Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Parution : Jazz en 150 figures de Guillaume BelhommeParution : le son du grisli #2Sortir : Festival Baignade Interdite
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

The Fish : Moon Fish (Clean Feed, 2012) / Jean-Luc Guionnet, Thomas Tilly : Stones, Air, Axioms (Circum-Disc, 2012)

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On reconnait The Fish à sa transe continue. Pour Jean-Luc Guionnet, Benjamin Duboc et Edward Perraud, le fil ne doit jamais rompre, la tension ne doit jamais retomber. Et si modulation il y a, elle ne peut s’entretenir que dans le crescendo et, seulement, dans le crescendo.

Donc : ne pas dévier mais s’autoriser quelques suspension (duos, solo) avant la reprise des hostilités. Et dans chaque cas de figure, faire de ces courts passages en duo (le solo de batterie n’est là que pour conclure la troisième improvisation) un tremplin vers de nouvelles attaques soniques. Et, toujours, répéter le motif, ce dernier s’arrachant à sa solitude quand l’un ou l’autre se charge d’en faire écho ou unisson. Ici, trois improvisations (la dernière ne semblant pas couvrir son intégralité) aux fureurs intenses, soutenues. Remarquable à nouveau.

The Fish : Moon Fish (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010. Edition : 2012.  
CD : 01/ Moon Fish 1 02/ Moon Fish 2 03/ Moon Fish 3
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Passé d’un instrument à vent à un autre, Jean-Luc Guionnet s’adonne ici à l’orgue – celui de la Cathédrale Saint-Pierre de Poitiers, dont la tuyauterie paraît faite de geysers fontaine et gazeux. L’effet des notes projetées sur l’architecture et leur agencement par Thomas Tilly forme un disque qui raconte le parcours de propulsions au son de drones, oscillations, vacillations, rondes mécaniques, ronflements, sirènes…  Qui aime se perdre en labyrinthe pourra aussi chercher à en apprendre sur l’étude du site et les mesures qui ont présidé à la conception de ces quatre pièces.

Thomas Tilly, Jean-Luc Guionnet : Stones, Air, Axioms (Circum-Disc)
Edition : 2012.
CD / Flac : 01/ SAA1 (Air Volume) 02/ SAA2 (For Standing Waves) 03/ SAA3 (For Standing Waves, Disturbances) 04/ SAA4 (Close, Bells, Architectural Remains)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Guardian Alien : See the World Given to a One Love Entity (Thrill Jockey, 2012)

guardian alien see the world given

Dans une pochette moche à souhait (pour y échapper on peut télécharger le disque mais en même temps attendons la suite de la chronique avant de prendre une quelconque décision merci), il y a un disque qui ne fait pas quarante minutes, See the World Given to a One Love Entity, le second de Guardian Alien du batteur Greg Fox (que celui ou celle qui l’a entendu frapper dans Teeth Mountain ou  Liturgy lève la main).

Pour donner une suite à Swill Children paru l’année dernière, le batteur a choisi ses fûts les plus solides et les guitaristes ont sorti les racks d’effets. Dans l’esprit, un genre de rock-psyché mené à la baguette qui part facilement en vrille, c'est-à-dire qu’il peut ralentir si l’envie lui prend le cerveau ou tout donner à un solo de guitare que Merzbow trouverait bien faiblard… En bref, c’est un exercice de folk-alien dans le style d’Oneida, pour un résultat tout aussi aléatoire : pas intolérable à l’écoute, ce mélange de posts (post-folk, post-psyché, post-krautrock, post-post-rock…), mais loin d’être brillant.  

Guardian Alien : See the World Given to a One Love Entity (Thrill Jockey)
Edition : 2012.
CD : See the World Given to a One Love Entity
Pierre Cécile © le son du grisli

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Ensemble X : Ensemble X (Red Toucan, 2012)

ensemble x

Dans les notes qui accompagnent ces extraits de concerts donnés par une grande formation qu’il emmène, Carl Ludwig Hübsch dit avoir trié sur le volet les musiciens capables de sacrifier leur identité au profit d’une improvisation collective – ce « X » donnant les gages de l'anonymat de l’Ensemble en question. En échange, ils concevraient, selon les vœux du même Hübsch, une musique de subtilités et de bruits en mouvement, un grand-œuvre à partager à dix-neuf.

