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Interview de Birgit Ulher

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Née en 1961 à Nuremberg, Birgit Ulher est une trompettiste allemande qui a acquis ces dernières années une excellente réputation dans le domaine de l’improvisation. Organisatrice du festival Real Time Music durant de nombreuses saisons, elle a mené des recherches esthétiques qui se sont traduites notamment par la réalisation de polaroids retravaillés à l’aide de techniques mixtes. Que ce soit en solo ou en groupe (le quartet Nordzucker, ses duos avec Ute Wasserman ou encore Gino Robair), les principaux aspects de son travail résident dans sa quête de nouveaux sons et procédés. L’usage du silence et l’écoute réflexive prennent dans son œuvre tout leur sens. Ses deux derniers albums Blips and Ifs (en duo avec Gino Robair, Rastatscan, 2009) et Radio Silence No More (en solo, Olof Bright, 2009) constituent une excellente introduction à un univers riche et poétique. Le 24 octobre prochain, elle jouera en compagnie du saxophoniste Heddy Boubaker lors du Festival Densités.

Quel a été ton apprentissage musical et quelles sont tes premières influences ? Plus jeune, j'ai commencé deux fois à prendre des cours de guitare, mais à chaque fois, je n'ai pas persévéré plus d'une année. En ce qui concerne la trompette, j'ai pris quelques cours, mais je suis essentiellement autodidacte. Je me suis lancée dans l'improvisation en jouant du free jazz dans un groupe pendant un certain temps. Je me suis d'abord intéressée principalement au free jazz, avant de me plonger dans l'improvisation et les nouvelles musiques européennes. Les artistes qui m'ont le plus influencée alors sont, entre d'autres, Paul Lovens, Manfred Schoof, Günter Christmann, Alexander von Schlippenbach, Derek Bailey, Roger Turner, John Stevens, Phil Minton, Joëlle Léandre, Annemarie Roelofs et Peter Kowald.

L'approche que tu partages avec des artistes comme Mazen Kerbaj ou Axel Dörner se distingue de l'improvisation européenne des années 60 et 70. Certains ont désigné ce renouvellement du langage musical de réductionnisme. Quelle est ton opinion par rapport à cette désignation et quelles sont les caractéristiques de ta musique qui s'en rapprochent le plus ? Je pense que l'utilisation de termes comme celui de réductionnisme est toujours simplificatrice. A mon avis, le réductionnisme consiste à se concentrer sur certains aspects de la musique, les sons peu élevés et le silence par exemple, une approche que je peux partager. Je n'aime pas beaucoup le fait qu'il sous-entende qu'il manque quelque chose à la musique, qui aurait été « réduite », ce qui n'est pas le cas. Ou dans un certain sens, c'est toujours le cas, puisque tout genre musical réside dans une focalisation sur certains aspects sonores. Beaucoup de musiciens sont à mon sens injustement réduits à ce terme. Cependant, il y a de nombreuses caractéristiques de ma musique que l'on pourrait associer au réductionnisme, bien que je ne me sois jamais sentie inféodée à cette étiquette. Depuis que je suis installée à Hambourg, je n'ai pas entretenu beaucoup de relation avec les musiciens qui ont commencé à travailler dans cette voie à Berlin, bien que je sois au courant de leurs recherches. Ce type d'approche repose trop souvent sur des règles strictes qui peuvent conduire à un certain formatage. J'ai toujours préféré travailler selon une approche individuelle plutôt que suivre des règles conceptuelles précises. J'apprécie beaucoup le travail de réductionnistes « originaux » comme Axel Dörner ou Andrea Neumann, qui ont développé quelque chose de vraiment neuf à un moment crucial. Mais, comme avec beaucoup de genres musicaux, certains musiciens le font d'une manière forte et convaincante et puis d'autres suivent et ne sont pas vraiment à la hauteur. C'est ainsi qu'il y a quelques années, le réductionnisme en est arrivé au point mort à Berlin, probablement parce que trop dogmatique. Les musiciens sont alors allés dans d'autres directions.

