Le son du grisli

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John Zorn : In the Hall of Mirrors (Tzadik, 2014)

john zorn in the hall of mirrors

Un auditeur ne connaissant pas l’astuce trouverait en Stephen Gosling un pianiste téméraire et à l’imagination débordante. Un auditeur connaissant l’astuce n’aurait d’autre choix que d’admettre la fulgurance de cette musique.

L’astuce, la voici : John Zorn a composé six pièces (oublions la première, sorte de muzak d’un autre âge) et a rédigé la complexe partition de piano pour Stephen Gosling, lequel se charge d’en être l’interprète, et seulement l’interprète. Greg Cohen (contrebasse) et Tyshawn Sorey (batterie) disposent, eux, de la liberté d’improviser à leur guise autour de la partition de Zorn.

Le résultat est convaincant. Le malin (pour ne pas dire plus) Zorn jette de l’huile sur le feu en renvoyant dos à dos improvisation et écriture. Ce n’est pas la première fois, ce ne sera pas la dernière. Reste qu’ici ses choix compositionnels, adoptés des codes de l’improvisation, des musiques contemporaines ou sérielles, font toujours bon ménage. Oui, malin ce Zorn qui putréfie la ballade (In Lovely Blueness), lui offre un sonique-solide cluster avant d’égrener quelques lumineuses gymnopédies. Malin comme un Zorn, pourrait-on même écrire.

John Zorn : In the Hall of Mirrors (Tzadik / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2014. Edition : 2014.
CD : 01/ Epode 02/ Maldoror 03/ Tender Buttons 04/ In Lovely Blueness 05/ Illuminations 06/ Nightwood
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Pourtant les cimes : Mulhouse, 27 août 2014

pourtant les cimes mulhouse météo 2014

Pourtant les cimes des arbres (Sens Radiants, et alors ?), devenu … Pourtant les cimes. L’important, se jouant dans ce 27 août, fin d’après-midi, à la Friche – « friche » égalant : regret patrimonial et, accessoirement, « gauchement », hommage à ceux tombés (employés, petites mains) pour l’industrie une fois que celle-ci n’y est plus (si faillite, qu’elle pourrisse !, la « culture » y repoussera) – DMC de Mulhouse, dans le cadre du festival Météo.

Le vert pistache et le gris des murs allaient ceci étant comme un charme à la veste moutarde de Lazro. Le souffleur, impeccable. Derrière lui, ce labyrinthe en construction permanente que les interventions de Lasserre taillent à coups de caisse claire ou de cymbales. Et que les saxophones élèvent, et comment : hautes sphères comme coulisses attendent (appellent, peut-être) le temps qui viendra et décidera de tout : Duboc peut jouer les paratonnerres (archet embrassant ou pizzicatos consolants), l’atmosphère est là : alerte, inquiète puis menaçante.

« Lunaire » encore, sans doute. Lazro, bien au-dessus des cimes annoncées ; Lasserre, inventant avec force ; Duboc, préoccupé peut-être, tempérant de ses craintes. Sens Radiants (Pourtant les cimes, pourquoi pas ?) fut en deux temps (tempétueux / atmosphérique) une autre fois brillant. Au point qu'on se demande : Pourtant les cimes ne serait-il pas ce phénomène capable, de fil en aiguille, de nous réconcilier avec les friches sonnantes ?

Pourtant les cimes, Mulhouse, Festival Météo, 27 août 2014.
Photos : François, Quelques Concerts
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Jim Dvorak, Paul Dunmall, Mark Sanders, Chris Mapp : Cherry Pickin' (Slam, 2014) / Red Dhal Sextet (FMR, 2013)

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S’il est bel et bien Américain, le trompettiste Jim Dvorak s’est souvent fait entendre auprès de Britanniques influents : Keith Tippett, Elton Dean, ou encore Evan Parker et Lol Coxhill dans The Dedication Orchestra. Le 10 juillet 2013, c’est en compagnie de Paul Dunmall, Mark Sanders et Chris Mapp qu’il rendait quelques compositions personnelles.

