Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Parution : Jazz en 150 figures de Guillaume BelhommeParution : le son du grisli #2Sortir : Festival Bruisme #7
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Fred Van Hove : Requiem for Che Guevara (MPS, 1968)

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Ce texte est extrait du premier volume de Free Fight, This Is Our (New) Thing. Retrouvez les quatre premiers tomes de Free Fight dans le livre Free Fight. This Is Our (New) Thing publié par Camion Blanc.

Nous sommes le 10 novembre 1968, au Berlin Jazz Festival, après que Don Cherry, au même endroit, ait couché sur disque et en public Eternal Rhythm. La programmation est engagée, politiquement notamment, au travers d’hommages rendus à Martin Luther King, John F. & Robert Kennedy, Malcolm X et Che Guevara. Dans Matériaux de la révolution, le Che écrit : « J’ose prétendre que la vrai révolutionnaire est guidé par un grand sentiment de l’amour. Il est impossible d’imaginer un vrai révolutionnaire sans ces qualités. » A l’époque, A Love Supreme de Coltrane et Karma de Pharaoh Sanders ont déjà été enregistrés, deux œuvres effectivement habités par l’amour et révolutionnaires. MPS, label allemand dont beaucoup des références témoignent de ce qui s’est passé au Berlin Jazz Festival, a parfois rendu compte de cet engagement, et même de son passage par l’église : on se souvient par exemple de Black Christ Of The Ands de Mary Lou Williams, sorti par SABA, étiquette directement liée à MPS.

Dans les notes de pochette de Requiem For Che Guevara, opus curieusement attribué au seul Fred Van Hove qui pourtant n’a droit qu’à une face (l’autre étant signée Wolfgang Dauner), celui-ci écrit : « Nous sommes convaincus : le jazz, en tant que musique la plus vivante, la plus universelle et la plus vitale et créatrice de notre temps, a une place dans l’église. Mais nous sommes également convaincus qu’elle ne peut prétendre y accéder que si elle est utilisée dans un sens créateur, artistique, et d’une manière égalant les normes fixées par la grande et vénérable tradition de la musique d’église, de Bach en passant par Bruckner jusqu’à Pepping. »

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Forts de ce genre de réflexions, les organisateurs du Berlin Jazz Festival programmèrent une soirée intitulée Jazz In The Church, à l’église Südstern, répartie en deux concerts dus à Wolfgang Dauner puis Fred Van Hove. Si le premier offrit une prestation seulement intéressante (en tous cas loin de l’esprit du fameux Free Action), prestation dont on retiendra surtout l’Amen lancé par un Eagle Eye Cherry âgé d’à peine un an, le second, par contre, délivra une singulière pièce pour orgue et groupe de jazz, propulsée par Peter Kowald et Han Bennink Cel Overberghe, Kris Wanders, Willem Breuker et Ed Kröger constituant un chœur de soufflants dont les unissons évoquent par endroits l’idée qu’Albert Ayler se faisait du sacré.

Fred Van Hove : « Avec des mots, il est très facile de mentir : je peux écrire des mots comme Révolution, Lutte Sociale et Conscience, je peux les employer pour me donner une image, il n’y a jamais de preuve que je crois vraiment aux choses dont je parle. » La musique de Fred Van Hove, quant à elle, ne ment jamais, et sa route mènera régulièrement son interprète dans des églises, comme sur ces trois improvisations en duo avec le saxophoniste Etienne Brunet, données à l’église St Germain à Paris, et à St Pierre / St Paul à Montreuil. L’orgue, que Fred Van Hove, plutôt que la piano, sollicite en de pareilles circonstances, s’accorde bien à la « free music » – en témoignerait d’ailleurs, si besoin était, cet autre duo que forment Veryan Weston et Tony Marsh.

