Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Languages : Live at Vortex (Gaffer, 2012)

languages live at vortex

D’un pas décidé, Colin Webster (sax), Mark Holub (batterie) et Sheik Anorak (guitare) posent quelques conditions : penser la transe de façon stratégique, débloquer l’inutile et ne mener l’assaut qu’après avoir lentement infusée l’harmonie. En différant et ne solutionnant jamais le chaos qui rode et en insistant longuement sur un trait (libre improvisation, accords soyeux, étrange boléro électrique) Languages démine les codes convenus du genre.

Ainsi, le brutal ne sera jamais systématique et à la déconstruction le trio préférera toujours la solidification des chantiers. Soit pour Languages, le cabossé des drailles ancestrales plutôt que la vitesse limitée de nos mornes autoroutes.

Languages : Live at Vortex (Gaffer Records)
Edition : 2012.
CD : 01/ Il fait chaud 02/ Languages 03/ Speeche 04/ The Last Vord
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Under the Carpet : Under the Carpet (Ruptured, 2012)

under the carpet

Comme dans les moutons de poussière que l’on glisse discrètement sous la carpette, il y a de tout dans l’Under the Carpet d’Under the Carpet (Stéphane Rives au laptop, Fadi Tabbal à la guitare élec-trique et Ipad, Paed Conca à la basse électrique et à la clarinette) : de l’expérimental, de la pop, du néo folk, de l’ambient, de l’indus mignon, de la proto dance… et tout ça improvisé.

Ca commence d’ailleurs plutôt bien avec des structures rythmiques qui se chevauchent, une belle guitare électrique sur le feu mais on a bien vite l’impression que le groupe se défoule en passant d’un style à l’autre sans avoir de vision d’ensemble de ce que doit être son magma sonre. Peu avant la moitié du CD, on commence à jouer de racks d’effets sans se montrer ni dans le jeu ni dans le son vraiment original. Après ça c’est la grand naufrage, un saxophone branchouilli-free, une boîte à rythmes branchouilli-ringarde, une guitare branchouilli-héroïque ou des bidons-reverses se montrent incapables d’intéresser. On attend quand même la suite, qui sait ?

Under the Carpet : Under the Carpet (Ruptured)
Edition : 2012.
CD : Under the Carpet
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Enrico Sartori, Tobias Delius, Tristan Honsinger : Baboon (Rudi, 2013)

sartori delius honsinger baboon

Voir associés les noms de Tobias Delius (saxophone ténor, clarinette) et de Tristan Honsinger (violoncelle) c'est, qu'on le veuille ou non, commencer à façonner ses attentes ; c'est convoquer une « mémoire hollandaise » et relier ces musiciens à une famille. Constater ensuite que les compères s'allient, pour ce concert à Munich en janvier 2012, à Enrico Sartori (clarinettes et saxophone alto) c'est espérer que ce dernier les aide à déjouer nos pressentiments et à écarter leurs vieux démons...

Il n'y parvient pas vraiment – et l'auditeur doit se rabattre (sans déplaisir, mais sans excitation, il faut l'avouer) sur ces instant compositions qui mêlent savoir-faire à la désinvolture travaillée et poésie de l'absurde : le set se déroule, dérive à tiroirs, avec ses saynètes, numéros en lambeaux et intermèdes vocaux. Parties de maigres échafaudages, certaines constructions finissent par prendre, s'élever et finalement intéresser, mais justifient-elles la publication de cet enregistrement qui documente un « moment de scène » ?



Enrico Sartori, Tobias Delius, Tristan Honsinger : Baboon (Rudi Records)
Enregistrement : 29 janvier 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Father 02/ Mother 03/ Brother 04/ Sister 05/ Four short stories 06/ Trialogues 07/ Nientese 08/ Fastidi 1 09/ Fastidi 2 10/ Ten, Eleven, Twelve 11/ Paesaggio lunare
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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John Russell, Fred Lonberg-Holm : Home (Peira, 2012)

john russell fred lonberg-holm home

Home : où le guitariste John Russell improvise à domicile en compagnie du violoncelliste Fred Lonberg-Holm. Une autre histoire de cordes sauvages, et domestique.

Harmoniques toujours inspirantes, arpèges doués pour la répétition, rythme changeant – entre perte de vitesse et précipitations, voilà longtemps que le rythme ne dicte plus aucun couplet digne de ce nom –, le duo fait oeuvres de renfrogné et de retors. Au jeu de l'autisme, Lonberg-Holm sort vainqueur quand Russell dévale en roue libre secondes et même minutes : la paire qui improvise accroche des notes au passage et nourrit ses parasites. L'heure avançant, le duo se fait plus intrépide, conjugue ses obsessions : résultat de la course de deux éléments vrillant, Home se fait en conséquence plus attachant encore.

