Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Parution : Premier bruit Trente-six échosAu rapport : Festival Le Bruit de la MusiqueParution : le son du grisli #2
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Piotr Kurek : Lectures (Crónica, 2009)

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Compositeur mythique pour une série de musiciens actuels, Cornelius Cardew (1936 - 1981) ne cesse de stimuler les collaborations et de transcender les genres. Enregistré dans le cadre d’une performance donnée en 2007, Lectures s’inspire largement de l’esprit libertaire du Britannique, ami d’Eddie Prevost.

Œuvre du Polonais Piotr Kurek, le disque se base sur une série d’enregistrements inédits de Cardew (conférences, concerts ou répétitions), complétés des œuvres écrites par l’homme de Varsovie – où le disque a été enregistré. Témoignages d’un instant de grâce où l’abandon du jazz contemporain se livre totalement aux musiques post-classiques de notre temps, les morceaux écrits par Kurek font splendide figure. Adepte d’une lenteur maîtrisée à la perfection telle qu’on peut l’entendre du côté de Vienne chez les The Magic I.D. de Christoph Kurzmann & Co., le maître polonais inscrit ses gènes musicales dans une magnifique liberté qui lorgne autant vers une certaine pop – toute proportion gardée – que vers les échos déchirés de notes bleues au parfum de Mitteleuropa. On dit d’autant plus bingo que les précieux témoignages intercalés apportent un supplément d’âme aussi bienvenu que précieux.

Piotr Kurek : Lectures (Crónica)
Edition : 2009.
CD : 01/ Part I 02/ Ways of Making Sounds 03/ No Mistake 04/ Part II 05/ Cardboard Cups 06/ Tripartite 07/ 1963 08/ Questions 09/ Go Up 10/ Players
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Golden Serenades : Hammond Pops (+3dB, 2009)

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Sur Hammond Pops, John Hegre (Jazzkammer) et Jørgen Træen – déjà partenaires au sein de Der Brief – célèbrent en compagnie de Sigbjørn Apeland à l’orgue hammond le dixième anniversaire de Golden Serenades.

Par politesse sans doute, l’orgue tire le premier : longues nappes déjà hostiles sur lesquelles un lot d’objets hétéroclites viendra se briser – tous bris d’electronics causés par un orgue martial qui ne prétendra jamais tenir à ménager l’auditeur. Se bousculent ensuite des déflagrations en tous genres. Venant de la gauche ou de la droite, des cris de possédés grossissent les rangs d’une manifestation d’esprits en proie à un tumulte irraisonnable. S’il suit le cortège d’un bout à l’autre, le même auditeur s’en trouvera exalté ou éreinté, selon sa nature et l'idée qu'il se fait du bruit en musique.


Golden Serenades, Hammond Pops (introduction). Courtesy of 3dB.

John Hegre's Golden Serenades : Hammond Pops (+3dB)
Edition : 2009.
CD : 01/ Hammond Pops
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Lee Gamble : Join Extensions (Entr'acte, 2009)

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Lee Gamble élabore des vignettes abrasives et mouvantes en usant de différentes techniques de synthèse digitale à l’ordinateur. Si, selon le musicien, certains des morceaux résultent « d’opérations chaotiques et improvisées » et d’autres de choix compositionnels rigoureux, il est difficile pour l’auditeur de distinguer ces approches distinctes. Cela importe peu tant l’intérêt du disque réside ailleurs : dans la richesse des textures principalement. Les sons évoquent tantôt le vol irritant d’un moustique, tantôt le vrombissement énorme de machines futuristes.

Cependant, plutôt qu’un mur du son impénétrable, Gamble favorise de rapides changements d’intensité et de couleurs. En cela, son travail évoque celui de certains des pionniers de la musique concrète, Bernard Parmegiani en particulier. Les expérimentations pratiquées par le label Mego ne sont pas loin non plus. Si ce disque donne le plus souvent l’impression d’exister en tant que démonstration de force, il n’en reste pas moins une œuvre fascinante, abstraite et racée.

