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Tetras : Pareidolia (Flingco Sound System, 2012)

tetras pareidolia

Le jazz modal reprisé à la lumière d’une improvisation inquiète de mesure voire de discrétions, tel est l’idée musicale qui pourrait réunir et animer depuis 2010 les trois membres de Tetras : Jason Kahn (batterie percussions), Jeroen Visser (orgue, électronique) et Christian Weber (contrebasse). Si ce n’était que ce genre de rapprochement, s’il tient la route quelques minutes à l’écoute d’un enregistrement tel que Pareidolia – quatre faces se souvenant d’improvisations datées de février 2011 –, perd en affirmation à mesure que le trio travaille la matière sonore.

A l’instar du Radian de Brandlmayr, Tetras gonfle son électroacoustique jusqu’à l’explosion : de copeaux de burinage sur cymbale, d’impérieux gimmicks de contrebasse, de drones élevés avec patience, et d’effets multiples dus à l’électronique de Visser (crachin et suspensions). Sur crescendo ou à plat, Tetras croise trois perceptions d’un même moment à passer : les charmes de l’exercice soumettent l’auditeur à cette paréidolie annoncée : n’est-ce pas un jazz modal reprisé à la lumière d’une improvisation inquiète de mesure voire de discrétions qu’on décèle ici ?

Tetras : Pareidolia (Flingco Sound System/ Souffle Continu)
2 LP : Pareidolia
Enregistrement : Février 2011. Edition : 2012.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Quatre vues de Free Fight #3

Free Fight #3 vient de sortir.
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Bob Downes : Deep Down Heavy (MPS, 1970 ?)

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Ce texte est extrait du troisième volume de Free Fight, This Is Our (New) Thing. Retrouvez les quatre premiers tomes de Free Fight dans le livre Free Fight. This Is Our (New) Thing publié par Camion Blanc.

Il est difficile de dater Deep Down Heavy, vraisemblablement pas enregistré l’année de sa sortie en 1970, parution curieusement assurée par un label spécialisé dans les éditions peu chères et de piètre qualité (ce qui n’est pas le cas ici), comme si cela avait été la seule possibilité afin que cet album voie le jour. Ce que paraît confirmer le fait que Bob Downes, la même année, sortit d’autres disques bien plus achevés, après qu’il eut signé un contrat avec la prestigieuse maison de disques Vertigo versée dans les musiques progressives. Et pourtant, dans leur catalogue, ce sympathique et jouissif Deep Down Heavy aurait eu fière allure aux côtés des albums de Black Sabbath, Cressida et May Blitz.

Bob Downes est un musicien assez peu connu, et pour le moins atypique, qui paraît avoir touché à tout avec un égal bonheur, jusqu’à une certaine époque. Compositeur et arrangeur de talent, il joue surtout de la flûte, aussi du saxophone ténor, et accessoirement des percussions. Open Music, Electric City et Deep Down Heavy sont ses trois meilleurs albums : on en dira qu’ils sont difficiles sinon impossibles à étiqueter – leur rapport au free jazz n’étant d’ailleurs que périphérique, bien que Bob Downes se soit très tôt acoquiné avec certains de ses représentants, dont Barry Guy et John Stevens.  

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En fait, ces premiers jets mixent de manière pertinente beaucoup de ce qui interpellait au début des seventies dans l’underground. L’électricité, par exemple, leur confère les couleurs du rock, sans que certaines des contraintes la plupart du temps inhérentes au genre n’alourdissent un propos déjà bien chargé. Et quant au jazz, il s’y révèle étrangement rehaussé au contact du hard rock alors en vogue. Ainsi pourrait-on parler de hard-free-rock-jazz, comme l’on parlera plus tard de jazz-core en se référant au hardcore d’un Napalm Death.  
 
Tout ceci n’est guère étonnant si l’on connaît le parcours de Bob Downes, formé aux côtés de John Barry avant de rejoindre Manfred Mann’s Earth Band. Parler de free progressif conviendrait presque, puisque l’on entend aussi Bob Downes, à la même époque, dans Egg (un groupe de l’école dite de Canterbury dont il fut l’invité), au sein de l’orchestre de Mike Westbrook, ou dans Rock Workshop, l’une des formations dont Ray Russell fut la comète.

