Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Francisco López : Fango de Euriptéridos (Agxivatein

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Dans le même ordre d’idée (cette idée qui en vaut une autre d’« indus climatique »), Francisco López avait produit une cassette, Fango de Euriptéridos, que le label Agxivatein vient de rééditer sur un petit CD.

Ce ne sont-là que vingt minutes mais vingt minutes assez denses. Elles réveillent des âmes perdues et leurs bruits (respirations difficiles, battements réverbérés, mouvements fiévreux) ne promettent rien de bon du contact avec l’intrus. Or après avoir goûté la crainte de la rencontre avec ces euryptérides (de géants scorpions de mer, nous apprennent de courtes recherches), viendra la joie d’en avoir frissonné. C'est que l’espèce a disparu, enfin ! Même si, grâce à López, la menace est intacte !

Francisco López : Fango de Euriptéridos (Agxivatein / Metamkine)
Enregistrement : 1990. Réédition : 2011.
CD : 01 / Fango de Euriptéridos
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Francisco López : Untitled #244 (Sub Rosa, 2011)

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Untitled #244 est une longue exploration que Francisco López a préparée à partir d’enregistrements réalisés en Argentine et au Paraguay. Un Vingt mille lieux sous les mers de cinquante cinq minutes à l’imagination folle. Ecoutez par exemple la faune que l’on y croise ; voyez les ambiances stratifiées que l’auditeur traverse...

Par endroits, ce que l’on entend fantasme une indus climatique. Un peu plus loin il y a des silences et derrière les silences une ambient magnétique, étrange et inquiétante. Untitled #244 c’est aussi une mélodie fantastique : la symphonie d’une clepsydre colossale que López s’est plu à retourner.

Francisco Lopez : Untitled #244 (Sub Rosa / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Untitled #244
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Joe McPhee, Chris Corsano : Under A Double Moon (Roaratorio, 2011)

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L’année dernière en concert aux Instants Chavirés, Joe McPhee (saxophones alto et soprano, trompette) et Chris Corsano (batterie) composaient avec tempérance et puis tempéraments. Pièces à retrouver sur vinyle : Under A Double Moon.

Dark Matter. La distance, d’abord : celle que Corsano décide de mettre entre une fougue retenue et la voix singulière de son partenaire. L’éducation, ensuite : la frappe est mesurée mais en développement certain : les tremblements prennent corps et les rebonds portent bientôt les airs que McPhee invente d’un instrument à l’autre. Lent intermède, New Voices est une ballade étendue : la ligne mélodique est forte, son impression immédiate ; aussi intense est le son de soprano qui la chante. Conscient sans doute de ce qui se joue là, Corsano n’intervient qu’à mi-parcours. Son absence était une autre forme d’intervention, son silence une action latente et les gestes légers qu’il se permet ensuite célèbrent la sûreté d’un tendre savoir-faire d’accompagnateur.

Le batteur s’en tiendra d’ailleurs à cet humble statut, même lorsqu’il s’agira d’appuyer davantage les coups qu’il distribue. Sur For Giuseppe Logan et In Lieu of Flowers, le swing est modifié, sédimenté, et parvient avec finesse (discrétion, voire) à faire dériver le motif que McPhee fait tourner à l’alto, ou les phrases suspendues d’un soprano poignant, qui résonnent encore quelques minutes après avoir été dites. Dosage efficient de tempérance et de tempéraments, donc, Under A Double Moon profite de la ponctuation sur laquelle Joe McPhee et Chris Corsano ont sur l’instant organisé leurs échanges : points de suspension et d’exclamation fondus en beau discours.

EN ECOUTE >>> For Giuseppe Logan > In Lieu of Flowers

Joe McPhee, Chris Corsano : Under A Double Moon (Roaratorio / Metamkine)
Enregistrement : 16 mars 2010. Edition : 2011.
LP : A1/ Dark Matter (1st Part) A2/ Dark Matter (2nd Part) B1/ New Voices B2/ For Giuseppe Logan B3/ In Lieu of Flowers
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Creative Sources Expéditives : Christmann, Frangenheim, Leimgruber, Stackenäs, Rodrigues, Alipio C Neto, John Berndt...

