives d’un dénommé Joda Clément. Comme moi en quelque sorte, Strickland a construit son monde sonore avec les field recordings d’un autre. Est-ce cela qui m’a rapproché d’Animal Expert ?

Chris Strickland : Animal Expert (Caduc)
Edition : 2014.
CD-R : 01/ Vanity Arc 02/ Mammoth Husbandry 03/ Vaguely Human
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Felix Kubin : Chromdioxidgedächtnis (Gagarin, 2014)

felix kubin chromdioxidgedächtnis

Année 2014. Ultime (pas sûr) célébration en date de la cassette ! Felix Kubin (avec Ninon Gloger & Steve Heather aux claviers, samples et effets) a mis dans une boîte un cd, une cassette et un livret qui explique que Chromdioxidgedächtnis est le fruit de l’exploration des cassettes audio (toutes chromes, vraiment ?) de sa collection et de l’enregistrement d’instruments sur cassette exclusivement.

Le résultat donne des programmations rythmiques barrées mais pas seulement. Sur le CD, l’expérimental de M. Kubin, qui fraye souvent avec l’électropopdufutur, a ici un parfum de musique concrète (il n’y a qu’à entendre les loops des ces cordes de piano ou cette voix enregistrée sur un répondeur téléphonique), de collage surréaliste, de krautpop, etc. L’hommage à un objet et à son époque dans un grand délire œcuménique qui réconcilie Jon Appleton (par exemple) et le kitsch publicitaire.

Pour la cassette, c’est une autre histoire. Combien de mini Yamaha (Bontempi ?) y ont été maltraités ? Dans le paysage bandaire, des grosse mélodies, une guitare électrique, un piano, et une interview d’un ancien ingénieur de Philips qui nous parle de l’usage domestique de la cassette (= prétexte, bien sûr, pour Kubin, à copier-coller, citer, déformer la voix humaine). Cohérent mais moins efficace, musicalement parlant…

écoute le son du grisliFelix Kubin
Chromdioxidgedächtnis (extraits)

Felix Kubin : Chromdioxidgedächtnis (Gagarin / Metamkine)
Edition : 2014.
CD + Cassette : Chromdioxidgedächtnis
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Jimmy Lyons : The Complete Remastered Recordings On Black Saint (Cam Jazz, 2014)

jimmy lyons complete recordings on black saint & soul jazz

Les cinq références Black Saint de ce coffret de rééditions – enregistrements datant de 1979 à 1985 – reviennent avant tout sur l’entente de Jimmy Lyons et de deux de ses plus fidèles partenaires : Karen Borca et Andrew Cyrille.

Ainsi retrouve-t-on l’altiste et le batteur sur trois disques dont deux furent déjà réédités l’année passée en Andrew Cyrille The Complete Remastered Recordings On Black Saint & Soul Note  –  il faudra donc aller y voir pour se souvenir de Nuba (enregistré avec Jeanne Lee) et Something In Return (composé en duo). Aux doubles, on aura pris soin d’ajouter Burnt Offering, duo enregistré en concert en 1982 – publié une dizaine d’années plus tard et « oublié » dans le coffret Cyrille. De taille, le disque enferme trois pièces démontrant l’intensité du jeu de l’altiste et la stimulante invention du batteur : Popp-A, Exotique et Burnt Offering, qui toutes contraignent le swing à la fronde d’une imagination vertigineuse, double qui plus est. 

Lyons aux-côtés de Karen Borca, l’association rappellera une autre boîte. Aux enregistrements de concerts jadis publiés par Ayler Records, font donc écho Wee Sneezawee et Give It Up. Avec le soutien de William Parker et Paul Murphy sur le premier disque, de Jay Oliver et du même Murphy sur le second, le saxophoniste et la bassoniste mêlent leurs voix à deux trompettistes différents : Raphé Malik (autre partenaire fidèle de Lyons) et Enrico Rava. L’épreuve est à chaque fois d’un free altier mais pas toujours de même hauteur : avec Malik, ce sont des courses instrumentales individuelles qui n’interdisent pas d’impeccables relais ; avec Rava, des cavalcades plus empruntées – exception faite de Ballada, merveilleuse conclusion au disque. Voilà donc pour Lyons chez Black Saint. Bientôt, peut-être, une autre réapparition en boîte ?

