Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Lettre ouverte de Joëlle Léandre aux Victoires du jazzle son du grisli #3Conversation de John Coltrane & Frank Kofsky
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Van Hove, Dunmall, Rogers, Lytton : Asynchronous (Slam, 2010)

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C’est la présence de Fred Van Hove qui interpelle d’abord sur Asynchronous, rencontre du pianiste et d’un trio de Paul qui se connaissent par cœur – Dunmall (saxophone ténor) / Rogers (contrebasse) / Lytton (batterie) – lors de l’édition 2008 de l’Europe Jazz Festival du Mans.

Jadis, Van Hove essouffla Peter Brötzmann, Don Cherry ou Albert Mangelsdorff : en conséquence, Dunmall doit faire face et ne tarde pas : ainsi, il titube certes mais tient bon sur les volutes rapides au son desquelles le pianiste investit la première plage d’improvisation, et puis vocifère encore quand le même se fait plus lyrique, décidant d’un changement de climats sous les effets d’aigus remontés. Alors, le saxophoniste trouve refuge dans les graves et commande de nouveaux emportements que soutiennent avec ferveur et même majesté le duo Rogers / Lytton.

Bien sûr, on peut regretter la fâcheuse tendance qu’a parfois Van Hove de donner l’impression de jouer tout ce qui lui passe par la tête sans jamais faire usage d’aucun tamis de circonstances, mais la critique s’arrête sur la fin de la première des deux plages à trouver sur le disque. En effet plus subtil sur Moves, le pianiste agit en élément concentré autant que ses partenaires sur un développement musical lent : l’archet appuyé de Rogers et les assauts fomentés ensemble par Dunmall et Lytton l'invitant à distribuer de simples et brefs accords. Cohérent maintenant – c'est-à-dire après avoir déjà beaucoup convaincu – le quartette dépose ses dernières notes, les espaçant de plus en plus jusqu’au moment de disparaître.

Fred Van Hove, Paul Dunmall, Paul Rogers, Paul Lytton : Asynchronous (Slam / Improjazz)
Enregistrement : 11 mai 2008. Edition : 2010.
CD : 01/ Asynchronous 02/ Moves
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Remi Álvarez, Mark Dresser : Soul to Soul (Discos Intolerancia, 2010)

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A la rondeur de l’Américain répond le tracas du Mexicain. L’américain c’est Mark Dresser. On ne le présente plus. Le mexicain c’est Remi Álvarez, un saxophoniste très actif en son pays et déjà remarqué aux côtés de William Parker et de la Gonzalez Family.

Ce duo est sage, sobre. Il refuse tout lyrisme daté, tout excès et débordement. Le ténor d'Álvarez est rugueux, siffleur. Il ne laisse rien traîner, multiplie les effets, ne s’installe jamais en une seule attitude mais varie les angles : convulsif ici (Do Nothing), salivaire là (True Self), ample ailleurs (Maka-Paka). Au soprano, il opte pour des attaques douces, des phrasés longs et rassurants (Transformation) puis trouve, en solitaire, une inquiétude toute lacyenne avant de s’en aller citer Ornette quelques minutes plus tard (Spark). Mark Dresser est ce contrebassiste fidèle et bienveillant qu’il a toujours été. Parfois son archet crisse, s’emballe et évacue le ronron qui pointait (Eternal Present). Toujours, il est magnifique de présence et d’écoute. Une première rencontre me dit-on. Ici, les bases sont solidement posées. A suivre donc…

Remi Álvarez, Mark Dresser : Soul to Soul (Discos Intolerancia)
Enregistrement : 2008. Edition : 2010.   
CD : 01/ Eternal Present 02/ Do Nothing 03/ Maka-Paka 04/ Recreation 05/ Transformation 06/ True Self 07/ Spark
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Fred Anderson (1929-2010)

Anderson

Fred Anderson [1929-2010].
Fred Anderson's influence has been phenomenal. He is a great humanitarian while continuing to perpetuate the music but he also been a tremendous influence and inspiration for younger musicians. Hamid Drake, in Music and the Creative Spirit.