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Günter Christmann, Alexander Frangenheim, Elke Schipper : Core (Creative Sources, 2010). Cette session de janvier 2010, dans un studio berlinois, regroupe des musiciens qui se fréquentent depuis des lustres (par exemple dans le cadre des projets conduits par Christmann sous l’intitulé Vario) ; les quinze instantanés délivrés ici sont autant d’occasions de mesurer l’intime proximité du tromboniste & violoncelliste, du contrebassiste et de la vocaliste. Ces pièces, comme des noyaux d’activité, retiennent par leur qualité de concentration et de projection pétillante, bien que la théâtralisation du travail vocal (mais finalement, ni Minton ni Schürch – deux partenaires de GC – n’y échappent…) ait ses limites. Un enregistrement qui, dans cet idiome identifié, historique, est une réussite.

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Urs Leimgruber, Ulrich Phillipp, Nils Gerold : Hin (Creative Sources, 2010). Disposés de part et d’autre de la belle contrebasse de Phillipp, les deux souffleurs (saxophones soprano & ténor ; flûte & piccolo), s’ébattent en agiles dentelliers, grinçant à l’occasion, venant régulièrement refourbir pelotes et aiguilles dans de petites volières agacées, pépiantes. Est-ce manière de se conforter, de se redynamiser, d’avouer la difficulté à trouver la bonne distance, le bon pouls ? L’archet indique souvent de passionnantes directions : au travail, le trio se cherche, et se trouve parfois.

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David Stackenäs, Ernesto Rodrigues, Guilherme Rodrigues, Nuno Torres : Wounds of Light (Creative Sources, 2010). La combinaison instrumentale exploitée par cette formation, enregistrée en octobre 2008, est d’une élégante richesse : en une quarantaine de minutes et comme dans un atelier, la belle ingénierie (guitare, alto, violoncelle, saxophone alto) met en branle longerons, rabots, scies lentes, avec une vraie science des dosages et du brouillage des sources – qui peut évoquer, mutatis mutandis, certains travaux de Polwechsel. Un confort rêche, avec ce qu’il faut d’échardes pour rester sur le qui-vive…

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Alipio C Neto, Thelmo Cristovam : Triatoma Infestans (Creative Sources, 2010). Slaps, jeux d’anches et de clefs, étranglements, salive : soit un inventaire – en forme de jungle – établi, dans un espace réverbérant de Recife, par deux saxophonistes bien informés du bestiaire des aérophones (butchero-donediens) des quinze dernières années. Tandis que l’on y cherche une clairière, on s’inquiète de les entendre confondre grouillement (certes généreux… ou bavard) et tension inventive.

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John Berndt : New Logic for Old Saxophones (Creative Sources, 2011). D’un seul saxophone (alternativement un soprano de 1933 et un alto de 1935) dont on reconnaît le cuir des tampons sur la pochette, Berndt tire quinze pièces ou études – avec une belle ascèse, parfois rêveuse, voire lyrique, plus souvent chercheuse, éraillée, fauve – assorties de quelques dédicaces informatives, si ce n’est éclairantes (à Gianni Gebbia, Christine Sehnaoui-Abdelnour, Anthony Braxton). Quant à la « new logic » pour « old saxophones », sa dialectique fait-elle couler un « new wine » en « old bottles » ? Ce serait beaucoup dire, mais les rauques dégustations offertes sont assurément dignes d’intérêt.

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Lasse-Marc Riek : Harbour (Herbal, 2010)

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Lasse-Marc Riek, l’un des fondateurs du label Gruenrekorder, fabrique des pièces sonores à partir de field recordings de différentes natures. Sur Harbour, CD que produit un autre excellente label, Herbal, se succèdent des boîtes de Pandore qui s'emboîtent comme des poupées gigognes.

A l’ouverture, voilà ce que ces boîtes crachent... des bruits de machineries, de portes ou de moteurs (beaucoup de moyens de transport sont interrogés) ; des chants de fontaines, d’oiseaux ou de manœuvres. Avec sang froid ou au contraire dans l’affolement le plus total, Riek agence des mondes d’un équilibre toujours instable mais dans lesquels les êtres vivants et les machines ont appris à s’accorder. Ce qui ne l’empêche pas quelques fois d'exposer, enregistrements à l'appui, les conflits nécessaires à l’équilibre (hommage à Georg Simmel).

