Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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le son du grisli #3Peter Brötzmann Graphic WorksConversation de John Coltrane & Frank Kofsky
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Philippe Robert, Bruno Meillier : Folk & Renouveau (Le mot et le reste, 2011)

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Magnifique passeur d’idées musicales, les éditions Le Mot Et Le Reste n’ont guère l’habitude de prendre leur lectorat pour du vulgum pecus de tête de gondole chez Auchan. Respectueux de l’intelligence de son public, adeptes des formes identifiables (ah, les couvertures, à la fois dépouillées et alléchantes), balayeur de genres en marge des conventions, la maison marseillaise n’a eu de cesse, depuis sa création en 1996, de (re)défricher les genres, en un arc tendu qui relie le passé au présent – dans tous les cas, il est exclusivement anglo-saxon comme le souligne le sous-titre de l’ouvrage, conçu telle une promenade balayant les trois-quarts du vingtième siècle et le début du suivant. Habitué des lieux, l’ex-Inrocks/Jazz Magazine/Vibrations Philippe Robert en est à son cinquième numéro sur LM&LR, sans compter ses parutions auprès d’autres éditeurs (dont votre grisli préféré). Moins auteur et plus acteur de terrain, Bruno Meillier a multiplié les activités en plus de trente ans d’activisme – musicien dans plusieurs projets dont Etron Fou Leloublan ou Zero Pop), label manager d’Orkhêstra International et programmateur du festival stéphanois Musiques Innovatrices.

Témoin  de cette philosophie musicologique – rassurez-vous, le propos n’a rien d’intellectualisant en dépit de son exigence et de son acuité – la couverture de leur premier ouvrage commun relie deux œuvres majusculement majuscules de la folk music – The Times They Are A-Changin de Bob Dylan  et Ys de Joanna Newsom. En une imposante et magistrale recomposition d’un paysage exclusivement anglophone à guitare acoustique (et autres instruments à cordes), leur Folk & Renouveau parcourt, en près de 150 albums majoritairement indispensables, un style que traversent près de quatre-vingts ans discographiques. Nullement exhaustif tel que les deux auteurs le précisent dans leur avant-propos (encore que…), le parcours débute, faudrait-il écrire évidemment, en 1927 avec l’incontournable Anthology Of American Folk Music Edited By Harry Smith pour s’achever en 2009 avec le Barn Nova des néo-hippies Matt Valentine et Erika Elder, alias MV & EE.

Même si chacun complètera la liste avec quelques disques à ses yeux incontournables (pour ma part, j’y aurai inclus Jay Reatard, Marissa Nadler (citée toutefois en p. 37), Tara Jane O’Neil, Jana Hunter ou Meg Baird en solo – encore que cette dernière soit de la partie en tant que vocaliste d’Espers ET moitié du duo Baird Sisters, ce qui est déjà remarquable). Au-delà de ces remarques forcement personnelles, plusieurs aspects, davantage objectifs, frappent l’œil dès la consultation des 350 pages du livre. D’abord, la très grande diversité des artistes cités : sur 147 productions discographiques recensées, un seul personnage a l’honneur d’apparaître à deux reprises – et pas n’importe lequel, puisqu’il s’agit de M. Dylan himself, pour un opus en studio encore acoustique (le déjà cité The Times They Are A-Changin) et un live (The Royal Albert Hall Concert) qui a marqué la véritable rupture de Robert Zimmermann avec la musique folk.