Lee Gamble : Join Extensions (Entr’acte)
Enregistrement : 2006-2009. Edition : 2009.
CD : 01/ Prey Population 02/ Paratelic Offsets 03/ Voxel Re-Formed 04/ Lidddc Version 05/ Jida Mirrors 06/ Point Object 07/ Elastic Point Transitions 08/ Udhrust 1994.
Jean Dezert © Le son du grisli

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Interview de John Butcher

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L'année dernière, le saxophoniste John Butcher s'est fait entendre et remarquer au son de somethingtobesaid (qu'il a produit sur son propre label, Weight of Wax), A Brush With Dignity (Clean Feed) ou encore d'un duo enregistré auprès du batteur Mark Sanders sur la compilation Treader Duos (Treader). Faites prétextes à aller le réentendre sur disques voire à aller l'écouter le 26 février aux Instants Chavirés, voici de courtes réponses à une déjà maigre poignée de questions, puisque si quelque chose doit être dite, ce sera d'abord en musique...

Quel est votre premier souvenir musical ? Sans doute l’excitation autour des Beatles en 1963… Et puis l’école, où nous devions tous jouer de la flûte.

Comment êtes-vous arrivé à la musique ? J’ai d’abord joué avec des copains de classe ainsi qu’avec mon frère, Philip, qui pratiquait la contrebasse. A l’université, j’ai fait partie d’un groupe d’avant-rock, d’un ensemble de vents et de groupes de jazz.

Quels ont été vos premiers instruments ? D'abord la  flûte, donc, et ensuite une très mauvaise guitare, un harmonium, et puis le piano classique et le saxophone – je suis autodidacte à l’instrument.

A quelle occasion êtes-vous passé professionnel ? Mon premier travail rémunéré concernait une tournée que j’ai effectuée avec le London Contemporary Dance Theatre en 1978.

Et concernant l’improvisation ? Je pense que j’ai toujours improvisé, dès le début. Comme beaucoup…

Quel est le rapport que vous entretenez avec le jazz, à la fois personnellement et au travers de votre pratique musicale ? J’apprécie beaucoup le jazz enregistré entre 1920 et 1970. Après, seulement quelques trucs par-ci par-là… Jouer du jazz lorsque j’étais encore étudiant m’a beaucoup appris sur le fait de collaborer avec d’autres musiciens.

Vous vous intéressez aujourd'hui autant à la musique acoustique qu'à l'électroacoustique. Y a-t-il dans votre propre discographie des disques que vous préférez aux autres ? En fait, je ne fais pas de réelle différence entre mes différentes pratiques musicales. Pour ce qui est du disque, Invisible Ear est celui qui m'a demandé avec le plus de précision de tirer un CD des nombreuses possibilités cachées du saxophone.

Vous avez jadis participé aux travaux de Polwechsel, pouvez-vous me dire deux mots de cette collaboration ? Eh bien, ils m'ont invité dans le groupe en 1997, lorsque Radu Malfatti le quittait. Et nous avons travaillé ensemble dix années durant.

L'année dernière, vous avez produit sur votre label le disque somethingtobesaid, commande que vous avait passé un festival de musique contemporaine. Quels moyens avez-vous mis en oeuvre pour satisfaire celle-ci ? Le mieux serait que je vous renvoie aux notes que j'ai écrites à l'occasion de ce concert :

A concern in producing somethingtobesaid has been - as I chip away at, and redirect, the individual freedoms and responsibilities of improvisation, can I replace them with anything as worthwhile?
To my mind, the unique qualities of improvisation come alive when the reason for something happening has only been born in the moments just before it is revealed. Of course, even in a “free” improvisation this will only be part of the story - but it’s one so easily lost when rules, instructions and prearranged actions enter the picture.
The musicians in this octet have developed most of their techniques and languages to serve particular ways of making music, and mismatched methodologies can easily suck the blood from sounds and intentions - meaning relies on context (including that put in place by the listener).

That said, whilst the group has been chosen for a number of reasons, not least is my feeling that these players are sympathetic to compositional considerations. They are certainly expert in those that arise intuitively through group consensus in the moment, and have nothing to do with a piece of paper - but also to the more overt systems of explicit organisation, including concepts that a “composer” might bring.

I have deliberately invited into the project a mix of long-term colleagues and, to me, newer faces. My musical history with Chris Burn stretches back 30 years, from student jazz to free-improvisation and composition; I’ve valued a decade-plus of improvising with Gino Robair, Thomas Lehn and John Edwards, whilst there have been just a handful of encounters with dieb13, Clare Cooper, and Adam Linson.

somethingtobesaid is music that could only happen with these players as it relies on their personal musical materials, judgements and experience - developed and honed in some very different cultures, continents and times. In terms of pre-formulating a piece it’s easy to spot the danger, even temptation, of simply rummaging around in the sonic treasure-chest they provide and imposing one’s ego in the name of order, clarity and the greater good.