Ce dix-neuf, nombre de ces musiciens qu’Hübsch a côtoyé dans d’autres circonstances, oblige au copier-coller. Ainsi trouvent-on dans l’ensemble : Nate Wooley et Nils Ostendorf (trompettes), Matthias Muche (trombone), Xavier Charles et Markus Eichenberger (clarinettes), Dirk Marwedel (saxophone étendu), Eiko Yamada et Angelika Sheridan (flûtes), Philip Zoubek (piano), Christoph Schiller (épinette), Nicolas Desmarchelier (guitare), Tiziana Bertoncini et Harald Kimmig (violons), Martine Altenburger (violoncelle), Ulrich Phillipp (contrebasse), Uli Böttcher (électronique), Olivier Toulemonde (objets) et Michael Vorfeld (percussion) – de quoi passer sa journée sur un grisli si l’on veut explorer l'ensemble de ces liens.

Hübsch n’ignorant pas les obligations et parfois les facilités qui peuvent décider du faire d’une grande formation d’improvisateurs, sa direction épouse des formes d’arrangements intelligents : ainsi des strates de sons oscillent et tremblent sous les coups d’instruments à vent obnubilés par les graves pour laisser place à des plages d’improvisation percutante, de climats contrastés ensuite et d’atmosphères plus contemporaines enfin. Comme les noms, les instruments s’emmêlent avec autant de force que de discrétion, leurs turbulences ravivant à intervalles les flammes de leur profond acte de communion.

Ensemble X : Ensemble X (Red Toucan / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008-2011. Edition : 2012.
CD : 01/ X113 02/ X8 03/ X112 04/ X111
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Rodrigo Amado : Burning Live at Jazz ao Centro (JACC, 2012)

rodrigo amado burning live

Ils n’ont pas besoin de se chercher puisque se trouvant dès la première seconde. Eux, ce sont Rodrigo Amado et Jeb Bishop, respectivement saxophoniste et tromboniste. En ce jour du 28 mai 2011, dans le cadre du Jazz ao Centro Festival de Coimbra, le second rejoint le Motion Trio du premier.

Leurs souffles ne sont là que pour s’embraser, s’étreindre, se concurrencer. Le tromboniste aime à aggraver le cercle, à lui pulvériser l’écorce protectrice. Le saxophoniste, lui, fait de l’âpreté un royaume flamboyant. Jamais séparés trop longtemps, ils peinent à trouver le chemin de la douceur.  Le trouvant, ils s’en détachent rapidement. A leurs côtés, Miguel Mira et Gabriel Ferrandini rejoignent l’incendie d’une fire music qui n’en finit pas d’irriguer leurs pourpres élans.

EN ECOUTE >>> Red Halo

Rodrigo Amado Motion Trio, Jeb Bishop : Burning Live at Jazz ao Centro (JACC Records)
Enregistrement : 28 mai 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Burning Live 02/ Imaginary Caverns 03/ Red Hallo
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Wolfgang Dauner : Free Action (MPS, 1967)

Wolfgang Dauner Free Action

Ce texte est extrait du dernier des quatre fanzines Free Fight. Retrouvez l'intégrale Free Fight dans le livre Free Fight. This Is Our (New) Thing publié par Camion Blanc.

Wolfgang Dauner, on l’ignore souvent, fait partie des musiciens ayant participé à l’élaboration du concept de conduction, bien avant que Lawrence "Butch" Morris ne s’y soit collé. Sur Free Action, l’un des morceaux, en l’occurrence « Collage », est décrit par Dauner lui-même comme dirigé par un chef d’orchestre, qui, dit-il encore, le compose dans l’instant, en guidant les improvisations des uns et des autres. Pour les notes de pochette, le pianiste allemand argumente auprès du producteur Joachim-Ernst Berendt : « J’ai inventé un langage spécial de signes pour ce morceau. Si l’on avait à disposition exactement le genre de personnes qui convenait, on pourrait, par cette méthode, faire composer spontanément un orchestre de vingt musiciens. »