La présence de Dunmall (au ténor et au saxello), exceptionnel encore, soignera l’influence que Coltrane semble avoir eu sur Dvorak. Son jazz est vif – Sanders et Mapp aidant, d’ailleurs –, altier, pourra rappeler aussi Ornette Coleman ou Oliver Lake mais ne s’en tiendra pas là. Dvorak multiplie en effet les propositions : donnant ici de la voix (quitte à désespérer un peu son auditeur), il cite ailleurs Frank Zappa ou se souvient d’Harry Miller, enfin, conduit avec une instabilité inspirante une plage d’une vingtaine de minutes que les quatre musiciens rehausseront tour à tour de leurs inventions personnelles : ainsi As Above, So Below sonne-t-il l’heure de la fructueuse cueillette.

Jim Dvorak, Paul Dunmall, Mark Sanders, Chris Mapp : Cherry Pickin’ (Slam Productions)
Enregistrement : 10 juillet 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ E.D.’s Muse 02/ If I’m Gonna Have to Choose 03/ Love’s Own Prayer 04/ Miller’s Tail 05/ Zapped 06/ Getty’s Mother Burg 07/ As Above, So Below
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

red dhal sextet

En studio à Berlin le 19 septembre 2011, Dunmall enregistrait en sextette mû par un goût pour les légumineuses que ses membres (aussi Alexander von Schlippenbach, Hilary Jeffery et le Fabric TrioFrank Paul Schubert, Mike Majkowski et Yorgos Dimitriadis) ont en commun. La résonance d’un accord tombant de piano annoncera la tempête : attendue, celle-ci n’en sera pas moins percutante et sa musique accidentée, qui fait de son équilibre précaire la force qui lui assurera sa diversité : ainsi Schlippenbach et Dunmall sonnent-ils maintenant l’heure de la récolte.

Red Dhal Sextet (FMR)
Enregistrement : 19 septembre 2011. Edition : 2013.
CD : 01/ White Dhal 02/ Orange Dhal 03/ Purple Dahl 04/ Red Dhal 05/ Turquoise Dhal 06/ Scarlet Dhal 13:11
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

festival météo 100

Paul Dunmall  concluera ce samedi soir l'édition 2014 du festival Météo : au Noumatrouff, à la tête du Deep Asunder Four (Hasse Poulsen, Paul Rogers, Mark Sanders). 

 

 

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Rhodri Davies, Lee Patterson, David Toop : Wunderkammern (Another Timbre, 2010)

rhodri davies lee patterson david toop wunderkammern

Drôle d’aigu pour une rencontre, que celui qui introduisait Wunderkammern que l’excentrique David Toop (laptop, steel guitar, flûtes…) a imaginé en 2006 avec deux musiciens de la jeune génération, j’ai nommé Rhodri Davies (harpe, ebows, électronics…) et Lee Patterson (field recordings, amplified devices…).

Les percussions jouent un grand rôle dans cette ambient électroacoustique rampante, moléculaire, crépusculaire. Wunderkammern, c’est le retournement d’un bâton de pluie le plus lentement possible, le bruit que fait une bille de bois lancée sur des plateaux métalliques ou l’appel à l’aide d’une bouteille lancée dans le cosmos. Et sur cette esthétique sonore dont le label Another Timbre s’est fait le chantre, l’originalité de Toop trouve un terrain propice : régénéré, le Toop.  

Rhodri Davies, Lee Patterson, David Toop : Wunderkammern (Another Timbre)
Enregistrement : 24 juillet 2014. Edition : 2010.
CD : 01-05/ Wunderkammern
Pierre Cécile © Le son du grisli

festival météo 100

Lee Patterson et Rhodri Davies sont au programme de Météo ce vendredi 29 août : le premier se produira seul au Noumatrouff quand le second se fera entendre dans le Trondheim Jazz Orchestra.  Le lendemain, au même endroit, Patterson jouera avec Greg Pope sous le nom de Cipher Screen.

 

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Roscoe Mitchell, Tony Marsh, John Edwards : Improvisations (OTOroku, 2013)

roscoe mitchell tony marsh john edwards improvisations

Il faut du tempérament pour « soutenir » Roscoe Mitchell, c'est à dire le suivre sans trop en démontrer ni respectueusement s’effacer. John Edwards et Tony Marsh (dont c’est-là le dernier enregistrement) en avaient assez – certes, nous n'en doutions pas.

Enregistré le premier des deux soirs que Mitchell passa au Café Oto début mars 2012, Improvisations en retient quatre, qui – à vive allure pour la première et la troisième, plus paisiblement pour les deux autres – témoignent de l'entente du trio, inédit jusque-là.