As it happens, I have more sympathy in control at the microscopic than at  the macroscopic level - personal rather than global, at least. Partly in keeping with this, the piece has been constructed through a mix of knowing and not yet knowing the musicians’ sounds and methods, some hopeful psychology in predicting responses, engaging with my own personal concerns, tussling with the role of specifics, pondering the value of ideas that can be notated, and having a well founded trust in the power of improvisation - in certain hands.

L'autoproduction de vos travaux, sur Acta et maintenant Weight of Wax, a-t-elle changé quoi que ce soit à votre pratique musicale ou à la manière dont vous pensez celle-ci ? Eh bien, Acta a sorti 14 disques en 14 ans, et Weight of Wax 2 en 4 ans, il ne s'agit donc pas là d'un travail à temps plein... Je pense qu'Acta avait son utilité à la fin des années 80 pour faire connaître la musique que je jouais en compagnie de John Russell, Phil Durrant et Chris Burn, au-delà des frontières anglaises. Et cela nous a certainement donné l'opportunité de jouer dans d'autres pays...

John Butcher, propos recueillis en décembre 2009.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Free Unfold Trio : Ballades (Ayler, 2009)

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Ici, c’est l’air que l’on joue. La nature et ses quatre éléments ont beaucoup été célébrés dans le (free) jazz, avec comme acmé l’art développé par le regretté Revolutionary Ensemble. Car alors, et toujours aujourd’hui, la référence à la nature, comme beauté née du miracle et du hasard, semble proposer une alternative à un jazz trop préoccupé de ses codes et sclérosé à force d’y souscrire.

L’air est, des quatre éléments naturels, celui qui anime ce disque. Mais ici, pas de tempête, ni de vent fort, mais plutôt un souffle léger, une brise qui parcourt l'enregistrement de bout en bout, du premier au dernier mouvement de cymbale, une brise discrète, oui, de celles qui font tournoyer les plumes, voleter les poussières, onduler les herbes, frémir les cours d’eau. Les instruments sont ainsi joués, comme effleurés par accident ; l’air semble choquer l’un d’eux, le faire résonner, et ainsi entraîner le chant des deux autres. Car entre les trois musiciens (Didier Lasserre à la batterie, Benjamin Duboc à la contrebasse et Jobic Le Masson au piano), un courant (d’air) passe. Ils se font passeurs d’une voix naturelle qui donne à la musique le double caractère de l’aléa et de la nécessité.

La pochette du disque est un clin d’œil à un album d’Ornette Coleman (père d’une rencontre historique entre jazz et liberté), témoignage d’un concert donné à Stockholm en 1965 et intitulé Live at Golden Circle. Sur les deux pochettes, on retrouve trois hommes, regardant dans des directions différentes mais serrés les uns contre les autres dans un décor naturel avec en arrière fond des arbres. Mais si chez Coleman l’impression visée était celle de l’exotisme et du décalage, la photo utilisée pour ce disque du Free Unfold Trio corrobore au contraire son propos, va dans le sens de la musique : trois hommes en pleine nature, qui semblent surgir d’elle tels les arbres, le soleil et l’herbe, et tel le vent que l’on devine.

Revenons au Revolutionary Ensemble et à son contrebassiste Sirone, qui écrivait : « Je ressens que nous, Revolutionary Ensemble, sommes les interprètes de la Musique de la Nature. Nous pensons que chaque chose sur Terre contribue à son harmonie. Les arbres balancent joyeusement leurs branches en rythme avec le vent. Le son de la mer, le murmure de l’air, le sifflement du vent qui s’engouffre entre les rochers, les collines et les montagnes. Et le fracas du tonnerre et les éclairs, l’harmonie entre le Soleil et la Lune, le mouvement des étoiles et des planètes, l’éclosion des fleurs, la tombée des feuilles, l’alternance régulière du matin, du midi, du soir et de la nuit ! Tout révèle au voyant et à l’auditeur la musique de la nature. » Trois mois après l’enregistrement de Ballades s’éteignait Sirone, dont le dernier souffle a certainement cheminé pour venir planer sur cette très belle session.


Free Unfold Trio, Au départ, les oiseaux puis. Courtesy of Ayler Records.

