Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Jacob Kirkegaard : Labyrinthitis (Touch, 2008)

jacob kirkegaard labyrinthitis

Derrière les drones tenaces commandés par Jacob Kirkegaard – lignes de fuite enveloppantes élevées sur de plus aigues, notes cristallines étirées à loisir puis changées en impatientes et finalement fragmentées – et sous ses airs d’ambient constructiviste, l’horizon de Labyrinthitis est fait aussi des réactions de qui l’écoute aux impulsions discrètes qui ne cessent de l’y provoquer.

Sans dire que Kirkegaard élève ici l’acouphène au rang d’œuvre d’art, celui-ci expose l’auditeur à quelques sifflements et bourdons instinctifs, et donc, le met à contribution le temps d’édifier une œuvre qu’il n’aura aucune raison, ensuite, de juger incomplète ou triviale. Parce qu’elle le changera aussi des sourcilleux audiogrammes, non pas tant sur la forme que sur la relativité des résultats qu’il doit en attendre. 

Jacob Kirkegaard: Labyrinthitis (Touch)
Edition : 2008.
CD : 01/ Labyrinthitis
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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The Magic I.D. : Till My Breath Gives Out (Erstwhile, 2008)

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Emmené par Christof Kurzmann (entendu jadis auprès de John Butcher ou Steve Lacy) et Michael Thieke (membre notamment du Clarinet Trio), The Magic I.D. compose un premier album d’une électroacoustique soumises à influences – David Grubbs, Mark Hollis ou Stina Nordenstam – ainsi qu’à l’originalité de son instrumentation (voix, guitares et clarinettes).

D’allure plutôt lente, l’ensemble défend souvent une pop atmosphérique ou un folk mouvant, aux mélodies instituées sur boucles et déviant selon l’effet des interventions. Capables de quelques maladresses (voix ici trop appuyée ou improvisation virant là au refrain stérile), The Magic I.D. parvient sur la longueur à imposer avec Till My Breath Gives Out (première référence d’une section pop ouverte par le label Erstwhile) un idéal musical polyphonique et polymorphe, rare et presque singulier ; prometteur, surtout. 

The Magic I.D. : Till My Breath Gives Out (Erstwhile / Orkhêstra Interational)
Edition : 2008.
CD : 01/ True Holiday 02/ Feet Deep 03/ Wintersong 04/ Martin Fierro 05/ From the Same Road 06/ Loopstück
Guillaume Belhomme © Le son du grisli 

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Joëlle Léandre, Akosh S.: Kor (Leo Records - 2008)

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Quelques années après leur première collaboration, Joëlle Léandre et Akosh Szelevényi redirent à l’Olympic Café, Paris, l’intensité commune de leur démarche improvisée.

Graves, forcément, l’archet et le saxophone : Part 1 à peine ouvert et, immédiatement, le transport en terres bouleversées : grincements de contrebasse et mélodies discrètes d’une Europe introuvable à force de revendiquer plusieurs centres, folklores interrompu ensuite par un mouvement de clochettes et une série majestueuse de pizzicatos dérangés.

Progressions difficiles, aussi – souffles en peine contre râles accrocheurs (Part 2) – et puis Balkans réinventés : diphonies chassées par le tumulte (Part 4) ou pièces contemplatives nées d’incantations plus rassurantes (Part 7). Ainsi, différemment et avec naturel, clarinette basse, saxophones et flûtes, auront opposé avec adresse quelques chimères mélodiques à l'imaginaire percussif et lyrique d’une Léandre qui ne faiblit pas (Part 6).

CD: 01/ Part 1 02/ Part 2 03/ Part 3 04/ part 4 05/ Part 5 06/ Part 6 07/ Part 7 >>> Joëlle Léandre, Akosh S. - Kor - 2008 - Leo Records. Distribution Orkhêstra International.

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Richard Pinhas, Merzbow: Keio Line (Cuneiform - 2008)

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L’avenir réservait donc des surprises : parmi celles-là, la rencontre de Richard Pinhas (Heldon) et Masami Akita (Merzbow), vétérans d’une internationale bruitiste et héros pas fatigués d’en entendre.

Déposant en prenant son temps d’autres amalgames insatiables de notes de guitare allongées, le duo s’engage sur la voie d’un psychédélisme éloquent mais vain, parce que toujours insatisfait de ses trouvailles superbes (déflagrations sonores et méandres mis au jour) comme de ses déroutes : turbulences gâchées par un effet de guitare trompeur ou beat parfois suranné revendiquant son droit à polluer l’entier espace sonore.

