Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Z'ev : Live in Athens (Agxivatein, 2011)

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Le concert avait lieu à Athènes l’année dernière. Ne pas en avoir été n’est pas si grave puisqu’il est donné à 150 personnes (si l’on s’en tient à un CD-R édité par personne) de réparer leur absence. Z’ev dans toute sa fureur, et avec savoir-fer.

Les percussions de Z’ev sont tonitruantes mais pas avant d’avoir été amadouées. Les peaux caressées frémissent à peine que Z’ev décide de leur donner des coups de baguettes. Les peaux se font prendre une nouvelle fois lorsqu’il agit doucement, on croirait un romantique joueur de steel-pan… Mais chassez la nature, elle revient au galop. La fièvre monte, Z’ev donne à Athènes des couleurs rouges qu’aux dernières nouvelles elle ne quitte plus.

Z’ev : Live in Athens (Agxivatein / Metamkine)
Enregistrement : 8 octobre 2010. Edition : 2011.
CDR : 01/ Live in Athens
Héctor Cabrero © Le son du grisli 

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David S. Ware : Onecept (Rank, 2011)

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Œil pour œil : la réédition d’Onecept – ici sur support vinyle – conseille celle de la judicieuse chronique écrite en son temps par Luc Bouquet :

Instruments qu’il avait déjà utilisés à la toute fin des eighties pour les enregistrements de Passage to Music et Great Bliss I & II (il jouait alors aussi – et superbement – de la flûte) et qu’il retrouva l’an dernier pour un solo enlevé (Saturnian I – Aum), stritch et saxello refont leur apparition dans l’univers de David Spencer Ware.

Arrivé à bout de course d’un quartet cadenassé par le jeu monocorde de Guillermo Brown, le saxophoniste retrouve avec cet Onecept toute l’intensité et la générosité de son souffle. Warren Smith, tantôt aux timbales et gongs, tantôt à la batterie est un batteur d’écoute, d’imagination et de relance. William Parker semble retrouvé, juvénile, jouant la complicité (Vata) ou l’éloignement (Desire Worlds) avec un égal bonheur. C’est qu’ici, l’équilibre est de tous les instants. La soif est toujours de dissonance et de continuum (Desire Worlds où le saxello de Ware évoque plus l’intensité brûlante d’un Ayler que les loopings cerclés d’un Kirk, autre familier du saxello) et à travers ces neuf plages improvisées (là-aussi : une nouveauté chez Ware) d’autres rebonds émergent : les sombres déchirures timbales-contrebasse, la fluidité toute naturelle du saxophoniste moins convulsif que d’ordinaire et cette entente magnifique, porteuse, ici des espoirs les plus fous.

Ceci étant, si le label Rank a pris soin de rééditer cette référence du catalogue AUM Fidelity, ce n’est pas sans l’avoir augmentée de deux « bonus » : Virtue et Gnawah. Dent pour dent : un peu d’inédit critique :

Sur ces deux pièces rapportées, Ware intervient encore au saxello. Sautillante et sans surprise, Gnawah n’est qu'accessoire. D’une intensité autrement remarquable, Virtue expose Ware en promeneur grave, assombri encore par les insistances de l’archet de Parker. Au point qu’on se demande comment Virtue n’a pas trouvé sa place sur Onecept d'origine. Peut-être était-ce pour convaincre plus tard du bien-fondé de son passage sur vinyle.

David S. Ware : Onecept (Rank)
LP : 01/ Book of Krittika 02/ Wheel of Life 03/ Celestial 04/ Desire Worlds 05/ Astral Earth 06/ Savaka 07/ Bardo 08/ Anagami 09/ Vata 10/ Virtue 11/ Gnawah
Enregistrement : 12 décembre 2009. Réédition LP : 2011.
Guillaume Belhomme © le son du grisli

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Oren Ambarchi, Robbie Avenaim : Dream Request (Bo'Weavil, 2011)

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Oren Ambarchi et Robbie Avenaim se connaissent bien. Après avoir collaboré dans le trio Phlegm, ils ont enregistré The Alter Rebbes Nigun (sur Tzadik), ClockWork (sur Room 40) et deux fois avec Keith Rowe (Thumb et Honey Pie, sur Grob). Dream Request (enregisté en concert) donne l’opportunité de revenir aux sources du guitariste et du percussionniste et de se faire en même temps une idée d’où en est leur collaboration.

