Le son du grisli

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Howard Riley : Solo in Vilnius (NoBusiness, 2010)

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L’acoustique réverbérante de l’église Sainte-Catherine à Vilnius possède sans doute quelque importance quant à la belle réussite de ce concert de septembre 2009. Jouer du son, de sa prolongation, de son écho et de la possibilité de resserrer ou d’espacer la résonance du piano ; toutes choses qui sont, ici, pleinement exploitées par le pianiste Howard Riley.

L’approche monkienne est là qui hante tout le concert et qui s’extériorise au détour d’un phrasé, d’une harmonie, d’une rupture (Round Midnight & Misterioso sont d’ailleurs présents pour en témoigner). Ici, Riley s’offre la liberté de n’offrir que l’effluve des thèmes de Monk, d’intervertir les mélodies, de déplacer à sa guise les blocs harmoniques en autant de séquences aléatoires étendues, et ce, sans jamais s’engluer dans une joliesse ou un lamento de prisunic. Privilégiant le registre grave du piano, jouant d’un continuum jamais rompu (le deuxième CD est de ce point de vue exemplaire), frôlant la dissymétrie sans jamais s’y abandonner totalement, Howard Riley signe, ici, un solo – me semble-t-il – magnifique.

Howard Riley : Solo in Vilnius (NoBusiness Records / Instant Jazz)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010   
CD1 : 01/Starting Up  02/Six with Five  03/Proof  04/There & Back  05/Round Midnight  06/Secret Moves - CD2 : 01/Hello Again  02/Space Cadets  03/Formely  04/New Walkway  05/Yesterdays  06/Misterioso  07/Encore
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Anthony Braxton : Creative Orchestra (Köln) 1978 (HatOLOGY, 2009)

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En concert à Cologne en 1978, le Creative Orchestra d’Anthony Braxton vivait ses dernières heures, et peut être aussi ses plus intenses, à en croire ce Creative Orchestra (Köln) 1978, aujourd'hui éédité.

Parmi la vingtaine d’intervenants auprès de Braxton, souligner les présences de Vinny Golia, Leo Smith, Kenny Wheeler, George Lewis ou Marilyn Crispell – détail de l’orchestre à trouver en image. Pour tenter de décrire la musique, commencer par dire la lutte engagée sur Language Improvisations par un soprano contre le reste d'un groupe, lutte qui servira les intérêts du guitariste James Emery.

Cinq compositions du chef d’orchestre, ensuite : numérotées 55 (bop servi à l’unisson puis démoli par individualismes), 45 (musique de fanfare mêlant le grotesque à ses tourments obsessionnels), 59 (masse compacte née de dissonances d’où ne dépassera plus une note), 51 (bop soumis davantage aux oppositions frontales des solistes, Crispell étant de ceux-là la plus radicale de toutes) et enfin 58 (exploration sonore d’essence plus rare sur laquelle l’accordéon de Birgit Taubhorn et le synthétiseur de Bob Ostertag revendiquent leur place en musique créative et donnent par la même une leçon de subtilité à la plupart des défenseurs de tango jazz ou de fusion). En conclusion de cette même composition, une marche grave impose son allure, « funèbre » pourrait la qualifier. A suivre, la disparition du Creative Orchestra la revendiquerait même, après avoir presque tout prouvé dans le domaine de la musique créative comme dans le domaine de la musique d’orchestre.

Anthony Braxton : Creative Orchestra (Köln) 1978 (HatOLOGY / Harmonia Mundi)
Enregistrement : 1978. Réédition : 2010.
CD1 : 01/ Language Improvisations 02/ Comp. 55 03/ Comp. 45 – CD2 : 01/ Comp. 59 02/ Comp. 51 03/ Comp. 58
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Joëlle Léandre : Live in Israel (Kadima Collective, 2008)

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Le Live in Israel de Joëlle Léandre, c’est tout d’abord cette photo mettant en scène la musicienne seule, devant la Mer Morte, caressée par le vent et sur fond de ciel bleu. Une Léandre « au naturel ». La Mer Morte, berceau de l’Humanité, est le lieu des origines, de l’intime, du retour à soi, en même temps que le point de départ des aventures humaines, des rencontres, des brassages.

