Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Ballister : Bastard String (Dave Rempis, 2010)

bastardgrisliEnregistrement d’un concert donné à Chicago publié par Dave Rempis en personne, Bastard String donne à entendre le saxophoniste en trio du nom de Ballister qu’il compose avec le violoncelliste Fred Lonberg-Holm (son partenaire au sein du Vandermark 5) et le batteur Paal Nilssen-Love.

C’est d’abord une demi-heure d’improvisation que la conjugaison de trois emportements dispense d’introduction délicate. Sur abrupts allers et retours d’archet et force de frappe marquée du sceau « PNL », Rempis n’aura plus qu’à passer d’alto en ténor et de ténor en baryton avec une verve remarquable. Caisses et cymbales dévolues au tangage, Nilssen-Love oppose son art de la ronde bosse aux bas (solo d’électronique étouffée de Lonberg-Holm ou entier morceau-titre aux divagations quiètes de solistes indépendants) et hauts reliefs (saillies déclamatoires de Rempis et autres renfrognements communs faits efficaces moyens d’expression) de ses associés. Rappelons le nom de l’association : Ballister, qui tournait encore en novembre dernier.

Ballister : Bastard String (Dave Rempis, 2010)
Enregistrement : 16 juin 2010. Edition : 2010.
CD : 01/ Belt and Claw 02/ Bastard String 03/ Cocking Lugs
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Marion Brown : Solo Saxophone (Sweet Earth, 1977)

solosaxisliParfois délaissé par l’altiste (Juba Lee – 1966), le blues est au centre de ce Saxophone Solo. Mais ici, le blues abandonne la plainte originelle pour s’en aller gambader ailleurs. C’est donc un blues mobile et volubile (And Then They Danced) que Marion Brown convoque. Un blues sans lourdeur mais conservant quelques petites choses du récit initial. Un blues qui s’immisce jusque dans la latinité de La Placita. Un blues qui aime la danse et l’aventure. Un blues sans division et sans fioritures. Souvent nu et tempéré.

Et c’est l’alto sensible et enveloppant de Marion Brown qui le déverse. Un alto sans trop de sorties de route. Un alto généreux et empruntant la coda finale du Round Midnight de Monk avec élégance et évidence. Et maintenant, surgissant de ma mémoire, voici ce même Round Midnight. Cela se passait il y a une grosse quinzaine d’années dans un bar de la périphérie d’Apt. Marion Brown exposait quelques-unes de ses toiles et nous gratifiait d’un solo intemporel. C’était magique et envoûtant. C’était juste avant les gros problèmes de santé du saxophoniste. C’était peut-être son dernier concert. Marion Brown nous a quitté le 18 octobre dernier. Rééditer ce disque serait la moindre des choses.

Marion Brown : Saxophone Solo (Sweet Earth Records)
Enregistrement : 1977.
LP : 01/ Hurry Sundown 02/ Angel Eyes 03/ El Bochinchero 04/ And Then They Danced 05/ La Placita 06/ Encore
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Jeremiah Cymerman : Under a Blue Grey Sky (Porter, 2010)

underabluegrisliSurtout ne pas prendre les traitements électroniques de Jeremiah Cymerman comme de simples effets subalternes. Ils ne font pas qu’enrichir le quatuor à cordes d’Oliva de Prato, Jessica Pavone, Christopher Hoffman et Tom Blancarte ; ils participent activement à l’étrangeté de la composition en six actes et un intermède (celui-ci entièrement électronique) de Cymerman.

Etrangeté et clarté d’une musique n’avançant qu’à pas lents et discrets, ces six actes aiment à s’envisager en une forme-procession aux destinées évidentes. Ainsi, telle incursion klezmer ou tel archet démonté s’en viendrait presque rompre la bonne marche de l’œuvre. Mais, ici, l’unité ne se brise jamais pas plus que le charme entêtant d’une musique à la douce et sensible obsession.

Jeremiah Cymerman : Under a Blue Grey Sky (Porter Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010.
CD : 01/ Act I 02/ Act II 03/ Act III 04/ Act IV 05/ Act V 06/ Interlude 07/ Act VI
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Wade Matthews : Early Summer (Con-V, 2010)

earlugrisliAu début de l’été 2009, Wade Matthews improvisait à Madrid, deux laptops en mains, des collages de sons captés à San Francisco. Early Summer est donc un disque sur lequel Wade Matthews questionne la distance entre son hier américain et son aujourd'hui madrilène.