Heureusement, la liste, aussi merveilleuse soit-elle, ne se résume pas une à une simple table des matières répétitive et soûlante. A l’issue de chaque article, Robert et Meillier nous gratifient d’une sélection bienvenue des productions de l’artiste présenté. Dans le cas des très actifs Dylan, Leonard Cohen ou Neil Young, la démarche est bienvenue, tant les liens tissant leurs canevas musicaux se doivent d’être mis en évidence, ne fut-ce que succinctement (ou bien la brique compterait le triple de pages et deviendrait rapidement indigeste). Pour les autres représentants de la « cause », le choix s’avère naturellement moins cornélien, soit en raison de la brièveté de leur discographie, voulue (Bridget St John, Judee Sill) ou non (Tim Buckley, Nick Drake). Bien que, là aussi, les digressions soint parfois discutables (pourquoi s’arrêter en 1969 pour Buffy Sainte-Marie ?), la vision d’ensemble n’est pas loin de ressembler à un Top 1000 de la folk music, qu’elle soit traditionnelle, freak, acid, New Weird Americana ou psyché.

Autre complément d’information, sinon peu original mais bienvenu, les auteurs mettent en relief les parentés stylistiques des musiciens en citant des noms aux univers cousins (John Fahey ou Jack Rose pour Robbie Basho), parfois au-delà du genre majoritairement abordé (Animal Collective chez Vashti Bunyan). Le plus souvent, les rapprochements sont d’une évidente pertinence, versant d’ailleurs au-delà des limites de la folk pure (Mojave 3 ou Lambchop en lien évident avec le très déprimé Fables Of The Reconstruction de R.E.M., Coil en glorieux prédécesseur de Current 93, etc.). Nul doute qu’au cours des prochaines années et décennies, la liste ne demandera qu’à être prolongée, tellement la vitalité de la musique folk anglo-saxonne demeure élevée. Pour notre part, et que les auteurs nous pardonnent cette intrusion, nous y verrions bien le récent et formidable Smoke Ring For My Halo de Kurt Vile, indispensable en 2011 comme il le sera à l’avenir.

Philippe Robert, Bruno Meillier : Folk & Renouveau. Une balade anglo-saxonne (Le mot et le reste / Orkhêstra International)
Edition : 2011.
Livre
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Lucio Capece, Radu Malfatti : Explorational (B-Boim, 2011)

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C’est à gauche que l’on repérera la première note née de cette nouvelle collaboration de Radu Malfatti et Lucio Capece. A gauche donc que ce grave traînera un temps avant de disparaître. Tenir davantage – mieux faire ? – la prochaine fois, ou l’une des prochaines fois – quarante minutes à peine lui sont offertes pour y parvenir.

Excavée : non pas une musique de silences mais une musique de soupçons. Pas de dialogue : la rencontre de Capece et Malfatti dit pourtant et même compose : à force de retenues plutôt que de soustractions. L’expression est en négatif et l’attitude d’opposition. Mais le laisser-taire, s'il provoque une autre écoute, est-il musicalement viable ? Ces craquements qui trahissent les présences sont-ils aussi affaire de musique ?  

Poser la question, c’est déjà discuter la place du qui-vive dans le déroulement de l’exhibition et celle de l’attente au creux de l’action. Affûté, le trombone ose enfin une note, et même une seconde. En accord avec la clarinette basse, il élève des parallèles qui dessinent un horizon auquel raccrocher toute obligation de musique.

Parce qu’il chercha partout la note promise par la présence des musiciens, l’auditeur pouvait-il ignorer que Capece et Malfatti respiraient ? C’était pourtant pour lui souffler des choses rares, en tout cas différentes de celles généralement entendues. Peut-être même « la chute du temps, goutte à goutte », que Pessoa saisit un soir avant que le sommeil ne l’emporte. « Et aucune des gouttes qui tombent n’est entendue dans sa chute. » 

Lucio Capece, Radu Malfatti : Explorational (B-Boim / Metamkine)
Enregistrement : 25 septembre 2011. Edition : 2011.
CD : 01/ Explorational
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Srotter Inst. : Widerhall (Echomusic, 2012)

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Après avoir publié des CD-R (d’If, Bwana ou de Francisco Meirino, entre autres), le label Echomusic se tourne vers le téléchargement. Le premier qu’il met à disposition est une compilation de prestations de Strotter Inst. qui datent d’une tournée aux Etats-Unis en 2010.