Le Live in Israel, alors ouvert, ce sont deux disques, témoignages d’une tournée de Joëlle Léandre donnée en Israël en novembre 2007. Le premier comprend sept improvisations de la contrebassiste en solo, le plus souvent jouées arco. On l’y entend frotter les cordes avec son archet comme si elle fouillait en elle-même, avec l’intensité et les fulgurances qu’on lui connaît, et cette capacité à nous faire basculer dans un ailleurs, une terra incognita aussi belle qu’universelle (impros 4 et 5).

Le deuxième disque présente la contrebassiste jouant en sextet, puis en trio et enfin en duo. Les quatre plages en sextet la lient à cinq musiciens israéliens au sein d’une formation qui n’a de classique que l’apparence : piano, contrebasse, batterie et trois soufflants, dont le désormais new-yorkais Assif Tsahar à la clarinette basse.  Les trois plages suivantes sont jouées en trio, et on retrouve Joëlle Léandre aux côtés du saxophoniste Steve Horenstein et d’un autre contrebassiste, JC Jones, patron du label Kadima Collective mais surtout passionnant musicien. La musique déployée ici est surprenante de bout en bout et l’alchimie entre les trois musiciens est telle que la musique coule avec une aventureuse évidence (impro 1). Enfin, le disque se clôt avec deux titres joués en duo avec le joueur de oud et chanteur Samir Makhoul et leurs cordes et voix mêlées nous offrent finalement le plus beau moment du disque.

Dans la foisonnante discographie de Joëlle Léandre (plus de 150 enregistrements, tout de même !), ce disque occupe une place particulière, en ceci qu’il nous offre un éclairage singulier sur l’art de la contrebassiste tout en nous présentant une Joëlle Léandre « dans tous ses états ».

Joëlle Léandre : Live in Israel (Kadima Collective / Instant Jazz)
Edition : 2008.
CD1 : 01-07/ Bass Solo 1-7 CD2 : Sextet
Pierre Lemarchand © Le son du grisli

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John Wiese : Circle Snare (No Fun, 2010)

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John Wiese s’est déjà montré plus convaincant en ouverture d’un disque : ici donc, une courte pièce d’abstraction jouant de la stéréo se donne des airs de musique sans principe qui demande en plus à qui l’entendra de lui trouver de l’intérêt…

Mieux, ensuite. Et même : plus long. Une basse joue les référents, un drone naît sur des bruits parvenant vraisemblablement d'appareils à tubes emboîtés. Le discours est toujours abstrait, voire défait, mais fait autrement cas du silence derrière lequel se lève bientôt une noise tremblante propulsée par une suite de sifflements irrésistibles. A son paroxysme, l’ensemble a beau tenter de faire machine arrière, il est trop tard : la consistance et la colère ont repris le dessus pour bientôt emporter l’ensemble.

John Wiese : Circle Snare (No Fun Productions / Metamkine)
Enregistrement : 2008. Edition : 2010.
CD : 01/ Circle Snare
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Anthony Braxton, Joëlle Léandre : Duo (Heidelberg Loppem) 2007 (Leo Records, 2009)

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Anthony BraxtonJoëlle Léandre : un rendez-vous à ne pas manquer. Ces deux-là s’aiment, se respectent, s’admirent. Un premier set (un premier disque) sur le fil du rasoir. Course-poursuite où tout se lâche, tout se soude puis se sépare. Envoûtement du dire en un  pantagruélique vertige de proximité. Toujours dans le vif du sujet, jamais en jachères. Entrelacs et enchevêtrements à la fête. Un côté rythmique appuyé chez Joëlle : cela étonne. Chez Braxton : la saccade, le souffle rauque et insistant. Chez Joëlle aussi : l’insistance. Encore et toujours. Un dialogue sérieux. Un état naturel : improviser et s’oublier.

Un second set (un second disque) rêvé. Les barricades sont tombées. Les peurs, les appréhensions ? Seuls les musiciens pourraient le dire. Pour ma part, je n’en perçois plus la moindre trace. Un set rêvé donc. Une si belle fluidité. La rondeur de Joëlle, parfois sans archet. Une musique qui ne brusque rien, se retrouve apte à déverser ses larges torrents d’amour(s) et d’émotion(s). Une musique du vif et du vivant. Joëlle LéandreAnthony Braxton : ces deux-là devraient se donner rendez-vous plus souvent.

