Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

Inscription à la newsletter du son du grisli
suivre le son du grisli Fil RSS au grisli clandestin Contact

A paraître : le son du grisli #2Sortir : Festival Bruisme #7le son du grisli sur Twitter
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Fire! : You Liked Me Five Minutes Ago (Rune Grammofon, 2009)

firesli

Aux côtés du bassiste Johan Berthling (membre de Tape) et du batteur Andreas Werliin, Mats Gustafsson passe de saxophones ténor et baryton en Fender Rhodes sous le nom et au cri de Fire!

Sur la marche d’If I Took Your Hand, le trio ouvre l’enregistrement : vœu qui profite de la transformation ingénieuse des sons d’un clavier et d’un gimmick de basse qui incitera Gustafsson à se laisser aller à ses emportements coutumiers : free énergique après lequel la marche est bien fermée. Pour suivre, un bourdon électrique s’oppose sur But Sometimes I Am aux notes répétées de Berthling et aux propositions bruyantes de Gustafsson. L’effet, galvanisant dans son ensemble, sera le même sur Can I Hold You for a Minute ? et peut pêcher à l’endroit même où il avait cru bon de se faire remarquer : dans son héroïsme tapageur.

En guise de conclusion, quatre minutes jouant de répétitions et d’insistances redisent l’allure générale de l’entier enregistrement, évoquant ici (forcément) The Thing, ailleurs Oneida, The Ex ou encore Bridge 61, quand l’association Gustafsson / Berthling / Werliin aurait pu donner d’autres et de plus inédits résultats.

Fire! : You Liked Me Five Minutes Ago (Rune Grammofon / Amazon)
Edition : 2009.
CD : 01/ If I Took Your Hand… 02/ But Sometimes I Am 03/ Can I Hold You for a Minute ? 04/ You Liked Me Five Minutes Ago
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Dennis Gonzalez : Songs of Early Autumn (NoBusiness, 2009)

singsofearlygrislumn

Lorsque, sur l’invitation de son ami Joe Morris, Dennis Gonzalez se rend dans le Connecticut, l’automne imprime aux paysages de la Nouvelle Angleterre ses couleurs et sa lumière particulières. Arrivé à Guilford, au domicile de Joe, la neige se met à tomber et la température a sérieusement baissé. Dennis Gonzalez et Joe Morris avaient déjà joué ensemble quelques mois plus tôt, au cœur de l’été, pour la session No Photograph Avaible, éditée par Clean Feed, et c’est naturellement qu’ils se retrouvent alors pour prolonger leur collaboration musicale. Aux côtés de Joe Morris, guitariste mais jouant ici de la contrebasse : Timo Shanko, contrebassiste mais soufflant ici dans un saxophone et Luther Gray, batteur… jouant de la batterie !

Le nez froid, les doigts gourds, les hommes attaquent alors la session et tout se suite la musique déployée se pare de chaudes couleurs, d’une joie partagée de défier les intempéries. Si l’on devait lui offrir une filiation, on évoquerait le Old and New Dreams. Parce que  le groove y est véloce et heureux (Loft). Mais aussi pour les mélodies enfantines déployées par Dennis Gonzalez qui se faufilent entre les fantômes d’une rythmique troublante (Acceleration). Enfin, pour la contrebasse élastique, sautillante, comme dansant sur une batterie qui fait la part belle aux toms et se connecte ainsi au pouls des percussions africaines (Bush Medicine). On pense aussi beaucoup à Albert Ayler, pour la pratique d’un free jazz tantôt emporté (In Tallation), tantôt méditatif (Lamentation).

On pense, finalement, au cycle des saisons, à cet éternel retour mais aux couleurs changeantes, à ce continuum qu’est la musique inventée par les africains américains au 20ème siècle, qu’on appelle jazz, et dont nous est livré ici un exemple incroyablement vivant.


Dennis Gonzalez, Lamentation (extrait). Courtesy of NoBusiness Records.