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Steve Lacy : Moon (BYG, 1969)

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Ce texte est extrait du premier volume de Free Fight, This Is Our (New) Thing. Retrouvez les quatre premiers tomes de Free Fight dans le livre Free Fight. This Is Our (New) Thing publié par Camion Blanc.

Ecouter Moon ne donnera qu’un aperçu de la musique de Steve Lacy ; permettra plutôt de se faire une idée de la musique d’une époque, voire même d’un moment. Mais écouter Moon dira assez bien de quelle manière, tout au long de sa vie de musicien, Lacy envisagea le rapprochement de la composition et de l’improvisation : « Ce que je recherche, c’est un certain rapport entre le morceau et le jeu », confia-t-il en 1976 à Alain-René Hardy et Philippe Quinsac (pour feu Jazz Magazine) qui lui proposaient d’investir des formes « délibérément ouvertes, comme dans la musique de Frank Wright par exemple. »

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Lacy, alors : « J’ai beaucoup fait ça autrefois…  jouer sans structure, sans thème… pendant des années. Mais ça devenait toujours fatigant au bout d’un temps… Parce que j’aime les structures. Je suis matérialiste. J’aime les limites, les lignes. Je suis compositeur, j’aime les morceaux, les climats précis. J’aime aussi la folie, dans certaines limites. (…) Ce que je recherche, c’est un certain rapport entre le morceau et le jeu. Quelque chose qui fasse une unité entre les structures et le jeu. Je cherche une musique qui unifie ces choses diverses. Pour moi, la composition et l’improvisation, ça doit être la même chose, ça forme un tout. Par exemple, dans Schooldays, c’était en route vers ça. On jouait des morceaux de Monk et on improvisait dessus, parce qu’on recherchait un rapport entre la manière de jouer et le morceau qui provoquait ce jeu, on cherchait une homogénéité entre le morceau et le jeu. »

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Qu’en dit Moon, disque court enregistré à Rome par le couple Steve Lacy / Irène Aebi aux côtés de Claudio Volonte (clarinette), Italo Toni (trombone), Marcello Melis (contrebasse) et Jacque Thollot (batterie), à l’écoute ? Sans aucun doute que le free jazz supporte l’écrit, et peut même le digérer. Cinq chansons sans paroles – on connaît le goût de Lacy pour la chanson, à textes même –, cinq chansons sans couplets ni refrains, et plus que tout encore cinq chansons en alerte. « Hit » première de toute, en évocation exacerbée du « Parisian Thoroughfare » de Bud Powell ; « Note » fait de vrais et faux départs respectant presque la scansion télégraphique d’Aebi – impérieuse, ici, accorderont même ceux qui, d’habitude, la préfèrent aphone ; « Moon » prise en filet puis cédant à la sérénade de Melis qui réorientera cent fois le groupe sur les rails de « Laugh ».

Sur fin de face B, le soprano évolue sur « The Breath » : seul d’abord, puis porté haut par les coups vifs de Thollot. En oiseau en cage, mais libre en cage. En oiseau de feu aussi, pour évoquer Stravinsky auquel Lacy rendit hommage en 1980 dans un article publié par Le Monde de la Musique. Le saxophoniste y défendait les vertus inspiratrices des « limites » que le compositeur russe (limites d’autant plus inspirantes qu’elles sont nombreuses) et le peintre Braque (limites plus promptes à engendrer de nouvelles formes) avaient louées avant lui.  Trouvant son compte en structures arrêtées, Lacy aurait pu encore citer Bachelard : « Je ne vis pas dans l’infini, parce que dans l’infini on n’est pas chez soi. »

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Reinhold Friedl : Inside Piano (Zeitkratzer, 2011)

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On se demande bien ce qui se cache derrière le sérieux de Reinhold Friedl. Regardez donc la pochette d’Inside Piano : est-il en manque de reconnaissance ? La photo l’installerait dans un registre plus « classique ». Peut-être ce portrait donne-t-il les gages de son humour second degré ? Mais alors pourquoi Friedl a-t-il écrit pour le livret un texte si fier ? Il y plaide sa cause et prouve que sa pratique du piano préparé est légitime et même plus, créative. je ne me souviens pourtant pas avoir douté de lui ni lui avoir demandé de fournir de telles explications…