Soniquement parlant, cette request est une bourrasque qui se lève doucement mais sûrement. Une bourrasque qui bâtit un mur du son épais auprès duquel deux ouvriers se cherchent noise. Après le passage de la bourrasque, il ne reste qu'un pan de mur, ainsi que des sirènes et des coups frappés à la régulière. Ces derniers sons donnent l’alerte après le passage de la catastrophe. Ils pleurent cette grande et belle catastrophe.

EN ECOUTE >>> Dream Request Part 1 >>> Dream Request Part 2

Oren Ambarchi, Robbie Avenaim : Dream Request (Bo’Weavil / Metamkine)
Enregistrement : 19 octobre 2009. Edition : 2011.
LP : A&B/ Dream Request
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Okkyung Lee, Phil Minton : Anicca (Dancing Wayang, 2011)

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Sous une pochette soignée dont le label Dancing Wayang s’est fait une spécialité, un 33 tours consigne la rencontre d’Okkyung Lee et Phil Minton.

On sait la violoncelliste et le vocaliste aussi fantasques qu’ingénieux voire inspirés. En conséquence, les pièces expressionnistes sur lesquelles ils s’accordent ici profitent de trouvailles partagées : archet à la frénésie propice aux dérapages contre phonation en proie à des excès d’aigus, vocalisation de la contrebasse contre exercices appropriés d’orthodontie parallèle, banderilles enfoncées jusqu’en tyroïde mintonienne et muqueuses chatouillées seulement mais conseillant à leur propriétaire de brailler à la cantonade. Simplement pour le spectacle, qui est à conseiller.

Okkyung Lee, Phil Minton : Anicca (Dancing Wayang)
Edition : 2011.
LP : A/ MUAH B/ MU BYUN
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Sohrab : A Hidden Place (Touch, 2011)

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Au-delà de la sympathie naturelle que tout être normalement constitué devrait éprouver pour le destin de Sohrab Sepehri, aka Sohrab, jeune musicien iranien qui a récemment joué au Berghain pour une Touch Label Night, l’occasion de s’échapper définitivement (?) de son Téhéran natal et son cortège d’oppresseurs barbus (un certain Jafar Panahi peut en témoigner), il convient de jauger A Hidden Place à l’aune de ses contemporains – abstraction totalement faite du contexte.

Au-delà des discours convenus sur les vessies et les lanternes, la manière du musicien perse rappelle – à foison encore bien – les circonvolutions électroniques de la prestigieuse maison Touch, qui croiserait à l’occasion les essais décochés sur Kompakt en son versant ambient. Croisant l’instinct surnuméraire de GAS (Himmel über Tehran) en mission pré-Hildur Gudnadottir sur la série Made To Measure (le morceau-titre), le jeune producteur moyen-oriental (en attente d’un statut de réfugié quelque part en Europe) imprime dès son premier opus une marque prégnante et inspirée.

Alternant très élégamment les field recordings, à l’instar de ce chant du coq sur Zarrin, et les grondements tissés sur un canevas sidérurgique et évocateur (Susanna), il témoigne d’un immense savoir-faire en dépit d’une certaine dérive esthétisante où le beau ne se suffit pas toujours à lui-même. Pas toujours au niveau prodigieux de Tim Hecker (Pedagogicheskaya Poema), mais la voie est toute tracée.