Favorises-tu parfois un travail de composition. Si oui, comment peux-tu le décrire ? Comme la composition a une bien meilleure réputation dans notre société, certains improvisateurs ont défini leur travail comme des compositions instantanées. Je ne peux pas dire que je favorise un travail de composition. Disons qu'il s'agit d'une autre approche avec des résultats différents. Par moments, il n'y a pas de grande différence entre la composition et  l'improvisation, surtout lorsque tu travailles en solo. Il y a plus de flexibilité dans l'improvisation, tu n'as pas le contrôle sur les musiciens avec qui tu joues, ce qui est pour moi « plus un défi ». De toute façon, peu importe que la musique soit composée ou improvisée, du moment qu'elle est de qualité. J'ai été influencée par des compositeurs comme John Cage bien sûr, mais aussi Christian Wolf, Morton Feldman, Helmut Lachenmann, pour n’en citer que quelques-uns. J'aime beaucoup le travail de composition de Michael Maierhof : très précis, avec de beaux sons durs et beaucoup de silence. Il utilise des sons divisés, comme on peut l’entendre dans le quartet Nordzucker (avec Lars Scherzberg, Chris Heenan et moi-même). Ce que j'apprécie également dans l'improvisation, c'est l'égalité qui existe entre les musiciens. Tu n'as pas de hiérarchie avec le compositeur d'un côté et les interprètes de l'autre. Un autre avantage de la musique improvisée est que tu peux, par la pratique, approfondir la connaissance que tu as de ton instrument. Cela permet de développer de nouveaux sons et langages musicaux. Ces raisons me conduisent à penser que pas mal de musique improvisée actuelle sont beaucoup plus intéressantes que certaines musiques composées.

Y a-t-il des échanges entre ta pratique de la musique et celle des arts visuels ? J'ai toujours aimé le travail de nombreux artistes visuels qui se concentrent sur certaines problématiques bien précises. L'usage de bonnes proportions ainsi que le type de matériel employé sont très importants dans les deux disciplines. Comme j'ai cette formation en arts plastiques, je sais comme il est important de placer les sons exactement au bon endroit. Ensuite, certaines des plus intéressantes idées usitées dans la musique improvisée sont issues des arts plastiques, comme jouer de la guitare sur une table par exemple. Keith Rowe a en effet eu l'idée de Jackson Pollock, qui peignait ses toiles sur le sol. Autre analogie de la musique avec les arts plastiques, je considère le silence et le son comme les aspects négatif et positif d'une même chose, comme une sculpture et l'espace autour d'elle. Pour moi, les passages entre les sons sont aussi importants que les sons eux-mêmes. Quelque part, ils forment les sons. Une des meilleures choses qui puissent arriver dans n’importe quelle pratique artistique, musique comprise, c’est le changement de ta perception. Cela survient parfois après un bon concert, lorsque tu perçois ton environnement sonore différemment qu’avant. Une perception très proche de celle que l’on peut avoir de murs que l’on croyait connaître et qui paraissent différents après un travail de décollage. Les influences d’autres media peuvent être variées. Parfois, tu as l’idée d’enregistrer des sons de la vie quotidienne après avoir vu un spectacle de Sigmar Polke qui a documenté sa vie et celle d’autres artistes en utilisant la photographie. Ou, à d’autres moments, tu t’inspires d’idées conceptuelles, comme jouer chaque jour à un moment précis pour une durée déterminée. Les influences résident également dans le choix de ton matériel, dans la façon dont tu l’utilises, dans ton type de jeu et dans la façon dont l’interaction avec d’autres musiciens se déroule.

Peux-tu citer quelques-uns de tes disques favoris ?
Astro Twin / Cosmos (Ami Yoshida et Utah Kawasaki), Astro Twin + Cosmos (F.M.N. Sound Factory, 2004)
Tears (Ami Yoshida et Sachiko M), Cosmos (Erstwhile Records, 2002)
Nmperign (Bhob Rhainey et Greg Kelley), Nmperign (Selektion, 2001)
Hiss (Pat Thomas, Ivar Grydeland, Tonny Kluften et Ingar Zach), Zahir (Rossbin Records, 2003)
Greg Kelley et Jason Lescallet, Forlorn Green (Erstwhile Records, 2001)
Michael Maierhof, Collection 1 (Durian, 2006)
Agnès Palier et Olivier Toulemonde, Rocca (Creative Sources Recordings, 2005)

Birgit Ulher, propos recueillis en juillet 2009.
Jean Dezert © Le son du grisli

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Gino Robair, Birgit Ulher : Blips and Ifs (Rastascan, 2009)

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2009 is undoubtedly a productive year for trumpeter Birgit Ulher and her unconventional artistic path. Three excellent works released so far : Radio Silence No More (solo album on Olof Bright label) Yclept (with Ariel Shibolet, Adi Snir, Roni Brenner, Michel Mayer, Damon Smith, on Balance Point Acoustics) and this duo with Gino Robair (on his own label, Rastascan).

