Le son du grisli

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Haptic : Trebuchet (Entr'acte, 2009)

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A l'écoute de Trebuchet, des choses pas possibles vous envahissent dans la minute : des résonances et de la pluie, des infrabasses et des cris d'enfants, des drones et des larsens bien sûr, et des bruits de moteurs bien sûr aussi. Vous me direz que Steven Hess, Joseph Clayton Mills et Adam Sonderberg, ont rassemblés tout ça sur trois plages sous le nom d'Haptic et en on fait de petites musiques décoratives comme beaucoup d'autres avant eux, et comme beaucoup d'autres après eux...

Certes, si ce n'est qu'Haptic démontre sur son Trebuchet – comme il l'a fait d'ailleurs six fois déjà sur disque – d'une capacité à peindre des paysages abstraits avec une maîtrise qui dépasse peut être celle des autres. C'est pourquoi : qui voudra s'ouvrir à ce genre devra se précipiter sur Trebuchet et, tout à coup, la pop expérimentale ambientique et symphonique n'aura plus de secret pour lui.


Haptic : Trebuchet (Entr'acte)
Enregistrement : 2007-2009. Edition : 2009.
CD : 01/ Counterpoise 02/ Three 03/ Four
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Empty Cage Quartet : Gravity (Clean Feed, 2009)

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La quasi-systématique des chorus croisés du trompettiste Kris Tiner et du saxophoniste Jason Mears se rapproche plus du Masada de Zorn que du quartet Coleman-Cherry-Haden-Higgins (mais Masada ne puisait-il pas à chaudes gorgées dans les partitions d’Ornette ?).

Pourtant, le jeu tout en nuances et vibrations de Paul Kikuchi semble venir en droite ligne de Billy Higgins. De même, les précis contours harmoniques d’Ivan Johnson disent beaucoup de ce qu’ils doivent à Charlie Haden. Alors qu’écrire concernant le nouvel opus d’Empty Cage ? Que depuis 2003, date de sa création (le quartet se nommait alors le MTKJ Quartet), ils n’ont cessé d’explorer des chemins souvent buissonniers, d’emprunter des étonnantes pistes, d’en rejeter d’autres. Avec détermination, les voici immergés dans le concept numérique du calendrier Maya.

S’en détachent deux compositions (Gravity Sections & Tzolkien) exécutées alternativement ici. On y trouve des préludes, des mises en conditions ou plutôt des tremplins-pistes d’envols pour que s’organisent des plages d’improvisations de peu de contraintes et de beaucoup d’inspiration. Avec, toujours, un support rythmique appuyé -parfois binaire-, les voici investis en de beaux entremêlements ; dialogues souvent passionnés et passionnants. On attend la suite…

Empty Cage Quartet : Gravity (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD : 01/ Gravity Section 1-3  02/ Tzolkien 2+9  03/ Gravity Section 4  04/ Tzolkien 1+13  05/ Gravity Section 5-7  06/ Tzolkien 3+6+7  07/ Gravity Section 8  08/ Tzolkien 4+5+12  09/ Gravity Section 9-11
Luc Bouquet © Le son du grisli

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L’Ocelle Mare : Engourdissement (Souterrains-Refuges, 2010)

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Avec Engourdissement, les penchants de L'Ocelle Mare (soit : ceux de Thomas Bonvalet) ne sont plus seulement acoustiques, plus simplement bruts, plus effrontément directs.

Une autre syncope, d’abord, pour tout Engourdissement. Et puis des ombres planent au son d’un bout de phrase de banjo touché à peine, d’un harmonica haché menu puis distribué à gauche et à droite, d’un piano carcasse à l’éventail de deux notes, de râles venues de créatures qui n’existent que pour Bonvalet – même s’il doit être en mesure de prouver leur existence à coups de preuves sonores retenues sur cassettes.

L’ensemble est court – découpé pourquoi ? –, vaporeux et entêtant, d’autant qu’il ne se laisse pas facilement saisir. La musique d’un transport entre le cœur et les poumons commandé par quelques chocs internes (les derniers, que l’on partage) et il est déjà l’heure de l’accord de piano qui résonne et conclut l’expérience. Plus abstraite que celles rendues jadis par L'Ocelle Mare ; plus intense aussi.