Anthony Braxton, Joëlle Léandre : Duo (Heidelberg Loppem) 2007 (Leo Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2007. Edition : 2009.
CD 1 : 01/ Duo 1  CD 2 : 01/ Duo 2  02/ Duo 3
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Mathias Delplanque : Parcelles 1-10 (Bruit Clair, 2009)

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Aux origines de Parcelles 1-10, Mathias Delplanque dit, sur le site de son label Bruit Clair (qui permet d’écouter des extraits du disque), qu’il y a son Pavillon témoin. Sur la même page, on apprend aussi que ces dix parcelles inaugurent un triptyque (de parcelles).

Les dix premières sont sorties de plusieurs instruments et d’un ordinateur. Avec méthode, Mathias Delplanque coupe, copie et colle des prises de guitares ralenties, des chants renversés sur moniteur, des boucles et beaucoup de bruits non identifiés. En dix temps, il installe un climat de pop expérimentale qui peut verser tout à coup dans une torpeur conditionnée par des basses puissantes parce que, sur Parcelles 1-10, le cœur de Mathias Delplanque balance entre le bruit clair et le bruit foncé, bref a tout pour plaire…

Mathias Delplanque : Parcelles 1-10 (Bruit Clair)
CD : 01/ Parcelle 1 02/ Parcelle 2 03/ Parcelle 3 04/ Parcelle 4 05/ Parcelle 5 06/ Parcelle 6 07/ Parcelle 7 08/ Parcelle 8 09/ Parcelle 9 10/ Parcelle 10
Edition : 2009.
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Fred Bigot : Mono / Stereo (Holy Mountain, 2009)

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Vingt ans de pratique musicale au compteur, Fred Bigot a depuis longtemps intégré – et digéré – les us et coutumes de la distorsion musicale. Qu’il joue de la guitare improvisée ou qu’il dévoie brièvement la techno ou qu’il balance un déluge de delay sur les parties vocales de son projet Electronicat, la manière du producteur français invite immanquablement à la reconnaissance d’une patte très identifiable, entre autres par l’usage de la très vintage boîte à rythmes Roland TR-808).

Composé de chutes de studio de deux singles douze pouces sortis en 1999/2000, mais aussi d’une compilation de 2001 et de trois tracks inédites, Mono / Stereo voit Bigot s’éloigner encore  davantage de la techno glitch qui caractérise sa vie sous le costume d’Electronicat. Totalement désossées et minimalistes, les rythmiques obsédantes du Frenchie de Berlin rendent totalement maboul quand elles sont jouées à plein volume. Telles des récits affolés d’un alva noto qui, toutes les demi-secondes, se taperait la tête contre les murs en béton de son asile psychiatrique (Mono),  ses histoires squelettiques percutent Kraftwerk de plein fouet (Stereo) quand elles ne transgressent pas les héros cosmiques de Tangerine Dream sur fond de beats minimaux et de bourdonnements insoutenables (Binary). Un disque dont la très forte personnalité ne laissera personne indifférent.

Fred Bigot : Mono / Stereo (Holy Mountain / Amazon)
Edition : 2009.
CD : 01/ Chant 02/ Mono 03/ Stereo 04/ Binary 05/ Ternary 06/ Extinction 07/ LR YZ 08/ Outside 09/ Symmetriad
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Pascal Battus, Christine Sehnaoui Abdelnour : Ichnites (Potlatch, 2010)

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Sous un titre judicieux, ce recueil « d’empreintes » posées en mai 2009 développe, en cinq chapitres (eux en revanche alourdis d’intitulés descriptifs), tout un art de la gravure en taille-douce : pointe sèche, eau-forte, Pascal Battus (surfaces rotatives) et Christine Sehnaoui Abdelnour (saxophone alto) dressent de petits manèges éoliens, bruts – on pense à celui de Petit Pierre, à la Fabuloserie – et très savamment sophistiqués.