The CD cover summarizes its contents... Signs on the wall, the same signs and scratches which Blips and Ifs contains :  extremely radical improv here, Robair and Ulher renew the collaboration undertaken four years ago and confirm, with the second episode after Sputter (Creative Sources, 2005), their perfect complicity and communion of intents. Purposes fulfilled through seven segments provided by a symmetrical structure : liner notes indicate that Robair plays « voltage made audible » and Birgit also recurs to mutes and radio speakers. The first one takes care to turn analog sources made available via synthesizers into captivating, mesmeric sounds, the second pastes sinewaves and other electronic treatments on alteration stages of her instrument.

The resulting feedback is essentially delicate, passages are rarely a bit more tempestuous, a whispered conversation whose dialogues often overlap and produce interesting composite outputs. Birgit’s playing methods melt into other effects inserted, or, at times, trumpet interventions alternate to spread manipulations, but, however, exchanges between the two musicians are wisely thoughtful, in order to keep uniform the whole recording, which, furthermore, gives continuity to the tracks. A new successful, profitable, creative joint effort, as expected.


Gino Robair, Birgit Ulher, Forty Seven. Courtesy of Rastascan.

Gino Robair, Birgit Ulher : Blips and Ifs (Rastascan)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD : 01/ Forty Seven 02/ Glorp 03/ Five Eleven 04/ Yellow with Antenna 05/ Blips and Ifs 06/ Other Blue 07/ Rings Another Rust
Giuseppe Angelucci © Le son du grisli

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Richard Williams : The Blue Moment (Faber & Faber, 2009)

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Dans The Blue Moment, Richard Williams s’intéresse à ce qu’il y a derrière Kind of Blue. Par « derrière », entendre surtout « après ».

Au-delà d’une introduction déstabilisante pour le lecteur – puisqu’on renvoie celui-ci à deux ouvrages précis sur le sujet (signés Ashley Kahn et Eric Nissenson) et qu’on lui assène chiffres de vente et anecdotes dispensables tendant à prouver que Kind of Blue est bel et bien un ouvrage hors du commun –, Williams pose la première pierre de sa théorie personnelle : Aux origines de toutes choses musicales, il y a Kind of Blue. Reste ensuite, pour l’auteur, à choisir ses exemples : « coolitude » d’un musicien des rues de Barcelone, paisible ambient de Brian Eno ou accords de guitare de Chris Réa (oui), autant de prolongements à l’œuvre gigantesque.

Au fil des pages, ensuite : une histoire de la couleur bleue (résumé rapide de l‘ouvrage de référence de Michel Pastoureau), des digressions d’Américain à Paris (existentialisme, littérature et films) et puis, quand même, suivre Miles Davis de l’enregistrement de Blue Moods avec Mingus à celui du disque en question avec la formation que l’on sait : là, l’auteur a bûché, passé l’oral, que l’on trouve ici retranscrit sur papier. Ailleurs, des parallèles plus ou moins sensés avec des musiciens ayant puisé dans le disque un peu de leur inspiration : minimalistes choisis, John Cale ou encore Robert Wyatt. Entre les deux : le vide et, au final, The Blue Moment s’avère être un fourre-tout passable lorsqu’il n’agace pas avec moins de nuances.

Richard Williams : The Blue Moment (Faber & Faber / Amazon)
Edition : 2009.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Ashley Kahn : Kind of Blue (Le mot et le reste, 2009)

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L’ère des commémorations imposait récemment que l’on fête les 50 ans de Kind of Blue, « chef d’œuvre de Miles Davis », dit le sous-titre du livre d’Ashley Kahn. Par « fêter », entendre se ruer sur la dernière réédition en date et mettre un peu encore de sa poche dans un ouvrage dont la lecture accompagnera la réécoute. Kind of Blue : disque de jazz le plus vendu / Miles Davis : musicien de jazz le plus vendeur, voire commerçant. Impossible, alors, de passer à côté du phénomène, même réchauffé.