Sohrab : A Hidden Place (Touch / Metamkine)
Edition : 2011.
LP : A1/ Susanna A2/ Somebody A3/ Pedagogicheskaya Poema B1/ Himmel Über Tehran B2/ A Hidden Place B3/ Zarrin
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Interview de Bertrand Gauguet

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Auprès de Thomas Lehn et Franz Hautzinger (Close Up) ou en membre de X_Brane, Bertrand Gauguet a récemment attesté du développement de l’usage personnel qu’il fait des saxophones alto et soprano. Deux nouveaux disques viennent aujourd’hui augmenter les pièces du dossier – Spiral Inputs, enregistré avec Sophie Agnel et Andrea Neumann et Vers l'île paresseuse enregistré avec Martine Altenburger et Frédéric Blondy

…Mon premier souvenir de musique date de l'école maternelle. Un trio était venu faire la promotion de la nouvelle école de musique qui ouvrait. Il y avait là un contrebassiste, un timbalier et un trompettiste qui allait devenir mon professeur quelques années plus tard. Je crois même me rappeler de la sensation merveilleuse qui était d'entendre de la musique autrement qu'à la radio.

Ton premier instrument a donc été la trompette ? Vers huit ans, j'ai souhaité apprendre la musique et plus particulièrement la trompette, oui. Cet instrument me fascinait… Mais après huit ans d'apprentissage, j'ai dû me résoudre à pratiquer un instrument moins exigeant physiquement. J’ai donc commencé le saxophone.

A quoi ont ressemblé tes premières expériences musicales ? Elles ont sans doute eu lieu au sein d'une Harmonie municipale dans laquelle j'ai joué assez peu de temps… C'était l'adolescence et alors le rock m'attirait. J'ai commencé à participer à des groupes avec des copains de l'école de musique. J'y délaissais mon instrument à vent pour les machines et le chant. Et puis mes goûts ont très vite évolué vers les musiques expérimentales, électro et industrielles des années 1980. L'exploration sonore devenait un vrai centre d'intérêt…

Quel était le genre de « rock » que tu écoutais alors ? Il y en avait beaucoup, mais on peut dire que cela allait de Joy Division à Tuxedo Moon en passant par Einstürzende Neubauten, Diamanda Galas ou Throbbing Gristle. C’est par ces musiques que je suis arrivé progressivement à écouter des compositeurs comme John Cage ou Karlheinz Stockhausen.

Penses-tu que certains de ces groupes de rock t’ont amené à te soucier du « son » ? Oui, c’est certain.

Comment es-tu ensuite venu à l'improvisation ? Un jour, j'ai décidé d'apprendre sérieusement à jouer du jazz, et donc à improviser. J'ai commencé par prendre des leçons, écouter encore plus de musique ; me rendre aux bœufs du jeudi soir puis commencer à jouer dans de petites formations et même dans un Big Band universitaire. Tout ceci se passait alors que je continuais encore à jouer du « rock expérimental » et à être très curieux des expériences et des esthétiques sonores qui s'y rattachaient. Peu après, lors d'une rencontre décisive, j'ai pu comprendre qu'il était possible de relier ces deux approches, qu'il y avait déjà une scène existante qui explorait la recherche sonore et l'improvisation. Et comme la porte était ouverte, je suis entré...

Quels ont été les musiciens de jazz qui t’ont intéressé au genre ? Parmi ceux qui m’ont le plus touché il y a Charlie Parker, Cannonball Aderley, Lee Konitz, Yusef Lateef, John Coltrane, Miles Davies, Sonny Rollins, Steve Lacy, Archie Shepp, Don Cherry, Ornette Coleman, Albert Ayler et Jimmy Lyons. Quant aux modèles, c’est-à-dire ceux avec lesquels j’ai passé du temps à imiter par exemple les chorus, c’était Charlie Parker, Cannonball Aderley, John Coltrane, Sonny Rollins et Steve Lacy. J’ai d’ailleurs pris quelques leçons avec Steve Lacy

Te sens-tu en lien avec d'autres musiciens pour parler de l' « esthétique » que tu cherches à développer ? Oui, heureusement, il y a des personnalités et des approches dont je me sens proche. En général, c'est ce qui motive à faire naître un projet.

