Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Parution : Jazz en 150 figures de Guillaume BelhommeParution : le son du grisli #2Sortir : Festival Baignade Interdite
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Aaron Moore, Thierry Müller : Today Is Yesterday’s Tomorrow (Three:Four, 2012) / Courtis, Moore : Courtis/Moore (Earbook, 2012)

aaron moore thierry muller today is yesterdays tomorrow le son du grisli

A lire la discographie qu’Aaron Moore a signé en dehors de Volcano the Bear, on trouve des duos bien pensés qui contraignent cette collaboration avec Thierry Müller (d'Ilitch) à se montrer à la hauteur. C’est aussi frétillant que tremblant pour eux qu’on dépose le diamant sur la première face du (double !) vinyle…

Tout commence sur un air de post-rock mais un air de quelques secondes seulement. Car une clarinette basse se lève qu’un drone suit qu’une guitare suit que des trompettes suivent : tout s’enchaîne plutôt lentement et fait pencher l’enregistrement vers l’atmosphérique expérimentale. Fondu enchaîné : du mélancolique replié sur lui-même, des mélodies avortées de guitares avortones ou de grand piano opportun. On l’a vite comprend, Moore et Müller n’ont pas dans l’idée de défendre une esthétique ou même un disque cohérent. Ils sont là pour jouer et jouent et se déguisent, singent Gastr del Sol, Merzbow, Sonic Youth, Broken Social Scene, Mark Hollis

Au diable les compositions complexes, bonjour les citations et les clins d’œil (jusqu’à un ethnofolk tout moisi ou une pop qui ferait passer les productions K Records pour des gargouilles gothiques, qu’importe enfin !). Today Is Yesterday’s Tomorrow est le titre qu’il fallait : il explique ce qu’il est possible à deux musiciens de faire avec pour (presque) seul matériau leurs références et leurs envies de s’amuser. Maintenant, faudra-t-il que l’auditeur ait les mêmes références et les mêmes envies pour goûter les délires libertaires du duo ? A voir…

EN ECOUTE >>> Today Is Yesterday's Tomorrow

Aaron Moore, Thierry Müller : Today Is Yesterday’s Tomorrow (Three:Four / Souffle Continu)
Enregistrement : 2009-2011. Edition : 2012.
2 LP : A1/ Absolute Returk A2/ Cybèle était si belle A3/ Le secret des pieds A4/ Olivia is Thinking – B1/ The Helicopter of the Beast – C1/ Absolute Divorce C2/ Fantocomon C3/ The Slits Runner C4/ Are you in a Plane ? – D1/ The Lost Interstellar Tourist D2/ I Swan You D3/ Meurtre parfait
Pierre Cécile © Le son du grisli

anla courtis aaron moore courtis moore

Enregistré en concert en février 2009, Courtis/Moore fait suite à Brokebox Juke sorti sur le label No-Fi. Comme si la présence de Courtis étouffait les penchants pour la pop (expérimentale ou non) de Moore, le CD bâtit son propos sur des drones, des résonances, des instruments à vent qu’on dirait imaginaires (sur l’irrésistible P=1) et encore des guitares qui en promettent en distorsions et chants électriques. Tout autre chose donc. Moins facile et encore plus convaincant !

Anla Courtis, Aaron Moore : Courtis/Moore (Earbook)
Enregistrement : 2009. Edition : 2011.
CD/ 01/ E=1 02/ P=1 03/ P=2 04/ L=2 05/ L=1
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Paul Dunmall, Mark Sanders : Pipe & Drum / Paul Dunmall, Philip Gibbs, Neil Metcalfe, Paul Rogers : Sun Inside (FMR, 2012/2011)

paul dunmall mark sanders pipe and drum le son du grisli

Dans cette course-poursuite engagée avec lui-même, Paul Dunmall et sa cornemuse ne laissent pas grand choix aux tambours de Mark Sanders. Les deux musiciens serrent leur jeu au maximum, le souffle se sature de polyphonies, les aigus tourbillonnent, la batterie désosse le continu. La transe répond présent.

Mais, en une occasion (Stand Alone with Blessing) et prenant la parole en solitaire en un trot singulier, Sanders invite son camarade à varier les registres et les hauteurs. Se malaxeront alors d’autres matières, moins répétitives et plus nuancées. Le batteur créera des motifs qu’il alimentera de ses savantes frappes tandis que la cornemuse de Dunmall inscrira quelques vers de plus à son envoûtante poésie. Et ainsi, vivra et respirera un duo débordant d’énergie et de créativité.