Profitant de l’occasion, la traduction du travail du journaliste Ashley Kahn, aujourd’hui éditée par Le mot et le reste, n’en est pas moins convaincante. S’il porte beaucoup sur Davis – histoires du trompettiste et de sa formation racontées encore – quand la valeur de Kind of Blue vient avant tout de l’acuité de chacun de ses concepteurs et intervenants (auxquels ajouter aussi George Russell et Gil Evans), l’ouvrage gagne son statut annoncé de « making-of » avec un certain brio : parce qu'il s’en tient aux faits autant qu'à une suite de témoignages inédits ; bien sûr, ne fait pas de vagues, mais se permet quand même d’aborder le sujet de la transformation d’un disque de musique en « pur » produit de commerce.

Dans sa forme, l’ouvrage se montre aussi amène : disposant des chapitres consacrés à quelques détails en constellations autour de la trame principale, décomposant chacune des pièces de l'enregistrement et faisant de même pour leurs prises, retranscrivant quelques dialogues consignés sur bandes archivées ou illustrant le propos à coups de photos fondamentales. Bref : Kind of Blue jusqu’à l’obsession – qui trouve de l’intérêt jusque dans les photos des boîtes contenant le master ou le registre des bandes – le temps de la lecture d’un livre incontournable pour qui aura décidé de revenir à Kind of Blue.

Ashley Kahn, Jimmy Cobb (préface) : Kind of Blue. Le making-of du chef d’œuvre de Miles Davis (Le mot et le reste / Amazon)
Edition : 2009.
Guillaume Belhomme © son du grisli

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Paranoia Birthday : Il ne restera / Hesta (Young Girls, 2008)

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Emanation personnelle du fondateur du label bruxellois Young Girls Records, hébergeur de talent d’artistes inclassables parmi lesquels le farouchement indépendant Maurizio Bianchi et sa très recommandable Dekadenz, Paranoia Birthday nous présente au format CD-R ultra-limité (50 copies chacune) deux œuvres éditées par FF HHH, autre maison belge dans les marges (et pas qu’un peu).

Le premier EP deux titres Il Ne Restera est tout particulièrement intéressant, en dépit de son champ d’action fréquenté par l’incroyable Jim O’Rourke sur son magnifique I’m Happy, tout récemment réédité. Tournant sur d’obsédantes boucles à l’orgue qui virent de plus en plus à l’orage (sans qu’il ne craque jamais), Ni L’Amour prend tout son sens quand on l’écoute au casque. Harcelant et grésillant, le morceau termine par rendre complètement dingue, comme si un essaim de robots dans le brouillard cherchait à se faire embaucher dans un montre sidérurgique broyeur d’humains. Impressive. Le second titre Ni Les Larmes nous entraîne dans les restes chauds d’un concerto pour orgue démoli par Fennesz (ou capté sur Radio Tirana), un UFO tournoyant à l’horizon. Avant une brève conclusion proto rock où une mélodie vocale – très – mal chantée sur un air joué sur chaîne hi-fi décomplexera tous les chanteurs en salle de bains de la planète.

Le second disque Hesta n’est qu’à demi réussi. Imprégné d’échos pratiquement lynchéens où un spectre monomaniaque hanterait nos soirées du haut d’un drone synthétique à l’angoissante chaleur, le morceau-titre est remarquable, notamment au niveau des harmonies spectrales qui habitent ses ténèbres mouillées au contact d’un drone irascible. Le seul reproche qu’on lui adressera – sa longueur, 27’50 (!) – étant trop peu musical pour être pris au sérieux. Moins convaincante, voire énervante, la dernière partie Something Will Be The End Of invite (?) à une expédition dans un cyberespace peuplé d’insectes androïdes qui auraient kidnappé Gyorgy Ligeti et pris les commandes de l’ordinateur HAL 9000. 

Paranoia Birthday : Il Ne Restera / Hesta (Young Girls Records)
Edition : 2008.
CD Il Ne Restera : 01/ Ni L’Amour 02/ Ni Les Larmes - CD Hesta : 01/ Hesta 02/ Something Will Be The End Of
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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John Hébert : Byzantine Monkey (Firehouse 12, 2009)

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C’est par une vieille chanson cajun que commence ce disque. La voix d’Odile Falcon, qui interprète La reine de la salle, semble être un préliminaire, narrer une préhistoire, sur laquelle vient se greffer la contrebasse de John Hébert qui réenchante la mélodie. Très vite, les saxophones de Tony Malaby et Michaël Attias entrent dans la danse, et lorgnent du côté d'Albert Ayler. Rappelons nous, Ayler lui aussi aimait convoquer les folklores, les spirituals bien sûr mais aussi la Marseillaise… Car, pour Hébert aujourd’hui comme pour Ayler hier, le propos n’est pas de célébrer avec nostalgie une période dorée mais de démontrer que le jazz n’est jamais aussi moderne que quand il plonge à pleines mains dans le patrimoine populaire.