Deux disques recommandables, pourtant, parce que l’essentiel de Keio Line est à trouver dans son développement sinueux, qu’il faut suivre – regretter telle décision pour succomber à telle autre – et suivre encore, pour se rendre enfin compte que chaque écoute permet d’entendre autrement.

Richard Pinhas, Merzbow : Keio Line (Cuneiform / Orkhêstra International)
Edition : 2008.
CD1 : 01/ Tokyo Electric Guerilla 02/ Ikebukuro : Tout le monde descend ! 03/ Shibuya AKS - CD2 : 01/ Merzdon / Heldow Kills Animals Killers 02/ Chaos Line 03/ Fuck the Power (and Fuck Global Players)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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McPhee, Trzaska, Rosen: Intimate Conversations (Not Two - 2007)

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A Cracovie – Alchemia, toujours – Joe McPhee (saxophone ténor) et Jay Rosen (batterie) ouvraient Intimate Conversations en duo, augmenté lorsqu’arrive Mikolaj Trzaska (saxophones, clarinette basse), musicien de l’endroit ayant œuvré à une avant-garde polonaise appelée « yass » et entendu déjà auprès de Lester Bowie, Peter Brötzmann ou des frères Oles.

D’interventions communes – entrelacs improvisés et réfléchis – en solos motivants, McPhee et Trzaska construisent avec le soutien discret de Rosen – qui adresse au milieu du disque un bel hommage à Max Roach – un dialogue de sages, capables quand même d’emportements mais davantage intéressés par l’idée d’une interaction comptant sur la mesure profitable à toute première rencontre : posément, les trois hommes s’entendent alors, réléguant toutes définitions – le free jazz est un oxymore, écrit McPhee dans les notes qui accompagnent le disque – pour mieux composer un bouquet rare de méditations subtiles.

CD: 01/ Was It Something I Said ? 02/ Maybe Not 03/ If I Would I Could 04/ Did I Forget Darfur/What God ? 05/ An intimate Conversation #1 06/ An Intimate Conversation #2 07/ North Star (For Max Roach) 08/ An Intimate Conversation #3 09/ Dom’s Matrix 10/ Snowflakes on Flowers 11/ And Then 12/ King to King’s Bishop >>> Joe McPhee, Mikolaj Trzaska, Jay Rosen - Intimate Conversations - 2007 - Not Two [téléchargement].

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Ernst-Ludwig Petrowsky, Michael Griener : The Salmon (Intakt, 2008)

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Sorti du Zentralquartett, le multi-instrumentiste Ernst-Ludwig Petrowsky (saxophones, clarinettes et flûte) enregistrait en 2005 en compagnie du batteur Michael Griener The (mais, en fait : onze) Salmon.

Vibrionnant dès l’ouverture, Petrowsky ne donne pas pour autant dans une improvisation intempestive : souvent mesuré dans ses propositions, cherchant plutôt à fomenter en compagnie de son partenaire une alternative musicale oscillant entre emportements tournant autour de motifs d'abord plusieurs fois répétés et morceaux d’atmosphères quiètes lorsqu’elles ne proviennent pas d’une pratique instrumentale expérimentant. Griener, lui, passe d’interventions convulsives en suggestions chromatiques ; remonte, à contre-courant, le lit de l’improvisation. Le duo, de s’en sortir ainsi avec finesse, voire esprit.

CD: 01/ Salmon No. 1 02/ Salmon No. 2 03/ Salmon No. 3 04/ Salmon No. 4 05/ Salmon No. 5 06/ Salmon No. 6 07/ Salmon No. 7 08/ Salmon No. 8 09/ Salmon No.9 10/ Salmon No. 10 11/ Salmon No. 11 >>> Enrst-Ludwig Petrowsky, Michael Griener - Salmon - 2008 - Intakt. Distribution Orkhêstra International.

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Jérôme Sabbagh: One Two Three (Bee Jazz - 2008)

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Avoir gagné New York aurait-il enfin permis à Jérôme Sabbagh de trouver enfin à dire de façon plus originale l’intérêt qu’il porte au jazz ? Peu convaincant jusque-là en quartette, le saxophoniste opère un passage en trio qui pourrait changer la donne.

Sur One Two Three, il s’attaque ainsi à quelques standards (autre changement de taille et opérant) signés Thelonious Monk, Billy Strayhorn, Bud Powell ou Bill Evans, qui révèlent chez lui un penchant certains pour les pianistes et lui permettent de mieux s’en sortir. Avec le soutien du contrebassiste Ben Street et du batteur Rodney Green, s’il lui arrive encore de frôler la transparence (Body and Soul), il fait le plus souvent preuve d’un tact capable de mettre au jour un middle jazz d’un genre nouveau : influences plus anciennes que celles généralement avancées par les musiciens de sa génération revues à la lumière d'usages post-coltraniens maintenant digérés, qui n'arrêtent pas de fleurir un swing attentionné à coups d’instabilités et d’approximations provocantes. Encourageant.