John Russell, Fred Lonberg-Holm : Home (Peira)
Edition : 2012.
CD : 01/ Emsket 02/ Mioget 03/ Moorit 04/ Shaela
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Jac Berrocal, Dominique Coster, Roger Ferlet : Musiq Musik (Futura, 1973)

jac berrocal musiq musik

Cette chronique est extraite de sept trompettes, hors-série papier à paraître début mars 2013.

Jac Berrocal : « Une nuit d’août 1970, une 2CV poussive et bariolée s’arrêta au bord d’une piste finlandaise où je bivouaquais : c’était Roger Ferlet, passionné de pop et futur astrophysicien. Quelques heures après, arrivés au bord de l’aurore au cercle polaire, nous décidions de monter le Music Ensemble auquel se joindront aussitôt l’accordéoniste Claude Parle, Dominique Coster et le peintre Michel Potage. Grâce à la firme Futura, Musiq Musik vit le jour : soit une carte postale sonore avec des tambours de l’an 1000 qui croisent la détresse de réfugiés tibétains rencontrés dans des hôtels miteux du Népal. Pour l’histoire, ce disque en réverb’ naturelle fut enregistré en 1973 à quelques mètres de la tombe de l’évêque Pierre de Corbeille qui fut l’instigateur vers 1241 de la « Messe des fous ».

Ce projet fut réalisé par Gérard Terronès qui permit à bon nombre de musiciens de se faire entendre. Futura Records serait impensable aujourd’hui : songez, dans un catalogue à dominante free, Gérard produisait des albums de New Orleans, de rock étrange, du jazz bop, du théâtre musical, et ce disque atypique, objet brut musical. C’était une époque un peu folle : on pouvait monter un groupe l’après-midi, enregistrer des bandes le soir, trouver un  label le lendemain, et, en plus, la presse et les radios s’intéressaient à vous. » Ce premier album est aussi beau que le meilleur de Don Cherry : on y verra comme un écho dans les bandes inédites enregistrées à la même époque et que publiera plusieurs décennies après Emmanuel Carcano.

Jac Berrocal, Dominique Coster, Roger Ferlet : Musiq Musik (Futura)
Enregistrement : 1973. Edition : 1973.
LP : Musiq Musik
Philippe Robert © Le son du grisli

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RadioMentale : I-Land (F4T, 2012)

radiomentale i-land

I-Land est la première (vraie) sortie du duo RadioMentale, malgré une carrière démarrée en… 1992. Auteurs d’une multitude de collages, mixes et montages sonores, qui ont valu à leurs créateurs une renommée franche et certaine, Eric Pajot et Jean-Yves Leloup trouvent dans leur introspection bruitiste un monde dont ils ont – heureusement – banni la notion de monotonie.

Mariage profondément subtil d’une musique concrète et d’une ambient fugace telles qu’on les retrouve passionnément sur le label Touch (pensons à Jana Winderen ou Thomas Köner), l’univers de la paire française invite à la fois à l’éveil et à la méditation. Poursuivant un sillon tracé entre @c et Gilles Aubry, tout en remuant les terres fertiles de Phill Niblock et Geir Biosphere Janssen, nos deux hommes manient avec brio l’art de l’inquiétude (les voix d’outre-tombe de Sinking) et invitent à leur table élégamment dressée un monde entre courants arctiques et vents urbains d’une formidable acuité (radio)mentale.

EN ECOUTE >>> I-Land (extrait)

RadioMentale : I-Land (F4T)
Edition : 2012.
CD : 01/ Smooth Operator 02/ Sinking 03/ Gotlander
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Henri Roger : Exsurgences (Facing You / IMR, 2012)

henri roger exsurgences

Dans la pochette de ces deux LP, livrés avec un DVD contenant des films de l’artiste Anne Pesce (en lecture ici), le report d’une interview d’Henri Roger par Philippe Robert nous explique le parcours pour le moins iconoclaste de ce musicien. La pop des années 60, la chanson avec Catherine Ribeiro, l’improvisation jazz avec Paul Rogers et François Méchali

Encore aujourd’hui, ce bouillon de culture travaille Henri Roger. Dans les impressionannts solos de piano d'Exsurgences, on sent avant toute autre chose un véritable amour du jeu libre. D’une touche à l’autre, de gauche à droite et de droite à gauche, le pianiste fait tourner un manège à sensations impressionniste, minimaliste, expressionniste… Avec une aisance de voltigeur, Henri Roger remonte l’histoire de son instrument et les personnages qu’il fait tourner ont pour noms Debussy, Satie, Kremsky, Coltrane, Taylor, Schlippenbach, Jarrett… Et Ran Blake, ô combien. Une galerie que l’on voit défiler comme sous hypnose et qui laisse sur son passage des couleurs qui ne sont autres que celles de ce grand autoportrait d’Henri Roger.