C’est donc le cas de Sophie Agnel et Andrea Neumann avec qui tu as enregistré récemment. Qu’est-ce qui te rapproche de ces deux musiciennes ? Les façons de se placer dans le temps, dans le son, de creuser, d’écouter. D’avoir une approche parfois très brute. Ce qui nous rapproche, mais aussi ce qui nous sépare…

Comment décrirais-tu cette « esthétique » ou sinon tes « recherches » si tu avais à les définir ? Ces recherches s’appuient d’abord sur la maîtrise de techniques instrumentales étendues, c’est-à-dire sur l’expérimentation de matériaux qui ne sont habituellement pas utilisés dans l’histoire de l’instrument. Ces matériaux offrent de nombreuses possibilités pour exploiter d’autres espaces, d’autres temporalités, d’autres comportements et d’autres qualités sonores, musicales et non-musicales. Ils conduisent à une autre pensée de la musique et en bousculent les codes esthétiques dominants.
D’un autre côté, il y a l’importance accordée au processus de l’écoute et à celui de l’improvisation. Il s’agit-là pour moi d’une approche essentielle qui interroge autant le cognitif que l’artistique : comment l’écoute fonctionne-t-elle ? Pourquoi l’oreille se focalise sur tels types d’événements et pas sur d’autres ? Comment je transforme ce que j’écoute en décision de jeu ? Quelles sont mes interactions avec mes partenaires de jeu ? Quelle tension s’instaure dès lors que je joue sans lire de partition ? Quelle représentation je me fais de l’espace acoustique dans lequel je me situe ?
J’ai pu constater que tout cela était très flexible et j’aime assez l’idée que l’improvisation est le plus souvent apte à produire des formes d’instabilité et d’insécurité en lien avec l’organicité du monde.

Tu as conscience de tout cela pendant que tu joues ou est-ce que tu réfléchis à cela à postériori ? J’évite de penser quand je joue, j’essaie plutôt de faire le vide… C’est donc plutôt à postériori que j’essaie d’analyser certaines récurrences.

Le terme « réductionnisme » te conviendrait-il pour parler de ta pratique musicale ? En préférerais-tu une autre (abstraction, improvisation libre…) ? Le terme « réductionnisme », dont l’origine provient des sciences et de la philosophie, a beaucoup été utilisé pour décrire l’esthétique de la scène berlinoise des années 2000. Pour ma part, même si je suis très intéressé par tout ce que cette scène a produit et produit encore, je ne me sens pas du tout proche de ce mot. Je m’y sens même à l’opposé, plus intéressé par la complexité que par ce qui tendrait à la simplification.
Alors pour répondre à ta question, je dois dire que le terme « expérimental » me convient assez bien. Je le trouve suffisamment ouvert et non-dogmatique. Il balaie un éventail de pratiques et d’esthétiques qui parfois se côtoient, parfois se croisent.

Sans forcément parler de famille, quels sont les musiciens avec lesquels tu te sens des affinités ? Il y a bien sûr les musiciens avec lesquels je mène déjà des projets depuis quelques années. Je peux te dire aussi quels sont ceux que j’écoute avec beaucoup d’attention : Michel Doneda, John Butcher, Lucio Capece, Franz Hautzinger, Axel Dörner, Robin Hayward, Greg Kelley, Barre Phillips, Lê Quan Ninh, Thomas Lehn, Rhodri Davies, Hervé Birolini, Otomo Yoshihide, Sachiko M, Toshimaru Nakamura, Kevin Drumm ou encore Peter Rehberg

