Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Lee Patterson, Vanessa Rossetto : Temperament as Waveform (Another Timbre, 2013)

lee patterson vanessa rossetto temperament as waveform

Au nombre des duos – ici, les souvenirs de Bright Duplex et Hwaet – qui, dans l’ombre, fabriquent la discographie de Vanessa Rossetto, il faut aujourd’hui parler de celui qu’elle forme (à distance) avec Lee Patterson : Temperament as Waveform nous y engage.

Les dessins de Patterson disent à leur manière de quoi retourne la collaboration : des grisailles se lèvent entre deux silences, qui ne menacent pas, mais rapidement troublent et embellissent presque tout l’espace – le ciel qui sépare Austin et Manchester ? Pour ce faire, suffiront un souffle grave étouffant jusqu’aux parasites qui l’habitent, des percussions effleurées ou effervescentes, une sévère note de piano, un archet fébrile mais insistant, un crachin radiophonique, des mouvements minuscules, enfin, qui révèlent toujours d’autres manières de correspondre.

Et si du geste musical les compositions de Patterson et Rossetto n’ont gardé que les traces, l’empreinte de Temperament as Waveform n’en est que plus remarquable.

Lee Patterson, Vanessa Rossetto : Temperament as Waveform (Another Timbre / Metamkine)
Enregistrement : 2010-2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Everything we know about anything indicates that nothing is ever easy 02/ There is a very small chance that you are not makin a mistake 03/ The highs and lows of cross-Atlantic collaboration 04/ An indication of presence
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Evan Parker, Agustí Fernández : The Voice Is One (Not Two, 2012)

evan parker agusti fernandez the voice is one

Le « duo ténor & piano » est-il en passe de devenir, dans l'univers d'Evan Parker, une contrée identifiée, une combinaison de prédilection, à l'instar du « trio saxophone - contrebasse - batterie » ? Les récentes publications associant le souffleur à Mengelberg, Graewe ou Oberg, le laissent penser.

Avec Agustí Fernández, la relation remonte à 1995 ; les deux musiciens s'y rencontraient pour la première fois, dans un studio de Barcelone : le disque intitulé Tempranillo en a conservé la trace (avant que le pianiste ne rejoigne l'Electro-Acoustic Ensemble et divers groupes du saxophoniste). C'est dans la même ville, en novembre 2009, mais lors d'un concert, que langue fut reprise pour le présent enregistrement qu'articulent plusieurs pièces – elles font alterner trois duos et, comme des trouées, deux solos, puis un bref rappel.

Le quart d'heure d'ouverture permet de s'adresser de fines politesses (ténor legato, recherche de jonctions harmoniques, voire mimétismes mélodiques) et, rapidement, les premières griffures. Bien que, dans les pièces communes, Fernández brûle souvent de dégainer le grand jeu (vigoureux, cascadant ou ciselé, mêlant taylorismes et virtuosités sans objet, soigneusement orchestral, parfois jusqu'à l'éclaboussure), la frénésie ne contamine heureusement pas tous les échanges : cadre fourragé, sombres flamboyances et phrases esquissées finissent par retenir davantage que les moments de combustion et de pur échappement...

Evan Parker, Agustí Fernández : The Voice Is One (Not Two / Products from Poland)
Enregistrment : 2009. Edition : 2012.
CD : 01/ Part I 02/ Part II (solo AF) 03/ Part III 04/ Part IV (solo EP) 05/ Part V 06/ Part VI
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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Colin Stetson : New History Warfare Vol. 3: To See More Light (Constellation, 2013)

colin stetson to see more light

Certes il n’a pas été absent très longtemps mais… Colin Stetson est de retour ! Et pour couronner le tout il n’est pas seul : Justin Vernon (de Bon Iver) chante sur quatre titres de To See More Light (troisième volume de la série « New History Warfare »).

