Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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The Garden of Forking Paths (Important, 2008)

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Compilation pensée et mise en place par le guitariste James Blackshaw, The Garden of Forking  Paths recueille six pièces pour instruments à cordes jouées en solo par Chieko Mori, Helena Espvall, Jozef van Wissem, et Blackshaw lui-même.

Aux déviances improvisées de deux archets de violoncelle d’une Espvall sortie d’Espers (Home of Shadows And Whirlwinds) font alors face les divagations modernes d’hommes de la Renaissance : Wissem élaborant en 3 mouvements un Mirror of Eternal Light alambiqué ; Blackshaw ayant plus de mal à convaincre sur le folk clair et bourré de hammers d’un Broken Hourglass rendu à la guitare douze cordes.

Et puis, deux fois, Chieko Mori. Au koto, la musicienne revisite la tradition japonaise (Tokyo Light) ou impose ses obsessions répétitives à Spiral Wave – pas loin : Otomo Yoshihide et Jim O’Rourke. Mori, responsable pour beaucoup de la réussite du projet.

The Garden of Forking Paths (Important Records)
Edition : 2008.

CD : 01/ Chieko Mori Spiral Wave 02/ James Blackshaw The Broken Hourglass 03/ Helena Espvall Home Of Shadows And Whirlwinds 04/ Josef van Wissem The Mirror Of Eternal Light 05/ Chieko Mori Tokyo Light
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Gabriel Solis: Monk’s Music (University of California Press - 2007)

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Si le musicologue Gabriel Solis se penche sur le cas déjà pas mal commenté de Thelonious Monk, c’est sous l’angle intéressant d’une interrogation concernant les processus d’évolution d’un jazz en mouvement perpétuel.

Ainsi, après être revenu sur la carrière du pianiste – retour sur les principes fondamentaux d’une légende en construction – et avoir élaboré une liste d’ingrédients entrant dans la composition du phénomène (développements singuliers des thèmes, notion toute personnelle du temps, humour et angoisse mêlés), l’auteur brasse quelques souvenirs pour mieux définir encore la musique de son sujet : écoutes attentives en solitaire ; œuvres de Monk interprétées par Don Cherry, Steve Lacy et Roswell Rudd, en 1981 ; par Danilo Perez, aussi, pianiste et héritier que Solis rapproche de Fred Hersch et Jessica Williams dans un chapitre qu’il consacre à l’héritage monkien.

Parce qu’après Monk, justement, le piano dans le jazz partagé entre néoconservateurs et avant-gardistes. A Solis, alors, d’envisager quelques tributes, notamment celui cité plus haut (1981), qu’il juge comme étant la dernier hommage monumental fait au pianiste. Ecrit récemment, c’est donc oublier le Monk’s Casino d’Alexander Von Schlippenbach, peut-être pour asseoir encore davantage un propos qui redit la singularité de Monk, musicien passé du statut de mauvais élève à celui de grand classique du jazz, et aimerait qu’il échappe à toute récupération.

Livre: Acknowledgments - Introduction - PART ONE. MONK AND HIS MUSIC : 1. Prelude: A Biographical Sketch 2. Hearing Monk: History, Memory, and the Making of a Jazz Giant - PART TWO. MONK, MEMORY, AND THE MOMENT OF PERFORMANCE : 3. The Question of Voice 4. Three Pianists and the Monk Legacy: Fred Hersch, Danilo Perez, and Jessica Williams - PART THREE. INSIDE AND OUTSIDE: MONK'S LEGACY, NEOCONSERVATISM, AND THE AVANT-GARDE : 5. Defining a Genre: Monk and the Struggle to Authenticate Jazz at the End of the Twentieth Century 6. "Classicism" and Performance 7. Monk and Avant-Garde Positions 8. Loving Care: Steve Lacy, Roswell Rudd, and Randy Weston - Afterword - Notes - Bibliography - Index

Gabriel Solis - Monk’s Music : Thelonious Monk and Jazz in the Making - 2007 - University of California Press.

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Sébastien Tellier : Sexuality (Record Makers, 2008)

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Avec le retour du port des tennis blanches, laisser paraître un disque tel que Sexuality de Sébastien Tellier est une des preuves les plus probantes de ce retour annoncé aux années 1980 d’une société qui n’arrête pas de se chercher des parentés lointaines tant son quotidien est morne.