CD: 01/ Conception 02/ Work 03/ Body and Soul 04/ Just in Time 05/ Turn Out the Stars 06/ Boo Boo’s Birthday 07/ Tea for Two 08/ Monopoly 09/ Chelsea Bridge >>> Jérôme Sabbagh [écoute] - One Two Three - 2008 - Bee Jazz - Distribution Abeille Musique.

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Anthony Pateras : Chromatophore (Tzadik, 2008)

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Après l’excellent Chasms, Anthony Pateras présente Chromatophore, exposé de travaux plus ou moins récents, surtout : différemment menés.

Dirigeant l’Ensemble of the Australian National Academy of Music – et en consacrant donc l’existence –, Pateras ouvre une boîte de musiques tourmentées, craintives à l’idée d’être trop exposées : pièces d’une électroacoustique aux reliefs rares pour tout miser sur la planéité d’un discours lorsqu’elles n’hésitent pas entre intervention d’un chœur implorant (Automatons), improvisations sur piano préparé (When Objects Dream) et explorations sonores exclusivement électroniques (JWT). 

Anthony Pateras : Chromatophore (Tzadik / Orkhêstra International)
Edition : 2008.
CD : 01/ Chromatophore 02/ 76755 I 03/ 76755 II 04/ 76755 III 05/ 76755 IV 06/ 76755 V 07/ Automatons 08/ When Objects Dream 09/ JWT 10/ Autophagy
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Revolutionary Ensemble: Revolutionary Ensemble (Enja - 2008)

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Actif dans les années 1970 et reformé en 2004 pour le bien d’un enregistrement produit par Pi Recordings, Revolutionary Ensemble – soit : Leroy Jenkins (violon, flûtes), Sirone (basse, flûtes) et Jerome Cooper (percussions, piano et… flûtes) – voit aujourd’hui rééditer Revolutionary Ensemble, enregistrement d’un concert donné en Autriche en 1977.

Pour donner les dernières preuves (originelles) de l’entente du trio, le disque retient quatre titres, se refusant tous à être sacrifiés aux simplistes frasques électroacoustiques généralement commandées par leur temps. A la place, trouver des progressions atmosphériques soumises à de subits emportements (March 4-1) et autres explorations sonores capables de chercher partout la sonorité inattendue, avec, quand même, plus (Clear Spring) ou moins (Chicago) de subtilité. Au son des flûtes annoncées, les musiciens ouvrent le dernier morceau du concert, lui aussi intitulé Revolutionary Ensemble, pour redire sans doute toute l’efficacité de l’usage qui est fait ici de la preuve par trois.

CD: 01/ Clear Spring 02/ March 4-1 03/ Chicago 04/ Revolutionary Ensemble >>> Revolutionary Ensemble - Revolutionary Ensembe - 2008 (réédition) - Enja. Distribution harmonia Mundi.

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Paul Flaherty, Bill Nace, Thurston Moore (Ecstatic Peace, 2008)

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Après avoir beaucoup expectoré aux côtés du batteur Chris Corsano – en duo ou compagnie du saxophoniste Wally Shoup et de Thurston Moore –, Paul Flaherty s’essaie au trio, alternant saxophones ténor et alto près des amplis de Moore et d’un second guitariste : Bill Nace.

Courte, l’ouverture oppose sans attendre les sifflements de Flaherty et l’abandon bruitiste dans lequel se vautrent déjà ses partenaires, laisser-aller bientôt anéanti au profit du déploiement de Drugs, mise au jour progressive d’une texture sonore grondante et intense pour être née du rapprochement d’un free exacerbé et d’une no wave corrigée par les techniques du jour. Quarante minutes, encore, le temps pour Lavender de donner à entendre un saxophoniste plus introspectif, qui tourne lentement sur les constructions maintenant rythmiques des guitaristes, avant d’agir au profit de nouvelles déflagrations sonores, et réjouissantes.

Paul Flaherty, Bill Nace, Thurston Moore (Ecstatic Peace! / Differ-ant)
Enregistrement : 1er décembre 2007. Edition : 2008.
CD : 01/ Sex – Why Won’t Anyone Talk About It ? 02/ Drugs – Elegy for All The Murdered Rockstars 03/ Lavender – Mafia Runs CIA Runs Entertainment Industry Ruins Soul
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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