Mais passons (quoiqu’il faudrait encore parler de ces pièces aux titres français : La grimace du soleil, Ombres d’ombres, dur…). Comme on sait qu’un train peut en cacher un autre, on craint que ces deux CD de solo de piano soient du même acabit pédant. Après les avoir écouté (plus de deux heures d’enregistrement), on conclut déjà qu’un seul aurait largement suffi. Pourtant, ils contiennent des choses intéressantes, mais à côté de choses vaines (comme les percussions de Chevelure des cognasses ou le brouhaha longuet de ses Evasions pour déplaire).

Prenons par exemple L’horizon des ballons. Friedl caresse les cordes en ne s’occupant que de ses gestes et de régler leur vitesse. Il confie aux cordes elles-mêmes le soin de chanter et il arrange le tout. L’intensité varie au gré du poids qu’il met dans ses embrassades et de la largeur de la surface qu’il couvre. La plupart du temps, il laisse les cordes vibrer et se sert de sa palette pour créer des instantanés de friches industrielles. De grands corps métalliques grincent et des oiseaux-mobiles crissent. Ce n’est pas que ce soit inédit, mais cette plage, la plus longue, s’écoute avec ravissement.

On conclura donc que ce solo de Reinhold Friedl n’est pas un échec, ni une réussite. Et qu’il vaut donc mieux le retrouver aux côtés de ses compagnons de Zeitkratzer. Peut-être y est-il moins fier mais plus en confiance malgré ce que disent les photos ?

Reinhold Friedl : Inside Piano (Zeitkratzer / Metamkine)
Enregistrement : Juillet 2010. Edition : 2011.
CD1 : 01/ Evasions pour déplaire 02/ L’horizon des ballons 03/ La conséquence des rêves – CD2 : 01/ L’espoir des grillons 02/ Ombres d’ombres 03/ Les cris des cantharides 04/ Chevelures des cognasses 05/ Pendeloques de glace 06/ La grimace du soleil
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Technical Drawings : The Ruïned Map (Gagarin, 2011)

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A l’heure où le magnifique Hauschka réconcilie le piano préparé et la techno (le RifRaf de mai en faisait tout l’éloge), un second grand disque de l’instrument favori de Charlemagne Palestine vient déposer la cerise sur le gâteau mouvant de notre époque. Œuvre du duo Melissa St Pierre / Jesse Stiles, alias Technical Drawings, The Ruïned Map dépote incroyablement la dub – et punaise du feu de Dieu, qu’est-ce que ça déménage des écoutilles !

Présentée d’ailleurs comme de la dub concrète, terme qui lui sied bien malgré son côté réducteur, la manière (forte) de la paire américaine évolue en une multitude de courants. A priori contradictoires, voire incongrus ensemble, les ingrédients de leur musique s’imposent très vite dans leur évidence rythmique – on le répète, ça secoue les pucerons. Intégrant un gamelan à des sensations qui vont du hip hop au krautrock, nomdidju que c’est bon, les artistes de la Big Apple gardent pour fil conducteur les modifications apportées au piano – qui est ici électrique.

Renforcé sur un seul titre (Strange Flora) par le poète rappeur Todd Jones – dont le flow prend, à la limite, trop de place – le disque poursuit durant ses huit titres ses étonnantes déclinaisons épicées sans nul autre besoin d’artifice. Vous cherchiez la synthèse entre Steve Reich et Autechre ou, alternativement, entre Kraftwerk et John Cage ? Plus besoin de fouiller, la voici.