Henri Roger : Exsurgences (Facing You / Instant Music Records / Souffle Continu)
Enregistrement : 2012. Edition : 2012.
2 LP + 1 DVD : Exsurgences
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Lasse Marhaug, Bruce Russell : Virginia Plane (The Spring Press, 2013)

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Ce n'est pas la première fois que Bruce Russell et Lasse Marhaug collaborent. Mais Virginia Plane – où le label The Spring Press nous promet de la musique concrète, du dub, des power electronics et du free noise – pourrait être à ce jour l'ouvrage le plus concluant qu'ils aient fabriqué ensemble.

Quatre morceaux par face de trente-trois tours gondolé à force de cracher des bruits qui piquent (marteau piqueur ou machine à coudre, M. Marhaug ?), motorisent, grincent, percutent (des bols ou un piano), déferlent en canalisations creusées profond, croulent et explosent sous le chutes de gravats, etc. Musique concrète : ok. Power electronics & free noise : ok.

Pour le dub, il faut attendre les sirènes en rut de Pyjamarama (un nom comme un autre) qui dansent sur du melodica étendu et bien sûr Numberer Dub. Mais, on s'en doutait, ce dub est loin d'en être, car il est plutôt récréation avant qu'un orgue ne revienne en démontrer. Ses drones résistent à l'appel des crépitements sur une conclusion, In A Dream-Home, qui résumerait à elle seule  l'attraction qui fait que Marhaug et Russell jouent régulièrement ensemble : le goût des bruits que tout oppose et qui pourtant s'arrangent au poil.

Lasse Marhaug, Bruce Russell : Virginia Plane (The Spring Press / Metamkine)
Edition : 2013.
A01/ Both Ends Burning A02/ Remake/remodel A03/ For Your Pleasure A04/ The Numberer B01/ Do the Strand B02/ Pyjamarama B02/ Numberer Dub B03/ In a Dream-home
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Lean Left : Live at Café Oto (Unsounds, 2012)

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Ainsi donc sont ici retranscrits les premiers sets donnés par Lean Left au Café Oto ces deux soirs de septembre 2011. On sait de The Ex les guitares brouillonnes – qui révèlent leurs charmes comme les visages frippés le font dans la ride profonde ou même la cicatrice –, empêchées donc nerveuses, interrompues souvent dans leur élan, et puis rudes autant que peut être sévère et implacable la frappe de Nilssen-Love.

Soit : le cadre idéal, pour Vandermark, qui invente en free tendu et passe de saxophone en clarinette excités par la dispute. Dans son dos, les guitares peuvent se chercher, tisser de concert une tapisserie de sons vengeurs ou inventer au contraire quelques atmosphères en latence qui, chargées en électricité, ne demandent qu'à entendre anches et peaux résonner. Le laisser-aller est de mise et convainc jusqu'au médiator : il faut écouter mais renvoyer aussi le matériau qui claque, et puis se laisser abattre par l'air qu'il a toujours de balayer d'un coup toute tentative de compromis.

Lean Left : Live at Café Oto (Unsounds)
Enregistrement : 11 et 12 septembre 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Koevoet 02/ Drevel
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Lean Left, Ab Baars, Steve Noble : Live at Café Oto (Kollaps, 2012)

lean left live at café oto

De deux soirs que passa Lean Left au Café Oto (11 et 12 septembre 2011), le label Kollaps a fait deux trente-trois tours – et même deux objets soignés : derrière le kraft découpé, trouver plusieurs pages de photographies en noir et blanc signées Andy Moor. Quatre faces reviennent donc sur les seconds sets de ces soirées – premiers sets publiés par Unsounds sur Live at Café Oto – à l'occasion desquels intervenaient deux invités : Ab Baars et Steve Noble.

Ainsi Baars permet-il au groupe d'équilibrer souffleurs et guitaristes : avec Ken Vandermark, le Hollandais s'oppose à la paire Andy Moor / Terrie Ex Hassels sous l'arbitrage (et les provocations) de Paal Nilssen-Love. L'espace est réduit et les musiciens jouent des épaules pour s'en extraire : phrases libertaires et tensions étouffées permettront d'abattre tous les murs – comprendre échelles de style et même de temps.

Avec Steve Noble, c'est forcément Nilssen-Love qui trouve un appui de taille : les guitares se font en conséquence agaçantes davantage et le saxophone plus virulent avant que la conversation n'engage Vandermark (son art du rebond incite ici à rebaptiser la formation : McLean Left, jeu de mot n'est pas coutume) et les batteurs dans un fantasque jeu de surenchère – voici les guitares torves faites catalyseurs de choix. Il est des abattages et des surenchères supérieures, nous disent ici Lean Left et ses deux invités.

Lean Left, Ab Baars : Live at Café Oto, Day One (Kollaps / Instant Jazz)
Enregistrement : 11 septembre 2011. Edition : 2012.
LP : A/ Day One / Set Two / Part One B/ Day One / Set Two / Part Two

Lean Left, Steve Noble : Live at Café Oto, Day Two (Kollaps / Instant Jazz)
Enregistrement : 12 septembre 2011. Edition : 2012.
LP : A/ Day Two / Set Two / Part One B/ Day Two / Set Two / Part Two
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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