Dennis Gonzalez Connecticut Quartet : Songs of Early Autumn (NoBusiness Records / Instant Jazz)
Edition: 2009.
CD : 01/ Loft  02/ Acceleration  03/ Bush Medicine  04/ Idolo 05/ In Tallation  06/ Lamentation  07/ Those Who Came Before  08/ Loyalty
Pierre Lemarchand © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Grutronic : Essex Foam Party (Psi, 2009)

grutrosli

Pour qui ignorerait l’identité des membres de Grutronic, un passage par le site du label Psi peut être utile. On peut en effet y lire que Stephen et Nick Grew, Richard Scott et David Ross, sont tous passés par l’acoustique avant de se servir exclusivement de claviers, samplers, processeurs, oscillateurs, etc.

Sur Essex Foam Party, deux invités rejoignent le quartet : Orphy Robinson (dont le vibraphone a plus que son importance sur le premier titre, Plonk) et Paul Obermayer (au sampler). Si elle peut être rangée dans le tiroir expérimental, la musique de ce Grutronic augmenté est capable de facéties jouissives et même de compositions dansantes. Des bulles et des projections sonores rebondissent d’un bout à l’autre du disque, sur lequel on imaginerait presque entendre de temps à autre Aphex Twin s’adonner à l’avant-garde. Très étonnant...

Grutronic : Essex Foam Party (Psi / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2006-2008. Edition : 2009.
CD : 01/ Plonk 02/ Essex Foam Party 03/ Concussion Vibes 04/ Nose-Up 05/ Ball Pool Blues 06/ Madness and Civilization 07/ Foam Sweet Foam
Pierre Cécile © Le son du grisli

gru1

Légèrement moins « réussi » qu’Essex Foam Party mais très recommandable quand même, Live Grutronic est un enregistrement du groupe publié par le netlabel Earth Monkey Productions et gratuitement téléchargeable ici.

Commentaires [0] - Permalien [#]

Perelman, Duval, Willson : Mind Games (Leo, 2009)

peresli

Pour obtenir Mind Games, il aura fallu ajouter à la paire Ivo Perelman / Dominic Duval le percussionniste Brian Willson qui perdra un L dans la bataille après avoir tonné en ouverture.

Convaincu, Perelman gronde alors lui aussi sur un free rêche dans lequel s’engouffre le trio. Jusque-là, satisfaisant mais attendu, et puis : les premières notes de Musical Line, presque Lonely Woman  aux graves chaleureux et à la verve commune allant crescendo, le saxophoniste accrochant haut – bien maintenu par ses partenaires – chacune de ses plaintes avant de s’en tenir à une note tremblée. 

Confirmant l’inspiration du trio, Grateful for Life (ne jamais croire au poids de l’intitulé) dépose quant à elle quatre notes principales sur un swing qui fera valser les protagonistes : rengaine insistante aux différentes allures qui n’arrivent pas à perdre l’auditeur, mais l’obsèdent au contraire au point qu’il aura du mal à cesser de réclamer qu’elle revienne une dernière fois. Une fin plus conventionnelle (grand solo de Willson et puis nouveaux emportements), qui prône l’accalmie en regrettant le tumulte.

Ivo Perelman, Dominic Duval, Brian Willson : Mind Games (Leo Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD : 01/ Mind Games 02/ Primal Defense 03/ Musical Line 04/ Grateful for Life 05/ G.S. Farewelll
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Ivo Perelman, Dominic Duval : New Beginnings (CJR, 2009)

perelduvsli

S’ils affichaient leurs intentions et prônaient ici un nouveau départ, Ivo Perelman et Dominic Duval profitaient aussi – en concert à Philadelphia en 2007 – d’une expérience et d’une intimité qui aide.

En conséquence, New Beginnings rappelle les anciens échanges du duo comme il offre en effet un peu d’inédit : hésitant d’abord, le saxophoniste reprend à son compte la démarche passablement assurée des pizzicatos de Duval, s’en sert pour avancer avant que le contrebassiste agisse plus vigoureusement. A contre-courant, Ivo Perelman doit maintenant tout faire pour éloigner le spectre de la déroute, et se montre dans cet exercice plus fascinant encore.

Plus loin, et seul, il extrait de l’intérieur de son ténor une mélodie inattendue : quelques accrocs et quelques emportements, la dissolution ensuite lorsqu’il vagabonde dans le même temps qu'il fait croire que c'est à l'élaboration d'une danse subtile qu'il travaille. Après avoir cité Giant Steps, il renonce et commande à Duval une autre altercation : d’autres notes graves auxquelles Perelman feindra de ne pas faire attention, avant la charge ultime, impressionnante : autre fin pour New Beginnings.