As-tu des projets en collaboration avec quelques-uns de ces musiciens ? Oui, et il y a déjà des projets qui existent ou des rencontres qui ont déjà eu lieu. D’ailleurs, j’aimerais te parler de celui qui m’occupe en ce moment. C’est un projet avec Pascal Battus et Eric La Casa. Nous travaillons sur la notion du « chantier », du site et du non-site. Nous avons passé une journée sur un grand chantier en situation de jeu avec l’environnement. Éric enregistrait mais de façon très subjective, de sorte à produire des images sonores ayant des focales différentes. Pascal et moi cherchions à nous immiscer dans l’espace sonore très chargé de ce type de contexte. Puis nous avons enregistré plus tard dans un studio avec un son très sec. L’idée était de jouer en ayant en mémoire l’espace acoustique du chantier. Pour le montage, nous avons cherché à confronter ces deux espaces. C’est aussi un projet qui va s’installer sur du long terme car nous aimerions expérimenter d’autres sites…

Est-ce la première fois que tu réagis face à ce genre d’environnement et penses-tu que ce genre de confrontation puisse t’inspirer d’une autre manière à l’avenir ? Ce n’est pas la première fois que je travaille avec des espaces sonores caractéristiques, mais c’est sans doute la première fois qu’il y a cette méthodologie d’exploration. Même si nous en sommes seulement au début, j’ai trouvé que certaines empreintes acoustiques liées au chantier pouvaient resurgir de la mémoire pendant l’enregistrement en studio, et donc agir sur le processus. C’était comme rejouer avec le lieu mais de façon abstraite. C’est une recherche ouverte, nous verrons bien là où elle nous mène…

Comment envisages-tu la pratique en solitaire ? T’intéresse-t-elle en tant que moyen d’expression ? Oui beaucoup, même si j’ai assez peu joué solo (Etwa, mon premier enregistrement est pourtant un solo). Je travaille quotidiennement et, en un sens, cela peut s’approcher d’une forme de méditation. Il y a quelque chose qui m’intéresse vraiment dans cette voie…

Autant que le rapprochement de ta pratique musicale avec d’autres disciplines « artistiques »… L’idée de l’interdisciplinarité est très importante dans mon approche. Dès le début, alors que j’étais encore basé à Rennes, j’organisais avec Benoît Travers, un ami plasticien performeur, des sessions d’improvisation dans son atelier avec des artistes du mouvement, du son et des arts plastiques. C’était très libre et très simple, on expérimentait puis on finissait par parler de tout ça autour d’une bonne table. Que ce soit avec la danse ou bien avec le cinéma ou la vidéo, ces rencontres permettent toujours de se décentrer, de rencontrer des problématiques qu’on ne se pose habituellement pas. Ce qui est très nourrissant !

Bertrand Gauguet, propos recueillis en juin 2011.
Photo © Halousmen.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Jonas Kocher : Solo (Insubordinations, 2011)

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C’est en concert à Berne que l’accordéoniste Jonas Kocher a enregistré ce Solo. Son jeu est expérimental, c’est évident. L’air est compressé, il ricoche dans le soufflet et a parfois de ces airs de geysers qui crache.

L’orgue de Kocher est de petite taille. Mais lorsqu’il décide de s’arrêter sur une note, il la pousse avec puissance. Le vent la porte loin, il en est ainsi pour toutes les notes qui réussissent à sortir de l'appareil. Mais la soufflerie n’est pas là pour accoucher d’une souris mélodique, encore moins populaire. Parce que Kocher s’approprie cet isntrument, son instrument, comme s’il l’avait inventé : son clavier est raccourci, ses possibilités sont réduites, mais la chanson qu’il chante est d’une ouverture bien supérieure.  

EN ECOUTE >>> Solo (extrait)

Jonas Kocher : Solo (Insubordinations)
Enregistrement : 23 octobre 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Solo
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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The Ambush Party : The Ambush Party (De Platenbakkerij, 2011)

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Ce sont là douze improvisations de Natalio Sued (saxophone ténor), Oscar Jan Hoogland (piano), Harald Austbo (violoncelle) et Marcos Baggiani (dms) : The Ambush Party, disque qui reprend le nom donné à l’association. 