Les saxophones et flûtes qui tournent ou dévalent les degrés des constructions anguleuses que Mitchell imagine sur l'instant, Edwards les souligne, développe ou provoque, à l'archet comme aux doigts, tandis que Marsh fleurit l'improvisation de chants miniatures et de ponctuations franches. Pour avoir fait oeuvres d'à-propos et de cohésion, les accompagnateurs peuvent conclure, ajoutant à la démonstration de Mitchell un supplément d'âme.  

Roscoe Mitchell, Tony Marsh, John Edwards : Improvisations (OTOroku)
Enregistrement : 9 mars 2012. Edition : 2013.
2 LP / DL : A-D/ Improvisations
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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John Edwards jouera ce jeudi 28 août, dans le cadre du festival Météo, au Sud de Bâle, en compagnie de Virginia Genta, Mette Rasmussen et Chris Corsano.

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Jacques Demierre, Vincent Barras : Voicing Through Saussure (Bardem, 2014)

jacques demierre vincent barras voicing through saussure

L’un connaît la musique, l’autre les vertus du Silence : Jacques Demierre et Vincent Barras remettent sur le métier leur amour pour le langage et leur poétique du son.

De brillantes Pièces sur textes (The Languages Came First The Country After), le duo fut déjà capable. Faut-il voir en Voicing Through Saussure une suite (sur trois disques), sinon un prolongement ? Cordes vocales étirées puis extraites (non plus rattachées à celles d’un piano, comme récemment encore sur Breaking Stone) : de hongrois, d'araméen et de chinois mêlés, la langue qu’ont en commun Demierre et Barras semble être faite. Pour la poésie, très bien, mais aussi pour la conversation et même l’art musical : décidé, retors, mekanische parfois. 

Plus loin, le paysage est différent, composé de lettres qui claquent et de syllabes accrochées, et l’action diverse : exorcisme, art martial ou travaux de lecture. La discipline du duo – les compositions sont enregistrées « dans les conditions du direct » – pourrait aiguiller l’auditeur : à l’Orient, la scansion méditative de Voicing Through Saussure se couche, comme en hommage.

Jacques Demierre, Vincent Barras : Voicing Through Saussure (Bardem)
Enregistrement : 23 avril 2011. Edition : 2014.
CD1 : gad gad vazo gadati (reflet) – CD2 : bh n (a) (reflet) – CD3 : manraueioo (reflet)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

festival météo 100

Jacques Demierre retrouvera son piano, ce mercredi 27 août au Noumatrouff, à l'occasion du concert qu'il donnera avec Jonas Kocher et Axel Dörner dans le cadre du festival Météo.

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Nate Wooley, Hugo Antunes, Chris Corsano : Malus (NoBusiness, 2014)

nate wooley hugo antunes chris corsano malus

Après avoir donné ensemble les fières expérimentations de Seven Storey Mountain, Nate Wooley et Chris Corsano se retrouvaient fin mai 2012 associés au contrebassiste Hugo Antunes : le 27 en présence de Giovanni Di Domenico et Daniele Martini (Posh Scorch, disque Orre) ; les 28 et 29 en trio (Malus, disque NoBusiness, qui nous intéresse).

La trompette ouvre en lyrique : l’heure est encore au service d’un jazz en équilibre sur d’impétueux roulements de tambour, qui pourra rappeler celui que pratique Dennis González. A sa suite, ce sont des airs plus lâches qui interrogent instruments et amplis – école Trumpet/Amplifier oblige – au son de phrases courtes (ou même osées du bout des lèvres), de motifs (phrases ou larsens) développés dans l’ombre et de turbulentes questions-réponses.

Défaite d’allure, l’expérimentation qui a peu à peu pris le contrôle du jeu met en valeur une autre forme de l’entente du trio : ainsi Wooley et Corsano parsèment-ils de trouvailles et d’habiles audaces une simple improvisation à la contrebasse (Seven Miles from the Moon) quand les amplis ne prétendent pas cracher quelques solos remarquables (Sewn). Et le coup marche, à tel point que Wooley (en sourdine), Antunes et Corsano, se payeront le luxe de conclure ce bel enregistrement plus « simplement ». Etait-ce là, et enfin, le Malus promis ?

