Le son du grisli

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Cecil Taylor : Garden (Hat Hut, 1981)

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Ce texte est extrait du premier volume de fanzines Free Fight. Retrouvez les quatre premiers tomes de Free Fight dans le livre Free Fight. This Is Our (New) Thing publié par Camion Blanc.

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Des disques à vous faire relever la nuit, Cecil Taylor en a enregistré une poignée. Vous vous levez donc Garden en tête – par exemple –, parce qu’une note de ce concert solo semble vous avoir échappé en rêve. L’index de couverture avait pourtant prévenu : l’enregistrement aurait-il demandé davantage d’attention encore ? A une heure indue, la réécoute : Bâle, la nuit ; Bâle, le 16 novembre 1981 – huit jours plus tôt, l’Unit de Taylor (présences de Jimmy Lyons, William Parker et Rashid Bakr) donnait un concert à Fribourg (The Eighth). Garden : Calling It The 16th?

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Une note, disait-on, une note s’est échappée, et pas seulement en rêve. Bien, mais laquelle ? N’est-ce pas plutôt toutes ? Toutes les notes que Cecil Taylor a, un jour ou l’autre, distribuées seul n’échappent-elles pas à tout entendement ? En Garden, donc : le pianiste gagne son instrument en donnant de la voix : poésie personnelle virgules et points liés à un théâtre d’ombres dont on trouve un autre exemple reproduit sur la couverture du disque : texte ample mais cursif et aéré dont tous sens vous échappent aussi. Ensuite, les premiers accords tombent, ceux d’Elell, pièce à la progression non pas empêchée mais éclatée. De boucles insolentes pour échapper à tout retour à l’identique en développements qui vont d’accords appuyés – peu voire pas de clusters sur Bösendorfer ici – en notes cherchant en illuminées la sortie d’un piano-labyrinthe.

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Ainsi les notes cherchent autant que Cecil Taylor. Elles, cependant, angoissent, s’emportent et finalement s’épuisent. Leurs séductions en appellent au blues, à la musique contemporaine, au minimalisme même ; sans cesse les phrases sont interrompues, un motif à peine naissant est abandonné pour un autre, les mélodies sont à l’emporte-pièce et sont en conséquence plus de sept – peut-être sept fois sept – qui filtrent d’ Elell, Garden II, Garden I + Stepping On Stars, Introduction to Z, Driver Says, Pemmican et Points. Après quoi, Cecil Taylor se paye le luxe d’une conclusion : fantasque, intrépide, impétueuse, en conséquence supérieure.

Composant avec ses sautes d’humeur augmentés d’éléments du chaos ambiant qu’il a capturés, Cecil Taylor distribue des notes qui vous échapperont toujours. Après réécoute, avouer ne pas avoir reconnu la fautive qui a interrompu votre sommeil. Mais l’important est d’être revenu – de cette façon-là ou d’une autre, peu importe – au grand solo de Garden

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