Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

Inscription à la newsletter du son du grisli
suivre le son du grisli Fil RSS au grisli clandestin Contact

Parution : Jazz en 150 figures de Guillaume BelhommeParution : le son du grisli #2Sortir : Festival Baignade Interdite
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Alvin Lucier, MAZE : (Amsterdam) Memory Space (Unsounds, 2013)

alvin lucier maze amsterdam memory space

Aujourd’hui octogénaire, Alvin Lucier n’en demeure pas moins un des acteurs favoris des ensembles électroacoustiques dans la marge. Trois ans après Zeitkratzer (Alvin Lucier), le sextet néerlandais MAZE [Anne La Berge (flûte, electronics), Dario Calderone (contrebasse), Gareth Davis (clarinette basse), Reinier van Houdt (piano, claviers, electronics), Wiek Hijmans (guitare électrique) & Yannis Kyriakides (ordinateur, electronics)] déploie sur (Amsterdam) Memory Space une vision à la fois sereine et incarnée du compositeur américain.

En soixante minutes (et pas une seconde de plus) et une seule séquence, Van Houdt et ses comparses esquissent un très joli tableau polychromique, où la guitare vient cajoler – le terme n’est pas exagéré – la clarinette ou la flûte, sans parler des trois électroniciens, aux interventions aussi discrètes qu’intelligentes, voire inspirées. Et sans réellement savoir qui de Kyriakides, Van Houdt ou La Berge appuie sur le bon bouton (est-ce franchement un souci ?), le splendide équilibre déployé par l’ensemble MAZE nous fait déjà promettre des lendemains tout en harmonie.

écoute le son du grisliAlvin Lucier, MAZE
(Amsterdam) Memory Space

Alvin Lucier, MAZE : (Amsterdam) Memory Space (Unsounds / Metamkine)
Edition : 2013
CD : 01/ (Amsterdam) Memory Space
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Scott Allison, Ben Owen : Untitled (For Agnes Martin) (Winds Measure & Senufo, 2013)

scott allison ben owen untitled for agnes martin

Près de dix ans après la disparition de l'artiste (qui tenait la musique pour le seul art vraiment abstrait), la peinture d'Agnes Martin continue à recevoir des échos mérités : on vient par exemple, en France, de rééditer ses écrits (La perfection inhérente à la vie) ; Phaidon lui a consacré l'an passé, en anglais, une grande monographie.

Mieux, elle persiste aussi à susciter l'intérêt dans le champ musical : après le Redbird de John Zorn et l'excellent Untitled #12 (after Agnes) de Bryan Eubanks & Catherine Lamb, ce sont Scott Allison & Ben Owen qui, associés, saluent sa mémoire en mêlant field recordings et électronique dans les cinq pièces brèves (deux d'entre elles étaient déjà sorties en 2009 sur le même label, sous la forme d'un lathe cut) de ce beau recueil d'une trentaine de minutes.

Successivement, et de façon différente, elles déploient leurs textures mouvantes, laissant « monter » (à l'instar des toiles de la peintre que seule la lente contemplation révèle) certains détails ou sédiments, voix ou traînées encore incolores, depuis la couche des soubassements qui grondent, grésillant. La brièveté des propositions n'entame curieusement en rien leur portée : organiques, sensibles, animées d'un pouls mystérieux.

« Une fois, je descendais de la montagne, après avoir peint les montagnes, je suis arrivée dans cette plaine et j'ai pensé : « Ah, quel relief ! » (C'était juste en sortant de Tulsa.) J'ai pensé : « Ça, c'est pour moi ! Quelle étendue ! » J'étais épatée. Cette plaine... on aurait dit une ligne droite. C'était une ligne horizontale. Et j'ai pensé que seule la ligne horizontale me faisait cet effet-là. Puis, je me suis rendu compte que plus je dessinais cette ligne, plus j'étais heureuse. D'abord, j'ai pensé que c'était comme la mer... puis, j'ai pensé que c'était comme chanter ! » [A. Martin, 1976]

Scott Allison, Ben Owen : Untitled (for Agnes Martin) (Winds Measure & Senufo)
Edition : 2013.
CD / 01/ 7:11 02/ 5:56 03/ 6:04 04/ 5:53 05/ 5:53
Guillaume Tarche © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Maxime Petit : How Many Miles To Babylon? (2013)

maxime petit how many miles to babylon

Un détail attire notre attention : Lasse Marhaug est au mastering… Oui, mais avant ?... Basse électrique branchée directement sur la table (c’est ce qu’on suppose en tout cas), médiator bien calé, envie de s’appliquer à  la confection de sa carte de visite (il n’y en a qu’une centaine, dans une jolie pochette sérigraphiée)… voilà Maxime Petit prêt pour trois prises ! Les dites prises ne font pas un disque très long mais elles montrent de quoi le bassiste est capable.