Ivo Perelman, Dominic Duval : New Beginnings (Cadence Jazz Records)
Enregistrement : 20 novembre 2007. Edition : 2009.
CD : 01/ New Beginnings Part 1 02/ New Beginnings Part 2 03/ New Begginings Part 3
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Guyvoronsky, Kondakov, Volkov : In Search of a Standard (Leo, 2009)

guyvoronsli

Les huit thèmes de ce disque renvoient tous à des standards. Parfois, c’est la mélodie qui est fugacement citée ; ailleurs, c’est l’harmonie ou le rythme qui, discrètement, s’interposent et font lien. Une ligne de contrebasse, une trompette bouchée et le Someday My Prince Will Come de Miles renaît de ses cendres. On pourrait d’ailleurs parler d’un jeu d’apparitions-disparitions ici s’il n’était un désir constant de construire d’abord en fonction d’une matière souvenir plutôt que d’utiliser une seule et même forme ; intacte ou retravaillée. En attestent, ces brusques changements de directions sans souci de transition et qui réutilisent d’anciennes versions, existantes ou imaginaires.

Parfois l’humour affleure, le trait est grossi et l’intérêt est moindre (On the Other Side of the Street). Parfois, souplesse et dépouillement se rejoignent (Wintertime, Unsophisticated Lady) et la magie opère superbement. Que cherchent donc à nous dire ici Vyacheslav Guyvoronsky (trompette, voix), Andrei Kondakov (piano, percussions) et Vladimir Volkov (contrebasse) ? Nous faire entrevoir le standard comme un passage oublié et nécessaire ou simplement se divertir ? Il n’est pas interdit d’ouvrir le débat.

Vyacheslav Guyvoronsky, Andrei Kondakov, Vladimir Volkov : In Search of a Standard (Leo Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2009. Edition : 2009
CD : 01/ Don’t Take the « B » Train 02/ Miles’s Exercises 03/ On the Other Side of the Street 04/ Wintertime 05/ Caravansarai 06/ Unsophisticated Lady 07/ Standard 08/ Someday
Luc Bouquet © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Jessica Pavone : Songs of Synastry and Solitude (Tzadik, 2009)

synastrysli

Il est arrivé qu’on loue les talents d’instrumentiste de Jessica Pavone (avec Anthony Braxton), sa fantaisie inspirante (avec Mary Halvorson) et son iconoclasme (seule). Et puis, sur Tzadik : plus rien.

Ou presque : une suite de mélodies simplistes défendues par une section de cordes (Toomai String Quintet) qui, lorsqu’elle parvient à s’entendre, donne l’impression d’être plutôt postée derrière quatre claviers électriques de milieu de gamme (dans tous les sens du terme). Une musique de chambre pop et pompeuse, un folk donnant dans le précieux et surtout l’inutile (Pavone à l’opposée de son modèle du jour : Songs of Love and Hate de Leonard Cohen), une musique d’ennui diffusée en intérieur petit-bourgeois du presque-centre de Dimancheville. Non plus, donc, « chansons de solitude », puisque la déception s’est toujours partagée et que celle-ci est assez grande pour accueillir du monde.

Jessica Pavone : Songs of Synastry and Solitude (Tzadik / Orkhêstra International)
Edition : 2009.
CD : 01/ Here and Now, Then and Gone 02/ Darling Options 03/ Once Again 04/ There’s No Way to Say 05/ Housework 06/ It’s Come to This 07/ Ruala 08/ Waiting Room 09/ Wednesday’s Rules 10/ The Harbinger 11/ Hope Dawson is Missing
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Dokaka : Human Interface (DualpLOVER, 2009)

dokasli

Sur un premier album (à rallonge) qu’il est plus sain d’écouter en plusieurs fois, Dokaka poursuit dans la chanson surtout pas comme les autres : reprenant hier des morceaux de Led Zeppelin ou des Rolling Stones ou répondant à l’invitation de Björk sur l’enregistrement de Medúlla, il fait exploser sur Human Interface tous les présupposés et tous les fondamentaux.