Comme de nombreux musiciens de jazz moderne (citons Bill Dixon, Oliver Lake ou Daniel Humair), Wolfgang Dauner s’est toujours adonné à la peinture, parallèlement à la musique. D’ailleurs, Free Action montre une de ses toiles sur la pochette, celle-ci se référant explicitement à l’action painting, d’où le titre du disque. Au point qu'à propos de ceux qu’il a réalisés dans les années 1960, le critique Nat Hentoff a parlé d’action music. Dauner : « Nous pensons qu’avec ce septette, nous faisons partie de ceux qui n’interprètent plus le jazz sous sa forme traditionnelle. A notre avis, la seule chose que notre musique possède en commun avec le jazz classique consiste dans le fait qu’elle en soit indéniablement issue, et que jusqu’à présent, seuls des musiciens dits de « jazz » ont pu la jouer, les autres ne contrôlant pas leur instrument avec suffisamment de liberté, et manquant  aussi d’intensité dans le jeu. »

Wolfgang Dauner 1

Effectivement, exception faite du premier morceau que son auteur considère comme un tour de chauffe pour l’auditeur, au cours de l’enregistrement de Free Action, tout le monde paraît avoir été animé par la même urgence, que ce soit les solistes Gerd Dudek et Jean-Luc Ponty, ou bien la « rythmique », faite d’une contrebasse, d’un violoncelle (Jürgen Karg, Eberhard Weber) et de deux batteries, en certains endroits augmentées de tablas (Fred Braceful, Mani Neumeier, futur membre du combo krautrock Guru Guru).

A propos des musiciens : le trio qu’incarnent Wolfgang Dauner, Eberhard Weber et Fred Braceful s’entend sur Dream Talk et Output, deux des neuf disques les plus intéressants de Dauner sous son nom, avec celui-ci, The Oimels, Rischkas Soul, Klavier Feuer, Jazz-Studio, Music Zounds et Knirsch. Jean-Luc Ponty, quant à lui, sera, pendant un temps, de multiples expériences, que ce soit en compagnie de Frank Zappa, ou bien encore d’Alan Sorrenti, dans le cadre d’un étrange Aria digne des premiers opus de Peter Hammill. Gerd Dudek a lui aussi participé à des réalisations singulières, dont celles du groupe de krautrock Drum Circus, dirigé par le batteur Peter Giger que l’on remarque aussi, sur un créneau voisin, au sein de Dzian. Wolfgang Dauner (qui a – pour MPS toujours – partagé une face d’un disque co-réalisé avec Fred Van Hove) apportera sa contribution au krautrock avec le groupe Et Cetera, dans lequel influences du monde et free jazz se mélangeront de manière cohérente. Rappelons qu’à la même époque, Mal Waldron fut le pianiste d’Embryo, le temps de deux albums de haute volée. Rappelons aussi que tous ces musiciens, pour un projet ou un autre, ont eu une influence sur Nurse With Wound, formation d’avant-garde initiée en 1979.