L’Ocelle Mare : Engourdissement (Souterrains-Refuges / Orkhêstra International)
Edition : 2009.
CD : 01-09/ Engourdissement
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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L'Ocelle Mare donnera un concert ce lundi 1er mars aux Instants Chavirés (Montreuil). Au programme le même soir : Radikal Satan et Api Uiz.

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Labradford : Mi media naranja (Kranky, 1997)

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Si je ne me trompe pas, j’ai dû passer quelques heures de ma vie. Au même endroit. À la même époque. C’était en 1997 à Richmond, Virginia. C’est d’ici que viennent les cigarettes du vacher. Quelques heures, seulement. Romain et moi, nous nous étions perdus. Nous avons pris un petit-déjeuner dans l’une de ces échoppes où l’on vend de la nourriture à consommer rapidement. Nous avons parlé à une fille. À elle plutôt qu’avec elle. Elle nous a dit qu’elle reviendrait plus tard. Plus tard, elle n’était toujours par revenue. Nous avons voulu partir. J’ai demandé notre route à un vieil homme noir, pas loin de la gare des autobus : "Quelle direction pour Atlanta ? Atlanta, Georgia ?". Il ne connaissait pas d’Atlanta. Normal : c’est deux États plus au sud. Un autre monde, en somme, aux États-Unis d’Amérique. Aussi, nous avons quitté Richmond, Virginia. J’aurais dû oublier jusqu'à l'existence même de Richmond, Virginia. Ce disque m’y reconduit. Avec Romain. Mais sans lui.

Je pourrais dire qu’il faut avoir été à Richmond, Virginia, pour comprendre quelque chose de ce disque. Non. En plus d’être péremptoires, ces déclarations sont tout simplement trop bêtes. Cependant, j’entends Richmond, Virginia, dans ce disque. J’entends ce souvenir. J’entends l’atmosphère d’une matinée désœuvrée — désœuvrés, à ce moment-là, nous l’étions, pas sans énergie. J’entends le vide de cette matinée passée à attendre que quelque chose se passe. J’entends aussi la répétition des mêmes gestes, des mêmes mouvements, des mêmes intentions : monter dans le bus "Greyhound" — passer la nuit dans le bus "Greyhound" — passer un certain temps là où le bus "Greyhound" nous a conduits — sans être toujours bien certains que c’est là que nous voulions aller — monter dans le bus "Greyhound" — passer la nuit dans le bus "Greyhound — passer un certain temps là où le bus "Greyhound" nous a conduits — etc. Et comment ces mêmes gestes, ces mêmes mouvements, ces mêmes intentions, comment malgré leur répétition, ou plutôt : comment grâce à leur répétition, ils conduisent toujours un peu plus loin, ils conduisent toujours un peu plus prêt de la destination finale à atteindre. Nous, ce n'était pas la mort. Nous, c’était Austin, Texas. Labradford non plus, ce n’est pas la mort. La mort, personne n’y pense dans la répétition. Dans la répétition, on se croit bien plutôt immortel. Le temps semble disparaître, s’effacer alors même que ce n’est que lui qu’on passe à travers la distance. Je ne pourrais pas dire qu’il faut avoir été à Richmond, Virginia, pour comprendre cette musique. En revanche, il n’est pas totalement faux de dire qu’il faut être de Richmond, Virginia, pour produire pareille musique. Sans doute parce que la musique participe tout autant d'une histoire que d’une géographie. Ce que l’on sent, c’est la passion à laquelle donne lieu la distance. Le temps qu’il faut pour parcourir le paysage avant de revenir à soi. Le travail d’orchestration exigé. Marier le Fender Rhodes avec une guitare slide. Une guitare électrique avec un trio de cordes acoustiques. Marier des corps entre eux dans ce qui semble être un désert. La périphérie de Richmond, Virginia. Là où la ville s'arrête. Là où le trajet commence. Un orgue. Mi media naranja, ce n’est pas triste. C’est toutes ces choses qui se bousculent dans le son. La distance, le vide, l'attente, le fait de refaire les mêmes choses, d’oublier où l’on va en y allant quand même.