Jimmy Lyons : The Complete Remastered Recordings On Black Saint & Soul Note (CamJazz)
Enregistrement : 1979-1985. Réédition : 2014.
5 CD : Wee Sneezawee / Give It Up / Burnt Offering / Nuba / Something In Return
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Akosh S., Sylvain Darrifourcq : Apoptose (Meta, 2014)

akosh s sylvain darrifourcq apoptose

Personnage attachant, Akosh S. ne m’a jamais vraiment convaincu (ni en concert ni sur CD). C’est comme si j’attendais depuis toujours qu’il sorte du bois après avoir réfléchi à un moyen d’établir le contact avec moi, citadin acariâtre (autant que le gars est bourru).

Avec le batteur Sylvain Darrifourcq c’est encore la même chose. Sur le digipack il y a deux photos d’écorces et un texte qui parle d'un « éclaté de silence » alors que le saxophoniste-percussionniste ne se montre guère « silencieux ». On pourra louer son énergie, son épaisseur, l’habitude qu’il a prise de ne pas faire dans la demi-démesure (même sur les plages les plus « folk »), pour moi tout ça est trop « brut de décoffrage ». Ajoutez à cela que Darrifourcq partage avec Akosh un goût pour la multiplication des instruments (de l’Iphone aux sextoys, en plus de ses fûts) et l’envie de tout donner… Pour l’acariâtre que je suis, tout donner c’est trop donner. Voilà pourquoi j’attends toujours à la sortie du bois…

écoute le son du grisliAkosh S., Sylvain Darrifourcq
Apoptose (extraits)

Akosh S., Sylvain Darrifourcq : Apoptose (Meta)
Edition : 2014.
CD : 01-07/ Part I – Part VII
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Microtub : Star System (Sofa, 2014)

microtub star system

Avec le retour de Microtub, c’est la réapparition d’une ligne d’horizon dessinée par trois tubas : l’un en Fa (Robin Hayward, qui signe ces deux compositions que modifieront quelque peu leurs interprètes), deux autres en Do (Martin Taxt et Kristoffer Lo). Sur le champ qui mène à la ligne en question, l’infini domaine de la microtonalité.

Sur lequel courent une (mais les hauteurs diffèrent), deux ou trois notes. Les tubas se soutiennent, leurs graves se prolongent tout en se disputant la somme des couches qu’ils déposent ; des cargos en partance et d’autres de retour se croisent alors sur la crête de reliefs altérés. Sur la seconde plage, c’est presque le même départ et presque le même chemin : l’allure est lente – atone peut-être, monotone non – mais bien chantante. Tout enveloppées de brume, les rumeurs que le trio laisse dans son sillage composent un hymne enchanteur qui atteste de son passage.

Microtub : Star System (Sofa Music)
Enregistrement : 25 avril 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Star System 02/ Square Dance
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Sult : Svimmelhed (Conrad Sound, 2014) / Street Priest : More Nasty (Humbler, 2014)

sult svimmelhed

C’est le retour de Sult et il va falloir faire un point sur ce que j’attends du groupe d’improvisateurs norvégiens. Première chose les deux basses sont toujours là mais elles ne décident plus de tout, comme c’était (presque) le cas avec Harm. Non, on dirait qu'elles se sont faites aux préparations et aux attouchements légers, ce qui laisse donc plus de place à la guitare acoustique et aux percussions.