Paul Dunmall, Mark Sanders : Pipe & Drum (FMR / Improjazz)
Enregistrement : 7 mars 2012. Edition : 2012.
CD : 01/ Dance of the Elders 02/ Folette 03/ Mesolithic to Neolithic 04/ Stand Alone, with Blessing 05/ Lily at the Bearwood 06/ Tropical Seas of Malvern 07/ Supernatural Is Natural
Luc Bouquet © Le son du grisli

paul dunmall paul rogers sun inside le son du grisli

Une clarinette ombrageuse ouvre Sun Inside. Une flûte la poursuit de sa prégnante assiduité. Prétextant la présence du bois pour mieux en sonder l’écorce, guitare et contrebasse tricotent la ligne sinueuse. Maintenant, tout est activé. Il s’agit donc de s’enlacer, de converser (parfaits les couples Paul Dunmall-Phillip Gibbs et Paul Dunmall-Neil Metcalfe), de s’élever, d’activer des motifs entre fugue et contrepoint et de prospérer sans inquiéter l’autre. Et en faisant fondre les lenteurs des deux premières plages au profit d’une improvisation vivace et quasi west-coast (Dunmall est maintenant passé au soprano), prouver qu’ici, tout est mouvement.

Paul Dunmall, Philip Gibbs, Neil Metcalfe, Paul Rogers : Sun Inside (FMR / Improjazz)
Enregistrement : 2010. Edition : 2012.
CD : 01/ Sun Inside 02/ Dissolving a Rock 03/ Inside the Sun
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Bark! : Fume of Sighs (Psi, 2012) / Sult : Bark (Bug Incision, 2012)

bark fume os sighs le son du grisli

Si l'histoire du groupe s'enracine au début des années 90, c'est à la fin de cette décennie que Bark! a stabilisé son effectif et trouvé, au fil des disques publiés par Matchless et Psi, en « functioning like one big electronic rhythm section », son « groove » – je cite ici le livret fort détaillé de Phillip Marks (percussions).

Le trio que complètent Rex Casswell (guitare électrique) et Paul Obermayer (samples – on connaît ses accointances avec Richard Barrett, dans Furt ou l'Electro-Acoustic Ensemble d'Evan Parker) développe effectivement une dynamique particulière, manière de bounce atomisé, de réactivité sèche, articulée, ciselée, incisive, digne d'un flipper fracassé. Dans cette session d'octobre 2009, en studio londonien, à force de brisures, de rebonds et de cliquètements, la tension électrique s'accumule, jusqu'à ce que Bark!, enfin, craque et lâche, sporadiquement, quelques aboiements libérateurs et d'autant plus appréciés que, même à fort volume, l'intensité des échanges virevoltants avait pu lasser au long des cinquante minutes de ce disque.

Bark! : Fume of Sighs (Psi / Orkhêstra International)
CD : 01/ Romeo 02/ Zodiac 03/ Trampoline 04/ Fume of Sighs 05/ A Room Each 06/ What is it else? 07/ Crobes 08/ Morse Eyes 09/ The Theoretician 10/ Vexed, a Sea
Guillaume Tarche © Le son du grisli

sult bark bug incision le son du grisli

Certes ce Bark là – à qui il manque le point d’exclamation – n’est qu’un titre. Celui d’un disque de… Sult, association peu commune de deux contrebassistes (Tony Dryer et Guro Skumsnes Moe), d’un guitariste (Havard Skaset) et d’un percussionniste (Jakob Felix Heule) – Dryer et Heule, entendus déjà en Basshaters. En conséquence : un précis de gravitude dont nœuds, tensions, râles et décharges, font le gros du discours. Sept onomatopées en tout qui, persuasives presque toutes, forment un vocabulaire signifiant.

Sult : Bark (Bug Incision)
Edition : 2012.
CD : 01/ arkb 02/ bkra 03/ brak 04/ rabk 05/ krab 06/ rakb 07/ abrk
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Peter Brötzmann, Jason Adasiewicz : Going All Fancy (Brö, 2012)

peter brötzmann jason adasiewicz going all fancy le son du grisli

Ici, gouttes d’eau sur pierres brûlantes, notes aqueuses du vibraphone sur lave incandescente du saxophone. Ou comment la loi physique selon laquelle les pôles opposés s’attirent s’en trouve vérifiée.