EN ECOUTE >>>  Hamburg, Germany

Lasse-Marc Riek : Harbour (Herbal / Metamkine)
Enregistrement : 1999-2007. Edition : 2010.
CD : 01/ Björköby, Finnland 02/ Wismar, Germany 03/ Hamburg, Germany 04/ Hamburg, Germany 05/ Hambourg, Germany06/ Hamburg, Germany 07/ Hamburg, Germany 08/ Österö, Finnland
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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The Dorf : Le Record (Leo, 2011)

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Parfois impressionnantes, les grandes formations prennent souvent un double risque : la conduction hermétique ou la partition surprotégée. Ici, les vingt-et-un musiciens de The Dorf (violon, violoncelle, trompettes, trombone, tuba, saxophones, guitares, synthétiseur, electronics, basse électrique et contrebasse, batteries) réunis par le compositeur, arrangeur et chef d’orchestre Jan Klare, interpellent le deuxième cas de figure.

Multipliant les directions musicales, piétinant longtemps pour n’ouvrir, finalement, le terrain qu’au solo tant attendu, The Dorf n’est finalement que brillant – jamais racoleur, précisons-le – et seulement cela. Avec une belle constance, se succèdent ici : riffs percutants, répétition de motifs obsédants, rigolote fanfare, cordes contemporaines, superpositions de structures. Toutes choses très finement ciselées, mais finalement peu convaincantes, pour le chroniqueur du jour.

The Dorf : Le Record (Leo Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2009. Edition : 2011.
CD : 01/ Now 02/ Spin 03/ Deep 04/ Riff 05/ Count 06/ Pulk 07/ Feed 08/ Back
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Olivier Benoit : Serendipity (Circum-Disc, 2011)

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Le site du label Circum-Disc raconte à propos du guitariste Olivier Benoit : En solo, il développe un vocabulaire timbral large, bien qu’il n’utilise que très peu d’ustensiles et très peu d’effets. Car il concentre ses recherches sur les propriétés intrinsèques de l’instrument, transformant celui-ci en une plaque ultrasensible, en quête d’une maîtrise et une précision toujours plus grandes. La musique, bien que faite de larsens très contrôlés, de sons bruts, de frottements de silence, d’immobilité, de tensions ou au contraire de relâchements, de rapidité extrême, ne se veut pas une musique « d’effets », ni un « catalogue de sons ».

Pour une fois qu’une présentation ne ment pas, je pourrais me contenter de ce copier-coller pour évoquer ces trois solos de guitare. Mais je voudrais chercher à savoir ce qu’il faut entendre par « frottements de silence ». Interloqué, j’ai tendu l’oreille : j’entends bien les larsens que Benoit dompte avec une gestuelle travaillée, un spectre sonore large où se rencontrent les notes électriques et les bruits provocateurs (des petits coups donnés sur un micro, le ronronnement de l’ampli, des chutes de câble…), un chaos musical conduit à la baguette en milieu de CD… Tout ça est rondement mené, mais ce silence frotté ?

Ce qu’Olivier Benoit frotte, sur le dernière piste, ce sont les cordes, avec une main gauche qui choisit de faire chanter la guitare dans les aigus. Après quoi, c’est encore un grondement ravageur. Après, c’est un solo découpé : Benoit la tête basse et penché vers l’avant comme doit être tout bon guitare-anti-héros. Si mes écoutes m’ont conquis à chaque fois – un léger bémol : certaines notes trop claires jurent avec le caractère insaisissable du disque pris dans son entier –, je n’y ai pas entendu de « frottements de silence ». Voilà qui est rassurant. Ou bien ce silence qu’il est possible de frotter est l’espace dans lequel Olivier Benoit agit ? Il est l’atmosphère qu’il remue et trouble afin de lui faire perdre de son uniformité ? Dans un cas comme dans un autre, qu’Olivier Benoit continue de frotter !

