Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Interview de Quentin RolletAlan Silva à ParisA paraître : le son du grisli #5
Archives des interviews du son du grisli

Seaworthy, Taylor Deupree : Wood, Winter, Hollow (12k, 2013)

seaworthy taylor deupree wood winter hollow

Ame pensante de son label 12k, Taylor Deupree joint de temps à autre le geste électronique à la parole ambient, ici en compagnie du guitariste Cameron Webb, alias Seaworthy.

On n’attend plus guère de surprises de l’officine new-yorkaise, mais ce très électro-acoustique Wood, Winter, Hollow est une excellentissime nouvelle dans le paysage twelvekien. Cinq morceaux, qui ont de quoi émerveiller le dernier des blasés. Un très folk Wood d’entrée, ou comment magnifier en huit minutes quelques notes de guitare sur fond d’electronica avantageuse, quelques échos de field recordings à la Chris Watson en double interlude, un Winter longuet bien que joli, un Hollow fluide tel un torrent caché sous le lichen et on s’imagine fissa en Ulysse sur un beau voyage.

écoute le son du grisliSeaworthy, Taylor Deupree
Wood (extrait)

Seaworthy, Taylor Deupree : Wood, Winter, Hollow (12k, 2013)
Edition : 2013.
CD : 01/ Wood 02/ February 21, 2013 03/ Winter 04/ February 22, 2013 05/ Hollow
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli



Giel Bils : Somme (Under, 2013)

giel bils somme

Année de célébration oblige, on ne pourra pas passer à côté de cette Somme aux Untitled 01-22. L’homme armé de la jaquette n’est pas celui de Guillaume Dufay mais celui du Belge Giel Bils, qui inaugurait il y a peu sa discographie (ou sa cassettographie, pour être exact).

Enregistrés entre mars et juillet 2013, ces vingt-deux (je suppose) morceaux sans nom sont aptes à faire fuir l’ennemi, et comment ! La frousse le prendra au bruit que Bils (entre Kommissar Hjuler, Eric Lunde et son compatriote Patrick Thinsy) fait lorsqu’il astique le métal, aiguise ses armes blanches à la roue de pierre, actionne des moteurs qui déclenchent des pétarades… Le plus beau, c’est lorsqu’en creusant et retournant la terre Bils fait chanter les fantômes des corps qu’elle enfouissait. Ça arrive deux fois, une fois sur chacune des faces, et ça vous met la chair de… pull.

écoute le son du grisliGiel Bils
Somme (extrait)

Giel Bils : Somme : Untitled 01-22 (Under)
Enregistrement : 2013. Edition : 2013.
K7 : A-B/ Somme : Untitled 01-22
Pierre Cécile © Le son du grisli


Joe McPhee : Sonic Elements (Clean Feed, 2013) / Steve Lacy, Joe McPhee : The Rest (Roaratorio, 2013)

joe mcphee sonic elements

Avec une précaution qui rappelle les premières minutes de Tenor, Joe McPhee retounait à l’exercice du solo le 29 juin 2012 à Vilnius. Mais ce sont cette fois une trompette de poche et un saxophone alto que l’on trouve à entendre sur Sonic Elements.

Un solo encore, mais non pas un solo de plus. Car c’est là un hommage aux quatre éléments – dans l’ordre d’apparition : air, eau, terre et feu – qui n’a pas à leur envier leur consistance couplé à deux dédicaces commandées par l’usage des instruments cités : à Don Cherry d’abord ; à Ornette Coleman ensuite.

Se recueillant, McPhee appelle à lui des notes avec lesquelles il élabore des compositions changeantes : réflexion et emportements s’y mêlent, comme s’y entendent grogne et sifflements, extase et renoncements, un gimmick bientôt renversé et son double ainsi fait… Episode Two parvient même à faire cohabiter hymne à la joie et morceau de blues. C'est dire qu'il faut aller chercher ce grand solo de complément.

Joe McPhee : Sonic Elements (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Episode One for Don Cherry : Wind / Water 02/ Episode Two for Ornette Coleman : Earth/Fire / Old Eyes
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

steve lacy joe mcphee the rest

The Rest en question est celui de Clinkers, et tient sur une face. C’est une improvisation enregistrée par Joe McPhee et Steve Lacy à l’initiative du second, en conclusion d’un concert qu’il donnait à Bâle le 9 juin 1977. Deux sopranos aux répliques souvent courtes, toujours nettes, y composent un dialogue qui tient du tir à la corde : les pressions et relâchements de l’un et de l’autre retenant l’attention jusqu’à ce que se fassent entendre de hauts aigus en partage, suivis d’applaudissements. L’unique rencontre McPhee / Lacy est forcément indispensable.