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Mural : Nectars of Emergence (Sofa, 2010)

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Au rayon Ambient Music, on trouve du papier peint comme de grands panneaux d'artistes dont le catalogue de motifs est inépuisable. Mural travaille dans la seconde catégorie : trois artistes chevronnés s'y sont réunis en agence d'architecture sonore et entament sur Nectars of Emergence leur ascension du Mont Rothko.

Jim Denley (saxophone alto et flûtes), Kim Myhr (guitare acoustique et préparations)  et Ingar Zach (percussion dont un belle et grosse caisse), construisent calmement les sept panneaux de leur rencontre que la guitare est la seule à structurer clairement : le jeu de Myhr est minimaliste et son instrument est désaccordé mais il a l'avantage de marquer les secondes ! On imagine le temps filant au cadran d'une horloge universelle, on imagine les trois hommes inspirés par le memento de cette horloge sans forcément s'en rendre compte d'ailleurs.

A croire qu'on vagabonde dans un grand hall de gare : après les préparatifs de voyage vient le bruit des engins de transport. Denley et Zach avancent par touches évasives et Myhr fait de ses cordes une tablature géante où il jette toutes les idées qui lui passent par la tête. Cela siffle et cela magnétise jusqu'à ce que l'énergie se désagrège et c'est justement là la fin, sur un morceau qui s'intitule Entropy – notons que ce genre de musique redonne tout son sens à l'habitude de donner un titre à chaque morceau qui est joué.

Mural : Nectars of Emergence (Sofa Records / Metamkine)
Enregistrement : 15, 16 juillet 2009. Edition : 2010.
CD : 01/ Monolith of the Chaotic Pledge 02/ Luminous Continuum 03/ Flash Expansion 04/ Saturated Field 05/ Coming-into-being 06/ Blood Listener 07/ Entropy
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Matt Bauder : Paper Gardens (Porter, 2010)

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Enregistré au club Roulette de New York en 2006, Paper Gardens montre comment le saxophoniste ténor et clarinettiste Matt Bauder envisage ses travaux d'atmosphères et de jazz aux côtés de partenaires occasionnels mais adéquats.

Ceux-là – Matana Roberts (saxophone alto et clarinette), Loren Dempster (violoncelle) et Reuben Radding (contrebasse) – changent donc Bauder des fidèles Zach Wallace et Aaron Siegel (membres de Memorize the Sky qu'il côtoya plus tôt sur 2 + 2 Compositions aux côtés d'Anthony Braxton, alors leur professeur à la Wesleyan University). Pourtant, malgré le changement, l'idée est la même : celle de défendre une nouvelle forme de musique soumise à partition mais aussi à de grandes plages d'improvisation.

Dès l'ouverture de Paper Gardens, les notes se font longues : deux minutes à peine sur lesquelles Bauder et Roberts s'unissent pour progresser lentement, vrillent et étirent avec mesure un discours sonore mis en commun lorsqu'ils ne le déstabilisent pas plutôt sous les effets de déstructurations passagères. Dempster et Radding, eux, se chargent de maintenir les concentrations dans un cadre fait de notes passées au tamis de structures à cordes : pizzicatos souvent lâches capables de convaincre de l'intérêt à trouver en dérives multiples et archets enjoignant les souffles à gronder un peu – le temps seulement de comprendre qu'ils agissent sur courbe et d'en revenir forcément à la mesure de départ. Depuis Weary Already of the Way, son premier disque, Matt Bauder s'est attelé à la mise au jour de cette musique horizontale aux reliefs décidés par l'intensité des climats à y défiler : avec Paper Gardens, sans doute a-t-il mis la main sur la pièce-maîtresse de son esthétique.