Si le premier, sur ses plateaux (pas des platines ! plutôt les tours de quelque potier sonique), façonne matériaux hétéroclites et espaces auditifs, la seconde emporte (au-delà de la rhétorique salivaire désormais établie) son alto concret, fluide, flûté dans des contrées que ni Denley ni Bosetti n’ont épuisées. Tout « étendus » qu’ils soient, les moyens convoqués sont mis en jeu dans une pratique serrée, douce ou corrosive, toujours intense et élégante, souvent poétique. Sans doute est-ce ce qui fait de ce disque un précieux jardin portatif, que l’on garde près de soi.

Pascal Battus, Christine Sehnaoui Abdelnour : Ichnites (Potlatch / Orkhêstra International)
Edition : 2010.
CD : 01/ Egrenages & pelage 02/ Fouilles & rongement 03/ Estocade & coulées 04/ Reliefs de repas 05/ Voies & allures
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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David S. Ware : Saturnian (AUM Fidelity, 2010)

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L’épreuve est courte, le solo ramassé, mais l’une et l’autre offrent encore assez d’espace à David S. Ware pour composer en solitaire avec ses humeurs, révélées sur (et par) Saturnian.

Dans l’obligation de tout dire, et vite – au saxello, au stritch puis au ténor, instruments dont les sonorités n’en finissent plus d’évoquer les figures de Roland Kirk et de Coltrane –, si ce n’est que Ware se sert du handicap pour se faire intense sans attendre. Au saxello, il ose un bout de mélodie puis improvise, décline l’offre ce celle-ci à revenir vers elle, c'est-à-dire s’en remet au grand dilemme de l’improvisateur.

Plus précis encore, Ware travaille ensuite à des collages de graves et d’aigus, élevant des étages en suspensions sur lesquels il peut ensuite papillonner : lors du passage de l’un à l’autre, son savoir-faire peut être bousculé sous le coup d’un accrochage que l’on jugera bienfaisant. De loin, on suit la trajectoire anguleuse et on remarque combien la nature de l’instrument conseille le musicien qui improvise. Le tour de force étant que ce premier volume d’une série annoncée de « saxophones solos » fut enregistré le temps d'un soir seulement, celui d’un concert donné à New York. Détail qui renforce les belles conclusions nées de l’écoute de ces épreuves saturniennes.


David S. Ware, Methone (extrait).


David S. Ware, Pallene (extrait).


David S. Ware, Anthe (extrait). Courtesy of AUM Fidelity.

David S. Ware : Saturnian (AUM Fidelity / Orkhêstra International)
Enregistrement : 15 octobre 2009. Edition : 2010.
CD : 01/ Methone 02/ Pallene 03/ Anthe
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Sabir Mateen : Urdla XXX (Rogue Art, 2010)

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En ouverture d’Urdla XXX, la voix de Sabir Mateen rappelle celle que Sam Rivers laisse entendre lorsqu’il s’attèle au même exercice du solo : inquiète et invoquant encore, en appelant sans doute à l’inspiration s’il faut chercher un objectif à toute parole arrachée.

Directe, la clarinette sert une déstructuration imposante et puis, qu’il se montre prudent ou lyrique à l’alto vers lequel il retourne, Mateen revient au blues, soit : dévie l’inclinaison de l’axe sonore qu’il avait plus tôt tracé, voire refuse à sa sonorité singulière de se faire trop abstraite dans l’abstraction. A l’écoute de cet enregistrement, la chose paraît évidente : le son de Sabir Mateen à la clarinette et à l'alto est calqué sur celui de sa voix, puissante et réfléchie. D’où peut-être l’exposition du chant, en ouverture : le parti pris dès les premières secondes.

Sabir Mateen : Urdla XXX (Rogue Art / Instant Jazz)
Enregistrement : 11 octobre 2008. Edition : 2010.
CD : 01/ The City of Lyon 02/ Art Dance 03/ Dakka Du Boo Yu! 04/ Music is Sound and Sound is Music 05/ Jimmy Lyons 06/ Sekasso Blues 07/ One for the Rev. Frank Wright 08/ More than a Hammer and Nail 09/ Blessing to You
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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