écoute le son du grisliSteve Lacy, Joe McPhee
The Rest (extrait)

Steve Lacy, Joe McPhee : The Rest (Roaratorio)
Enregistrement : 9 juin 1977. Edition : 2013.
LP : A/ The Rest
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Håkon Stene : Etude Begone Badum (Ahornfelder, 2013)

håkon stene etude begone badum

Les fidèles sont au courant, la scène norvégienne contemporaine est des plus vivaces et intrigantes – et on ne vous fera pas l’injure de revanter les mérites du label Rune Grammofon. L’an dernier, l’éloge mérité de Lene Grenager a parcouru la presse spécialisée, un an plus tard, voici venu le temps de Håkon Stene et de son Etude Begone Badum.

Visiteur (très) inspiré des compositeurs Alvin Lucier, Marko Ciciliani et Michael Pisaro, le musicien scandinave inclut trois intermezzos de son compatriote Lars Petter Hagen, oui, l’arrangeur du totalement irremplaçable Elements Of Light de Pantha du Prince & The Bell Laboratory (album de l’année 2013 de votre serviteur).

Les œuvres présentées, un poil moins accessibles et percutantes, demeurent d’une constante dynamique où les flux des percussions jouent des techniques de frappe pour mieux les détourner. Parfois à la frontière des musiques concrètes, notamment chez Alvin Lucier et son Silver Streetcar for the Orchestra qui nous transporte dans un vieux tram échappé dans notre temps, la vision de Stene imprime à chaque seconde une pluie de sonorités où il est conseillé de laisser le parapluie au vestiaire.

écoute le son du grisliHåkon Stene
Silver Streetcar for the Orchestra

Håkon Stene : Etude Begone Badum (Ahornfelder)
Edition : 2013.
CD :0 1/ Lars Petter Hagen - Study #1 in Self-Imposed Tristesse 02/ Marko Ciciliani - Black Horizon 03/ Lars Petter Hagen - Study #2 in Self-Imposed Tristesse 04/ Alvin Lucier - Silver Streetcar for the Orchestra 05/ Lars Petter Hagen - Study #3 in Self-Imposed Tristesse 06/ Michael Pisaro - Ricefall
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli


Hera, Hamid Drake : Seven Lines (Multikulti Project, 2013)

hera hamid drake seven lines

Il ne suffit pas de mélanger les essences pour faire sens. Témoin ce Seven Lines d’intérêt plus que moyen. Si l’on comprend et adhère à la quête du clarinettiste Wacław Zimpel, il faut bien reconnaître que l’échec rôde. Celui qui savait si bien s’acoquiner aux souffles forts de Ken Vandermark ne fait ici que répéter des schémas mélodramatiques, maintes fois rabâchés ailleurs.

Ainsi, telle mélopée japonaise ou telle chanson traditionnelle russe, n’a d’autre choix que le méditatif ou la transe. En figeant ainsi cette musique – tout en pensant le contraire – Hera ne doit son salut qu’à quelques surgissements bienvenus. Excluons d’emblée le duo percussif entre Paweł Szpura et Hamid Drake, très vite dressé en barricades sportives, pour retenir un saxophoniste (Paweł Postaremczak) inspiré et conquérant. C’est bien peu.

Hera : Seven Lines (Multikulti Project)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.  
CD : 01/ Sounds of Balochistan 02/ Roots of Kyoto 03/ Temples of Tibet 04/ Afterimages 05/ Recalling Russia
Luc Bouquet © Le son du grisli



Stefan Thut : Drei, 1-21 (Edition Wandelweiser, 2013)

stefan thut drei 1-21

Il n’a pas plu depuis trois jours. Drei.
 
Johnny Chang, violon. Sam Sfirri, melodica. Jürg Frey, clarinette. A chacun sa note. Il faut juste qu’elle tienne le temps demandé par la partition de Stefan Thut. Le compositeur a tracé des bâtons, courts, à l’horizontal. Un, deux ou trois, isolés ou superposés. Un musicien une note un bâton (ils me rappellent certains écrits de Beckett). Et des silences. Même pas dérangés par le bruit de la pluie.   

Trois jours. Le violon enregistré le 15 janvier 2012. Le melodica enregistré le 22 octobre 2012. La clarinette enregistrée le 26 octobre 2011. A chacun sa note. Les silences sont présents de plus en plus mais le temps ne se fait pas plus long. La partition de Thut est une frise de strates mécaniques qui nous fait croire que tout est décidé à l’avance.