Widerhall (« écho », en Allemand), c'est sept souvenirs enregistrés. Sept souvenirs qui reviennent façon boomerang à la face de Christoph Hess, grand défenseur d’indus minimaliste crachée par des platines-rotatives. En bucheron qui ne plaisante pas avec la régularité (mais qui s’accommode fort bien des feedbacks créateurs de décalages), il débite des motifs qu’il transforme en boucles. De ces boucles, il fait bien sûr des nœuds : simples, puis doubles, puis triples, etc. Le bondage est musical et les liens écrasent l’auditeur. Pour avoir pris des photos et gêné de ses bips d’appareils numériques le jeu de Strotter Inst., voilà qu'on le balance sur la platine : la force centrifuge lui fait prendre des positions interdites à la plus agile des contorsionnistes. Bien fait !

Strotter Inst. : Widerhall (Echomusic)
Enregistrement : mars-juin 2010. Edition : 2012.
Téléchargement : 01-07/ Widerhall 1-7
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Daunik Lazro, Jean-François Pauvros, Roger Turner : Curare (NoBusiness, 2011)

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Sur le papier – et pour peu qu'on ait écouté, ces dernières décennies, les travaux respectifs de Daunik Lazro, Jean-François Pauvros et Roger Turner – pareil attelage est diablement prometteur... Et l'auditeur déjà se met à désirer, échafauder, si ce n'est planifier ses scénarios : énergie rock et décharges soniques... C'est aller trop vite, car sur scène puis au disque (vinyle ou compact), c'est mieux encore, et au-delà du power trio fantasmé – pas plus de Lazro en sax macho, que de Pauvros en musculeux du manche, ou de Turner cogneur.

Ainsi à l'automne 2008, devant le public des Instants Chavirés, découpe-t-on des mobiles de tôle [Morsure, White Dirt], cherchant avec une patience tendue agencements et émergences (mais point encore les derniers outrages – Pauvros s'y connaît) : de la limaille, des copeaux, une mise en forme des plaques par chaudronnerie expérimentale, jusqu'au chant des métaux, à force de ferrailler.

A Besançon, fin juin 2010 [En Nage, The Eye], l'affaire prend un tour plus direct et presque poisseux. À larges traînées de fraiseuse baryton, tandis que de part et d'autre on s'active au pied-de-biche, une fois les lames du plancher soulevées, on dégage, on pousse et fait monter une pâte à échardes qui se met à circuler, lyrique et bien bandée.

Un disque formidable.

EN ECOUTE >>> White Dirt >>> En nage

Daunik Lazro, Jean-François Pauvros, Roger Turner : Curare (NoBusiness)
Enregistrement : 2008-2010. Edition : 2011.
CD / LP : 01/ Morsure 02/ White Dirt 03/ En Nage 04/ The Eye
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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Akira Sakata : Dance (Enja, 1981)

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Ce texte est extrait du deuxième volume de Free Fight, This Is Our (New) Thing. Retrouvez les quatre premiers tomes de Free Fight dans le livre Free Fight. This Is Our (New) Thing publié par Camion Blanc.

Avant Thurston Moore, Akira Sakata est arrivé jusqu’à Brigitte Fontaine par le biais de l’Art Ensemble of Chicago (augmenté de Leo Smith). Le document qui le prouve a pour nom Dance, enregistrement d’un concert donné à Munich en 1981 qu’Enja publia sans attendre. Sakata (saxophone alto, clarinette et voix), Hiroshi Yoshino (basse) et Nobuo Fujii (batterie), y interprètent trois titres du meneur augmenté de Comme à la radio, chanson d’Areski Belkacem que Fontaine enregistra en 1969 aux côtés de Joseph Jarman, Roscoe Mitchell, Leo Smith, Malachi Favors et Areski aux percussions lointaines.  Voilà pour l’anecdote. Car la reprise est en effet plutôt anecdotique, à peine recommandable si ce n’est pour l’art qu’a Sakata de vibrionner sur les plaintes d’une contrebasse vagabonde, en tout cas loin de l’intensité de l’originale capturée au studio Saravah.