Jason Adasiewicz hache son discours, le découpe à l’infini, passe les notes au tamis tandis que Peter Brötzmann, fidèle à lui-même coule son discours comme on fond les métaux. Chacun cherche son or, l’un égrenant le sol, l’autre pelletant des tunnels, mais c’est ensemble finalement que ces deux-là le trouveront. Vite. Dès la cinquième minute de ce disque (les échauffements accomplis, les muscles assouplis), la musique est belle, l’or est trouvé. On avait raison d’attendre beaucoup de ce disque.

Adasiewicz, 35 ans, chicagoan, est ce vibraphoniste aujourd’hui incontournable qui, comme hier Walt Dickerson, refuse à son instrument tout espoir d’animer quelque croisière, pour plutôt l’exposer aux quatre vents ou le plonger tout net dans le tumulte océanique. Brötzmann, 71 ans, citoyen allemand ayant arpenté en tous sens les terres européennes de la musique improvisée, prenant depuis 25 années ses habitudes à Chicago, demeure fidèle à lui-même : généreux, le vibrato débordant, la sonorité énorme et les climax appelant parfois le répit de tempi méditatifs. Et justement, sur Going All Fancy, les rythmes plutôt apaisés de ce disque nous font prendre la mesure de son talent.

Gouttes d’eau sur pierres brûlantes, ou comment l’évaporation se fit musique un 8 juin 2011 à l’Abrons Art Center, New York, en public. Puis à présent, heureusement, incarnée en l’un des disques les plus importants de cette année 2012.

Peter Brötzmann, Jason Adasiewicz : Going All Fancy (Brö / Eremite)
Enregistrement : 8 juin 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Going All Fancy 02/ Left Luggage 03/ Singing to the Leaf
Pierre Lemarchand © Le son du grisli

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Jeffrey Weisner : Neomonology (Innova, 2012)

jeffrey weisner neomonology le son du grisli

Jeffrey Weisner est un contrebassiste qui évolua par le passé dans le National Symphony Orchestra de Washington et dans le San Francisco Symphony – ce qui prouve son potentiel technique mais pas encore toutes ses qualités. Pour cela, il a demandé à trois compositeurs d’écrire spécialement pour lui : Armando Bayolo, David Smooke et Michael Hersch.

Même si Weisner loue les nouvelles approches qui existent de son instrument dans le livret du CD, le contemporain de ses auteurs n’est pas de ceux qui déroutent. La Mix Tape de Bayolo par exemple est un menuet d’aujourd’hui qui peut perdre de sa noblesse  quand lui prend l’envie plus populaire de danser autour d’un feu de joie. Plus « scelsiennes », les compositions de Smooke et Hersch comptent sur la capacité de nuances de l’archet : un baroque faussé pour Smooke et une épreuve assez cinématographique pour Weisner (on pense bien sûr à la musique de Jaws écrite par John Williams). La commande qu’il passée offre à Weisner une belle carte de visite, mais dont il faudra tenir les promesses – pourquoi pas sur un matériau plus difficile ? moins fait pour lui ?

Jeffrey Weisner : Neomonology (Innova / Abeille Musique)
Edition : 2012.
01-06/ Armando Bayolo : Mix Tape 07/ David Smooke : Introspection #11, 072 08/ Mihael Hersch : Caelum Dedecoratum
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Joe Morris : Graffiti in Two Parts (Rogue Art, 2012) / Altitude (AUM Fidelity, 2012)

joe morris quartet graffiti in two parts

Joe Morris raconta ici sa rencontre, en 1981, avec Lowell Davidson : « Lowell donnait un concert solo au Stone Soup Gallery. Le patron de l’endroit, Jack Powers, m’avait invité à venir l’écouter, en me disant que Lowell était un pianiste qui avait joué avec Ornette, ce qui était un argument suffisant pour moi. Le concert a été fantastique. Je suis allé lui parler et il ne faisait aucun doute pour moi qu’il était un musicien brillant. Je lui ai demandé s’il accepterait que je joue avec lui et il a répondu oui. »

Récemment, Morris rendit hommage à Davidson sur MVP LSD. Aujourd’hui, le label Rogue Art nous permet d’entendre les deux hommes en quartette enregistré au Cambridge (USA) Dance Center le 11 mai 1985. A leurs côtés, Malcolm Goldstein et Lawrence ‘Butch’ Morris, que le guitariste et contrebassiste convia aussi à improviser après leur avoir expliqué deux idées de principe : « blocs de sons en lent mouvement » dans lesquelles Morris – écrit-il dans le texte qu’il signe pour l'occasion – croit voir de quoi est faite la musique de Davidson et subversion créative qui trouverait dans l’art du graffiti un parallèle inspirant.