Labradford : Mi media naranja (Kranky)
Edition : 1997.
CD : 01/ S 02/ G 03/ WR 04/ C 05/ I 06/ V 07/ P
Jérôme Orsoni © Le son du grisli

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Jérôme Orsoni est l'auteur de Tortoise : Standards. Il a récemment entamé la publication d'une anthologie en ligne consacrée au post-rock intitulée Notre galaxie punk-rock.

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Nudge : As Good As Gone (Kranky, 2009)

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L’écurie Kranky peut se targuer d’avoir sorti l’année dernière quelques références de choix dans le domaine de la pop (électronique ou non) : parmi les bons disques, on peut classer As Good As Gone, le nouvel album de Nudge

Bien sûr il y a une ou deux fois (allez, disons une et demi) ce curieux penchant pour une soul clinquante qui engloutit toutes les qualités de l’excellente pop nébuleuse à la Broadcast que Nudge défend la plupart du temps. Un vieil orgue, des balais, une basse au refrain simple suffisent souvent au groupe : le reste tient dans la surprise (voix déstabilisantes, solos de guitares renfrognés…). Explosif, Nudge éblouit par sa force de frappe mélodique, même lorsqu’il se donne des airs avachis sur Burns Blue, lent morceau rappelant Labradford. Mariant toutes ces influences, Nudge passe le cap de l’album convaincant de plus, mais ensuite ?

Nudge : As Good As Gone (Kranky)
Edition : 2009.
CD : 01/ Harmo 02/ Two Hands 03/ Verdantique 04/ Aurolac 05/ Tito 06/ Burns Blue 07/ Dawn Comes Light
Pierre Cécile © Le son du grisli

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The Black Napkins : The Black Napkins (Rat, 2009)

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Dans l’art du bibelot sonique et sauvage, les trois néerlandais de Black Napkins font très fort. Chocs et télescopages, saturation maximale et arpèges fielleux, pièces courtes et climats tendus, gargouillis acides et phrases répétées jusqu’à l’obsession ; toute notion de centre semble écartée ici.

Ou alors : un centre éclaté et en ininterrompu démembrement. Joyaux soniques posés en épis et crochetés en des périphéries profondes et insoumises ; une trompette (celle de l’étonnante Sanne van Hek, passée par le Berklee College de Boston) plane et suture les plaies laissées béantes par une guitare (Jasper Stadhouders) et une batterie (Gerri Jäger) aux scalpels faciles. Vous voici prévenus : une musique sans anesthésie. 

The Black Napkins : The Black Napkins (Rat Records)
Enregistrement : 2007-2008. Edition : 2009.
CD : 01/ Test 1  02/ Last Shorty  03/ Mamalan  04/ I db  05/ Mélodie 1  06/ 10  07/ 9.5  08/ Accenten en noten  09/ Supertest  10/ Mélodie 2  11/ Seagull  12/ Aus Niederthai  13/ Ohne Gra
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Ken Vandermark : Resonance (10 CD Box Set) (Not Two, 2009)

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Comme jadis avec l'Alchemia, le label Not Two se distinguait récemment en publiant une longue boîte de Resonance : à l’intérieur, le résultat d’un « work in progress » de taille puisqu’il impliquait, entre le 12 et le 18 novembre 2007, Ken Vandermark et quelques autres musiciens (compatriotes mais aussi Suédois, Polonais et Ukrainiens) –  pour les citer tout de suite et dans l'ordre alphabétique : Magnus Broo (trompette), Tim Daisy (batterie), Per-Ake Holmlander (tuba), Dave Rempis (saxophones alto et ténor), Steve Swell (trombone), Mark Tokar (contrebasse), Mikolaj Trzaska (saxophone alto et clarinette basse), Yuriy Yaremchuk (saxophones ténor et soprano, clarinette) et Michael Zerang (percussions).