Technical Drawings : The Ruined Map (Gagarin Records)
Edition : 2011
CD : 1/ Marching Band 2/ Underwater 3/ Issue Project Redux 4/ Strange Flora 5/ Skullfloor 6/ Interminable Spectral Mountains 7/ Pacific Coast Highway 8/ In Conclusion
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Louie Belogenis Trio : Tiresias (Porter, 2011)

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Le trio qu’emmène ici Louie Belogenis a été enregistré au printemps 2008. Comme l’avait fait jadis Rings of Saturn (duo avec Rashied Ali), Tiresias permet au saxophoniste d’estimer son entente avec un batteur ayant frayé avec l’une de ses grandes influences : Sunny Murray, cette fois, en présence du contrebassiste Michael Bisio.  

Si l’identité de Belogenis s’est sensiblement affranchie de l’écoute de Coltrane et d’Ayler, Tiresias est, de son aveu même, une évocation du Spiritual Unity – augmentée d’une reprise concentrée d’Alabama. Dès l’ouverture, le ténor drague et ramène à la surface des fragments lourds de sens qui, mis bout à bout, composent un exercice de style inventif. L’art de dériver ensemble qu’ont Belogenis, Bisio et Murray, profite de la nonchalance inquiète du premier, des obsessions désemparées du second et des décalages hors-cadre du troisième. Trois personnalités qui se disputent le commandement des écarts pour mieux élaborer de concert un free dont la nostalgie se délite en faveur d’une verve autrement moderne.

EN ECOUTE >>> Blind Prophecy

Louie Belogenis : Tiresias (Porter / Orkhêstra International)
Enregistrement : 17 mai 2008. Edition : 2011.
CD : 01/ When Darkness Fell 02/ Blind Prophecy 03/ Divination 04/ Tiresias 05/ Alabama 06/ Seven Lines
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Foton Quartet : Zomo Hall (Not Two, 2010)

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Reconnaissons et louons l’errance du Foton Quartet. Cette errance qui nous semble venir en droite ligne de Bill Dixon bénéficie d’une trompette et d’un saxophone ténor en totale correspondance. En solitaires ou escaladant quelques pics périlleux, s’unissant et se séparant sans complexes, les voici aux avant-postes d’une improvisation ne s’émancipant jamais totalement d’un clair-obscur lancinant.

L’un (Gerard Lebik) tournoie, réitère et durcit le trait sans s’abandonner à une possible (souhaitée ?) échappée convulsive. L’autre (Artur Majewski) le suit et anime parfois une nervosité libératrice. Au second plan, contrebassiste (Jakub Cywinski) et batteur (Vojciech Romanowski) se contentent d’entretenir la matière. Lanternant, ne sachant ni trop que faire ni comment se dégager d’un rythme impulsé par les souffleurs, leur paysage n’aborde que trop peu de récifs. Devons-nous le regretter ?

Gerard Lebik, Artur Majewski (Foton Quartet) : Zomo Hall (Not Two Records / Instant Jazz)
Enregistrement : 2007 & 2008. Edition : 2010.
CD : 01/ Track 1 02/ Track 2 03/ Track 3 04/ Track 4 05/ Track 5 06/ Track 6
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Patty Waters : Sings (ESP, 1966)

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Ce texte est extrait du premier des quatre fanzines Free Fight. Retrouvez l'intégrale Free Fight dans le livre Free Fight. This Is Our (New) Thing publié par Camion Blanc.

Malgré une discographie squelettique, Patty Waters est devenue une figure légendaire, statut renforcé par le caractère sporadique de ses apparitions et le peu d’informations biographiques qu’elle a laissé filtrer. On sait qu’elle a grandi dans l’Iowa puis n’a cessé de déménager : à Denver d’abord, où elle a découvert Billie Holiday, Nancy Wilson et Anita O’Day qui irrigueront le registre classique de son chant ; à Los Angeles, puis San Francisco ensuite, où en 1963 elle rencontre Lenny Bruce ; et à New York, en 1964, où elle chante aux côtés de Bill Evans, Charles Mingus, Jaki Byard, Ben Webster, avant qu’Albert Ayler ne la découvre et présente à Bernard Stollman, patron du jeune label ESP chez qui, colporte la rumeur, l’on enregistre les plus obscurs novateurs. 