Ray Russell  – justement, parlons-en … En fait c’est lui qui constitue probablement (avec Harry Miller à la basse électrique) l’une des raisons majeures d’écouter Deep Down Heavy, sur lequel s’illustre également Chris Spedding. Soit deux guitaristes cultes – les moulinets du premier écrasant pourtant le second sur « Don’t Let Tomorrow Get You Down » et en d’autres endroits.

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Ray Russell – donc … Certainement l’un des grands guitaristes du free avec Masayuki Takayanagi et Sonny Sharrock. Tous trois beaucoup plus proches les uns des autres qu’on ne l’imagine de prime abord. Et pour s’en convaincre, on jettera une oreille attentive à l’enregistrement public de Ray Russell à l’I.CA. ressorti par Jim O’Rourke ; au Black Woman de Sonny Sharrock ; et au coffret Archive 1 de Masayuki Takayanagi. Il n’est guère surprenant que Ray Russell soit l’un des guitaristes favoris d’Alan Licht et Rudolph Grey, tous deux passés par The Blue Humans, groupe de free-rock new-yorkais ayant intégré en pleine no wave les free jazzmen Arthur Doyle et Beaver Harris.

Deep Down Heavy – pour y revenir – est un drôle de bazar. Un pseudo-concept album bordélique à souhait, et dont les textes écrits par Robert Cockburn, puis mis en musique, se montrent à la hauteur de l’iconoclastie ambiante.  Assez peu de disques dans le jazz britannique de l’époque se révèlent à la hauteur de celui-ci, en dehors de certains opus de Mike Westbrook, Graham Collier, Ian Carr, John Surman, Harry Beckett, Henry Lowther, Keith Tippett ou Neil Ardley. Son irrépressible singularité, Deep Down Heavy ne la partagerait toutefois qu’avec le psychédélique Mouseproof d’un autre guitariste d’importance : G.F. Fitz-Gerald, généralement apprécié des amateurs pour ses solos improvisés et ses duos avec Lol Coxhill.

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Thanos Chrysakis, Philip Somervell : Knotted Alembic (Aural Terrains, 2011)

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Ce sont là deux pianos souvent remués de l’intérieur, augmentés de shruti-box, synthétiseur, vibraphone, radio… Pour les assaillir ou plus simplement en jouer : Thanos Chrysakis et Philip Somervell.

Les improvisations sont faites des plaintes de pianos à l’agonie et de cordes pincées qui rêveraient être assez influentes pour pouvoir les redresser un peu. Peine perdue. Mais de la lutte filtre un hymne dont la langueur est autrement suggestive. Des silences trouvent-là leur raison d’être quand le souffle de la shruti box, tremblant, n’emporte pas tout désir de constance. Pour l’avoir compris, Chrysakis et Somervell multiplient les pas de côté, s’amusent des légèretés de leurs dialogues et revendiquent un droit au désenchantement. Avec une cohérence surprenante.

Thanos Chrysakis, Philip Somervell : Knotted Alembic (Aural Terrains / Metamkine)
CD : 01-07/ I-VII
Enregistrement : 2008-2010. Edition : 2011.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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John Cage : Empty Words (Edition Wandelweiser, 2011) / Tacet : Qui est John Cage ? (Editions Météo, 2011)

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Comme le hasard fait bien les choses… C’est la voix de Sylvia Alexandra Schimag qui nous le rappelle sur Empty Words de John Cage.  Le chef d’œuvre se divise en quatre temps : phrases, mots, syllables et lettres / mots, syllabes et lettres / syllabes et lettres / lettres et sons. Pour que tout tienne sur deux CD, le label a choisi le format MP3.

Sur la recommandation du compositeur, les intervenants ouvrent le Journal d’Henry David Thoreau et y piochent ce qu’ils veulent. Le langage en devient incompréhensible. Toute signification impossible.  Pendant que l’Ensemble Daswirdas actait, tu as ouvert la porte et demandé « c’est quoi ? » Schimag récitait comme dans un tunnel, elle m’interpellait moins directement que toi mais avec plus de réussite. Tu n’as pas obtenu de réponse, et tu as voulu écouter avec moi.