Mais voici que la pluie tombe et, ça, Thut ne l’avait pas prédit. Elle tombe sur sa sculpture mobile de vingt-et-une pièces, ses vingt-et-une pièces de trois minutes zéro six. Mais à chaque réapparition d’un des trois instruments, elle fait silence – ou est-ce mon attention qui fait silence ? Elle me laisse à mon écoute, elle m’oblige à l’attendre. Trois minutes zéro six de plus. Trois minutes zéro six encore. Pour toujours.

Stefan Thut : Drei, 1-21 (Edition Wandelweiser)
Enregistrement : 2011-2012. Edition : 2013.
CD : 01-21/ 03:06
Héctor Cabrero © Le son du grisli


L'étau : Choses clandestines (Bloc Thyristors / trAce, 2013)

l'étau choses clandestines

On sait Jean-Noël Cognard amateur d’improvisations ardentes, notamment consignées sur disques FMP ou Ogun. Après avoir échangé avec Michel Pilz (dont il célébra ici le Carpathes) en Binôme et en Ressuage, il retrouvait le clarinettiste (basse) les 4 et 5 mars 2013 afin de former L’étau en (exceptionnelle) compagnie de Keith Tippett et Paul Rogers. L’occasion d’enregistrer Choses clandestines fut double (deux jours passés en studio et une soirée programmée aux Instants Chavirés) quand les disques nés de celle-ci sont désormais quatre.

Enregistrés en studio, les deux premiers démontrent une entente que l’on supposera immédiate, qui profitera en tout cas à chacune des combinaisons à y trouver. Solos de Tippett, duos, trios et quartette, déroulent et imbriquent des pièces de musique différentes – free gaillard, atmosphérique bruitiste, marche ésotérique… – qu’enrichissent la fantaisie du pianiste (lyrisme récalcitrant, obsessions arpégées, recherches préparées), l’imagination instantanée du clarinettiste et les astuces imparables du duo de pompiers-pyromanes que composent Rogers (archet qui attise) et Cognard (baguettes qui avivent).

En concert, une seule combinaison : le quartette donnant, dans la mesure du pensable, deux grandes improvisations « homogènes ». Là encore, les tensions animent les conversations, et les mêmes qualités agissent : batteur féroce, Cognard exige la perte totale de repères (chose faite et bien faite sur la seconde face du troisième disque) quand Tippett multiplie les voyages à l’intérieur de son piano – la chose n’est-elle pas faite pour le « spectacle » ? – lorsqu’il ne rue pas en blues ou exige de Night in Tunisia qu’elle tombe sur Montreuil. C’est ainsi que fut relancée l’étrange machine qui a pour nom L’étau, dont personne ne pourra regretter qu’elle perde aujourd’hui, en belle boîte rose fuchsia qui plus est, un peu de sa clandestinité.

L’étau : Choses clandestines (Bloc Thyristors / trAce / Metamkine)
Enregistrement : 4 et 5 mars 2013. Edition : 2013.
LP1 : A1/ Sophistiqué barbare A2/ Le rideau déchiré B1/ Créer l’émotion puis la préserver B2/ Trois scripts abandonnés B3/ La danseuse blessée B4/ Couloir circulaire – LP2 : A1/ Projection de la scène A2/ Le rectangle de l’écran doit être chargé d’émotion A3/ La galerie des murmures A4/ Fondus dans l’arrière plan A5/ Dipôle – LP3 : A/ Une enseigne lumineuse faisant la réclame d’une revue musicale – Partie 1 B/ Une enseigne lumineuse faisant la réclame d’une revue musicale – Partie 2 – LP3 : A/ Plancher authentique permettant de bien entendre le bruit des pas – Partie 1 B/ Plancher authentique permettant de bien entendre le bruit des pas – Partie 2
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Ryoji Ikeda : Supercodex (Raster-Noton, 2013)

ryoji ikeda supercodex

Ces derniers temps, nombre d’internautes se sont extasiés sur le dernier album Recur d’Emptyset, où l’electronica tordue et raffinée du duo de Bristol penchait vers une techno biscornue et parfois revêche. Nouvel effort de Ryoji Ikeda, Supercodex aurait tendance à ne garder que la fin de la proposition, si l’on s’était gardé d’en demeurer à la première écoute.