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C’est là que sortent les mythiques Sings et College Tour. Dès le premier, la dichotomie qu’elle n’aura de cesse de sublimer est évidente. Thurston Moore, du groupe Sonic Youth, a son idée sur le sujet : « De mettre son timbre reconnaissable entre mille, et légèrement voilé, au service de standards réinventés, ne l’empêche pas, par ailleurs, de larguer les amarres dans de folles envolées libertaires où le chant se fait cri, avec la même conviction, au point que le contraste entre ces deux composantes de son style soit saisissant. »  Effectivement, sur Sings, la première face est consacrée à de déchirantes histoires derrière lesquelles on croit deviner des éléments autobiographiques qu’elle accompagne au piano. Ces histoires sont incarnées par une voix fragile dont on n’est pas étonné qu’elle ait plu à Miles, tant le ton de la confidence est quasi murmuré et très pur. Patty Waters sait insuffler une tension paraissant s’éteindre dans l’exténuation du souffle, et sa fêlure participe d’un art de la suggestion. 

Sur la seconde face, c’est avec la même émotion qu’elle se lâche dans Black Is The Color Of My True Love’s Hair, portée par le trio de Burton Greene, qui, comme elle, navigue entre plusieurs eaux, entre accords classiques, clusters et réitérations orientalisantes. Les cris perçants de Patty Waters, qui constitueront l’essentiel du live College Tour, influenceront Yoko Ono (dont le premier disque ne sort qu’en 1968), puis Diamanda Galas (dans la conceptualisation d’un cri expressionniste nommé « shrei »). Dans le jazz rares sont celles qui osèrent de telles dissonances : Jeanne Lee, Linda Sharrock, Abbey Lincoln, Annette Peacock.  Après ces deux opus (le second lui permit de croiser Ran Blake, Dave Burrell et Giuseppi Logan), Patty Waters participe en 1968 à un enregistrement du Marzette Watts Ensemble, le temps d’un Lonely Woman de haute volée.

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Ensuite c’est le trou noir. L’absence au jazz – tout comme James Zitro, Giuseppi Logan, Henry Grimes, autres légendes ESP longtemps disparues. Alors qu’elle est encore la compagne du batteur Clifford Jarvis à qui elle dédia un de ses plus beaux morceaux, elle quitte le Lower East Side pour la Californie. Longtemps seuls Steve Swallow et Art Lande auront des nouvelles. Avant qu’elle ne revienne, et que sa voix ne soit plus que cendres. Un groupe de rock indie, Teenage Fanclub, a repris son Moon, Don’t Come Up Tonight et lui a dédié un morceau tout bêtement appelé Patty Waters. Sous le nom de Piero Manzoni, le leader du groupe psychédélique Ghost, Masaki Batoh, a repris Black Is The Color Of My True Love’s Hair, en hommage à Patty Waters justement, qu’il vénère.

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Tatsuya Nakatani, Kaoru Watanabe : Michiyuki (Kobo, 2011)

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Le premier disque du label Kobo, qui présentait Tatsuya Nakatani en duo avec l'aérophoniste Michel Doneda (White Stone Black Lamp), trouve un pendant dans le Michiyuki que le percussionniste a enregistré, à l'automne 2010, avec un autre grand souffleur : le flûtiste (shinobue, noh kan, ryuteki) Kaoru Watanabe.

