Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Lee Konitz : Solos : The Jazz Sessions (MVD, 2010)

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Un alto dans le décor : celui de Lee Konitz en studio de télévision rouge et or. Dès les premières minutes, l’exposé se veut vulgarisateur – pourquoi pas – mais, en conséquence semble-t-il, la camera bouge sans cesse, les plans se succèdent à une vitesse au point de s’avaler les uns les autres.

On regrette la caméra fixe captant ce solo de Steve Lacy, stable image en noir et blanc à laquelle se raccrocher pour ne pas céder tout à fait à la nausée avant de décider d’écouter Lee Konitz et de l’écouter seulement. Avec un certain détachement, entendre alors le saxophoniste en pleine démonstration : de chant plein et intense (Improvisation #1) ou de relectures soignées (The Rebirth of Cool, Subconscious). S’il se veut exposé, le discours n’en est pas moins insondable quelques fois, disant dans le même temps que l’exercice du solo est, sous les doigts de l’improvisateur inspiré, un contact direct avec celui qui l’écoute autant qu’un moment d’intimité privilégié.

Lee Konitz : Solos : The Jazz Sessions (MVD / Orkhêstra International)
Edition : 2010.
DVD : 01/ Thinking Kary's Trance 02/ The Rebirth of Cool 03/ Subconscious 04/ Improvisation #1 05/ Improvisation #2 06/ What's New
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Sol 6 : Sol 6 (Red Note, 2010)

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Quelque chose serait donc en marche depuis Roof (en passant par la case, malheureusement achevée, Four Walls) et qui se poursuivrait avec Sol 6. On peut donc sans trop se tromper parler de continuité, d’un sillon creusé et sans cesse redéfini par le bouillonnant Luc Ex.

Ici, la parité est parfaite : trois musiciennes (Mandy Drummond, Ingrid Laubrock, Hannah Marshall) et trois musiciens (Tony Buck, Veryan Weston, Luc Ex), toutes et tous unis pour que s’agitent de vifs dialogues. Rares sont les effets de masse et les formules, les plus souvent utilisées, vont du duo au quartet en passant plus volontiers par le trio. Ainsi, s’élaborent un alphabet du débordement contagieux, sérieusement millimétré permettant au sextet de croiser héroïquement les compositions de Charles Ives, Erik Satie, Burt Bacharach, Luc Ex aux improvisations presque secrètes du combo. Presque secrètes car difficiles à localiser mais jamais perdues ou laissées à l’abandon dans ce vaste océan rugueux qu’est Sol 6.

Après avoir passé par tellement de sentiers (le jazz, l’improvisation, le rock, le contemporain) et de saveurs (le chaos, la douceur, l’obsession), Sol 6 s’enfuit brutalement sur une Miniature 2, tranchée nette. Peut-être une manière de nous dire que tout est toujours à recommencer, à reconquérir.


Sol 6, Autistic African Samba. Courtesy of Orkhêstra International

Sol 6 : Sol 6 (Red Note / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010. 
CD : 01/ Some Things Must Stay 02/ And the World Might Bb After All 03/ Uncaged 04/ The Cage 05/ Miniature 1 06/ Brain Boilingly Obvious 1 07/ Chanson hollandaise 08/ Leg Room in the 1st Class 09/ Amputation in Economy 10/ Nood 11/ Close to You 12/ Brain Boilingly Obvious 2 13/ Sick Eagle 14/ Autistic African Samba 15/ Brain Boilingly Obvious 3 16/ Insecurity 17/ Miniature 2
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Lol Coxhill , Enzo Rocco : Fine Tuning (Amirani, 2010)

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Un « fine tuning », oui, c’est bien ce que Lol Coxhill (saxophone soprano) et Enzo Rocco (guitare) établissent durant la demi-heure – et ce n’est pas rien, pour le musicien impliqué ou l’auditeur concentré – de ce concert italien de novembre 2008 : « accordage délicat » & « impeccables accordailles », la « parfaite intonation » prévaut. Justesse de chaque intention, même en crabe, de chaque virage falsetto, jusque dans certains étranglements, enguirlandages et digressions de soprano parlando…

Dans cet agile jeu de truites mouchetées, la sinuosité des trajectoires ne fait qu’épouser, en une nerveuse sismographie, la très sérieuse fantaisie de Coxhill et de Rocco (on l’avait goûtée sur les London Gigs du guitariste, pour le label Prominence). Si ce dernier joue avec économie, le sopraniste passionne par son imagination linéaire mais non narrative, capricante, éraillée. Une belle présence à soi.

Lol Coxhill , Enzo Rocco : The Gradisca Concert. L'intégralité du concert est à retrouver sur la chaîne personnelle d'Enzo Rocco.