John Hébert est né à la Nouvelle Orléans et y retournera dans ce disque à l’occasion de la ballade Cajun Christmas, magnifiée par le flûtiste Adam Kolker. L’inspiration, nous dit Hébert, lui vient souvent à l’occasion de voyages…  En témoignent Acrid Landscape et Ciao Monkey imaginés en Italie, et l'oriental Fez. L’usage que fait Satoshi Takeishi (décidément un musicien précieux) de ses percussions, plutôt que de souligner l’exotisme, brouille les pistes et nous perd.

Tous les morceaux de ce disque, et en particulier New Belly (dernier et peut-être plus beau morceau du disque), sont emprunts de la complicité qui unit Hébert au batteur Nasheet Waits. Les deux hommes sont en totale osmose, semblent entretenir de télépathiques relations renforcées par l’absence de piano qui leur laisse champ libre pour tisser la toile rythmique de la musique jouée ici.

Par le passé, tous deux jouèrent dans l’orchestre du pianiste Andrew Hill, décédé 13 mois avant l’enregistrement de Byzantine Monkey. Ce dernier, dont la disparition pourrait être symbolisée dans ce disque par l’absence de pianiste, y est cependant très présent (For A.H. lui est d’ailleurs dédié). On retrouve chez Hébert cette posture « au carrefour des musiques orale et écrite », comme l’écrivait le critique Arnaud Robert au sujet d'Hill. Qui ajoutait : « Andrew Hill libérait l’espace sans renoncer à la structure. Il était un dandy de la note tordue. » Tout comme John Hébert, qui signe là avec ce sextet son plus beau disque.

John Hébert : Byzantine Monkey (Firehouse 12 Records / Instant Jazz)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD : 1/ La reine de la salle 2/ Acrid landscape 3/ Run for the hills 4/ Blind pig 5/ Ciao monkey 6/ Cajun Christmas 7/ Fez 8/ For A.H. 9/ Fez II 10/ New Belly
Pierre Lemarchand © Le son du grisli

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Gato Barbieri : In Search of The Mistery (ESP, 2009)

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En 1967, Gato Barbieri  enregistrait son premier disque : In Search of The Mistery, qui atteste d’un lyrisme dont l’incandescence refusait encore l’art pompier.

En formation étrange aux côtés de Calo Scott (violoncelle), Sirone (contrebasse) et Bobby Kapp (percussions), le ténor déploie là un savoir-faire ténébreux : cinq notes pour toute ligne mélodique, le reste à l’emporte-pièce, et voici combinées In Search of the Mystery et Michelle, refrains d’insistances et digressions exubérantes servant une esthétique implacable.

Contre ces mêmes caractéristiques, la nonchalance d’Obsession No.2 et de Cinemateque ne pourra rien : Barbieri avançant là par à-coups de deux notes avant de devoir faire face à l’électricité du violoncelle de Scott. De cette confrontation, naît un discours mélodique précipité, compacté puis anéanti, qui continue pourtant aujourd’hui encore d’en démontrer. A l’endroit même où l’énigme demeure. 

Gato Barbieri : In Search of The Mistery (ESP Disk / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1967. Edition : 2009.
CD : 01/ In Search of The Mistery / Michelle 02/ Obsession No.2 / Cinemateque
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Alan Sondheim, Myk Freedman : Julu Twine (Porter Records, 2009)

Julugrisli

Poète, performer, vidéaste, multi instrumentiste, Alan Sondheim n’a pas encore vingt ans en 1967 quand il enregistre Ritual-All-70-7 pour le label ESP, disque OVNI par excellence. Aujourd’hui, en duo avec le guitariste Myk Freedman et quarante ans après, il remet le couvert d’une musique toujours aussi désarticulée.