En Pologne, de répétitions (à l'Alchemia de Cracovie) en concerts (au Manggha Hall de Cracovie), Vandermark composait avec eux quinze formations restreintes (le plus souvent quartettes) qui ne l'impliquaient pas forcément, avant de conclure l'expérience à dix, soit : de quoi fournir dix disques d'échanges abrupts, d'ombres traînantes, d'insistances insatiables, de tensions

Parfois donc, les propositions sont véhémentes (pétries de soul ici, de rock là, de free jazz ailleurs) et d'autres fois minimalistes, concentrées et commandées par un art savant de la frustration à qui il arrive d'enrouer la progression d'une pièce pour soigner le moment de sa libération : développement réamorcé qui demande la participation de toutes les fougues. Bref, les bonnes méthodes de Vandermark qu'appliquera pour finir la réunion des dix musiciens convoqués plusieurs fois. A l'intérieur de la boîte, des planches imprimées rendent les interviews de chacun d'eux, qui reviennent évidemment sur l'expérience mais surtout sur l'espace qu'ils auront trouvé auprès de Ken Vandermark.

Ken Vandermark : Resonance (10 CD Box Set) (Not Two / Instant Jazz)
Enregistrement : 2007. Edition : 2009.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Raoul Sinier : Tremens Industry (Ad Noiseam, 2009)

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Qu’il publie sous le pseudonyme de Ra – l’excellent Ev.Panic Redone – ou sous son propre blaze, Raoul Sinier demeure toujours aussi passionnant, en dépit de fausses apparences qui, de loin et distraitement, ne laisseraient penser qu’à un énième avatar de la French Touch sous haute influence krautrock.

Bien entendu, l’influence de la scène électronique germanique des seventies demeure présente, tout en s’élevant au-dessus du panier de crabes. Elle imprègne de ses tournoiements synthétiques le morceau d’ouverture, l’entêtant Overthoughts. La suite s’évade du côté de l’IDM, dont la première initiale n’a jamais si bien porté son intelligence. Eprise d’Autechre et de breakbeats, elle invite les galaxies Warp et Rephlex au banquet des meilleurs électroniciens rythmiques de notre planète. Ailleurs, d’autres échos plus familiers de Depeche Mode s’incrustent subrepticement – cela relève presque de l’anecdotique – tout en n’interférant jamais avec l’esprit farouche et sombre des treize morceaux. Que les derniers pignoufs encore fans de tous les Justice de la planète doivent s’empresser d’écouter (ou de regarder en DVD).

Raoul Sinier : Tremens Industry (Ad Noiseam)
Edition : 2009.
CD : 01/ Overthoughts 02/ Sand Skull 03/ The Hole 04/ Alternative Rush 05/ Map for a Tactical Nonsense 06/ List of Things 07/ Boxes 08/ Confusion Room 09/ Overthoughts Reprise 10/ Elle a Raison 11/ Tremens Industry 12/ This Little Mouse 13/ Hard Summer - DVD : Videos & extras
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Jemeel Moondoc : Muntu Recordings (NoBusiness, 2010)

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Des saxophonistes à entendre en lofts new-yorkais dans les années 1970, Jemeel Moondoc ne fut peut être pas le plus original, mais fut sans doute le plus flamboyant. Pour se faire une idée, aller entendre les rééditions par le label NoBusiness des deux disques de son Muntu (First Feeding et The Evening of the Blue Man) et un concert enregistré dans le loft de Rashied Ali. Dans le coffret, un livre accompagne les trois disques.

Dans ce livre, Ed Hazell trace l'histoire de cette ère des lofts et produit même une carte sur laquelle dix-neufs d'entre eux sont indiqués : Artists House d'Ornette Coleman, Studio Rivbea de Sam Rivers, Ali's Alley de Rashied Ali ou The Brook de Charles Tyler... Après l'histoire, un témoignage : celui de Moondoc en personne, qui raconte dans Muntu : The Essay by Jemeel Moondoc son parcours de musicien (fréquentation de Cecil Taylor à Antioch et premier concert sous le nom de Muntu, composé alors d'Arthur Williams, Mark Hennen, William Parker et Rashied Sinan...).

Rashid Bakr remplaçant Sinan, la première mouture du groupe peut enregistrer First Feeding en avril 1977. Le quintette déroule ici un free jazz sec : les imprécations de l'alto s'opposent au lyrisme échevelé de la trompette de Williams, duo en déroute créative pour devoir faire aussi face aux clusters d'Hennen : les accords plaqués ne sont plus des accords, mais les commandes actionnées d'un mécanisme de cordes libres. Enveloppée par les interventions d'un piano radical, l'association joue souvent jusqu'en mai 1978.