Nous avons tout écouté d’une traite – il faut avoir dix heures devant soi, et nous les avions. Phrases, mots, syllables et lettres / mots, syllabes et lettres / syllabes et lettres / lettres et sons. Le Wandelweiser Composers Ensemble ajouta des notes qui résonnèrent pour fuir le verbe. Plus loin, le piano de Jongah Yoon a fait une apparition : ce fut quand la voix commença à chanter timidement. Je ne crois pas m’être endormi. Une fois ou deux, tu as ajouté une syllabe, qui était la tienne. Lorsque le deuxième disque est arrivé à son terme, nous n’avons pas su trouver les mots. Nous nous sommes simplement souri.

John Cage : Empty Words (Edition Wandelweiser / Metamkine)
Enregistrement : 2010-2011. Edition : 2011.
2 CD : Empty Words I, II, III & IV.
Héctor Cabrero © le son du grisli  

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Du Festival Météo est née une revue : Tacet. Son premier numéro traite de John Cage. L’ouvrage est épais, qui contient des études souvent pertinentes signées Jean-Yves Bosseur, Michael Pisaro, Matthieu Saladin ou encore Mattin. On y trouve aussi « Confessions d’un compositeur », conférence que John Cage donna au Vassar College en 1948. La qualité de l’ouvrage vaut donc son épaisseur.

Collectif : Tacet. Qui est John Cage ? (Editions Météo / Metamkine)
Edition : 2011.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Erdem Helvacioglu : Eleven Short Stories (Innova, 2012)

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Ici, le pianiste turc Erdem Helvacioglu commente en solo les scènes-clés de certains des films de ses cinéastes préférés (Kim Ki-Duk, David Lynch, Teo Angelopoulos, Jane Campion, Krzysztof Kielowski, Anthony Minghella, Ang Lee, Atom Egoyan, Darren Aronofsky, Alejandro Gonzalez Inarritu, Steven Soderbergh).

Selon votre degré de cinéphilie, vous parviendrez facilement à assembler le puzzle. Selon votre endurance à une joliesse très insistante ici, vous arriverez (ou pas) au bout de ces quarante-cinq minutes de musique minimale. Climats vaporeux, arpèges affolants de simplicité, réverbération maximale (magnifique prise de son de Murat Ersan soit dit en passant), espaces rigides et de peu de tension(s), la somnolence guette. Finalement, s’impose.

Erdem Helvacioglu : Eleven Short Stories (Innova)
Edition : 24 décembre 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ The Billowing Curtain 02/ Bench at the Park 03/ Jittery Chase 04/ Shattered Snow Globe 05/ Six Clocks in the Dim Room 06/ Mist on the Windowpane 07/ Blood Drops by the Pool 08/ Have Not Been Here in Forty Years 09/ Trapped in the Labyrinth 10/ Will I Ever See You Again 11/ Shrine in Ruins
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Ballister : Mechanisms (Clean Feed, 2012)

ballister mechanisms

En concert à Chicago, Dave Rempis (saxophones ténor et baryton), Fred Lonberg-Holm (violoncelle, electronics) et Paal Nilssen-Love (batterie) improvisèrent trois titres : consignés en Mechanisms, ils sonnent le retour de Ballister.

Rempis sait qu’il existe deux façons d’allumer un feu : la percussion ou la friction. Ainsi confie-t-il la première à Nilssen-Love, la seconde à Lonberg-Holm, pour s’occuper du reste en toute liberté. Par le reste, entendre l’entretien de la flamme : par spirales tracées au ténor qui remplissent l’espace d’un souffle neuf, motifs dont l’intensité est revendiquée par chacune des notes qui les composent, répétitions qui insistent jusqu’au dérapage qui grippera la machine, sifflements qu’avalent parfois l’électronique de Lonberg-Holm, salves crachées qui ont valeur de phrases définitives…

Eprouvant avec une ingéniosité rare la force d’invention et la résistance de Rempis, Lonberg-Holm et Nilssen-Love la subliment. Au point que le second enregistrement de Ballister est une référence aussi indispensable à la courte discographie du groupe qu’à celles, plus impressionnantes, de chacun de ses trois membres.