Graffiti, Part I. Au banjouke (sorte d’ukulele qui ne peut nier avoir quelques sonorités en commun avec le banjo) et aux percussions, Morris et Davidson entament le concert : le quartette dérive au gré d’une improvisation d’atmosphère qui change l’endroit dont elle prend possession en carré de terre ocre où l’animisme règne. Un ruban de sonorités quiètes y forme un route divisée bientôt en quatre chemins qui convergent tout en affichant des couleurs différentes : répétitif souvent dans ses arpèges, le banjouke répond par exemple à distance au cornet économe mais dense et à ce violon dont la délicatesse a pour quête l’insondable.

Graffiti, Part II. Morris retourne à la guitare et Davidson à sa contrebasse d’aluminium. Aussi profonde et mesurée que celle de la première partie du concert, la musique est affaire d’imbrications et compte davantage sur le rapport des quatre musiciens : retenue toujours de mise, mais cornet et archets plus insistants dans leurs manières de dire ce qui doit sur l’instant être révélé. Un rappel, de cinquante-trois secondes, clôt l’enregistrement superbe et le document d’importance – dans ses notes encore, Morris insiste : Graffiti in Two Parts n’est que le deuxième disque de Lowell Davidson paru à ce jour.

Joe Morris Quartet : Graffiti in Two Parts (Rogue Art / Souffle Continu)
Enregistrement : 11 mai 1985. Edition : 2012.
CD : 01/ Graffiti, Part I 02/ Graffiti, Part II 03/ Tag
Guillaume Belhomme © Le  son du grisli

joe morris william parker gerald cleaver altitude le son du grisli

The Stone, New York, le 17 juin 2011 : Joe Morris, William Parker et Gerald Cleaver, improvisèrent en quatre temps (Exosphere, Thermosphere, Troposphere et Mesosphere) cet Altitude où il n’est plus question de « blocs de sons en lent mouvement ». A la place, un jazz certes acceptable mais sur lequel Morris, à la guitare, se montre souvent bavard (pour ne pas dire verbeux), tandis que sa section rythmique pêche presque aussi régulièrement par excès d’artifices. Voilà qui conseille aussi, et à sa manière, qu’on se consacre à Graffiti in Two Parts.

Joe Morris, William Parker, Gerald Cleaver : Altitude (AUM Fidelity / Orkhêstra International)
Enregistrement : 17 juin 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Exosphere 02/ Thermosphere 03/ Troposphere 04/ Mesosphere
Guillaume Belhomme © le son du grisli

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Loup : s/t (Gaffer, 2011)

loup gaffer records le son du grisli

Loup soit Clément Edouard (saxophones, electronics) et Sheik Anorak (guitare, batterie), tous deux déjà croisés sur ces essentielles scènes intègres qui fleurissent, ici et là, avec passion et sans subventions.

En une petite vingtaine de minutes, ces parfaits descendants de Zu et autre Mombu gardent du free jazz la saine révolte, ressuscitent l’énergie des Wright-Lyons, distribuent crochets et uppercuts, cajolent la crevasse. Ne pas croire pour autant au tout-chaos : ici, ça discute et bataille la matière mais ça sait aussi construire, formuler, écouter, échanger. Conclusion : court mais dense.

Loup : s/t (Gaffer Records / Metamkine)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Porcelaine 02/ Cut and Paste 03/ The Number 04/ 1965 05/ Theology 06/ Timeline 07/ I Could Have Guessed What Was About to Happen
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Nikos Veliotis, Klaus Filip : Slugabed (Hibari Music, 2012)

nikos veliotis klaus filip slugabed le son du grisli

Un archet autour duquel rôde une présence, ainsi débute Slugabed de Nikos Veliotis et Klaus Filip – qu’Hibari réédite aujourd’hui. Pour avoir signé de grands ouvrages d’électroacoustique sinueuse (le premier avec Looper notamment, le second en compagnie de Radu Malfatti ou Toshimaru Nakamura), les musiciens s'appliquèrent, un premier mars de quelle année, à soigner leur rencontre. 