Douze déconstructions grinçantes et presque autant de mélodies lasses sur lesquelles le ténor (sous emprise souvent du son oublié du premier Archie Shepp) et le piano se mêlent sur un décor fondant que retient – voire commande – la contrebasse. Une jeunesse molle mais inspirée, qui s’amuse à déposer à mi-parcours des saynètes intelligentes faites de découpes et de propositions provocantes. L’originalité est donc de la party, finissant sur danses défaites et mouvements fatigués : esthétique molle toujours, mais viable encore.

The Ambush Party : The Ambush Party (De Platenbakkerij)
Edition : 2011.
CD : 01/ Vogelverschrikker 02/ Avondwandeling 03/ Flipperen 04/ Metro 05/ File 06/ Vertraging 07/ Stoplicht 08/ Zwartrijden 09/ Nachtcafé 10/ Mond Stuk 11/ Rmise 12/ Toe
Enregistrement : 2008. Edition : 2011.

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Deep Tones for Peace : Sonic Brotherhood (Kadima, 2011)

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Deuxième livraison de Deep Tones for Peace, rassemblement de contrebassistes et compositeurs œuvrant pour la paix au Moyen-Orient.

Débutée par Menada, œuvre de la compositrice bulgare Julia Tsenova, interprétée ici par sa compatriote Irina-Kalina Goudeva, et terminée par le si large archet de Barre Phillips, Sonic Brotherhood propulse quelques dignes éclats. Ainsi, en trois reprises, les cinq contrebassistes réunis ressusciteront quelques glissendis à l’essence toute ligetienne ; le duo Mark Dresser JC Jones sera vif et concis ; Bert Turetzky et Barre Phillips, au plus près du son, animeront quelques hautes plaintes ; Irina-Kalina Goudeva et Bert Turetzky étireront leur archet jusqu’à la rupture ; Barre Phillips et JC Jones, fraternels et unis, seront âpres roulis et doux ressacs. Quant à Mark Dresser, en solitaire, il sera puissance, rondeur et virtuosité. Presque aussi indispensable que le premier Deep Tones for Peace.

Deep Tones for Peace : Sonic Brotherhood (Kadima Collective / Metamkine)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD : 01/Menada 02/ Dresser-Jones 03/ DFTP I 04/ Turetzky-Phillips 05/ DTFP II 06/ Goudeva-Turetzky 07/ Phillips-Jones 08/ Dresser 09/ DTFP III 10/ Phillips
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Daniel Studer : Reibungen (Unit, 2011)

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Après avoir poursuivi ses aventures avec Peter K Frey, le contrebassiste Daniel Studer se retrouvait seul. En studio, je précise, pour enregistrer Reibungen, un disque aux onze éclats de contrebasse et de voix (plus une brève incursion d’électronique, mais assez peu originale). 

C’est donc surtout par son art du maniement d'archet que Studer épatele plus. Sur un canevas ivoire, il trace des lignes mélodiques qui convergent en mille points sensibles, il frappe les cordes et fait craquer les bois en dessinant des figures géométriques. Certes son jeu de pizzicati est moins transportant, mais Studer parvient quand même à se raconter par ce biais. On entend son apprentissage et ses références, ses convictions et ses envies. Avec sa persévérance, nul doute que le contrebassiste parviendra à toutes les satisfaire.

Daniel Studer : Reibungen (Unit)
Edition : 2011.
CD : 01/ Knotenspiel 02/ Schleifriss 03/ Zupfeinschlag 04/ Knotengeflecht 05/ Teilungsfluss (Teil 1) 06/ Teilungsfluss (Teil 2) 07/ Teilungsfluss (Teil 3) 08/ Tastball 09/ Zeitzug 10/ Borstenflug 11/ Ramificazioni
Héctor Cabrero @ Le son du grisli

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