Olivier Benoit : Serendipity (Circum Disc)
Edition : 2011.
CD : 01-03/ Serendipity
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Stephan Crump, Steve Lehman : Kaleidoscope And Collage (Intakt, 2011)

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Il est souvent arrivé – presque toujours, pour être exact – qu’on regrette le peu d’idées au service duquel Steve Lehman mettait sur disque un son d’alto pourtant singulier. En duo avec Stephan Crump (contrebassiste entendu sans vraiment se faire remarquer auprès de Vijay Iyer), les choses changent.

Momentanément, du moins. C’est-à-dire le temps de deux improvisations : Terroir, sur laquelle Lehman agite graves patients et aigus agités en promeneur inspiré tout à coup par une proposition de contrebasse – Crump, lorsqu’il sort du simple rôle d’accompagnateur, révèle en effet au saxophoniste d’inattendus champs de traverses à emprunter : l’archet est indicateur et le conseil adopte souvent un air qui facilement séduit (folklore, soul, répétitif…) ; différente, Voyages est, elle, une frise de miniatures fantasques sur laquelle Lehman peut évoquer Archie Shepp (l’Ancien, et passé à l’alto) par les façons qu’il a d’écrire l’instant avec aisance avant de s’accorder avec son partenaire sur la conclusion à donner au bel exercice : dans la ligne, deux bourdons se confondent : à l’horizon, Crump et Lehman en finissent et se partagent alors un bel élément de discographie.

Stephan Crump, Steve Lehman : Kaleidoscope And Collage (Intakt / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008-2009. Edition : 2011.
CD : 01/ Terroir 02/ Voyages
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Tony Marsh : Stops (Psi, 2010)

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Aurait-on oublié que l’improvisation à l’orgue est l’une des pratiques musicales les plus anciennes, qu’ici Veryan Weston réactiverait quelque évidence oubliée. Avec l’aide du batteur Tony Marsh (ce dernier signant seul le présent CD : comprenne qui pourra), Weston entame des cassures qu’il ne fixe jamais totalement. Activant l’immense soufflerie de l’orgue de l’église de St Peter (magnifique et ondoyante réverbération, intelligente et subtile prise de son), il ne s’égare que rarement, ramenant toujours son jeu dans les griffes-baguettes de son partenaire. Lequel partenaire, de rebonds de peaux en cymbales foudroyantes, offre un jeu délié, fourni et sans le moindre complexe.

Ici et pour conclure : un grondement commun, toujours concerté, parfois intense. Bref, un beau et vrai dialogue.

Tony Marsh : Stops (Psi / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010.
CD : 01/ Stop Time I 02/ Stop-Go 03/ Stop Off 04/ Glottal Stop 05/ Stop Time 2 06/ Stop Down 07/ Stop Out  08/ Stop Time 3 09/ Stop Thief 10/ Stop at Nothing 11/ Stop Press 12/ Stop Watch 13/ Stop Time 4 14/ Stop Short 15/ Full Stop
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Simon Rose : Schmetterling (Not Two, 2011)

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Si ce ne sont des fantômes, ce sont alors les promesses acoustiques du bois qu’est venu chercher le saxophoniste Simon Rose (Badland) dans une salle d'un hôpital psychiatrique de Berlin ? Enregistré d’une traite, en deux heures et demi, Schmetterling rassemble quatorze séquences de baryton solo qui crient que Rose va bien... même s’il exagère et inquiète même parfois.

Car Simon Rose peut tenir une note assez longtemps : la polir, la faire rouler à l’intérieur de son instrument. Mais il peut aussi tonner sur un monochrome. Sa vigueur, sa force, sont mises au service d’un expressionnisme flamboyant – oserai-je dire « à l’Allemande » ? La langue que parle Rose est rêche, râpeuse. Ses mots sont bruts, taillés à l’abrupt.  Et les éclats qui en ressortent vous arrivent souvent en pleine oreille.

Simon Rose : Schmetterling (Not Two / Instant Jazz)
Enregistrement : 27 avril 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Offworld 02/ Panopticon 03/ Wolf Street 04/ Sound on Squirrel 05/ Eel Feeler 06/ Boxhagener 07/ Winterfelt 08/ Spielen 09/ Like Tears in Rain 10/ Crater Lake 11/ Schmetterling 12/ Pike Market 13/ Hinter Mir 14/ At 14th
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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