Et l’effet est payant. Je me suis renseigné : « Svimmelhed » veut dire « vertiges », ce qui explique la pochette renversée et même toute la musique de Sult. Ce vague-à-l’âme instable (pour m’auto-citer moi-même personnellement) est plus instable encore car les micro-jeux et les provocations instrumentales de Jacob Felix Heule et Håvard Skaset ne se laissent plus faire. Ce qui fait qu’agréablement votre tête tourne… Vertiges, vous disais-je…

écoute le son du grisliSult
Svimmelhed (Bandcamp)

Sult : Svimmelhed (Conrad Sound)
Edition : 2014.
CD : 01/ Jern 02/ Doren II 03/ Fryst 04/ Snylter 05/ Uvel 06/ Doren I
Pierre Cécile © Le son du grisli

street priest more nasty

Street Priest (d’après le nom d’un disque de Ronald Shannon Jackson) est un autre projet de JF Heule (qui est aussi un des deux Basshaters rappelons-le) avec guitare (Kristian Aspelin) et basse (Matt Chandler). Sur la face A c’est un power trio (la guitare est cette fois électrique) qui est autant volontaire qu’indécis (c’est le bon côté de l’improvisation) et sur la B un essai ambient bruitiste puis free grassouillet un peu moins captivant. Inégal, mais le label a aussi un Bandcamp qui aidera à faire le tri.

Street Priest : More Nasty (Humbler)
Enregistrement : 2012. Edition : 2014.
Cassette : A1/ Turk A2/ Taylor A3/ Sixth A4/ Market
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Sylvie Courvoisier, Mark Feldman : Birdies for Lulu (Intakt, 2014)

sylvie courvoisier mark feldman birdies for lulu

Sur fond de poursuite jazz, un violon désosse la corde : voici Mark Feldman. Les aigus d’un piano se déversent à grands flots sur la maison ternaire : c’est Sylvie Courvoisier. La contrebasse ronronne un blues racé : c’est Scott Colley. La batterie rectifie aux balais les effigies antiques : c’est Billy Mintz.

Le nouveau quartet Courvosier-Feldman implore au jazz de ne pas trop noircir la page. Y résistent les écritures contemporaines d’antan, le fantôme de Schubert, les traits vifs et saillants, les épandages d’aigus d’un duo toujours aussi éblouissant. De ces compositions aux mille-facettes (soit l’art de sauter du coq à l’âne sans s’en apercevoir), on retiendra l’intensité du jeu, les basses paroles murmurées, les lances tranchantes. Charme et légèreté ici. Encore plus que d’ordinaire.

écoute le son du grisliSylvie Courvoisier / Mark Feldman Quartet
Birdies for Lulu (extraits)

Sylvie Courvoisier, Mark Feldman : Birdies for Lulu (Intakt / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Cards for Capitaine 1 02/ Cards for Capitaine 2 03/ Cards for Capitaine 3 04/ Shmear 05/ Natarajasana 06/ Downward Dog 07/ Birdies for Lulu 08/ Travesuras 09/ Coda for Capitaine
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Tom Chant, John Edwards, Eddie Prévost : All Change (Matchless, 2014)

tom chant john edwards eddie prévost all change

Sous Waterloo Station, Tom Chant (saxophoniste jadis noyé dans le Core Anode d’Otomo Yoshihide), John Edwards et Eddie Prévost improvisèrent le 13 juin 2012. Sur la couverture du disque – qui succède à Touch, The Virtue In If et The Blackbird’s Whistle, du même trio sur le même label –, l’évocation d'un chemin de fer ; au dos, trois rails prêts à se passer de traverses.

L’allusion saisie (parallèles difficiles et possible accident), on soupçonne l’accrochage envisagé, et même convoité. C’est qu’il faut désormais malmener l’équilibre d’une improvisation pour qu’on ne l’accuse d’être trop prévisible dans ses recours et même ses inventions. Funambule, Chant ira alors au ténor puis au soprano sur l’indiscipline de la paire rythmique : que Prévost cingle ou se retienne, qu’Edwards projette ou ramage, le saxophoniste met au jour le liant qui permet au trio de battre le fer et la ligne – ligne dont l’instabilité assure la force du mouvement –, soit : de bel et bien se passer de traverses.  

Tom Chant, John Edwards, Eddie Prévost : All Change (Matchless Recordings)
Enregistrement : 13 juin 2012. Edition : 2014.
CD : 01/ All Change – Part 1 02/ All Change – Part 2
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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