L’écoute, de le confirmer : dans le champ électronique percé par un rayon, s’engouffre un paquet d’oiseaux affolés. Voici le violoncelle lévitant, ses notes sont les maillons d’une chaîne qui délimite une belle aire de rumeurs en attente d’élévation. Fusionnant bientôt – ce qui ne va pas sans l’apparition de quelques parasites –, les instruments synchronisent leurs chants, lignes d’aigus et nappes de graves grossissant pour bientôt disparaître. L’imposant spectre sonore né de l’association Nikos Veliotis / Klaus Filip fera de même, toutefois longtemps après que le disque aura fini de tourner.

Nikos Veliotis, Klaus Filip  : Slugabed (Hibari Music)
Enregistrement : un 1er mars. Réédition : 2012.
CD : 01/ Slugabed
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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John Tchicai : A Yogi in Disguise

john tchicai a yogi in disguise garrison fewell le son du grisli

I met John Tchicai in April 2003 and couldn't possibly imagine the impact he would have on my music and life, until later that year we did two tours in Europe and the U.S., recording Big Chief Dreaming in Italy for Soul Note Records and Good Night Songs, a live 2-CD set on Boxholder. I learned so much about improvisation and composition during the ten years I worked with John. The first trio concert we played in Freiburg with bassist Vitold Rek, John decided backstage that the first tune would be an open improvisation. It was brilliant, as good as anything we had rehearsed. He had a truly amazing ear and his improvisations were a study in motivic abstraction, repetition and development. He was extremely sensitive to dynamics and tone and could play with more intensity at a low volume than anyone, varying his tone so subtly that your perceptions would be heightened. His sensitivity and pureness of sound were ethereal and so perfect in the moment, you just knew it would never happen again that way. His vibrato, a signature element of his style, was uniquely his own, yet reflected the traditions of Lester Young, Lee Konitz and Ben Webster. John had a sound rooted in the past with an ear that reached towards the future!

We collaborated on writing several compositions, and once John sent me an email with a single two-bar melody, asking me to compose the next two bars. He typed the letter names of the notes using arrows to indicate up or down motion and spaces for duration. We exchanged phrases that way four times and John titled it Long Distance Unity. Another composition, We Need Your Number was created while John was staying with me in Bergamo, Italy. He returned from a morning stroll in the old town and walked up the five flights of stairs to my apartment while whistling the melody line. He made me sit down immediately to write the chord changes. The melody on the bridge turned out to fit perfectly with the harmony on the “A” section of Monk's Well You Needn't.

John wasn't a man of many words, preferring to lead by example in the way he lived and played. I once asked him about the title of his composition A Yogi in Disguise based on Monk's Friday the 13th. He humbly replied, "The Yogi in Disguise - that's me, my real self, a yogi disguised as a musician." John was extremely disciplined, having studied yoga for years, and he practiced an hour every morning. Like a yogi, he made no compromises in his music and never played to please anyone – on purpose anyway. He said, “The challenge is that you have to keep at it. If you want to put your ideas through, you have to keep working at it and don't sell out and try to make ends meet, even if you don't earn as much as the pop stars."

It wasn't always easy to enter into Tchicai's musical world, but once you were there you didn't want to leave. His playing can manifest a stark beauty and his compositions are full of lyrical melodies and intricate rhythms, a reflection of his Afro-Danish roots, and they have very spiritual overtones, yet his spirituality is somehow transparent because John wanted the music to speak for itself. He said, "Music is a very important part of our spiritual life, and we have to take it seriously.” At the same time, he had a great sense of humor and joyfulness about him.

I think it's fair to say that the mid 1960's free jazz movement in New York City would not have had the same impact without John Tchicai's spirit at the heart of the revolution. Tchicai co-founded the New York Contemporary Five and the Art Quartet, his playing with Albert Ayler and The New York Eye and Ear Control, Don Cherry, Roswell Rudd, Archie Shepp, Sun Ra and John Coltrane were essential to the spirit of the times. Shortly after he passed away on October 8th, I got together with a friend and we listened to Tchicai's music all night. John's solo on his composition, No. 6 from the 1964 Art Quartet recording on ESP is a brilliant example of motivic development and proof of his fully formed artistry before he played with John Coltrane on the 1965 historic free jazz recording, Ascension.