Wolfgang Dauner 2

Jazz & krautrock… Julian Cope justement, auteur de la Bible consacrée au rock allemand des seventies, dans son Japrocksampler, sous-titré L’Incroyable explosion de la scène rock japonaise, insiste sur l’importance de Free Action. « Les compositeurs et musiciens étrangers écrit-il, lorsqu’ils venaient jouer au Japon, déclenchaient parfois de véritables remue-ménage culturels, marquant par là-même les esprits des artistes japonais, non parce qu’ils étaient célèbres, mais parce qu’ils arrivaient au bon moment, avec des idées neuves surtout, en tout cas pour certains. C’est ce que découvrit Wolfgang Dauner lors de sa tournée japonaise de mars 1971, au sein du piètrement nommé German All Stars Band. Durant les quatre années précédentes, en Allemagne, Dauner avait poussé ses expérimentations en jazz jusque sur le terrain de Stockhausen, alors que son batteur Mani Neumeier avait récemment quitté le groupe pour former son power trio déjanté Guru Guru. Au cours de cette tournée, des copies des LP’s expérimentaux de Dauner inspirés de Stockhausen, les Free Action et Output notamment, commencèrent à circuler dans le milieu du jazz à Tokyo. Ces enregistrements, sur lesquels le son du piano de Dauner est transformé par des modulateurs en anneau et d’autres moyens électroniques, firent sensation à Tokyo et occasionnèrent une collaboration avec le compositeur Masahiko Satoh pour une série de duos au piano. Et, bien que le LP Pianology qui en résulta soit monotone par rapport aux standards allemands, c’est en réutilisant avec succès les techniques de Dauner que Masahiko Satoh créa ses grands classiques iconoclastes d’avant-garde « kosmische » dont Amalgamation. Le succès artistique de cet enregistrement fut tel qu’il déclencha au sein de la communauté jazz japonaise, soi-disant conservatrice, une avalanche de réalisations tout aussi déchaînées. » De passage au Japon, Wolfgang Dauner avait donc convaincu quelques musiciens de mêler des sons issus de la sphère contemporaine (sur Free Action le piano s’avère tout du long préparé) à de fulgurantes saillies de guitare électrique héritées d’Hendrix.

Wolfgang Dauner 3

Pour revenir à l’idée de composition spontanée chère à Wolfgang Dauner, celui-ci, toujours questionné par Joachim-Ernst Berendt : « J’aimerais l’appeler « contemporary contact », en partie à cause des « contacts » qu’elle génère : c'est-à-dire sa proximité avec la musique contemporaine d’une part, et les rapports de contact / friction que doivent établir les musiciens entre eux. Jusqu’à présent, dans le jazz, de tels contacts étaient souvent limités, voire inhibés par des clichés et des thèmes constamment sollicités et répétés. Dans le contexte traditionnel, chaque musicien ne faisait rien d’autre que de remplir une fonction particulière, comme une machine – interchangeable. Cela n’était que routine, au sein de groupes globalement standardisés, et à l’ordre d’enchaînement des solos toujours identique. Mais cela n’est plus nécessaire. Nous devons nous en écarter. » Des préoccupations partagées avec moult jazzmen au même moment, qu’ils aient ou non écouté ce disque-ci en particulier… Après tout, Free Jazz d’Ornette Coleman s’interrogeait déjà à ce sujet, et ceci, dès 1960…

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Trespass Trio : Bruder Beda / Angles (8) : By Way of Deception (Clean Feed, 2012)

trespass trio bruder beda

Quatre compositions de Martin Küchen et une improvisation : l’hommage du Trespass Trio à Bruder Beda, moine d’origine juive déporté à Terezin en 1942, est intense.

L’art de Küchen – rare, redisons-le –, que Per Zanussi et Raymond Strid comprennent et accompagnent en conséquence avec justesse, imagine ici un mémorandum de sons mesurés, lentement imbriqués les uns aux autres, qui composent enfin un disque-relique où l’on trouve un peu de l’âme d’un frère. Sa forme opte pour le rapprochement du jazz et de cette Echtzeitmusik que Küchen loua ici même : «  Trespass Trio, il n’y a pas de doute, c’est une sorte de jazz, même si l’on y entend un million d’autres influences. Et puis, à côté de ça, je joue pas mal en qualité de faiseur de son : là, je me base sur des textures et des événements qui interviennent sur l’instant et j’utilise mon instrument de façon plus anti conventionnelle – même si cette pratique tend à devenir la nouvelle convention à la mode ! Je ne vois vraiment pas comment on pourrait qualifier cette musique : « improvisation » n’est pas tout à fait exact, alors « Instant compositions » ou, comme ils disent à Berlin, « Echtzeitmusik », seraient peut-être des propositions plus viables… »

Second élément de la discographie du trio (après ...Was There To Illuminate The Night Sky…, sur le même label), Bruder Beda va donc plus loin dans ces réminiscences de jazz dissoutes en précautions improvisées. Ainsi, la figure de Beda émerge-t-elle d’un hymne sur lequel Küchen se fait maître de distorsion (non pas de la note, mais tout bonnement de son instrument) et les stations de son chemin de croix sont-elles encadrées par un archet tranquillisant et rehaussées des interventions d’un percussionniste de miniatures ajourées. Ici, comme sur Bruder Beda Ist Nicht Mehr, l’alto peut réclamer la tempête : la tempête suivra alors, mais fugace, qui en annonce une autre, tout aussi courte qu’elle : ces quelques minutes d’A Different Koko improvisé. Partout ailleurs, c’est l’expression terrible mêlée au recueillement sur une allure de déposition. Une musique de l’instant assez forte pour durer longtemps.