Puisant dans on ne sait quelle improbable americana malade et désemparée, ils provoquent l’aléatoire et l’argumentent à toutes les sauces : avant-folk, psychédélisme appuyé, improvisation radicale. Guitare, cithare et banjo pour Sondheim, steel guitare pour Freedman (une steel guitare aux saillies hybrides, parfois proche du theremin) ; les arpèges se croisent et s’entêtent, inachevés et filandreux. Libérés d’une académie qu’ils semblent n’avoir jamais croisée, ils avancent, s’amusent et enfouissent de bien singulières pépites. Seront-elles aussi surprenantes  dans une trentaine d’années ?


Alan Sondheim, Myk Freedman, Track F. Courtesy of Porter Records.


Alan Sondheim, Myk Freedman, Track A. Courtesy of Porter Records.

Alan Sondheim, Myk Freedman : Julu Twine (Porter Records / Orkhêstra International)
Edition : 2009
CD : 01/ Track A 02/ Track G 03/ Track in Banjo Solo 04/ Track B 05/ Track M Lap Steel Solo 06/ Track C 07/ Track D 08/ Track E 09/ Track I Di Giorgio Classical Guitar Solo 1  10/ Track K 11/ Track H 12/ Track J Di Giorgio Classical Guitar Solo 2 13/ Track F
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Stephan Mathieu, Taylor Deupree : Transcriptions (Spekk, 2009)

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Sur leur collaboration Transcriptions, Stephan Mathieu et Taylor Deupree se servent du contenu de 78 tours pour arriver par d’autres biais à peaufiner une pop qui interroge par la drôle d'ambiance qu'elle diffuse.

Au début, le duo peint des ombres vaporeuses desquelles surgiront des aigus cinglants, des voix fantomatiques, des boucles miniaturisées ou des sifflements (guitares et claviers sont les autres instruments utilisés par Mathieu et Deupree). En fond, un grain sonore qui ne brille pas par son originalité labellise – peut-être pour que l’auditeur comprenne bien – la teneur atmosphérique des choses. Sorti d’un flou sombre qui en promettait, le discours est malheureusement ensuite porté à la lumière, qui révèle son caractère fruste et durable : l'ensemble est naïf et ne cherche pas à profiter de la rencontre de deux musiciens à qui il arrive pourtant parfois d'être très inventifs. Tout avait si bien commencé…


Stephan Mathieu, Taylor DeupreeLargo (extrait). Courtesy of Spekk.

Stephan Mathieu, Taylor Deupree : Transcriptions (Spekk)
Enregistrement : 2007-2008. Edition : 2009.
CD : 01/ Nocturne 02/ Largo 03/ Solitude 04/ Remain 05/ Andante 06/ Genius 07/ White Heaven 08/ Solitude of Spheres 
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Joe Morris : Today on Earth (AUM Fidelity, 2009)

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Today on Earth fait suite à Beautiful Existence (Clean Feed, 2005) pour lequel Joe Morris officiait déjà en tant que guitariste aux côtés de Jim Hobbs (saxophone alto), Timo Shanko (contrebasse) et Luther Gray (batterie). Dans ce nouvel opus, le prolifique musicien (il est apparu sur plus de 20 albums depuis début 2008 !) poursuit sa recherche d’un groove lumineux et sensible. A la différence de certaines des projets où le style se fait plus expressionniste (par exemple au sein du Flow Trio), le discours se construit ici avec tranquillité et limpidité, conférant à l’album une tonalité presque classique.

Cet aspect apparemment apaisé ne signifie pas pour autant que la musique manque d’inventivité. Durant le thème d’Animal, saxophone et guitare s’entremêlent pour ne former qu’une seule ritournelle, puissante et presque liquide tant elle s’écoule naturellement. Dans Today on Earth, les intentions panthéistes du guitariste sont plus que jamais manifestes, par le titre du morceau, mais aussi et surtout par les subtiles variations de son jeu, dominant une assise rythmique mouvante. Souvent, il sait s’éclipser, laissant s’exprimer avec brio ses coreligionnaires, comme sur une bonne partie d’Observer, ballade tendue et semée d’embûches. Mais toujours, ce magnifique son clair d’une guitare maniée avec précision revient pour dominer l’ensemble sans se forcer.


Joe Morris, Animal (extrait). Courtesy of AUM Fidelity.

Joe Morris Quartet : Today on Earth (Aum Fidelity / Orkhêstra International)
Enregistrement : 17 juin 2009. Edition : 2009.
CD : 01/ Backbone 02/ Animal 03/ Today on Earth 04/ Observer 05/ Embarrassment of Riches 06/ Ashes 07/ Imaginary Solutions.
Jean Dezert © Le son du grisli

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