Lol Coxhill , Enzo Rocco : Fine Tuning (Amirani)
Enregistrement : 15 novembre 2008. Edition : 2010.
CD : Fine Tuning, The Gradisca Concert
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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Sebi Tramontana : Night People (Palomar, 2010)

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Parmi les rencontres faites sur disques par Sebi Tramontana – trombone de l'Italian Instabile Orchestra –, on trouvait jusque-là Carlos Zingaro ou Joëlle Léandre, improvisateurs uper-class agissant dans les cordes. Night People, d'ajouter en une fois quatre autres spécimens de la même espèce trouvés à Chicago : John Corbett (guitare), Fred Lonberg-Holm (violoncelle), Terri Kapsalis (violon) et Kent Kessler (contrebasse).

Anonnant d'abord en discret derrière l'échange d'un couple d'archets en perdition, Tramontana se retrouve coincé à l'intérieur de son instrument le temps d’une récitation de Kapsalis : la musique faite illustration occupera ensuite tout l’espace. Là, trouver alors un lot de notes fuyant sur perspectives descendantes, de grincements répétés et de constructions anguleuses d’une sophistication qui ne surprendra pas qui sait déjà de quoi est capable chacun des musiciens en place. Histoire de dire autrement, l’ensemble accueille le clarinettiste Guillermo Gregorio sur les quatre derniers titres : les mêmes constructions, de vaciller alors jusqu’à choisir l’option de l’écroulement pour toute apothéose.

Sebi Tramontana : Night People (Palomar / Instant Jazz)
CD : 01-08/ Part A-I
Enregistrement : 2004. Edition : 2010.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Bill Dixon (1925-2010)

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I've just been asked by his estate to deliver the sad news that trumpeter/composer/educator Bill Dixon died last night in his sleep at his longtime home in North Bennington, Vermont after a two-year illness. He was 84 years old. Dixon is survived by his longtime partner Sharon Vogel and two children. Scott Menhinick. Photo © Nick Rueschel.

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Håvard Volden, Toshimaru Nakamura : Crepuscular Rays (Another Timbre, 2010)

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La guitare d’Håvard Volden a 12 cordes et le no-input mixing board de Toshimaru Nakamura est toujours le même. En d’autres termes, Nakamura peut faire deux fois plus d’effets à l’instrument de Volden qu’à toute guitare « normalement bâtie ».

Et c'est ce qu’il s’empresse de faire, d’ailleurs : tirant et étirant une corde à l’infini (ou presque) pour forcer Volden à chercher le bon moyen de mener sa contre-attaque. A cet instant, la guitare sonne comme un koto sur les vrombissements et le bruit des rouages, mais elle crachera bientôt des larsens, des accords et des arpèges d’un style noise abattu. Je crois avoir déjà entendu Nakamura plus poétique. Mais ce qu’il perd en poésie, le Japonais le gagne en vérité brute. La poésie n’est sans doute plus la priorité…

Håvard Volden, Toshimaru Nakamura : Crepuscular Rays (Another Timbre)
Enregistrement : 2008. Edition : 2010.
CD : 01/ Scattering 02/ Perception
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Jazz Meets India (Promising Music, 2010)

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Jazz Meets India est une idée du producteur Joachim E. Berendt. Nous sommes en 1967 et un an auparavant, en Angleterre, John Mayer et Joe Harriott avaient déjà croisé jazz et musique indienne.

Le batteur Mani Neumeier, qui avait eu la bonne idée d’étudier les tablas avec Keshav Sathe, mit sur pied cette rencontre indo-européenne. D’un côté ; le trio de la pianiste Irène Schweizer (Uli Tepte, Mani Neumeier), de l’autre ; celui de Dewan Motihar (Kusum Thakur, Keshav Sathe) et au centre ; le trompettiste Manfred Schoof et le saxophoniste Barney Wilen. A l’arrivée ; trois compositions et deux mondes qui se cherchent, réfléchissent, prennent plaisir à l’échange.

Sur Sun Love, le trio indien débute et impose sa transe légère. Puis s’ajoutent des cymbales. La pianiste s’invite dans la danse…et l’India de Coltrane n’est pas très loin (à noter : Dewan Motihar qui fut l’élève de Ravi Shankar initia les Beatles à la musique indienne). Puis, à tour de rôle, Manfred Schoof et Barney Wilen vont tenter la déconstruction. Aucun problème quant à l’harmonie, la musique indienne permettant maintes folies, mais le rythme résiste. Pas facile d’en sortir. Alors, ils n’auront d’autres choix, après tâtonnements, que de rompre le cercle. Surgiront alors de courts moments de solaire beauté ; deux territoires qui ne forment qu’un seul, uni et solidaire, convulsif. Cela sera plus flagrant, plus évident encore avec Brigah & Ganges, composition enlevée du trompettiste. L’espace de quelques minutes, la fusion avait été possible. En conclusion : un beau document.