Ce qui n’est pas toujours un succès, il faut l’avouer, puisqu’une chorale soul (oui, encore... remember Shara Worden) peut, sans que vous ne vous y attendiez, vous sauter à l’oreille (And in Truth), ou un qu’un refrain chanté peut écarter de ses faiblesses tout faux-semblant expérimental (Who the Waves Are Roaring for (Hunted II)). Pour ce qui est des instrumentaux, rien de neuf chez Stetson : sa voix perce le saxophone qu’il utilise sur trois ou quatre notes en boucle (Hunted, High Above a Grey Green Sea). Bon…

Un peu mieux quand même : sur l’introduction d’In Mirrors, quand le saxophoniste ose jouer abstrait !, et sur Brute, dont le beat se rapproche de la musique électronique et où la voix se fait plus brutale, en effet, et donc un peu plus provocante. Lui qui aime creuser des sillons, pourrait-on conseiller à Colin Stetson de creuser de ce côté-là pour son prochain retour ?

EN ECOUTE >>> High Above a Grey Green Sea

Colin Stetson : New History Warfare Vol. 3: To See More Light (Constellation / Gibert Joseph)
Edition : 2013.
CD / 2 LP / DL : 01/ And In Truth 02/ Hunted 03/ High Above A Grey Green Sea 04/ In Mirrors 05/ Brute 06/ Among The Sef (Righteous II) 07/ Who The Waves Are Roaring For (Hunted II) 08/ To See More Light 09/ What Are They Doing In Heaven Today? 10/ This Bed Of Shattered Bone 11/ Part Of Me Apart From You
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Mythic Birds : The Name by Wich the World Knows Them (Peira, 2012)

mythic birds the name by which

Le plus souvent animés, pour ne pas dire passionnels, les débats mettant en scène les clarinettes de Keefe Jackson, Jeff Kimmel, Jason Stein et les synthétiseurs modulaires de Brian Labycz ne s’embarrassent d’aucun à priori.

Ici et là, les clarinettes caquettent, prennent ombrage, embrouillent le cercle, s’embourbent dans une dialogue de sourds que ne pourra délivrer que la plus haute perchée. Ailleurs, tout en croisant le même fer, elles s’adonnent à de douces mélodies, égrenant avec exubérance quelque phrasé enroulé. Dans cet entresol grouillant, le synthétiseur, après avoir contrefait le souffle de ses amies, convie bruissements et cliquetis. Plus tard, se fait zigzag et abandonne aux orties ses envies aquatiques. Et encombre de ses extravagances les plages de silence commanditées par les clarinettistes. Mais, jamais, ne parvient à troubler l’idéale fusion de nos trois libres souffleurs.

Mythic Birds : The Name by Wich the World Knows Them (Peira)
Enregistrement : 2011. Edition : 2012.
CD / DL : 01/ Without a Common Memory 02/ Forbidden Generosity 03/ Let Go of the Long Tone 04/ Dissimulation 05/ The Name by Which the World Knows Them Is Not the One They Themselves Utter 06/ Realms of Dream and Intoxication
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Antoine Beuger : 24 petits préludes pour la guitare (Edition Wandelweiser, 2013)

antoine beuger 24 petits préludes pour la guitare

Ces 24 petits préludes pour la guitare interprétés par Cristián Alvear Montecino inscrivent l’art d’Antoine Beuger dans un champ réduit de cordes.

De la guitare, classique, fuient des notes espacées de peu, qui, sur le propos musical, prennent un certain recul pour établir plutôt, à distance les unes des autres, une communication autrement sonnante. Le volume changeant, la dynamique parfois hésitante, l’arpège même pas interdit : les notes attendent le moment – pas forcément « le bon », mais en tout cas « le leur » – qui annoncera leur terme.

Des questions se posent alors : sur la nature de ce que chacune d’elles laisse dans son sillage et sur l’étrange permission que toutes offrent à leurs suivantes de dire à leur tour, voire à leur place. La berceuse défaite que composent ces préludes n’apportera bien sûr pas de réponse. Son bouquet de chants éphémères suffit à notre attention.