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Ce que Dance a de notoire est donc à trouver ailleurs. Avant tout dans cette faculté qu’a le trio en place, formé l’année précédente, de ne pas faire tourner à vide des inventions d’une autre époque – peut-on dire aujourd’hui que les années 1980 ont été d’un « freecide » féroce, mélangeant sans mesure cris de liberté feinte et espoirs réchauffés de fusion ? Le free jazz des origines avait pris ses premiers coups à la fin des années 1960 ; Sakata tenta de le soigner un peu aux côtés du pianiste Yosuke Yamashita dans les années 1970 avant de demander qu’on l’assomme la décennie suivante dans Last Exit aux côtés de Peter Brötzmann et Sonny Sharrock (The Noise of Trouble). A force de mélanges – Sakata commença à travailler à leurs proportions au nom d’un groupe appelé Wha-ha-ha –, la tête vous tourne et la musique peut vous échapper : Mooko fut enregistré en 1987 avec deux membres de ce même Last Exit, Bill Laswell et Ronald Shannon Jackson. Ainsi il arriva que Sakata n’échappât pas à son époque : à la fin des années 1980 ou au début d’un nouveau siècle qui profitera du rapprochement de musiciens de générations et d’origines différentes : le « free jazz » tournant « free rock » et quelques fois « noise », pour utiliser des termes choisis, au son des collaborations du saxophoniste et clarinettiste avec Jim O’Rourke, Chris Corsano et Darin Gray (le duo a pour nom Chikamorachi).

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Tout aussi recommandable que les références de ces dernières associations, Dance a ce plus fantastique : le 11 juin 1981, Sakata a en effet repéré une brèche dans l’espace-temps et s’y est engouffré. C’est ce que dit en tout cas Right Frankenstein in Saigne-Legier, ballade au swing « lynchien » qui dérivera sous les effets d’un goût prononcé qu’a Sakata pour le théâtre. Ici, il déclame en possédé ; sur The Tale of the Heike, solo publié trente ans plus tard par Doubt Music, il récitait encore. Le rythme est plus soutenu sur  Strange Island et Inanaki, 2nd : l’alto y ricoche sans cesse, esquintant cordes et tambours sans autre inquiétude que celle, terrible, de bel et bien faire. En 1981, Jim O’Rourke fêta ses douze ans, Chris Corsano ses six, tandis qu’Akira Sakata travaillait déjà à la forme à donner à leur future collaboration. 

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Chicago Trio : Velvet Songs (Rogue Art, 2011)

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Dans la lignée loquace et sensible du regretté Fred Anderson, à qui cet enregistrement est d’ailleurs dédié, voici le Chicago Trio (Ernest Dawkins, Harrison Bankhead, Hamid Drake). Captées live les 11 et 12 août 2008 dans l’antre du Velvet Lounge, ces douze plages réunies en deux CD naviguent entre splendeurs et misères.

Splendeurs pour l’appétit et l’abattage du saxophoniste, pour son art du renouvellement et du resserrement, pour son alto vrillant toujours la bonne direction (You Just Crossed My Mind, Waltz of Passion), pour son soprano volubile et virevoltant (Peace & Blessings, Moi Tre Gran Garcon). Splendeurs que les interventions solistes d'Harrison Bankhead, contrebassiste (Woman of Darfur ou l’art de creuser en profondeur) et violoncelliste (Peace & Blessings) inspiré. Splendeurs, enfin, que ces plages de totale liberté dans lesquelles le free n’est plus spectre mais entité palpable et florissante (The Rumble, Galaxies Beyond).