Matt Bauder : Paper Gardens (Porter / Orkhêstra International)
Enregistrement : 16 octobre 2006. Edition : 2010.
CD : 01-11/ Track A-Track K
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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eRikm : Lux Payllettes (Entr'acte, 2010)

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L'envie me prend parfois (en bon petit juge que je suis) de distribuer des claques. La sensation est bizarre surtout lorsque l'on veut mettre ces claques à un musicien qu’on aime d’ordinaire. Par exemple, eRikm… 

A la base de ce retournement de situation, il y a Lux Payllettes, un disque sur lequel eRikm s'affiche en cinéphile mais peut-être encore plus en inventeur nul. En fait, enfourner Lux Payllettes dans sa platine, c'est un peu retrouver tous ses copains musiciens d'il y a une dizaine d'années avec leurs fantômes de projets insensés mariant des samples vocaux tirés de films à des mini « tracks » d'ambiance sans intérêt de leur (médiocre) composition.

Avec des années de retard (et le même projet centriste), eRikm nous prend aujourd'hui une heure de notre temps et la gâche. Le sourire en coin n'est même plus d'actualité et si les notes de pochette nous parlent de « subliminal médiatique », on entend plutôt des références enfilées à la grossière : la mélodie phare du Magicien d'Oz pas loin de Jean-Pierre Marielle s'extasiant sur on sait sur quoi dans Les galettes de Pont Aven, un parfum de Shadow of Your Smile qui joue la connivence avec un beat mou du... genou.

Evidemment, on entend aussi mille ressacs de Nouvelle Vague au point que l'auditeur n'en finit plus de boire la tasse. Du lion de la MGM à « Mettez moi un tigre dans mon moteur », l'enjeu sonore est morose et l'originalité introuvable : le disque est obsolète depuis longtemps. Pourtant, la pochette nous apprend que les enregistrements ont été effectués entre 2005 et 2008... Il aura donc fallu à eRikm trois ans (voire plus) pour accoucher d'une souris malade. Niveau samples décalés et hommage au cinéma, mieux vaut aller revoir Le grand détournement...

eRikm : Lux Payllettes (Entr'acte)
Edition : 2010.
CD : 01/ Lux Payllettes
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Empty Cage Quartet & Soletti-Besnard : Take Care of Floating (Rude Awakening, 2009)

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Ainsi recomposée et repensée grâce à l’adjonction du clarinettiste Aurélien Besnard et du guitariste Patrice Soletti, la musique d’Empty Cage (Kris Tiner, Jason Mears, Ivan Johnson, Paul Kikuchi), si elle ne perd ni ne gagne rien en intensité, trouve ici de nouveaux territoires à arpenter. Déjà, affleurant dans les disques précédents, les accents binaires se font plus pressants et s’incrustent durablement ici.

Y résistent toujours les enchâssements de souffles avant passages solistes (mention spéciale au trompettiste Kris Tiner) mais s’agitent, par ailleurs, des saillies improvisées peu entendues précédemment (Where It Was It Is). Ainsi le canevas inquiétant et grondant de To Be Ornette To Be succède-t-il à l’énergie baroque et fouettante de Smoke Point sans que ne s’y décèle la moindre trace de rupture ou cassure. Preuve d’une fluidité qui ne semble pas prête de s’éteindre.

Empty Cage Quartet, Patrice Soletti, Aurélien Besnard : Take Care of Floating (Rude Awakening)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD : 01/ Take Care of Floating 02/ Moths to the Flame 03/ Carry the Beautiful 04/ Cheese & Shoes 05/ Ele(g)y 06/ Where It Was If Is 07/ Smoke Point 08/ To Be Ornette To Be 09/ Only As Evidence 10/ Pieces of Biscuspid
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Nurse With Wound : Alice the Goon (United Jnana, 2010)

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La réédition d’Alice the Goon – les 500 LPs originaux étant écoulés depuis plus de dix ans – nous prouve s’il le fallait encore que Nurse With Wound est un groupe très peu commun – et même, disons le, pas commun du tout.

Chaque morceau ici présent semble avoir été écrit pour promener son auditeur. Par exemple, (I Don't Want To Have) Easy Listening Nightmares Nurse With Wound revêt des habits de Kid Creole experimental : une boucle exotique qui tourne et tourne encore et le tour est joué, il n’y a plus qu’à fleurir de petits solos décalés ce monument d’easy listening répétitive.