Trespass Trio : Bruder Beda (Clean Feed / Orkhêstra International)
17 juin 2011. Edition : 2012.
CD : Ein Krieg in Einem Kind (Take 3) 02/ Don’t Ruin Me 03/ Bruder Beda Ist Nicht Mehr 04/ Todays Better than Tomorrow 05/ A Different Koko 06/ Ein Krieg in Einem Kind (Take 4)
Guillaume Belhomme © le son du grisli

angles by way of deception

Si Angles – autre groupe qu’emmène Küchen avec cette « sorte de jazz » en tête – n’est pas le projet le plus enthousiasmant du saxophoniste, il n’en est pas moins capable de surprises. Dans sa version octette, enregistré à Lubiana l’année dernière, il revêt ainsi les atours d’un marching band profitant de gimmicks renforcés ou jouant des collisions provoquées par un soudain embouteillage (Dactyloscopy). On peut regretter que tous les membres de l’orchestre n’aient pas le charisme de leur meneur : à défaut, certains démontrent une implication féroce (Eirik Hegdal aux saxophones, et Kjell Nordeson, batteur d’Exploding Customer).

Angles : By Way of Deception (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1er juillet 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ By Way of Deception 02/ Dactyloscopy 03/ Today is Better than Tommorow 04/ Lets Speak About the Weather (and not about the war) 05/ Don’t Ruin Me / Lets Tear the Threads of Trust
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Soundwalk Collective : Medea (DisVoir, 2012)

soundwalk collective medea

Quelle est la place du collectif dans le voyage ? Quel intérêt y a-t-il à voyager en groupe ? Ici, c’est peut-être l’écriture (la captation, devrais-je dire) de ce journal de bord d’une exploration des pays qui bordent la Mer Noire. Medea associe des (jolies si elles ne sont pas originales) photos que le Soundwalk Collective [Stephan Crasneanscki, Dug Winningham, Simone Merli, Kamran Sadeghi, Jake Harper] a ramené de son trip, pour la plupart prises à l’heure de l’entre chien et loup (des crêtes, des visages, des noirs, des gris, des blancs) à une ambient de morne qualité qui accueille des field recordings (le bruit des vagues, un langage étranger, un chant, etc.).

Le problème est la naïveté de l’agencement du projet : on aurait peut-être aimé que le parti pris soit plus radical. Dans Medea, on ressent la naïveté du premier voyage, alors que ce voyage n’était sans doute pas le premier pour les membres du Soundwalk Collective. Ce qui ne les empêche pas d’illustrer leurs clichés au moyen d’un synthé simplissime, ou de dénaturer chichement les enregistrements capturés pendant leur séjour. Et à la fin, c’est toujours la même question : quel intérêt y a-t-il à voyager en groupe ?

Soundwalk Collective : Medea (Dis Voir)
Edition : 2012.
Livre + CD : Medea
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Snus : Can't Stop Snusing (Ayler, 2012)

snus can't stop snusing

Peut-être possèdent-ils le secret des sons. Pétrissant, pénétrant et unifiant la matière, Didier Lasserre, Joel Grip et Niklas Barnö font de l’inconnu une contrée amie. Qu’il s’agisse de moduler autour d’une note unique (Believing) ou de libérer le free jazz qui couvait (Awakening), Snus refuse les brillances inutiles, les trop grands écarts.

Au plus près du silence et de la résonance, un filet de son surgit. Il se grandira : en plainte, en saccades, en précision et, toujours, ira au terme de sa course. Evitant les chocs et les arrêtes vives – et y préférant des songes bien plus circulaires – Snus concrétise les espoirs d’un premier disque, déjà remarquable. Et, ici, éblouit. Totalement.