Misères que ces blues poussifs, ces faux reggaes, ces écoutes avortées, ces solitudes sans armes. Misères que ces saxophones activés simultanément sur fond de funk virant, peu à peu, New Orleans (Down n’ the Delta). Misères que le jeu sec et prévisible d’un Hamid Drake en panne de souplesse. Mais, fort heureusement, One for Fred, improvisation enflammée et soutenue, de venir conclure et ressusciter la figure tutélaire du grand Baba Fred Anderson.

Chicago Trio : Velvet Songs. To Baba Fred Anderson (Rogue Art / Souffle Continu)
Enregistrement : 11 et 12 août 2008. Edition : 2011.
CD 1 : 01/ Astral Projection 02/ Sweet 22nd Street (The Velvet Lounge) 03/ You Just Crossed My Mind 04/ The Rumble 05/ Peace & Blessings (To Fred) 06/ Down n’ the Delta – CD 2 : 01/ Jah Music 02/ Galaxies Beyond 03/ Woman of Darfur 04/ Waltz of Passion 05/ Moi Tre Gran Garcon 06/ One for Fred
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Jean Rougier, Thomas Dubois, Didier Lasserre : Entendus avec l'âme (Petit label, 2011)

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Dans le trio de Didier Lasserre (Live at l’Atelier Tampon), on a pu entendre déjà la contrebasse chaotique de Jean Rougier. Celle-ci ouvre ces Entendus avec l’âme, trouvant vite un contrepoids dans les phrases fluides du trompettiste Thomas Dubois. Pour faire pencher l’ensemble, ce sont les coups éclatés de Lasserre qui agissent.

Sur caisse claire et cymbales, le batteur indique des chemins de traverses. Empruntés, les prises de risques y seront toutefois rares, notamment lorsque Dubois et Rougier agissent en duo. En conséquence, l’improvisation est de peu de reliefs ; heureusement, elle est polychrome : la belle précarité de l’équilibre du contrebassiste et les ponctuations aiguisées du batteur font que la nonchalance de ces conversations provoque à force d’insistances de beaux effets, salutaires même.

Jean Rougier, Thomas Dubois, Didier Lasserre : Entendus avec l’âme (Petit label)
Enregistrement : 25 mars 2011. Edition : 2011.
CD : 01/ Cuerpo sin cuerpo 02/ Tiempo sin horas 03/ Raices de tinta
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Rahsaan Roland Kirk : Live in France '72 (Mosaic, 2011)

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L'importance du blackface dans l'émergence du jazz est bien connue : des Blancs qui se grimèrent en Noirs pour faire les Zazous, des Noirs qui reprirent leurs gimmicks Banania pour mieux se faire accepter. Chez Rahsaan Roland Kirk,  il y a un peu de cette démarche clownesque avec tout son barnum accroché au cou : trois saxophones, des flûtes, des sifflets et des grigris. Le fait qu'il fut aveugle lui donnait aussi forcément un côté phénomène de foire. Mais on reste finalement coi devant ce qui n'a rien du cirque mais au contraire surpasse la maîtrise instrumentale : Rahsaan Roland Kirk faisait corps avec sa palette instrumentale, du matin au soir, c'était une respiration vitale.

Cette vidéo de Rahsaan Roland Kirk éditée dans un coffret 6 DVD par Mosaic Records confirme par l'image ce style incroyable : ses trois becs de saxophones dans la bouche joués en souffle continu avec de réguliers gonflements de joues façon goitre de crapaud. Il aimait à croire qu'il respirait par les oreilles. Ce style lui donnait des sonorités inimitables qu'il déployait à travers un répertoire très Great Black Music : ici en interprétant Coltrane, Gillespie, Lester Young, Ellington, Mal Waldron, My Cherie Amour de Stevie Wonder et ses propres compositions dont son fameux Inflated Tear.

Ce 8 mars 1972, au Grand palais à Paris, à l'occasion d'une exposition d'art décoratif, sous un plafond bas faisant penser à un ciel menaçant, Roland Kirk avait comme de coutume une dégaine invraisemblable : un costard à mi-chemin entre tenue de camouflage grise et fourrure au poil ras. Le quartet qui accompagnait Rahsaan Roland Kirk n'allait pas tellement au-delà du rôle de soutien rythmique. On notera tout de même un étrange passage où le batteur souffle dans deux longs tuyaux souples pour faire varier le son de sa caisse claire.