En humand beatbox pas comme les autres non plus, le Japonais overdubbe à loisir (et même souvent plus que de raison) et fabrique une musique délirante influencée par toutes sortes de variétés (pop, hip hop, soul, funk, génériques télé, intermèdes) dont l’efficacité trouve sa force dans le caractère ludique de ses expérimentations. Tour à tour incongru, fou, naïf ou excessif, Dokaka relativise ses anecdotes instrumentales avec une fureur contagieuse et enivrante. En DJ de bouche  et sans disque aucun, il met à chaque fois le feu à ses plagiats plus ou moins volontaires et sa folie suffit à faire qu’on le recommande.

Dokaka : Human Interface (DualpLOVER)
Edition : 2009
CD : 01-88/ Human Interface
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Tsahar, Murray, Kowald : Ma, Live at the Fundacio Juan Miro (Hopscotch, 2009)

tsaharsli

Qui, en cet instant précis (25 juillet 2002 – Fondation Juan Miro / Barcelone), pourrait dire que le free jazz est un truc de vieux nostalgique attardé ? Et si coule une larme sur la joue, ce n’est pas par nostalgie mais parce que Peter n’est plus. Et que cette perte est irrémédiable. Et que ce trio-là était de feu et de grâce. Comme l’avait été, bien des années auparavant, le trio Ayler-Peacock-Murray.

Le trio Tsahar-Kowald-Murray : disons-en quelques mots. Soixante-douze minutes de musique forte, poignante et qui n’est rien d’autre que la signature même de l’existence. Ils ne jouent pas comme si c’était la dernière fois mais comme si c’était la première et la dernière. Nuance. Le tout dire avant le peloton d’exécution. Ne s’arrêter qu’avec l’épuisement. Mais avant : dire ce qui les rend vivants, forts et présents au monde. Dire la plainte, la brûlure, l’espérance.

Depuis quand n’avions nous pas entendu un Sunny Murray aussi incendiaire ? Ici, il trouve (enfin !) des partenaires à la hauteur de sa démesure et reconquiert l’appétit de ses vingt ans. Celui, précisément, du trio Ayler-Peacock-Murray. Voilà, on y revient ! On va finir par y croire à cette histoire de vieux nostalgiques. Et ne comptez pas sur un vieux nostalgique comme moi pour analyser cette musique tranchante comme un silex magdalénien. Inutile d’insister : laissez-nous entre vieux nostalgiques...

Assif Tsahar, Peter Kowald, Sunny Murray : Live at the Fundacio Juan Miro (Hopscotch Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2002. Edition : 2009.
CD : 01/ MA 02/ YA 03/ KA 04/ DA 05/ BA 06/ WA 07/ MA
Luc Bouquet © son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Charles Tyler : Charles Tyler Ensemble (ESP, 2009)

charlestylerensli

Trente-cinq minutes à peine : celles sorties du premier enregistrement de Charles Tyler en leader : en 1966, pour ESP (label pour lequel il enregistra un peu plus tôt en compagnie d’Albert Ayler), aux côtés de Joel Friedman (violoncelle), Charles Moffett (vibraphone), Henry Grimes (contrebasse) et Ronald Shannon Jackson (batterie).

Trente-cinq minutes qui vont à merveille à la concentration et à la précision des musiciens. Ici, aucun lyrisme exacerbé, mais tout, plutôt, dans la miniature et la netteté des traits. Et si l’alto de Tyler rappelle celui d’Ayler l’alter-ego (sur le folk divagant de Lacy’s Out East et le thème opaque de Three Spirits), trouver la singularité dans des arrangements qui font toute confiance aux deux archets (Strange Uhuru) et le jeu répété de disparition / apparition du meneur.

La densité d’une voix dans le déploiement de quatre microcosmes au creux desquels il arrive à Charles Tyler de vociférer un peu, non pour la forme à donner à l’ensemble mais pour la relance toujours indispensable, pour que l’énergie ne s’évapore si ce n’est pour conclure : Black Mysticism pour tout exemple, cette fois. L’alto amortit chacun des soubresauts commandés par Jackson, cédant l’espace aux frénésies de Friedman puis de Grimes, avant d’hurler enfin. Rien qu’une fois, et pour en finir avec les preuves à faire.

Charles Tyler : Charles Tyler Ensemble (ESP / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1966. Réédition : 2009.
CD : 01/ Strange Uhuru 02/ Lacy’s Out East 03/ Three Spirits 04/ Black Mysticism
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

>