Le son du grisli

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Radu Malfatti, Keith Rowe : Φ (Erstwhile, 2011)

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La rencontre est récente : sous la protection du nombre d’or, Radu Malfatti et Keith Rowe ont enregistré trois disques : le premier d’interprétations, le second de compositions personnelles, le troisième d’improvisations. A chaque fois, la proportion est dans l’épure.

Radu Malfatti est ce tromboniste qui, au mépris de toutes règles, insiste sur monotype afin d’obtenir plusieurs épreuves. Si l’empreinte qu’il dépose sur papier est en conséquence de plus en plus ténue, elle en impose aussi de plus en plus aux longs blancs qu’elle entame, aux longs silences qu’elle interrompt. Ainsi en est-il sur cette composition de Jürg Frey, Exact Dimension Without Insistence : un silence d’endurance opposé à un grave ronflant – souvent trois fois répété ensuite – traînant derrière lui l’interjection d’une corde de guitare étouffée. Malfatti est celui qui insiste, Rowe celui qui mesure ; alors se dilatent les lignes et leurs distances. Ainsi en est-il encore sur Nariyamu, pièce du tromboniste dont les beaux espaces infestés de parasites (grésillements, micro contacts…) accueillent des souffles discrets au destin polyphonique. Plusieurs fois imprimée ou déclinée sur tons avoisinants, la note essentielle est le sujet, toujours, pressé / compressé jusqu’à l’obtention de ghost proofs éloquents.

Keith Rowe est ce guitariste qui, accoutumé aux surprises de l’hybride, compose avec une patience électrique un inattendu remarquable. S’il joue encore de drones miniatures et de larsens – sur le Solo with Accompaniment de son ami Cornelius Cardew –, lève mais en retrait des armées de râles à saturation, il offre aussi au sérieux du propos et à la minutie qu’il requiert un accessoire indispensable : la facétie vigilante. Même chose sur Pollock’82 – renvoi inévitable aux abstraits américains, tandis que Malfatti et ses déclinaisons évoqueraient davantage les Prints de Robert Morris. Pollock’82, donc : la ligne électronique envisagée en plus comme alternative aux souffles blancs propulsés en trombone : sous forme de projections multipliées, de battements infinitésimaux et presque incongrus, d’artifices segmentés aux précises expressions. Après coups, le silence encore.

Radu Malfatti et Keith Rowe improvisant : une introduction feignant la mise en place (table d’opération immaculée mais électricité faiblissant) puis l’addition fantastique d’un analgésique à cordes tendues et de feulements / vrombissements / ronflements, tous éléments de phonation d’envergure. Derrière l’horizon, à force de conciliations et de ruptures accordées, deux parallèles qui ne l’étaient donc pas se sont lentement rapproché jusqu'au moment de se fondre. Patiemment, deux langages distingués ont donné naissance à un rare idiome musical dont le symbole est Φ

EN ECOUTE >>> Exact Dimension Without Insistence > Solo with Accompaniment > Nariyamu > Pollock’82 > Improvisation

Radu Malfatti, Keith Rowe : Φ (Erstwhile / Metamkine)
Enregistrement : novembre 2010. Edition : 2011.
CD1 : 01/ Exact Dimension Without Insistence 02/ Solo with Accompaniment – CD2 : 01/ Nariyamu 02/ Pollock’82 – CD3 : 01/ Improvisation (6:18) 02/ Improvisation (46:54)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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