Jazz Meets India (Promising Music - MPS / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1967.  Edition : 2010
CD : 01/ Sun Love 02/ Yaad 03/ Brigah & Ganges
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Jimmy Bennington : The Spirits at Belle’s (Cadence, 2010)

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Jeune batteur texan désormais (forcément) sorti de l’Elvin JonesJazz Machine, Jimmy Bennington enregistrait récemment en trio et en quartette avec le clarinettiste Perry Robinson, rencontré à Chicago.

En quartette : les débuts vont au son d’une mélodie timide qu’ose Robinson entre les deux contrebasses de Mathew Golombisky et Daniel Thatcher – l’une à droite et l’autre à gauche. En retrait, le batteur n’en fomente pas moins une accélération qui donnera au clarinettiste l’idée de feindre l’essoufflement. Sophistiqué, l’ensemble joue alors de paraphrases (via archets) et de références faites au jazz traditionnel sans que l’on puisse soupçonner le quartette de verser dans le passéisme simplement heureux (Albert M). Plus commun, un troisième thème signé Robinson vient clore l’échange.

Jimmy Bennington : The Spirits at Belle’s (Cadence Jazz Records)
Enregistrement : 2007. Edition : 2010.
CD : 01/ The Spirit at Belle’s 02/ Albert M 03/ Walk On
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Jimmy Bennington : Symbols Strings and Magic (CIMP, 2010)

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Jeune batteur texan désormais (forcément) sorti de l’Elvin JonesJazz Machine, Jimmy Bennington enregistrait récemment en trio et en quartette avec le clarinettiste Perry Robinson, rencontré à Chicago.

En trio : ayant laissé au contrebassiste Ed Schuller le soin d’établir le contact avec la figure imposante qu’est Robinson, Bennington peut projeter des coups déstabilisant une approche qui troquera sa délicatesse contre la lassitude d’une ballade apaisante (What’s New). Alors, les esprits peuvent se laisser aller : actualisation valable des usages du free à coups de rebonds inspirés et de coups claquant net. Seule une question demeure, qui concerne l’intérêt que Schuller trouve à chanter sur son jeu de contrebasse.

Jimmy Bennington : Symbols Strings and Magic (CIMP)
Enregistrement : 2008. Edition : 2010. 
CD : 01/ Symbols Strings and Magic 02/ What’s New 03/ high Maestro (for Perry) 04/ Let Us Cross Over the River Under the Shade of the Trees 05/ Cadence Blues 06/ Susanna 07/ Now 08/ Side by Side 09/ EMOI 10/ Circles Aplenty
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Marilyn Crispell, David Rothenberg : One Dark Night I Left My Silent House (ECM, 2010)

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C'est une histoire que nous racontent la pianiste Marilyn Crispell et le clarinettiste David Rothenberg. Une histoire qui commence par ces mots : « One Dark Night I Left My Silent House »… Deux voix susurrent et plantent les éléments du décor : la nuit, la solitude, la fuite de la maison et l’abandon de son silence.

Marilyn Crispell progresse à la vitesse à laquelle tout le monde avance lorsqu’il tâtonne dans le noir : prudemment, légèrement même. Sur son clavier, elle effleure les touches ; sur son instrument, elle fait pleuvoir des coups alors qu’à l’intérieur, elle trouve un peu de plaisir à pincer ses cordes jusqu’à la note. David Rothenberg, lui, se fait plus impressionniste, comme s’il était le fil auquel sa partenaire pourra toujours se raccrocher. Oreilles ouvertes, on écoute la suite de l’histoire, ses dissonances assassines et son lyrisme digressif / régressif, ses prises de décisions étranges (cette histoire est celle d’un jeu de rôle dans lequel Marilyn Crispell n’arrête pas de faire des choix personnels).

La musique qui illustre l’histoire qui nous est contée pourrait être celle d’un folklore déterré après avoir été enfoui sous des mousses vieilles de plusieurs siècles. Loin, très loin, de l’esthétique ECM tout en s’y rattachant quand même quelque part, Marilyn Crispell et David Rothenberg ont fait d’une histoire un beau projet discographique, sans les larmes de façades et la mélancolie forcée qui ont fait les bénéfices de ce même label. One Dark Night I Left My Silent House

Marilyn Crispell, David Rothenberg : One Dark Night I Left Mi Silent House (ECM / Universal)
Enregistrement : 2008. Edition : 2010.
CD : 01/ Invocation 02/ Tsering 03/ The Hawk and the Mouse 04/ Stray, Stray 05/ What Birds Sing 06/ Companion: Silence 07/ Owl Moon 08/ Still Life with Woodpeckers 09/ grosbeak 10/ The Way of Pure Sound (for Joe Maneri) 11/ Motmot 12/ Snow Suddenly Stopping Without Notice 12/ Evocation
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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