Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Parution : Jazz en 150 figures de Guillaume BelhommeParution : le son du grisli #2Sortir : Festival Baignade Interdite
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Chris McGregor: Brotherhood (Fledg’ling - 2008)

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En 1972, sortait Brotherhood, deuxième album (après un éponyme assez anecdotique) du Brotherhood of Breath, grand ensemble libertaire dirigé par le pianiste sud-africain Chris McGregor, ou Duke Ellington du Cap. Réédité.

Douze musiciens, parmi lesquels compter aussi Dudu Pukwana, Mongezi Feza, Harry Miller, Louis Moholo, servent sous les faux airs d’une fanfare joyeuse un mélange rare de free jazz sans limite pour rejeter avec force l’influence de piano bar à laquelle doit faire face McGregor (Joyful Noises) et de swing à l’allure mouvante, puisque altéré par les sifflements instrumentaux (Think of Something).

Plus vindicatives, les percussions soufflent ensuite sur les braises d’un répétitif et dansant Do It, saxophones clamant une dernière fois l’héritage de Sun Ra (le parallèle avec les enregistrements en leader du disciple Eddie Gale, à faire aussi) avant d’entamer un court Funky Boots March qui finit de révéler la fougue du groupe de McGregor, qui accueillera plus tard des invités de la taille d’Evan Parker ou Paul Rutherford), et donne ici l’un de ses enregistrements les plus enthousiasmants.

CD: 01/ Nick Tete 02/ Joyful Noises 03/ Think of Something 04/ Do It 05/ Funky Boots March >>> Chris McGregor’s Brotherhood of Breath - Brotherhood - 2008 (réédition) - Fledg’ling. Distribution Orkhêstra International.

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Marc Pichelin, Xavier Charles, Ivar Grydeland: North of the North (Sofa, 2008)

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Les field recordings de Marc Pichelin nous parlent d’un voyage qu’il a fait en Norvège : North of the North, de rendre une variation de bruits valant souvenirs ayant à entendre avec les transports empruntés ou la faune croisée à l’occasion, à qui quelques larsens disputeront bientôt l’endroit : « Nous glissons quelques sons dans les plissures des vagues », écrit Pichelin en guise d'explications.

Puisque la clarinette de Xavier Charles fomente bientôt d’autres souffles à aller à de plus naturels. Puisque les deux hommes réduisent ensuite la nature au statut de simple intervenant avant d'improviser en compagnie du guitariste – ici au banjo – Ivar Grydeland : enregistrements d’atmosphères juxtaposés bientôt à une création spontanée. Inspiré jusqu'à la réussite. 

Marc Pichelin, Xavier Charles, Ivar Grydeland: North of the North
Sofa
Edition : 2008.
CD : 01/ Bateau de pêche 02/ Le port 03/ Bord de Route 04/ Trois bords de mer 05/ Travelling sur le pont d’un ferry boat 06/ Du vent du nord 07/ West of the North 08/ East of the North 09/ South of the North 10/ North of the North
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Jason Stein’s Locksmith Isidore: A Calculus of Loss (Clean Feed - 2008)

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Ancien guitariste passé à la clarinette sous l’influence d’Eric Dolphy, Jason Stein a, depuis, étudié auprès de Charles Gayle et Milford Graves avant de se faire remarquer au sein du Bridge 61 de Ken Vandermark. Sur A Calculus of Loss, il fait état de ses prétentions à la tête d’un trio que forment avec lui Kevin Davis (violoncelle) et Mike Pride (batterie).

Pas pressé d’en démontrer, Stein expose sa pratique expérimentale – à l’influence de Dolphy (qui lui conseille d'ailleurs la compagnie d'un violoncelliste)  ajouter maintenant celle de Braxton – sur la suite de pizzicatos angoissés servis par Davis. Dérangé par la progression chaotique de ses deux partenaires, le batteur ponctue leurs interventions avec sagacité, pour parfaire chacune des déconstructions lentes exposées sur le disque.

That’s Not Closet, par exemple, que Stein ouvre en répétant une phrase mélodique jusqu’à la faire tomber dans l’oubli pour laisser toute la place à un développement qui rappelle l’usage que faisaient, à la fin des années 1960, Steve Lacy ou Jacques Coursil du free jazz. D’un genre ancien rattrapé par le silence, Locksmith Isidore fait une nouveauté irrésistible.

CD: 01/ Nurse Ellen 02/ Miss Izzy 03/ That’s Not Closet 04/ Caroline and Sam 05/ 167th St. Ellen 06/ J.H. 01 >>> Jason Stein’s Locksmith Isidore - A Calculus of Loss - 2008 - Clean Feed. Distribution Orkhêstra International.