Free Unfold Trio : Ballades (Ayler Records)
Enregistrement: 2009. Edition: 2009.
CD: 01-02/ Au départ, les oiseaux puis  03-04/ Seulement l’air 
Pierre Lemarchand © Le son du grisli

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Elton Dean : Happy Daze / Oh! For the Edge (Ogun, 2009)

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Né en 1975 du sextette que le saxophoniste Elton Dean codirigeait avec Keith Tippett, Ninesense renaît aujourd'hui au son des rééditions groupées d'Oh! For the Edge (1976) et Happy Daze (1977).

Porté par la rythmique que Brotherhood of Breath (Harry Miller et Louis Moholo), le groupe – dans lequel on peut enrendre le trombone de Radu Malfatti – sert un jazz qui rappelle celui de Chris McGregor et oscille entre danses de salons retapées par des instrumentistes illuminés (Alan Skidmore, Keith Tippett et Nick Evans aux premiers rangs de ceux-là), un swing de facture plutôt classique et quelques expérimentations répétitives (Seven for Lee, sur lequel Dean intervient au saxello).

Sans Malfatti, le même groupe rend ensuite Dance, composition qui ouvre Happy Daze et dont les airs de samba dévient à force de céder aux perturbations d'un orchestre dissipé. La suite, d'être gagnée par les graves : contrebasse de Miller sur Fall In Free (inutile explication de texte), trombone d'Evans sur Friday Night Blues ou fermeture fantasmant l'hymne inquiet si elle n'était jalonnée d'éclaircies dissonantes (Prayer for Jesus). Souffrant ici ou là d'une production  en phase avec son époque (surbrillances préférées aux rondeurs), ces rééditions n'en sont pas moins importantes, et célèbrent l'art d'Elton Dean, saxophoniste de choix qui savait aussi s'entourer.

Elton Dean's Ninesense : Happy Daze / Oh! For the Edge (Ogun / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1976-1977. Edition : 2009.
CD : 01/ Nicrotto 02/ Seven for Lee 03/ Sweet F.A. 04/ Three for All 05/ Dance 06/ Fall In Free 07/ Forsoothe 08/ M.T. 09/ Friday Night Blues 10/ Prayer for Jesus
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Michael Bisio : AM (Cimp, 2009)

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Dans la seule improvisation collective de ce disque (It’s Up to You), les deux saxophonistes (Avram Fefer, Stephen Gauci) tissent des lignes contrapunctiques puis étranglent leurs souffles pendant que contrebassiste (Michael Bisio) et batteur (Jay Rosen) soutiennent avec bienveillance ce joyeux capharnaüm.

Ailleurs, le jazz de Michael Bisio insiste sur les timbres : le ténor perce-muraille de Stephen Gauci ; la nonchalance feinte puis les embardées soudaines d’Avram Fefer ; les graves tambours de Jay Rosen. Le leader aime à perdre les thèmes en cours de route quitte à en impulser d’autres sans lien aucun avec l’originel. C’est un jazz qui aime le passage de relais (les duos batterie-soprano puis soprano-ténor de Can Opener), les oppositions de jeu (les chase de ténor d’AM), les mélodies finement dévoilées (Can Opener). C’est un jazz aux arrêtes vives. Un jazz simple et naturel, pas tout à fait à l’aise avec le passé (Seraphic Light de John Coltrane) mais totalement en phase avec son présent.

Michael Bisio Quartet : AM (Cimp)
Enregistrement : 2006. Edition : 2009.
CD : 01/Empty Now Full  02/Can Opener  03/AM  04/Livin’ Large  05/Circle This  06/It’s Up to You  07/Seraphic Light  08/Blues for Melodious T
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Mason Lindahl : Serrated Man Sound (Porte, 2009)

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Si de nombreux musiciens s’attachent aujourd’hui à travailler à un son débarrassé de souffle ou de parasite involontaire, ce n'est pas le cas de Mason Lindahl. La preuve en est Serrated Man Sound.

De son ampli guitare filtre par exemple un énorme buzz qui en refroidirait plus d’un : or lui s’accroche à sa mélopée et à ses arpèges avec une seule idée en tête qui est d’ignorer les fioritures de ce genre. A la place, il joue et chante sa pop folk aux influences diverses (Leonard Cohen, Gastr Del Sol, Baby Bird étant les plus évidentes de toutes) et de sa casquette (l’image peut paraître bizarre, oui) sortent des rengaines ensuquées souvent surprenantes (un accord de trop sur sa guitare acoustique par exemple ouvre la porte à un violent cortège de distorsions). Assez court, Serrated Man Sound n’a pas le temps de s'enliser (parfois des manières dans la façon de chanter ou de s'endormir sur un arpège démonstratif sont regrettables mais enfin...) et l’auditeur reste sur une impression satisfaisante qui l’enjoindra à attendre d’autres chansons de ce Mason Lindahl.