Ballister : Mechanisms (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 24 novembre 2010.
CD : 01/ Release Levers 02/ Claplock 03/ Roller Nuts
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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The Home of Easy Credit : The Home of Easy Credit (Northern Spy, 2012)

the home of easy credit

Par le carreau, on aperçoit Louise Jensen jouer du saxophone ou d’une flûte ou d’electronics ou chanter et Tom Blancarte se concentrer sur sa contrebasse. C’est là The Home of Easy Credit, un endroit où l’on trouve à boire et à manger dans un décor de vide-grenier farfelu.  

Tout est préparé sous vos yeux (pas d’overdub, mais beaucoup de sampling en direct) et la qualité va de l’excellent au passable : on recommandera les instrumentales merveilleuses de Monolithic Insanity ou Arches of Gold, qui utilisent la réverbération pour prendre de la hauteur, ou le kaléidoscope de voix de The Feast of the Meal Replacement Bars. Parfois le lo-folk expérimental du duo n’a pas la même saveur, son mystère semble impénétrable. Sa naïveté le gangrène. Dommage mais rien de grave, on peut quand même trouver refuge dans cette musique qui n’en est pas moins originale.

The Home of Easy Credit : The Home of Easy Credit (Northern Spy)
Enregistrement : 2010-2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Monolithic Insanity 02/ The Dream of a Democracy of Goods 03/ The Feast of the Meal Replacement Bars 04/ The Dream of Abundance 05/ A Fireproof House for $5000 06/ The Dream of Novelty 07/ Arches of Gold 08/ The Dream of the Pursuit of Happiness 09/ Concentrated Animal Feeding Operation 10/ The Dream of Freedom of Choice 11/ The Geography of Nowhere 12/ Only 827 Miles to Wall Drug
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Mike Shiflet : Sufferers (Type, 2011)

mike shiflet sufferers

Difficile de développer avec autant d’insistance que de nuances une pratique musicale obnubilée par l’idée générale qu’on se fait du « bruit ». S’en défaire mais y revenir souvent, réfléchir à ce qui doit être dit et ce qui peut être entendu, déterminer l’essence d’expressions foisonnantes et s’y tenir pour que le bruit ne fasse pas confusion : trois règles appliquées par Mike Shiflet sur Sufferers.

Travaillant à la qualité du son qui amplifiera son propos, Shiflet compose en convoquant mille parasites venimeux qui grouilleront sur des drones multicouches : ceux-là feront son affaire musicale le temps de leur exploration d’un champ d’affres frémissant. Selon l’endroit parcouru, les trouvailles font état d’une variété d’éléments (résonances de cloches, enfouissements de notes longues, voix passées à la moulinette, traces sonores qui disparaissent à peine ont-elles été repérées) qui, si elles ne disent rien de la réalité de l’espace qu’elles jalonnent, composent un Chant de la Terre étourdissant.

EN ECOUTE >>> Sufferers (extraits)

Mike Shiflet : Sufferers (Type / Souffle Continu)
Edition : 2011.
LP / Téléchargement : 01/ (Sufferers) 02/ Sufferers 03/ Axle Grease 04/ Blessed and Oppressed 05/ No Sanctuary
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Volume : Tungt Vand (Nith World, 2011)

volume tungt vand

A Volume, rajouter fort plutôt que faible. Ecrire de Mikolaj Trzaska qu’il fait de l’éructation un principe premier et conclure qu’entre Brötzmann et Zorn, il restait une petite place.

Souscrire, à nouveau, aux joyeux barrissements de Johannes Bauer. Prendre les gazouillis soniques de la basse électrique de Peter Friis Nielsen pour ce qu’ils sont : des assauts chroniques. Ne pas oublier qu’un batteur de la trempe de Peter Ole Jorgensen peut trouver de nouveaux codes à la rébellion. Mais aussi s’enchanter des duels-disputes de deux souffleurs irréconciliables. Et à l’arrivée, prendre part et plaisir à leurs gargantuesques agapes.

Volume : Tungt Vand (Ninth World Music)
Enregistrement : 2009. Edition : 2011.
CD : 01/ Washing Time 02/ Diving in Sound 03/ Megasus 04/ Light Shinning on a Black Surface 05/ Tungt Vand (Deuterium Oxide)
Luc Bouquet © Le son du grisli

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