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David Liebman, Ellery Eskelin: Renewal (HatOLOGY - 2008)

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Après Different but the Same, disque produit en 2005 par le même label, David Liebman et Ellery Eskelin présentent Renewal, enregistré en juin 2007 à New York. Avec Tony Marino (contrebassiste amené par Liebman) et Jim Black (batteur inséparable d’Eskelin), les deux ténors multiplient les prétextes pour mener à bien leur rencontre.

Pêchant lorsqu’ils tentent de s’accorder sur unissons et transforment, par exemple, Out There en pièce de post-bop gonflée d’un groove incertain, les saxophonistes se montrent plus inspirés sur des improvisations perturbées par la section rythmique : concluante intervention de Black sur Renewal, ou marche contrariée de Dimi and the Blue Moon.

Ailleurs encore, Liebman et Eskelin donnent les preuves de la qualité de leur joute libertaire, sur le blues de Palpable Clock ou un grand duo de musiciens d’une avant-garde frénétique commandée par une des compositions d'Eskelin : IC. Qui persuade, comme la majorité des titres du disque, qu’il est encore possible à Liebman d’enregistrer un disque convaincant.

CD: 01/ Cha 02/ The Decider 03/ Out There (Take 2) 04/ Renewal 05/ Palpable Clock 06/ Dimi and the Blue Moon 07/ IC 08/ Free Ballad 09/ Out There (Take 1) >>> David Liebman, Ellery Eskelin - Renewal - 2008 - HatOLOGY. Distribution Harmonia Mundi.

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Evan Parker : Conic Sections (Psi, 2008)

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En complément de ceux de l'album The Snakes Decides, enregistrés en 1986, d'autres solos de soprano d'Evan Parker sont exposés sur Conic Sections, enregistrés trois ans plus tard.

Là, le saxophoniste dévale les pentes vertigineuses d'une improvisation frénétique, amasse naturellement des plaintes surprenantes, fait part d'une endurance hors du commun capable, en plus, de s'adapter aux besoins de nouvelles et soudaines trajectoires. Sortant ici un peu du cadre, il fait ailleurs une pause, minuscule, avant de reprendre son art insatiable de la conversation. En conclusion, se laisse happer par un mouvement qui le dépasse et sur lequel il ose des expressions changeantes : répétant une note empruntée aux aigus ou démontrant la force expressive de grincements inattendus. Ainsi donc, Conic Sections est un objet sonore irrécupérable, rare et indispensable.

Evan Parker : Conic Sections (Psi / Orkhêstra International)
Réédition : 2008.
CD : 01/ Conic Section 1 02/ Conic Section 2 03/ Conic Section 3 04/ Conic Section 4 05/ Conic Section 5
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Spring Heel Jack : Songs & Themes (Thirsty Ear, 2008)

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Après avoir enregistré Masses en compagnie (notamment) de William Parker, Matthew Shipp et Evan Parker, puis Amassed en compagnie (notamment) de Kenny Wheeler, Han Bennink et Paul Rutherford, le Spring Heel Jack d’Ashley Wales et John Coxon s’occupa de Songs and Themes en compagnie (notamment) de John Tchicai, Roy Campbell, John Ewards et Mark Sanders.

Au programme, toujours le même projet d’une musique électroacoustique investie par quelques improvisateurs qui, rapidement, lui donnent une tournure mélancolique : atmosphères lentes portées par à-coups que perturbent les apparitions momentanées de digressions bruitistes ou d’éclats de folk expérimental et glissant. Le final, lyrique, emporte les derniers morceaux d’une expérience aboutie, rencontre fertile d’univers souvent étrangers pour rester chacun sur ses positions.

Spring Heel Jack : Songs & Themes (Thirsty Ear / Orkhêstra International)
Edition : 2008.

CD : 01/ Church Music 02/ Dereks 03/ With Out Words 04/ Eupen 05/ For Paul Rutherford 06/ Folk Players 07/ Sivertone 08/ Clara 09/ 1,000 Yards 10/ Antiphon 11/ At Long Last 12/ Garlands
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Brendan Murray: Commonwealth (23five Incorporated - 2008)

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Musicien de Boston confectionnant en artiste conceptuel sa musique atmosphérique, Brendan Murray installe au moyen de guitares électriques et de synthétiseurs l'évolution lente d'un drone métallique. Commonwealth, de tenir dans cet unique développement, qui revêt l'allure sonore de champs électromagnétiques avant de se faire amas de couches enveloppantes plus chaleureuses.