Contrary to John Tchicai's reputation as a leading proponent of free jazz, he wasn't a big supporter of "free blowing,” and preferred freedom with form and structure. He worked hard on his compositions, rehearsed just as diligently, and expected us to play his music correctly. At the same time, being a master improviser, he never wanted us to feel too comfortable and he made certain that we avoided falling back on what we knew or thought would work so that our spontaneous instincts were always sharp. When we played a duo at the All About Jazz 1's and 2's Festival at Cornelia Street, we had rehearsed two sets and were on stage ready to play when John leaned over to me and whispered, "Let's make noise - you start!" The entire set was improvised. In contrast, the next time we played Cornelia St. in trio with Charlie Kohlhase, a critic called us "The Jimmy Giuffre Trio of free jazz." In a 2003 interview with the Boston Globe, John described the trio's approach; "Charlie, Garrison, and myself, we can improvise freely and create a good piece of music just on the spot. We've been at it so long that we know what it takes to make a harmonious piece of music from scratch or just from one idea. Whatever idea comes out first from one of the players can be developed.”

In 2007 the trio expanded to a quintet with Cecil McBee and Billy Hart and we played a week-long gig at Birdland, the only time John played an entire week in a NY club. Lee Konitz came to hear John on the last evening and it was quite special to see the two of them in the dressing room. Lee was John's idol on alto sax. Before we went out on stage that night, John said to me, twice: "Lee Konitz is in the audience! Lee Konitz is in the audience!!" It was surreal moment for me.

Great music aspires to express the infinite through sound, and if anyone touched the infinite through music, it was John Tchicai. His music reached uncommon levels of spirituality, something he shared with John Coltrane and the basis for the group Ascension Unending, a sextet Tchicai formed in 2010 to explore the revolution in music following in Coltrane's footsteps. When we played the Vision Festival in 2011, John received a standing ovation from the audience at the end of his solo on The Queen of Ra, a very poignant moment for all of us and a fitting tribute to John.

It's been several weeks now since my good friend John Tchicai made his ultimate “Ascension". I dearly miss his soulful sound, graceful spirit and mischievous laugh. Thank you John.

Garrison Fewell © Le son du grisli

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Richard Francis, Jason Kahn, Bruce Russell : Dunedin / Richard Francis : Warmth (CMR, 2012)

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C'est à l'occasion d'un séjour néo-zélandais de Jason Kahn (synthétiseur analogique, radio, table de mixage) que ce concert du 28 janvier 2011, en compagnie de Richard Francis (synthétiseur modulaire, ordinateur) et Bruce Russell (électronique), à Dunedin, a été enregistré.

Si Francis avait déjà collaboré (séparément) avec l'un et l'autre de ses partenaires, la rencontre des trois univers avait tout de même de quoi intriguer... et l'improvisation de moins de quarante minutes, cachée ici sous une bien sévère pochette, comble largement les attentes : non seulement en dépassant la contemplation atteinte dans le duo avec Kahn (paru en 2009 chez Monochrome Vision), mais en proposant également une interaction différente de celle arrangée avec Russell pour Garage Music (sur Alone at Last).

Variées, les textures – poussiéreuses ou électriques, vibratoires – que le trio génère se mêlent, se couvrent puis s'imbriquent, dans un mouvement de propulsion auquel on ne se soustrait pas, immergé que l'on est dans ce flux complexe. Délicatement puissante, évoluant au rythme des faisceaux qui traversent son épaisseur, crachée de trois turbines sensibles, cette musique fait mieux que satisfaire, elle conquiert.

Richard Francis, Jason Kahn, Bruce Russell : Dunedin (CMR)
Enregistrement : 28 janvier 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Dunedin
Guillaume Tarche © Le son du grisli

richard francis warmth le son du grisli

Élaboré (à l'aide des synthétiseur, ordinateur et field recordings de Richard Francis) à Auckland début 2012, ce bref recueil se présente comme une collection de vignettes évocatrices de souvenirs, d'impressions ou de « moments sonores » ; néanmoins, rien d'explicite ni d'illustratif dans ces sourds empilements qui grésillent, comme des lambeaux s'entre-parasitant. Austère et intrigant.

Richard Francis : Warmth (CMR)
Enregistrement : 2012. Edition : 2012.
CD : 01/ Love Sounds 02/ Rainy Dub 03/ Rivet 04/ Generational Radio 05/ Let Noise In
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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