Pour autant, on ne trouve pas sur Early Summer des enregistrements concrets, trop concrets. C’est que Wade refaçonne tout ce qu’il sort de ses boîtes avant de le mélanger. De son côté, l’auditeur témoignera avoir entendu passer une nuée d’insectes dans un grand coup de vent, marcher une personne dans la neige, communiquer des oiseaux et des droïdes, assister à une pièce de théâtre dont les personnages sont des percussionnistes jouant du marteau-piqueur. C’est vif et surréaliste en diable. Et c’est aussi diablement exaltant !

Wade Matthews : Early Summer (Con-V)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010.
CD : 01-10/ Early Summer, 10 Improvised Sound Collages by Wade Matthews
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Éric La Casa : Secousses panoramiques (Hibari, 2006)

grislipanoramixL’objet tout en longueur qui promet « secousses panoramiques » est un petit disque qu’Éric La Casa a fait cage d’ascenseurs. De leurs bruits, plus exactement, et parfois de leur environnement. Quand Akio Suzuki – à qui l’ouvrage est dédié – interrogeait les rumeurs horizontales laissées dans son sillage par une somme de véhicules propulsés en tunnels (Tubridge 99-00), La Casa collectionne les chants d’une autre sorte de machines imposantes, promettant, elles, un transport vertical.

Brillant élément des travaux de « recherches sur les réalités du paysage » qui occupent La Casa, Secousses panoramiques atteste donc du mouvement d’appareils utilisés à Paris (pour l’essentiel), Melbourne ou Anvers. Agile, voire malléable, La Casa ne dispose pas deux fois ses micros au même endroit : salle des machines, cabines, espace non identifié (gaine peut-être) permettant d’entendre la musique des câbles et poulies… Curieux, voire intrépide, La Casa opte ailleurs pour un déplacement qui donnera de la profondeur à son enregistrement – un air de variété sorti d’un haut-parleur de parking parasitera ainsi le ronronnement aseptisé d’un ascenseur de La Défense. Au creux des paysages abstraits, les signaux familiers (fermetures de portes, annonces enregistrées…) font office de détails auxquels se raccrocher et même d’éléments de folklores lorsque l’entraînement électromécanique fait remonter à la surface quelques souvenirs enfouis.

Au-delà de l’amateur de sons et de field recordings, ces Secousses panoramiques pourraient toucher l’épris de sciences et techniques parallèles (que la pochette cartonnée renseignera sur la provenance de chacune des plages du disque qu’elle renferme) ou encore l’ami du peuple maniaque (qui ira prévenir du mécanisme en souffrance de cet ascenseur du Parc de la Villette). A étages, la lecture est forcément multiple, et captivante souvent. Du peintre Braque, Jean Paulhan écrivit : « Il peignait des citrons et il semblait que d’une façon ou d’une autre c’était le citron qui avait commencé. » Ces zestes d’ascenseurs substitués au citron, on pourra transmettre l’hommage à Éric La Casa.

Éric La Casa : Secousses panoramiques (Hibari / Metamkine)
Edition : 2006.
CD : 01-15/ Secousses panoramiques
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Yoshio Kuge : The Fist (Hibari, 2009)

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Si c’est sous les traits du cogne-dru qu’on connaît le batteur Yoshio Kuge – avec Haino et O’Rourke par exemple – il sait aussi éveiller, comme des objets trouvés, les matières sonnantes qui tombent sous ses baguettes et mailloches, en percussionniste subtil… Ainsi l’écoute-t-on, au fil d’une déambulation urbaine que retracent les quarante-neuf instantanés de ce disque, tandis qu’il interroge cuves, bidons, tôles ondulées, containers et palissades.