Lentement, le drone se décharge des substances qui le composaient, jusqu'à disparaître sous la forme d'une ligne ténue sur composition abstraite et contrariée. Commonwealth a passé.


CD: 01/ Commonwealth >>> Brendan Murray - Commonwealth - 2008 - 23five Incorporated.

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Daniel Humair: Full Contact (Bee Jazz - 2008)

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A l’occasion de son soixante-dixième anniversaire, Daniel Humair retrouve le pianiste Joachim Kühn et rencontre pour la première fois sur disque le saxophoniste Tony Malaby (récemment entendu sur Tamarindo).

Le trio, d’ouvrir Full Contact sur l’air d’un affrontement récréatif entre un piano et un saxophone déphasés, séparés bientôt par un premier solo de batterie. La suite, faite d’une surenchère à laquelle s’adonnent les solistes – Humair compris, intéressé toujours par les possibilités mélodiques de son instrument –, de constructions hâtives révélant quelques préoccupations contemporaines (Ghislène) et de jolis mouvements sombres plutôt inattendus (Full Contact, Sleeping Angels).

Sleeping Angels, sur lequel les notes longues de Malaby semblent transportées par les coups cette fois réservés d’Humair, et morceau à la répétition fière qui tournera encore pour écarter au mieux les rares dommages relevés quand même : construction anguleuse un rien précieuse d’Oasis, et surbrillance de la prise de son, heureusement souvent atténuée par les graves distribués sur Full Contact.

CD: 01/ Buried Head 02/ Jim Dine 03/ Full Contact 04/ Oasis 05/ Ghislène 06/ Salinas 07/ Effervescent Springbox 08/ Sleeping Angels >>> Daniel Humair - Full Contact - 2008 - Bee Jazz. Distribution Abeille Musique.

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Kahil El'Zabar: Ooh Live ! (Bright Moments Records - 2008)

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En 2000, le Ritual Trio du percussionniste Kahil El'Zabar invitait Pharoah Sanders sur la scène du Hot House de Chicago. Ooh Live !, de revenir sur l'échange.

Poussif, d'abord, sur Autumn Leaves : l'ensemble avançant mollement sur un standard qui demanderait plutôt qu'on le régénère. Au son d'un archet vindicatif, Malachi Favors fait ensuite beaucoup pour le bien de la rencontre : In The Land of Ooh ! sur lequel Sanders redonne vie au son qu'il a a élaboré auprès de Coltrane ; This Little Light of Mine, blues que le pianiste Ari Brown sert sans passion, auquel est bientôt préféré un swing récréatif plus inspirant.

En conclusion, Brown prend le ténor en lieu et place de Sanders, et Ka's Blues continue d'investir le genre d'improvisation ludique sur lequel Zabar a toujours trouvé à dire, même le strict minimum. Au final, Ooh Live ! a le grand mérite d'avoir ravi Sanders aux griffes électro-spirituelles de Bill Laswell. Déjà beaucoup.

CD: 01/ Autumn Leaves 02/ In the Land of Ooh ! 03/ This Little Light of Mine 04/ Ka’s Blues >>> Kahil El' Zabar's Ritual Trio - Ooh Live ! - 2008 - Bright Moments Records.

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New York Art Quartet : New York Art Quartet (ESP, 2008)

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Après sa courte aventure au sein du New York Contemporary Five aux côtés de Don Cherry et Archie Shepp, John Tchicai composait en 1964 une autre formation fulgurante, qui faisait appel à Roswell Rudd, Lewis Worrell et Milford Graves : New York Art Quartet dont ESP réédite aujourd’hui le premier (de trois) enregistrements.

Amalgames de phrases longues et appuyées sorties du trombone et de l’alto, fulgurances et réponses aléatoires apportées par une section rythmique qui interroge son rôle parmi les postures libertaires, tout ici célèbre un free jazz que l’on délaye et décore sous les effets d’un lyrisme étrangement approprié. En invité, Amiri Baraka récite Black Dada Nihilismus, exercice réussi de spoken word qui convoque ses symboles sur l’accompagnement d’un quartette à l’écoute. Puisque tout plaidait en faveur de cette réédition.

New York Art Quartet : New York Art Quartet (ESP / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1964. Réédition : 2008.
CD : 01/ Short 02/ Black Dada Nihilismus 03/ Sweet 04/ Rosmosis 05/ Untitled 06/ No.6
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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