Pour faire honneur au CD, un troisième titre a été ajouté et placé entre les deux originaux : le groupe y flirte avec une indus glabre sous les débris de laquelle on croit entendre Laurie Anderson appeler à l’aide. Plus expérimentale encore et plus sérieux, des filets de voix s’occupent de dépeindre le cauchemar annoncé plus haut. D’Alice the Goon sort un « dirty listening » implacable, bien au-dessus du lot. 

Nurse with Wound :  Alice the Goon (Durtro Jnana / Orkhêstra International)
Réédition : 2010.
CD : 01/ (I Don’t Want To Have) Easy Listening Nightmares 02/ Prelude to Alice the Goon 03/ Alice the Goon
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Schlippenbach Trio : Bauhaus Dessau (Intakt, 2010)

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C’est avec une régularité comparable – mais tous les deux ans seulement – à celle que montre le trio en prenant la route, chaque hiver, pour une tournée en forme de Winterreise (disque psi), que nous parvient un nouveau bulletin de l’excellente santé musicale du groupe, fondé il y a près de quarante ans.

Cet enregistrement de novembre dernier, qui entre en résonance avec tout un corpus phonographique, a été saisi en concert à Dessau : il offre une longue improvisation de quarante minutes, prolongée de deux pièces plus brèves, et fait en quelque sorte pendant aux dix instantanés du précédent disque (Gold Is Where You Find It), gravé en studio, courant 2007 – tout comme il y a vingt ans, chez FMP, Physics répondait à sa manière aux Elf Bagatellen

D’une compacité et d’un raffinement toujours aussi étonnants, l’agrégation d’Alexander von Schlippenbach (piano), Evan Parker (au seul saxophone ténor) et Paul Lovens (batterie) déploie ses mondes en une variation infinie que l’auditeur suit avec d’autant plus de plaisir que cette continuation, cette « version », cette reprise du matériau fait remonter de véritables pépites… Si les efficaces principes de l’économie intime du trio – énergie au combustible rythmique, rouleaux pianistiques en guise de paliers (redistribution, entrées, bifurcations), constructions klangfarbentes jamais barbantes – sont connus, la musique n’en est pas moins merveilleusement malaxée et tannée, délicatement hirsute et poétique : une houle de très grande classe !

Schlippenbach Trio : Bauhaus Dessau (Intakt / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010.
CD : 01/ Bauhaus 1 02/ Bauhaus 2 03/ Bauhaus 3
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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Seth Nehil : Furl (Sonoris, 2010)

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Derrière la musique de Seth Nehil, on ressent l'expérience d'un regard posé sur d'autres formes d'art qui nourrissent un instinct de création dévorant. Mais comment rendre au moyen de vibrations – Nehil aux synthétiseurs ou bien se servant dans un catalogue de voix d'amis – la planéité d'une vision d'esthète ou l'horizontalité d'un tel intérêt musical ?

Il arrive qu'une des solutions proposées par Nehil soit délirante et refuse toute inventivité : un orgue fait par exemple oeuvre d'ambient dépassée depuis longtemps sur Pluck. Mais Nehil cherche encore et avec Hiss s'intéresse aux conséquences de la résonance sur le bruit de la pluie ou encore à celles de la présence de cris humains – d'humains que l'on ne voit pas et que l'on ne peut pas imaginer – dans le pays de Swarm. Des corps se bousculent sur cette composition tordue et leurs expressions conjointes sont même assez impressionnantes.

Enfin, Nehil actionne toutes ses machines pour débiter des contes philosophiques abstraits qui font passer le temps entre deux périodes soumises aux catastrophes naturelles. Ceci est sans doute moins orignal, mais rehausse l'intérêt que l'on pourra trouver à Furl. De Nehil, on retiendra donc la palette large mais aussi la différence de tons et de qualités ou fades ou luxuriantes.

Seth Nehil : Furl (Sonoris / Metamkine)
Edition : 2010.
CD : 01/ Pluck 02/ Hiss 03/ Swarm 04/ Whoosh 05/ Rattle
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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