Escorté in situ par Taku Unami qui brandit son micro et accomplit un travail essentiel (d’écoute périphérique, de captation de vibrations), Kuge extirpe ou intègre son drumming aux ambiances traversées (rues, voies ferrées ou routières, sites industriels, jardins d’enfants). Il serait abusif de dire que le musicien dresse, par cette mosaïque qui emprunte au field recording, le portrait d’une ville ; sans doute s’agit-il davantage d’une dérive ludique et paysagère, de « percussion de terrain », amusée d’appuyer quelques beats et figures – jusqu’au haïku virtuose – sans chichis, joyeusement.

Yoshio Kuge : The Fist (Hibari Music / Metamkine)
Edition : 2009.
CD : 01-49/ The Fist
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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Hayward, Park, Smith, Coxhill : Mathilde (Slam, 2010)

maslildeDeux « étranges » formations emmenées ici – soit un soir de 2008 au Café Oto de Londres – par le batteur Charles Hayward (This Heat) : trio dans lequel on trouvait le guitariste Han-Earl Park et le trompettiste et cornettiste Ian Smith ; association renforcée, le temps de deux dernières improvisations, par la présence du saxophoniste Lol Coxhill.

La mise en place inquiète (Hayward au mélodica) donnait quelques indices sur la teneur de l’entière improvisation : réfléchie, et dans laquelle les intervenants rivalisent de subtilités (Park érodant les reliefs de plaintes aux volumes variés, Smith au bugle saisissant). Passée la période de flottement ravissant – de vacance, presque, pour Hayward –, il faudra bien revenir aux turbulences afin de s’y montrer autrement convaincant. Alors, Coxhill peut apparaître : le soprano élabore des parallèles aux phrases du cuivre dublinois ; ourdit et trame, enfin tisse, sur le métier remonté crescendo par Hayward, une tapisserie de choix : celle d’une autre Mathilde, à la beauté tout roturière.

Charles Hayward, Han-Earl Park, Ian Smith, Lol Coxhill : Mathilde (Slam / Improjazz)
Enregistrement : 18 avril 2010. Edition : 2010.
CD : 01/ Kalimantan 02/ Similkameen 03/ Ishikari 04/ Jixi 05/ Matanuska 06/ Aachen 07/ Oaxaca
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Ergo Phizmiz : Things to Do and Make (Care in The Community, 2010)

ergozlizQuand il ne se lance pas dans un délire psychotique où un savant fou met au point une poupée parlante (l’hilarant 12’’ Handmade In The Monasteries Of Nepal / Eloise My Dolly de 2008), Ergo Phizmiz explore un peu plus loin les contours burlesques de son électro folk pop, sans limites si ce n’est celles d’un dadaïsme à la Felix Kubin.

Adepte d’un non-sense inventif et pernicieux, habile transformateur des envies festives parfumées d’un Setting Sun, le New-Yorkais tient la forme – celle dont s’emparera Kimya Dawson le jour où elle se réincarnera en Pia Burnette. Au-delà de l’univers déjanté et foutraque, qui rappelle à maints égards David Fenech et – aussi – Pascal Comelade, la créativité développée par Ergo Phizmiz au son de ses toy instruments (et autres) est un véritable ravissement mélodique de tous les instants.

Basé sur une apparente simplicité, son univers dévoile toutefois une multitude d’envies, elles ne sont jamais foireuses, ni gratuites. Outre les envies chantantes (parfois à l’unisson), les harmonies vocales et instrumentales génèrent à chaque seconde un nouveau monde où les couleurs rose et orange se teintent d’une énorme pointe d’humour qui leur donne tout leur supplément d’âme. A propos, on vous a dit qu’on adorait ?

Ergo Phizmiz : Things To Do And Make (Care In The Community Recordings)
Edition : 2010.
CD : 01/ Busby Berkeley 02/ Fairy Chewbacca 03/ Food & War 04/ The Dapper Transvestite 05/ Late 06/ Mandrill 07/ Hotel 08/ Shanty 09/ Parrot in the Pie 10/ Dirty Shower Honk Stomp 11/ Boris von Horace
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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zVeep : postbrbq (Petit label, 2010)

zveepslizVeep ou une certaine façon d’entreprendre la contraction.
zVeep ou une façon certaine d’improviser sans interdit(s).
Sans interdits mais avec quelques constantes : maintenir la tension, ne jamais s’embourber dans les marécages d’usage, restaurer les brassages hybrides. Et surtout : s’amuser.
S’amuser d’un son. Lui enferrer des p’tits frères hargneux, lui racler l’os jusqu’à la moelle.
zVeep c’est ne jamais bouder l’instant présent. C’est laisser le silence aux confrères.
zVeep c’est du contrepoint magnétique.
zVeep c’est Tiri Carreras (batterie et objets), Vee Reduron (guitare électrique), Dom Dubois Taine (électronique) et c’est généreux en diable.