Les cinq autres DVD du coffret sont consacrés à John Coltrane, Thelonious Monk, Art Blakey, Johnny Griffin et Freddie Hubbard. Les DVD ne sont pas vendus séparément. Le coffret (Jazz Icons Series 5) est vendu en exclusivité mondiale sur le site de Mosaic aux alentours de 100 euros port compris. Malgré tout l'intérêt que l'on porte à ces musiciens et la qualité du livret (10 pages en anglais très documentées, en tous cas pour le DVD de Kirk), cela fait un peu cher la rediffusion télévisée, puisqu'il s'agit exclusivement d'archives de l'INA, de concerts diffusés à l'époque à la télévision française. La qualité de l'image est d'ailleurs proche de celle d'une cassette VHS (neuve !), ce qui en soit n'est pas un soucis, puisque l'on a l'étrange mais agréable sensation de faire un voyage dans le temps et de se retrouver devant un téléviseur cathodique. Sans papier, ni plastique, on peut télécharger à moindre coût un « pack 3 concerts » contenant une partie de ce que contient ce DVD (le concert de 1972 fut diffusé dans Jazz 3 le 22 janvier 1973), à partir de la Boutique de l'INA... 

Rahsaan Roland Kirk : Live in France ’72 (Mosaic)
Enregistrement : 8 mars 1972 (Grand Palais, Paris). Edition : 2011.
DVD : 01/ Blue Train 02/ Lester Leaps In 03/ Satin Doll (Medley) 04/ For Bechet And Ellington And Bigard and Carney And Rabbit 05/ My Cherie Amour 06/ One Mind Winter / Summer (Seasons) 07/ Groovin' High 08/ Soul Eyes 09/ Volonteered Slavery 10/ Inflated Tear
Eric Deshayes © Le son du grisli

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Heddy Boubaker, Ernesto Rodrigues, Abdul Moimême : Le beau déviant (Creative Sources, 2011)

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La pochette est sobre et les noms des morceaux (Le chant de la pluie, Singulier grain de sable, Tempête éteinte des passions…) sont des indices donnés par Heddy Boubaker (saxophones), Ernesto Rodrigues (violon) et Abdul Moimême (guitare électrique préparée) pour aborder leurs improvisations. L’écoute de leur disque confirme que ces indices étaient fiables.

Car leur « déviant » est « beau » ET attentionné. Les instruments sifflent & soufflent & chuintent, l‘improvisation balance deux notes de violon, ronronne près de l’oreille de l’auditeur ou se meut au loin. Ce qui était promis est donc tenu : la conversation dévie souvent. et est d'une très belle harmonie.  

Heddy Boubaker, Ernesto Rodrigues, Abdul Moimême : Le beau déviant (Creative Sources / Metamkine)
Enregistrement : 17 octobre 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Le chant de la pluie 02/ Singulier grain de sable 03/ L’arbre qui ne cache 04/ Tempête éteinte des passions 05/ L’échec des machinés formidables 06/ Un beau matin, la déchireure
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Interview d'Anla Courtis

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Guitariste argentin sorti de Reynols, Anla Courtis est de ces « figures » inquiètes de bruits assez curieuses pour développer un œuvre polymorphe. Après avoir estimé son entente avec Bruce Russell, Eddie Prévost et Mattin, Lasse Marhaug ou Günter Müller, il défend ces jours-ci des travaux réalisés en compagnie de Daniel Menche (Yagua Ovy), Kommissar Hjuler (Die Antizipation Des Generalized Other) ou encore Okkyung Lee, C. Spencer Yeh et Jon Wesseltoft (Cold/Burn)… [LIRE LA SUITE]

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