EN ECOUTE >>> II

Antoine Beuger, Cristián Alvear Montecino : 24 petits préludes pour la guitare (Edition Wandelweiser / Metamkine)
Edition : 2013.
CD : 01-24/ I-XXIV
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Paul Rutherford, George Haslam : Raahe ’99 (Slam, 2012)

paul rutherford george haslam raahe

D’un côté : un trio finlandais (Samuli Mikkonen : piano / Ulf Krofors : contrebasse / Mika Kallio : batterie). De l’autre : deux vieilles connaissances (Paul Rutherford, George Haslam). Le 31 juillet 1999, tous se retrouvent au festival Jazz on the Beach de Raahen (Finlande). Les bandes réapparaitront douze ans plus tard. Elles sont aujourd’hui éditées par Slam, le label du saxophoniste.

En une suite improvisée de cinquante-trois minutes, souffleurs et section rythmique ne perdent jamais le fil d’une improvisation emportée. Différentes structures vont se succéder puis se retrouver. Le trio servira de tremplin aux improvisations à venir puis s’engouffrera dans quelque obstiné riff du saxophoniste. Lequel saxophoniste ne cédera rien de son lyrisme habituel, laissant au tromboniste le soin d’arpenter des travées infiniment plus audacieuses. D’un Haslam aux phrasés secs et vibrants, d’un Rutheford aux lignes relâchées et d’un trio ravi de l’aubaine, on n’écrira que l’essentiel : éclat, intensité, connivence, complicité.

Paul Rutherford, George Haslam, Samuli Mikkonen Trio : Raahe ’99 : For Paul Rutheford (Slam Productions)
Enregistrement : 1999. Edition : 2012.
CD : 01-07/ First Movement  08-12/ Second Movement  13-15/ Third Movement
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Queixas : Eye of Newt (Insubordinations, 2012)

queixas eye of newt

Le projet helvético-portugais Queixas regroupe Cyril Bondi, D’incise et Abdul Moimême sur son premier essai Eye Of Newt. Là où le second nommé laissait voguer les crissements singuliers, les trois comparses invitent à un déjeuner sur l’herbe expérimentale où, certes, les bruits épars d’une civilisation post-ouvrière se font encore entendre dans le lointain.

Tel un négatif, au sens photographique du mot, de La Forêt Des Mécanismes Sauvages, leur Œil de Newt jette un regard périphérique empreint de paradoxes, entre calme apparent et nerfs au bord de l’implosion. On vous laisse juges, pour ma part, j’aime – vraiment – beaucoup.

Queixas : Eye Of Newt (Insubordinations)
Edition : 2012.
CD / DL (libre) : 01/ An All Wynde that Blowth No Man to Good 02/ Stow the Croze 03/ Everybody Out
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Ig Henneman Sextet : Live @ the Ironworks Vancouver (Wig, 2012)

ig henneman Live @ the Ironworks Vancouver

A l’intérieur du carton qui retient le disque, Ig Henneman s’excuse presque : ce Live est la seconde référence discographique de son sextette en seulement dix-huit mois de temps. Moins du fait de sa volonté, assure-t-elle, qu’imposé par la qualité du concert donné à Vancouver le 28 juin 2012.

Voilà donc l’affront fait à l’amateur bien obligé de suivre : motifs qui passent de main en main (Ig Hennamen, Lori Freedman, Ab Baars, Axel Dörner, Wilbert de Joode et Marilyn Lerner) quand ils ne sont pas défendus à l’unisson selon la fantaisie d’une partition écrite au cordeau (A’n’B), déconstructions anguleuses (Bold Swagger) ou expériences appliquées au rapprochement des genres (Prelude for the Lady With the Hammer).