Malgré son titre (How Many Miles To Babylon?), voilà Petit en route pour des terres plus « expérimentales » que celles de Peter Tosh sans toutefois réussir à cacher son goût (c’est ce qu’on suppose, bis) pour les musiques d’ailleurs (ce que confirmerait le troisième morceau, baptisé du nom d’une ville née de l’imagination de Gabriel Garcia Marquez). En plus de quoi, lorsqu’il ne cherche pas la pépite sonore en geek lo-fi, Petit peut faire de sa basse un mbira (Fira Palace) ou jouer de plus en plus fort un air qui sent fort le manioc (Macondo, justement). Certes, le son manque un peu d’étoffe et la production de pittoresque, mais la tentative est pour le moins originale et même… honnête.

Maxime Petit : How Many Miles to Babylon? (Autoproduction)
CDR / DL : 01/ Fira Palace 02/ City-O-Matic 03/ Macondo
Enregistrement : 17 & 18 juillet 2013. Edition : 2013.
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Léandre, Dalachinsky : The Bill Has Been Paid (Dark Tree, 2013) / Léandre, Bourdellon : Evidence (Relative Pitch, 2012)

joelle léandre steve dalachinsky the bill has been paid

Joëlle Léandre est (bien évidemment) des Sept basses, onzième hors-série papier du son du grisli qui vient de paraître. 

D’une manifestation estampillée Rogue Art, le label Dark Tree a fait un disque : The Bill Has Been Paid, enregistré le 27 mai 2012 en public par Joëlle Léandre et Steve Dalachinsky.

Improvisée, c’est ici la rencontre d’un langage et d’une poésie. Archet large et palette ouverte, Léandre développe le premier sous l’effet de son extravagance, de sa pratique enlevée et aussi des nuances de son partenaire. En vagabonde, la voici qui fond sur l’écrivain doué de parole – la chose n’est pas si courante – et même d’implication sensible : le contact est nerveux mais d’allures diverses. Ainsi les interludes contrastent-ils avec la ponctuation écrite au poing ou les nombreux transports commandés par l’archet.

En Léandre, Dalachinsky a donc trouvé – comme jadis en Joe McPhee (Pray for Me) ou Loren Connors (Thin Air) – une compagnie et un moteur qui épousent voire subliment ses penchants. Dite, voici sa poésie de prolifération et de désenchantements, enfin un touchant message adressé à ses frères d’armes ou de blues (qu’ils soient poètes, musiciens…).  

écoute le son du grisliSteve Dalachinsky, Joëlle Léandre
Son of the Sun (After Magic)

Steve Dalachinsky, Joëlle Léandre : The Bill Has Been Paid (Dark Tree / Orkhêstra International)
Enregistrement : 27 mai 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Vocalise (for Jeanne Lee) 02/ Interlude #1 03/ Son of The Sun (After Magic) 04/ Interlude #2 05/ Sweet & Low (Word of Light And Love / The Bill Has Been Paid) 06/ Interlude #3
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


 
joëlle léandre jérôme bourdellon evidence

En un autre duo – enregistré au Théâtre du Saulcy en 2011 –, Léandre élabora un autre ouvrage de langage partagé. En guise de partenaire, Jérôme Bourdellon, dont l’usage des flûtes (de la contrebasse au picolo) trahit un heureux rapport à la nature. Dévalant des structures (forêts en pente ou jardins suspendus) imaginées sur l’instant, Léandre et Bourdellon parlent d’Evidence et improvisent en bonne entente.

Joëlle Léandre, Jérôme Bourdellon : Evidence (Relative Pitch)
Enregistrement : 2 novembre 2011. Edition : 2012.
CD : 01-07/ Evidence I - Evidence VII
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Edwards, Lee : White Cable, Black Wires (Fataka, 2013) / Carrier, Lambert, Edwards, Beresford : ...to The Vortex (Not Two, 2013)

john edwards okkyung lee white cable black wires

25 mai 2011, Welsh Chapel, Londres. Cinq improvisations contrebasse / violoncelle découperont à force d’applications appuyées (John Edwards, Okkyung Lee) et l’un et l’autre instrument.