Passé l’effet de frayeur, les pulsations grinçantes et insectueuses (tels des grillons mabouls) du producteur japonais prennent une sacrée saveur digitale à la faveur du temps. Quelque part entre une abstraction eletronica pour insomniaques électrisés et un reste de techno d’après-Fukushima, les enchaînements du Nippon installé à Paris dépasse allègrement le stade de la curiosité pour branleurs intellos en mal de sensations à l’ouest de Carsten Nicolai. Même si on ne perçoit pas toujours un sens de l’esthétique propre à l’artiste, il l’est davantage dans le contexte élargi de la maison Raster-Noton, la neuvième déclinaison discographique de M. Ikeda vaut plus que mille voyages au pays d’Ikea.

Ryoji Ikeda : Supercodex (Raster-Noton)
Edition : 2013.
CD : 01/ Supercodex 01 02/ Supercodex 02 03/ Supercodex 03 04/ Supercodex 04 05/ Supercodex 05 06/ Supercodex 06 07/ Supercodex 07 08/ Supercodex 08 09/ Supercodex 09 10/ Supercodex 10 11/ Supercodex 11 12/ Supercodex 12 13/ Supercodex 13 14/ Supercodex 14 15/ Supercodex 15 16/ Supercodex 16 17/ Supercodex 17 18/ Supercodex 18 19/ Supercodex 19 20/ Supercodex 20
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli


Zoor : Volumes a + b (Umlaut, 2014)

zoor volumes a + b

La traversée sera hypnotique ou ne sera pas. Le balancement sera nu. La note sera tendue. La variation sera événement. Le roulement sera timbré, continu. Les diverticules ne seront pas explorés. Le navire restera au large. La stagnation sera fausse. La dérive aussi. S’ouvrira un unisson. Large et poignant, l’unisson. La masse sonique s’accélérera. La note sera alarme, crainte et appréhension. On ignorera le port à conquérir. On doutera de la destination. Mais jamais le balancement ne se perdra. Voici pour la Face a.

La remontée sera hypnotique ou ne sera pas. Cette remontée sera celle des pièges et des collets. Les flots seront rêches et rugueux. Il y aura danger. Il y aura désaccord. Il y aura le doute des destinations. Puis tout se retrouvera, s’entrouvrira. Le mordant ne sera plus. Il y aura la mémoire des écueils. Et toujours le doute soutenu. Voilà pour la Face b.

Ainsi naviguent Bertrand Denzler, Jean-Sébastien Mariage et Antonin Gerbal, imprudents et merveilleux explorateurs de la chose sonique. Les rejoindre est chose facile.

Zoor : Volumes a + b (Umlaut Records)
Enregistrement : 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Face a 02/ Face b
Luc Bouquet © Le son du grisli

zoor concertA l'occasion de la sortie de Volumes a + b, Zoor jouera ce samedi 18 janvier à Paris, Atelier Polonceau Thomas-Roudeix. En ouverture, Frederick Galiay se produira en solo. 

 


Robert Piotrowicz : When Snakeboy Is Dying / Lincoln Sea (Musica Genera, 2013)

robert piotrowicz when snakeboy is dying lincoln sea

When Snakeboy Is Dying et Lincoln Sea, deux enregistrements que Robert Piotrowicz faisait paraître l’année dernière, pourraient être deux wagons qui, raccrochés, composeraient un terrible engin. Le bruit de la machine – pas si bruyante, malgré son envergure – irait au rythme d’un synthétiseur analogique friable, qui tirerait d’ailleurs profit de sa lente érosion.

Perturbant les champs magnétiques élaborés par le synthétiseur annoncé, piano, guitare et vibraphone, composent au moyen de collisions répétées une électroacoustique faisant la distinction entre les deux grands principes qui la définissent : en conséquence, voici les nappes électroniques amputées par quelques zones d’échouage pour instruments anciens. When Skaneboy Is Dying, de profiter de contrastes sensiblement empilés avant de suivre un rythme autrement captivant, sur lequel les cordes et les coups sonnent et résonnent.

Laissant au synthétiseur tout le champ d’action, Lincoln Sea trame, lui, un minimalisme à strates qui évoquera aussi bien Alvin Lucier que Richard Landry. Bourdons oscillant ou tenaces, polyphonies torves, et voici que s’impose sur toute la longueur de sa dérive un ouvrage électronique débordant de sons certes déroutants, mais qui implacablement le maintiennent à flot.  

Robert Piotrowicz : When Snakeboy Is Dying (Musica Genera / Metamkine)
Enregistrement : 2009. Edition : 2013.
LP : 01/ The Boy And Animal Mass 02/ The Bite 03/ Formatio 04/ Pneuma 05/ Snaekeboy Maximus

Robert Piotrowicz : Lincoln Sea (Musica Genera / Metamkine)
Enregistrement : 2010-2012. Edition : 2013.
12'' : A-B/ Lincoln Sea
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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