EN ECOUTE >>> Admitting >>> Believing >>> Awakening

Snus : Can’t Stop Snusing (Ayler / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Admitting 02/ Believing 03/ Deciding 04/ Surrendering 05/ Awakening
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Chris Corsano : Cut (Hot Cars Warp, 2012)

chris corsano cut

Si c’est bel et bien seul que Chris Corsano a enregistré Cut, rien ne l’empêchait d’imaginer emmener là un véritable groupe : ce Chris Corsano Band où l’on trouve le batteur en compagnie d’objets métalliques, d’instruments à cordes transformés et de cordes indépendantes – tous éléments de l’orchestre promis plus encore qu’artifices venus augmenter l’instrument qui le meut.

La batterie, donc : tempétueuse encore, ronflante aussi, grimée quelques fois (en guitare ou violon électrique, cithare à bout de souffle, caisse de résonance pour archet…), expérimentant – c'est-à-dire interrogeant les formes connues pour mieux envisager celles à inventer – toujours. Suite des épreuves données par Corsano sur The Young Cricketer (autoproduit sur CDR puis réédité par Family Vineyard, label qui publie les aventures de Corsano en Chikamorachi) et Another Dull Dawn, Cut se montre à la hauteur de la suite attendue : frénésie, endurance et, surtout, de l’idée.

Chris Corsano : Cut (Hot Cars Warp)
Edition : 2012.
CDR : 01/ Twice Removed 02/ The Widow 03/ Shank And Spindle 04/ The Four Apprentices 05/ Scalpels 06/ The Attendant 07/ Famously Short Arms 08/ The Widow's Daughter 09/ These Things Are Not Fancy 10/ Two Leyaks And A Minister 11/ Not Now Not Later Not Ever 12/ The Disciple 13/ Fed Ex'd Gorilla 14/ The Irate Prime Minister 15/ My Face, Spited 16/ The Sacred Beast 17/ Regrets, I've Had A Few 18/ Warrior With Dagger Pointed Inward 19/ Suppli E Domanda
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Pierre Schaeffer : Le trièdre fertile (Editions Mego, 2012)

pierre schaeffer le trièdre fertile

Le trièdre fertile de Pierre Schaeffer est la première réédition de la série Recollection GRM des Editions Mego. Dans sa version intégrale, il s’agit de sept morceaux électroniques composés par l’inventeur de la musique concrète à partir de sons « de synthèse » créés par Bernard Dürr. Leurs titres sont autant d’indications sur la démarche de Schaeffer : Plutôt Dynamique, Plutôt Harmonique, Plutôt mélodique, etc.

En réécoutant plusieurs fois le disque, on s’aperçoit que ces indications sont bien respectées. Moi j’y entends des formes aux tons pastels et métalliques. Elles se répondent et interfèrent. Pour ce qui est de la théorie – que Schaeffer a toujours associé à la pratique –, voici ce que dit la présentation de l’œuvre par le label : Ce trièdre, dernière pièce de Schaeffer, fait écho au « trièdre de référence » des physiciens - celui des trois mesures fondamentales du son : fréquence, durée, intensité. A ces trois mesures correspondent d’ailleurs les signes de base du solfège traditionnel qui permettent de noter des hauteurs, des rythmes et des nuances. Il faut savoir lire, comprendre si possible, mais surtout se détacher de ce genre de notes à l’écoute. Sans quoi la subjugation n’est plus possible. Ce qui serait dommage, et même qui tomberait mal, car dans le cas présent, la musique est ... subjuguante.

Pierre Schaeffer : Le trièdre fertile (Editions Mego / Recollection GRM / Metamkine)
Enregistrement : 1975-1976. Edition : 1978. Réédition : 2012.
LP : A1/ Plutôt dynamique (Etude banale) A2/ Plutôt harmonique A3/ Plutôt mélodique A4/ Moins banal (Interlude, ou impromptu) – B1/ Toccata et Fugue B2/ Baroque (Second interlude) B3/ Strette
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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