De jeux de question-réponse en champs libres, Edwards et Lee vont et viennent, cognent et scient ; faisant parfois même le dos rond (scie à archet alors tenue à l’envers), fendent avec une autre efficacité, débitent avec un autre panache un bout de bois et de cordes dont les éclats percent sur partition. De celle-ci, le sujet est les dissensions que l’urgence impose et que White Cable, Black Wires répond gère à force d’acharnements qui impressionnent.

écoute le son du grisliJohn Edwards, Okkyung Lee
WCBW III

John Edwards, Okkyung Lee : White Cable, Black Wires (Fataka / Metamkine)
Enregistrement : 25 mai 2011. Edition : 2013.
CD : 01-05/ WBCW I - WBCW V
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



françois carrier michel lambert john edwards steve beresford vortex

Le duo Carrier / Lambert associée à la paire Edwards / Beresford : l’occasion date du 6 décembre 2011 (concert donné au Vortex de Londres). Dans l’ombre, les tensions feront et déferont l’improvisation : l’alto évoluant, avec une légèreté de contraste, sur les passes de cordes et de batterie, avant de bouillir sous l’effet d’un motif répété par Edwards. Quelques flottements ici ou là, mais les relances sont souvent irrésistibles.

François Carrier, Michel Lambert, John Edwards, Steve Beresford : Overground to The Vortex (Not Two)
Enregistrement : 6 décembre 2011. Edition : 2013.
CD : 01/ Mile End 02/ Bow Road 03/ Archway 04/ Barkingside
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Sult : Harm (Bocian, 2013)

sult harm

Il y a deux contrebasses dans Sult, maniées par Tony Dryer et Guro Skumsnes Moe. Il y a dans Sult d’autres instruments quand même, qui sont la guitare acoustique d’Håvard Skaset et les percussions de Jacob Felix Heule. Mais c’est bien la (dons les !) contrebasse qui est au centre des débats.

Car c’est elle qui tricote le canevas de souffre & de fiel dont le groupe fait ses partitions. C’est elle qui gémit sous le grattage, elle qui rôde partout sur ce disque de modal expérimental. C’est encore elle qui décoche un pizzi qui renverra lentement mais sûrement la guitare frottée ou les toms frappés à leurs études. Elle qui symbolise ce vague à l'âme instable qu’est la musique de Sult. Vague-à-l'âme dont on ne peut que s’éprendre des ruines et des ravages qu'il fait.

Sult : Harm (Bocian)
Edition : 2013.
LP : A1/ Lunge A2/ Mince A3/ Skade A4/ Fange A5/ Wince
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Parution de Sept basses (hors-série #11)

sept basses a

sept basses 2  sept basses 3

sept basses 4  sept basses 5

Sept basses
Hors-série papier #11
100 exemplaires numérotés
7 euros (port compris)

Image d’aperçu

Commentaires [0] - Permalien [#]

Fabric Trio : Murmurs (NoBusiness, 2013) / Grid Mesh : Live In Madrid (Leo, 2013)

fabric trio murmurs

La radiographie n’est pas claire, sa lecture pas évidente. Tout de même, ses blancs et gris disent un peu des préoccupations du Fabric Trio – saxophones alto et soprano de Frank Paul Schubert, contrebasse de Mike Majkowski et batterie de Yorgos Dimitriadis.

Ainsi, cinq improvisations enregistrées le 30 novembre 2010 à Berlin accordent les intervenants sur une musique de contrastes : pointant, piquant, brassant, Majkowski donne toujours consistance à l’improvisation, qu’elle rampe pour prendre discrètement possession de tout l’espace (Decomposer), attise les rivalités afin de contrarier le plan rythmique (Jaw) ou au contraire revient à l’éternelle combinaison soliste / section rythmique pour permettre à Schubert de faire entendre ses influences (Coleman, Ayler, Ware) et même quelques qualités.

Malgré celles-ci et celles, non moins remarquables, de Dimitriadis, c’est bien la contrebasse qui guide le trio dans l’ombre. Elle, qui dessine la voie que le groupe doit suivre pour, six stations plus loin, admettre avoir changé l’épreuve en beau parcours.