Si l'ambiance créée par les deux hommes prend d'abord des allures méditatives, il ne faut pas s'y tromper : la musique ne donne pas dans le cliché zen ; elle envoûte plutôt, sans racoler, par une sorte de tension intime et assez communicative. Au fil de ces huit improvisations délicatement contrastées, les résonances que Nakatani sait préserver ne l'empêchent pas de sculpter aussi de véritables vagues d'énergie sur lesquelles Watanabe (par ailleurs spécialiste du tambour taiko) invente ses trajectoires. Passionnant, qu'on adopte une écoute flottante ou plus attentive...

Tatsuya Nakatani, Kaoru Watanabe : Michiyuki (Kobo / Metamkine)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Taikyo 02/ Escapism 03/ Yume 04/ Amaterasu 05/ Kikyuu 06/ Icarus 07/ Michiyuki 08/ Omatsuri
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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Eliane Radigue : Transamorem - Transmortem (Important, 2011)

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On a beau avoir connu des drones, ceux d’Eliane Radigue ont toujours quelque chose de surprenant. Ceux de Transamorem - Transmortem remontent à 1973 et sont sortis de synthétiseur ARP. Ils forment des couches d’où sortent des fioritures qui ne surchargent jamais le décor. Au contraire, chaque nouvel arrivant s’y fond en respectant un mécanisme hypnotique qui n’est rien d’autre que la marque de fabrique de Radigue.

Transamorem - Transmortem est à la base une installation sonore « installée » en 1974 dans un des clubs mythiques de la ville de New York : The Kitchen. Se plonger dans cet enregistrement ne va pas jusqu’à nous faire changer d’endroit ni d’époque, mais promet quand même une descente en barque dantesque. Les flots sonores sont calmes d’apparence mais d’apparence seulement. Car qui plonge la main pour goûter le fluide voudra s’y enfouir tout entier : et un fantôme de plus dans la population de Transamorem – Transmortem !

Eliane Radigue : Transamorem – Transmortem (Important / Souffle continu)
Edition : 2011.
CD : 01/ Transamorem - Transmortem
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Craig Hilton, Tomas Phillips : Le goût de néant (Absinth, 2011)

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La référence à Baudelaire est tronquée, mais on pourrait y voir une nuance d’importance : le goût de néant plutôt que le goût du néant. C’est un solo de guzheng enregistré par Craig Hilton (Sans mouvement I) qu’il réécrit trois fois en compagnie de Tomas Phillips – l’un et l’autre musicien agissant alors au laptop.

La pièce acoustique est un paysage à horizons multiples : des trajectoires endurantes y sont amalgamées et révèle un sens inédit du désarroi sonore – inédit et non pas morne, puisque les basses fréquences et les faux drones qu’on y trouve attestent que les techniques étendues, même sur guzheng, ne suffisent plus : elles doivent être étirées désormais.

Adieu donc, chants du cuivre et soupirs de la flûte ! Le fil qui relie ce premier Sans mouvement à ses réinventions est de plus en plus ténu : ainsi Sans mouvement II, à force de manipulations discrètes, répétera à l’envers le chant du premier titre ; Le goût de néant s’imposera en folk minimaliste dont l’atmosphère défaite évoque Terry Riley ou Alexander Balanescu ; Sans Mouvement III sacrifie tout à une mobilité prévenante, aux commandes du bateau ivre dans lequel prendre place, on imagine Morton Feldman : Et le Temps m'engloutit minute par minute.

Cette pièce et ses relectures forment donc ce goût de néant. Qui donne envie d’essayer le poème de Baudelaire en remplaçant chacun des « du » par un « de », et vice-versa. Alors donc on y trouverait acceptable aussi, et même bien davantage : Résigne-toi, mon cœur ; dors ton sommeil du brute.

EXTRAIT >>> Sans mouvement

Craig Hilton, Tomas Phillips : Le goût de néant (Absinth Records / Metamkine)
Enregistrement : 2009-2010. Edition : 2011.
CD : 01/ sans mouvement I 02/ sans mouvement II 03/ le goût de néant 04/ sans mouvement III
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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