Mason Lindahl, None. Courtesy of Porter Records.

Mason Lindahl : Serrated Man Soul (Porter Records  / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2009. Edition : 2009.
CD : 01/ Warm Ducks 02/ You, Sun Bathe 03/ Here Blows 04/ Nine 05/ The Greatter Clapping of Hands 06/ No Man 07/ Smaller Sizes Bigger Words 08/ Absolutely 09/ Dressed and Pleased 10/ Serrated Man Sound
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Radian : Chimeric (Thrill Jockey, 2009)

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La feuille de presse l’affirme sans ambages – et  pour une fois, nous ne pouvons qu’acquiescer, Chimeric est un disque oublié des bancs de polissage. Brut et malfaisant, ce qui ne veut nullement dire qu’il est nourri de malfaçons, le nouvel effort de Radian se livre à un exercice d’automutilation d’une délicate facture noise. Evocation lointaine, mais très réelle, du très radical – et génial – Flame Desastre du trio Sister Iodine, le son des Autrichiens débauche des percussions martiales et des guitares tordues sans coup férir (Git Cut Noise). La tornade épuisée, des instants de repos chavirés embrassent l’horizon des magnifiques Kapital Band 1, rappel essentiel du rôle proéminent que joue Martin Brandlmayr aux fûts des deux formations viennoises. Meilleur morceau de ce troisième opus, ce très acoustique Feedbackmicro / City Lights est à vivre et à rappeler séance tenante.

Relativement peu travaillé à l’électronique, Chimeric ne rappelle que par instants épars la connexion quasi naturelle entre Stefan Németh et les manipulations sonores. Au mitan de l’esprit des labels Thrill Jockey et Mosz, voire Editions Mego, un titre tel que l’intrigant Git Cut Derivat évite toutefois les compromissions trop faciles. A l’instar du médian Chimera, dépassement ambigu entre calme jazztronica précaire et revendication noise rock, les paysages louvoient entre improvisations maîtrisées à l’extrême (est-ce de trop ?) et déclinaisons noircies au feutre de Till The Old World's Blown Up And A New One Is Created (vs Tortoise, on est sur Thrill jockey, que diable). Un chouia de relâchement en sus et tout eut été parfait.

Radian : Chimeric (Thrill Jockey / Amazon)
Edition : 2009.
CD : 01/ Git Cut Noise 02/ Feedbackmicro / City Lights 03/ Git Cut Derivat 04/ Chimera 05/ Kinetakt 06/ Subcolors
Fabrice Vanoverberg © le son du grisli

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Michel Doneda, Olivier Toulemonde, Nicolas Desmarchelier : Le terrier (Monotype, 2009)

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Après les Dos d’ânes dernièrement parus chez Ronda, on pouvait se demander à quel type de relief Michel Doneda (saxophones soprano & sopranino) s’attacherait dans Le Terrier, entouré d’Olivier Toulemonde (objets amplifiés) et de Nicolas Desmarchelier (guitare)…

Succédant à l’enregistrement de l’hiver 2002 intitulé Revermont (pour le label Ektic), cette session du printemps 2005 a été captée à Vandœuvre ; filons affleurant puis courant sous la surface, les sons y sourdent du sol, rauques, libérés de leur gangue par la lame d’une fine bêche. Les jonctions se faisant, un maillage délicat se développe : de galerie en galerie, c’est tout un réseau de feulements (de l’effrangé jusqu’à la pleine densité) que ces travailleurs du son – Héphaïstos minuscules, sapeurs micro-chtoniens – inventent. Pareil exercice appelle une écoute intégrale (dévouée) et délivre, d’instant en instant, une expérience passionnante.

Michel Doneda, Olivier Toulemonde, Nicolas Desmarchelier : Le terrier (Monotype)
Enregistrement : 2005. Edition : 2009.
CD : 01/ Galerie 1 02/ Galerie 2 03/ Galerie 3 04/ Galerie 4 05/ Galerie 5 06/ Galerie 6 07/ Galerie 7
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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