écoute le son du grisliFabric Trio
Jaw

Fabric Trio : Murmurs (NoBusiness Records)
Enregistrement : 30 novembre 2010. Edition : 2013.
LP : A1/ Jaw A2/ The Salt of Pleasure A3/ Hook A4/ Bristles B1/ Decomposer B2/ Acorn/Tongue
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

grid mesh live in madrid

Formé en 2006, Grid Mesh associe le même Frank Paul Schubert à Johannes Bauer (trombone), Andreas Willers (guitare électrique) et Willi Kellers (batterie). Point d’archet, donc, et moins de subtilité dans le jeu du saxophoniste : alors l’improvisation de ce Live in Madrid court après un lyrisme rocailleux, parfois bruitiste (cependant, les devices de Willers manquent de corps), et frise le brouillon quand Bauer n’y intervient pas.

Grid Mesh : Live in Madrid (Leo /Orkhêstra International)
Enregistrement : 17 février 2011. Edition : 2013.
CD : 01/ Part I 02/ Part Iia 03/ Part IIb
Guillaume Belhomme © Le son du grisli 

Commentaires [0] - Permalien [#]

Pascal Niggenkemper : Lucky Prime (Clean Feed, 2013)

pascal niggenkemper vision7 lucky prime

S'il n'est pas des sept basses à paraître, Pascal Niggenkemper n'en est pas moins contrebassiste. Capable, même, d'emmener septette...

Les idées ne fusent pas au hasard chez Pascal Niggenkemper. Avec sa petite bande (Frank Gratkowski, Emilie Lesbros, Eve Risser, Frantz Loriot, Els Vandeweyer, Christian Lillinger), le contrebassiste enflamme quelques hautes contrées. La plus évidente de ces zones passe par l’entremêlement des timbres (concentration et délestement en duo, charge unie en septet).

D’autres territoires seront fréquentés qui passeront par la désintégration des masses et de bruts découpages. Il y aura crispation et respiration, composition et décomposition, surchauffe et attente. Le jazz sera restitué en un axe bancal et souffreteux avant qu’un vibraphone gouailleur ne vienne lui rappeler sa force vitale. Et du fil de tendresse final (sortir de la colère) jailliront des pépites aux soleils audacieux. Pas mal pour un premier enregistrement.

Pascal Niggenkemper Vision7 : Lucky Prime (Clean Feed / Orkhêstra International)
Edition : 2013.
CD : 01/ Carnet plein d’histoires 02/ Dia de los muertos 03/ Feuetreppe 04/ En urgence 05/ I Don’t Know, But This Morning 06/ Ke Belle 07/ Lance de Lanze 08/ Sortir de la colère
Luc Bouquet © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Evan Parker, Barry Guy, Paul Lytton : Live at Maya Recordings Festival (NoBusiness, 2013)

evan parker barry guy paul lytton live at maya recordings festival

Fin septembre 2011, Barry Guy * et Maya Homburger fêtaient à Winterthour, Suisse, les vingt ans de Maya Recordings. L’occasion pour le trio – trentenaire, lui – que le contrebassiste compose avec Evan Parker et Paul Lytton de poursuivre ses efforts d’improvisation. Quatre pièces naîtront de cette nouvelle rencontre, sur lesquelles Parker passe de ténor en soprano (passablement réverbéré entre les murs du Theater am Gleis) et que Guy et Lytton détaillent à coups d’archet ou de baguettes saillants.

Guy, pour tout dire, dirige l’essentiel des débats : sur Chert, le voici atténuant la volubilité du soprano pour imposer une approche plus sensible d’un art instrumental partagé ; sur Gabbro, il ajoute aux graves du ténor d’autres qu’il va chercher au plus profond de sa contrebasse. Ailleurs, l’association navigue sans plus de tuteur, arrangeant sur l’instant brefs coups d’éclat (frappe sèche de Lytton) et inventions parallèles (apnéiques de Parker contre harmoniques de Guy). S’il paraît sur NoBusiness (auquel Guy a déjà offert quelques belles références) et non sur Maya, impossible de taire les grandes qualités de ce Live at Maya Recordings Festival.

écoute le son du grisliEvan Parker, Barry Guy, Paul Lytton
Gabbro

Evan Parker, Barry Guy, Paul Lytton : Live at Maya Recordings Festival (NoBusiness).
Enregistrement : 25-27 septembre 2011. Edition : 2013.
CD / LP : 01/ Obsidian 02/ Chert 03/ Gabbro 04/ Scoria
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

>