Quelques semaines plus tard, un quartette prend la relève : nouveau Muntu dans lequel Parker et Bakr subsistent aux côtés de Moondoc et que le trompettiste Roy Campbell a rejoint. L'enregistrement d'un de ses concerts (St. Marks Church, mars 1979) permettra au saxophoniste d'éditer le deuxième disque du groupe : The Evening of the Blue Men. Ici, une cohésion plus remarquable : l'alto de Moondoc emmène un free davantage attaché au bop qui sied particulièrement à Campbell tandis que Parker ose se faire entendre davantage. Sur Theme for Diane, le discours est, en plus, différent : climatique, flottant, imposant sans être clair dans sa forme, donc altier.

Jusqu'en 1981, la formation donnera d'autres concerts, tournera au Canada et jusqu'en Pologne – concerts parfois enregistrés et produits. Le troisième et dernier disque, choisit plutôt de revenir à un concert donné en trio par Moondoc, Parker et Bakr, chez Rashied Ali en 1975 : Theme for Milford (Mr. Body and Soul) dans une version longue de trente-cinq minutes et sur laquelle l'alto est clair, presque léger. Alors, le trio met en pratique un art de la concision autrement saisissant : les coups de Bakr se font plus retentissants, l'alto s'amuse de clins d'oeil mélodiques lorsqu'il n'est pas emporté par le courant quand Parker démontre d'un savoir-faire instrumental déjà supérieur sur son duo avec le batteur, à entendre en conclusion.

En conclusion, retour au livre : historique des séances de Muntu déposé sur papier – neuf années d'activité intense – qui finit en photos : noirs et blancs de souvenirs de concerts donnés en lofts ou à Groningen en 1980, et quelques affiches (de concerts aussi). Pour qui s'intéresse au jazz créatif de l'époque, inutile de dire que ce coffret s'avère indispensable.

Jemeel Moondoc : Muntu Recordings (NoBusiness)
Edition : 2010.
CD1 : 01/ First Fedding 02/ Flight 03/ The for Milford (Mr. Body and Soul) – CD2 : 01/ The Evening of the Blue Men 02/ Theme for Diane – CD3 : 01/ Theme for Milford (Mr. Body and Soul)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Him : ん (Hip Hip Hip, 2009)

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Batteur dont la réputation au sein de Rex ou Mice Parade n’est plus à faire, Doug Scharin confronte depuis une quinzaine d’années les genres au sein de son projet personnel Him. Amateur des accidents, ils entrechoquent en une très goûteuse collision les rythmiques chaudes de l’afro beat et du tropicalia, formant un hybride véloce qui joue à saute-moutons avec les Brésiliens de Hurtmold, ainsi que les Japonais Piana et Shugo Tokumaru.

Etrangement intitulé ん – le caractère nippon pour ‘hmmmmm’ – son nouvel essai intègre le groupe du soleil levant qui l’accompagne habituellement. Très réussi en dépit d’une certaine superficialité pas toujours pleinement aboutie, le mariage des cultures entre Orient folk, Occident dub et Afrique beat du disque fait souffler sur les tympans une bouffée de chaleur iconoclaste. Incontestablement le fait d’un esprit qui fait siennes les démarches de Tortoise – on devine là-derrière une réflexion qu’on aimerait quelquefois plus abandonnée dans l’instant (voir les merveilles de Jimi Tenor et du combo africain Kabu Kabu), quelques pépites oscillent allègrement de leur bravoure caribéenne, notamment un Those Who Say gorgé de colliers fleuris qu’on s’enfile sans coup férir. Malgré quelques écarts, dont des soli de guitare pas vraiment utiles (The Hidden Persuaser), on demeure très satisfait par tant de savoir-faire rythmique et d’amour des belles choses pas chiennes.

Him : (Hip Hip Hip)
Edition : 2009.
CD : 01/ In Light 02/ Daisy 03/ Life 04/ Arrows of Time 05/ Nowhere Near 06/ Hideaway 07/ Heaven Knows 08/ Amaoto 09/ Moss 10/ Hikari No Hana 11/ Lemmy
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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