zVeep : postbrbq (Petit label)
Enregistrement : 2010. Edition : 2010
CD : 01/ Starstz 02/ Larhs 03/ Balibali 04/ Kahk 05/ Zug 06/ Glinn 07/ Capadak 08/ Oink
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Jason Robinson, Anthony Davis : Cerulean Landscape (Clean Feed, 2010)

cerugrislilandscapeTels John Coltrane (Blue Train, Coltrane Plays the Blues), Booker Ervin (Blues Book), Thelonious Monk (Blue Monk) ou encore bien sûr Miles Davis (Kind of Blue), nombreux furent ceux qui replongèrent le jazz dans sa teinture originelle : le blues. Et c’est Duke Ellington qui inspire à Jason Robinson et Anthony Davis la musique jouée ici. Le fameux pianiste avait en son temps exploré les nombreuses nuances de la couleur bleue (Mood Indigo, Azure, Transbluesency…). Avec Cerulean Landscape (« paysage céruléen »), les deux hommes de poursuivre la démarche de leur aîné et de plonger à leur tour leurs mains dans le profond courant bleu.

Le saxophoniste et flûtiste Jason Robinson et le pianiste Anthony Davis commencèrent à jouer ensemble en 1998, à l’occasion d’un hommage rendu à Cecil Taylor. C’est dire si les deux extrêmes de ce spectre (Cecil Taylor alors ; Duke Ellington aujourd’hui) suggèrent un attachement à la tradition nuancé d’une poursuite opiniâtre de la liberté.

Le disque s’ouvre avec une composition de Davis, Shimmer, lent envol vers de vibrantes altitudes. Les battements d’ailes du piano puis les circonvolutions du saxophone posent le décor de Cerulean Lansdcape : la musique alternera longues pauses planantes et virages épris d’accélérations et changements de rythmes. On pense dans ce premier morceau à Steve Lacy, tant le saxophone soprano ici mêle en un même flux tendresse et abstraction, chair et esprit. Sur le titre suivant, Someday I’ll Know, le saxophone ténor prend le relai. C’en est fait de la légèreté, le propos s’aggrave, s’approfondit, et à mesure que la musique progresse l’on semble se rapprocher du sol pour enfin se poser à mi temps du morceau, un court instant. Puis, sous l’impulsion de Davis, en un solo stupéfiant, redécoller et jouer malicieusement avec le vent.

Le disque s’écoutera alors à l’aune de ces débuts : aux grands espaces succéderont d’accidentés terrains, où les notes se fraieront un passage avec agilité et inquiétude. Quitter les hauteurs ne se fait parfois pas sans risques et Vicissitudes, seul véritable bémol du disque, ne fait qu’accroître notre impatience de voir les musiciens reprendre calme et hauteur. C’est chose faite dès le quatrième (et plus beau ?) morceau, Of Blues and Dreams. La paix retrouvée se teinte cependant de ces notes bleues qui interdisent tout abandon, qui rappellent l’imminence possible de la chute. Alors, l’art du suspense de Davis et Robinson achèvera de convaincre. Cet autre sommet du disque qu’est Andrew (septième et pénultième morceau), au piano tout en brisures mais ne se départissant jamais d’un implacable rythme, nous offrira une proposition singulière de ce qui faisait battre le cœur de la musique de Duke : le swing.

Jason Robinson, Anthony Davis : Cerulean Landscape (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 5 & 6 décembre 2008. Edition : 2010.
CD : 01/ Shimmer 02/ Someday I'll Know 03/ Vicissitudes (for Mel) 04/ Translucence 05/ Of Blues and Dreams 06/ Andrew 07/ Cerulean Seas and Viridian Skies
Pierre Lemarchand © Le son du grisli

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