Si ces pièces valent l’écoute, ce sont trois autres qui font l’intérêt que l’on trouve, à distance, à ce concert canadien : Light Verse, sur lequel Baars et Dörner se laissent, mais contrariés, emportés par l’archet d’Hinneman ; Tracks, aire de jeux expérimentaux dont l’espace conseille d’abord le cache-cache ; Kindred Spirits, qui permet aux notes de s’étendre à loisir et encourage les musiciens à intervenir en décalcomanes. L’archet de Joode se chargeant de rassembler les notes éparses, le concert consigné brille par sa folle cohérence.

EN ECOUTE >>> Tracks

Ig Henneman Sextet : Live @ the Ironworks Vancouver (Wig)
Enregistrement : 28 juin 2012. Edition : 2012.
01/ Tracks 02/ Prelude for the Lady With the Hammer 03/ Kindred Spirits 04/ Bold Swagger 05/ Light Verse 06/ A 'n B
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Mike Shiflet, Kazuya Ishigami : Might Is Right. But Truth Is Truth (Neus-318, 2008)

mike shiflet kazuya ishigami might is right

Neus-18 envisage souvent le CD comme deux pièces à vivres où cohabiteront deux musiciens. Cette fois, c’est Mike Shiflet et Kazuya Ishigami qui estiment leur chance de s’y accorder.

Au son de lignes anciennes peut-être, malingres et poreuses en tout cas, Shiflet compose une demi-heure de pièce à drones. Sur la bande – unique, elle – ceux-là sifflent et soufflent, tressaillent et impressionnent par ce pleurage qui ne cesse de les transformer d’un bout à l’autre de la plage qu’ils occupent.

Dans la pièce d’à côté, Kazuya joue lui aussi de drones, qu’il développe et même reprise, avec un art diaphane qui rappelle celui de l’ambient minimaliste du Pablo Feldman Sun Riley de Dax Pierson et Robert Horton – le mélodica du Japonais serait-il une flûte de bambou ou un steel pan étouffé ? Progressivement, le musicien multiplie les parasites et interférences au point de déranger un peu l’harmonie installée. Soit, Mike Shiflet et Kazuya Ishigami se sont tout de même entendus.

Mike Shiflet, Kazuya Ishigami : Might Is Right. But Truth Is Truth (Neus-318)
Edition : 2008.
CD : 01/ Mike Shiflet : So Many Seashels, So Much Porcelain 02/ Kazuya Ishigami : Wa Wo Motte Toutoshi To Nasu
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Mikrokolektyw : Absent Minded (Delmark, 2013)

Mikrokolektyw absent minded

Duo polonais installé à Chicago, Mikrokolektyw : (Artur Majewski : trompette et electronics, Kuba Suchar : batterie et electronics) crée la surprise. La sauvagerie féroce et acide ouvrant le disque cède vite la place à des vents tourbillonnants : souffles circulaires et rhombes ancestraux désossant un air vicié, trompes d’appel appelant au rassemblement ; les repères temporels se brouillent.

D’un souffle s’assombrissant ou se perdant, d’une percussion bondissante (un air d’Han Bennink chez Suchar) ou d’un lithophone envoûtant émergent de lapidaires phrasés. Le jazz n’est pas loin mais ne se dévoile jamais. Pas plus que ne se désorganise un duo aux fraternels impacts. Et de ces modernes electronics s’agitant ça et là, une évidence s’impose : la plus haute technologie n’est jamais très loin de la musique des origines.

Mikrokolektyw : Absent Minded (Delmark)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Vacuum 02/ Dream about Mind Master 03/ Sonar Toy 04/ Thistle Soup 05/ Fossil Stairway 06/ Dream about City Backyards 07/ Trilobite 08/ Trouble Spot 09/ Superconductor 10/ Crazy Idea of Jakub S. 11/ Little Warrior 12/ No Magic 13/ Dream about the One
Luc Bouquet © Le son du grisli

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