écoute le son du grisliNate Wooley, Hugo Antunes, Chris Corsano
Gentleman of Four Outs

Nate Wooley, Hugo Antunes, Chris Corsano : Malus (NoBusiness)
Enregistrement : 28-29 mai 2012. Edition : 2014.
LP : A1/ Gentleman of Four Outs A2/ 4 Cornered A3/ Sawbuck – B1/ Seven Miles from the Moon B2/ Sand-bagged B3/ Sewn B4/ Gentleman of Three Inns
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

festival météo 100

Chris Corsano apparaîtra deux fois cette année au festival Météo : seul, le mercredi 27 août, à la chapelle Saint-Jean de Mulhouse ; accompagné (de John Edwards, Virginia Genta et Mette Rasmussen), le lendemain, au Sud de Bâle.

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Håkon Stene : Bone Alphabet (Ahornfelder, 2013)

hakon stene bone alphabet

On pourrait la croire improvisée : Bone Alphabet est en réalité une pièce (pour percussions) composée par Brian Ferneyhough. Maudite par beaucoup à cause de ses difficultés (certains la pensent injouable), elle trouve en Håkon Stene son plus vif défenseur. Faisant fi des polyrythmies, des triples croches en frisé et malgré l’utilisation de percussions auxquels l’on refuse résonances, rebonds et espaces, Håkon Stene gagne la partie : exigence et droiture d’un musicien en prise avec une œuvre au continuum perturbé, haché, brouillé.

Avec Sir Duperman (mix), Bone Alphabet devient Wizard & Os. Sons sourds, effacés, gommés, la partition de Ferneyhough prend un tout autre visage. Tour à tour africaine, aquatique et synthétisante, le ludique l’emporte sur le sérieux de la composition originelle.

Håkon Stene : Bone Alphabet (Ahornfelder / Metamkine)
Enregistrement : 2009. Edition : 2013.
CD : 01/ Bone Alphabet 02/ Wizard & Os
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Cindytalk : TouchedRAWKISSEDsour (Handmade Birds, 2014)

cindytalk touchedrawkissedsour

Trente ans de catalogue après ses débuts sous l’ambigu pseudonyme Cindytalk, l’ex-punk écossais Gordon Sharp continue un chemin sans concession ni demi-mesure avec un neuvième opus, TouchedRAWKISSEDsour.

S’il n’atteint pas le degré de maîtrise absolu de The Crackle Of My Soul (2009, décidément une sacrée année), Sharp parvient à l’intérieur de chaque titre à multiplier les fausses pistes noise pour s’orienter vers une musique noire quasiment spectrale – et à chaque écoute, on se plaît à redécouvrir une porte qu’on n’avait pas jugé bon d’ouvrir la fois d’avant. Par moments, ça fout même une sacrée trouille et on se réjouit d’avance de vous la faire partager.



Cindytalk : touchedRAWKISSEDsour (Handmade Birds)
Edition : 2014.
CD : 01/ Dancing On Ledges 02/ Fire Recalling Its Nature 03/ Mouth Of My Sky (Open Up And Swallow Me) 04/ Reversing The Panopticon 05/ E Quindi Uscimmo A Riveder Le Stelle 06/ Yūgao 07/ Mystery Sings Out
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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If, Bwana : Red One (Pogus, 2013)

if bwana red one

A qui ignorerait tout des performances dont est capable Al Margolis à la trompette-jouet, nous conseillerons l’écoute de Red One. Aux autres, la même chose.

Parce que l’homme d’If, Bwana convoque là quelques instruments « classiques » pour en détourner non seulement les usages, mais le son même. Ainsi avec Nate Wooley Margolis travaille-t-il à quelques rumeurs circulaires (Toys for Al) ; avec Ellen Band multiplie-t-il les vocalises échappant à tout entendement humain (Ellen, Banned) ; avec Leslie Ross confectionne-t-il une mille-feuilles de basson (It Is Bassoon).

Mais la nouveauté de Red One ne réside pas dans ces trois réussites – et encore moins dans ce trio, conventionnel, que Margolis forme avec Lisa B. Kelley et la flûtiste Veronika Vitàzkovà (Lisa Verabbit). C’est en Xylo 2 (enregistré avec la tromboniste Monique Buzzarté) et en Toys for Nate que Margolis trahit un intérêt pour la distance, voire le silence, qui rehausse ses travaux de re-recording.

Parmi les références de l’imposante discographie d’If, Bwana, « la rouge » saura donc se faire entendre. 

If, Bwana : Red One (Pogus)
Edition : 2013.
CD : 01/ Toys for Al 02/ Ellen, Banned 03/ Xylo 2 04/ It Is Bassoon 05/ Lisa Verabbit 06/ Toys for Nate
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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