Dès l’introduction, nous y sommes : Biarritz et le soleil, poitrines que l’on suppose nues et dorées, pantalon blanc, bref : clichés et guimauve partout. Plus tard dans la soirée, parmi un tas de jeunes infâmes venus claquer leur argent de poche en dance hall réputé chic, entendre quelques-uns des refrains minuscules qui font Sexuality. Et là, le jugement est implacable, tellement évident : Sébastien Tellier a écrit la bande son idéale à ta vie de merde. Cocktails sans alcool au bord des lèvres, des parvenus fluo-pisse s’entretiennent de l’ouvrage, forcément incroyable : « tu comprends, tout est là : les références et la désinvolture. Ce disque, putain, c’est des synthés d’un autre âge dans le monde des Bee Gees, un beat dévastateur qui te booste du Christophe. Et aussi… Et aussi l’ironie, quand même… Faut le faire, le second degré qu’il a… »

Or, ce disque, putain, donne aussi envie d’aller réécouter un ancien 45 tours d’Alain Delon histoire de se dire que la musique d’hier c’était quand même autre chose, ou d’aller télécharger l’Oxygen de Jean-Michel Jarre pour se convaincre que tout y était avant l’heure. Mais avant l’heure de quoi ? Eh bien, de ta vie de merde, justement : époque à laquelle se pavanent sur pistes de danse les plus beaux spécimens d’illettrés : hier encore exclue du champ des villes sous prétexte d’avoir gagné le statut de poufiasse de Cassis, la décérébrée a désormais son mot à dire ; hier encore consigné à demeure pour être incapable de ne pas perdre la face en société, le parvenu ose maintenant la sortie nocturne pour retrouver ses semblables.

Alors, les voici se frottant les strass sur une porn-music minimaliste, osant la danse second degré sur une chanson qui, dit-on, atteindrait le troisième quand elle est plutôt d’un terre à terre abrutissant. A deux pas de là, une soirée d’élèves ingénieurs passe la même musique, au même moment. C’est que le disque toc aujourd’hui s’arrache, les automatismes désormais commandés ont conseillé l’achat – préférer ici quand même Colette aux grandes surfaces. Et parce que sur ta vie, même de merde, tu n’as pas la moindre influence.

Sébastien Tellier : Sexuality (Record Makers)
Edition : 2008.
Cd : 01/ Roche 02/ Kilometer 03/ Look 04/ Divine 05/ Pomme 06/ Une Heure 07/ Sexual Sportswear 08/ Elle 09/ Fingers Of Steel 10/ Manty 11/ L’amour et la Violence
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Tomasz Krakowiak: La ciutat ets tu (Etude Records - 2007)

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Déjà remarqué aux côtés de John Butcher, Otomo Yoshihide ou John Oswald, le percussionniste Tomasz Krakowiak expérimentait récemment en solitaire jusqu’à former La ciutat ets tu, recueil de rythmes disparates mais de bonnes compositions.

Des drones multiples qu’accouchent des cymbales au grain tempétueux issu d’un objet que l’on gratte, de l’effet sonore des soubresauts d’une tige de métal aux velléités rythmiques du grondement d’une machine, Krakowiak fait donc son affaire. Parfois, il met en route une mécanique étrange capable de lui offrir d’autres cautions sonores à ses élucubrations amusées – Sink, épreuve d’endurance obligatoire mais convaincante – quand il construit ailleurs de drôles de structures : brutes et souvent abstraites, le motif répété pour toute raison d’avoir été.

CD: 01/ Bal 02/ La ciutat est tu 03/ Drgacze 04/ Sink 05/ o_vbrdub 06/ Aigua per A 07/ Diners per N

Tomasz Krakowiak - La ciutat ets tu - 2007 - Etude Records.

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New Language Collaborative: Unified Fields (Ayler - 2008)

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Longtemps membre du Reform Art Unit de Fritz Novotny, le saxophoniste Mario Retchern enregistrait récemment au sein d’un quartette idéaliste : le New Language Collaborative.

Moins original qu’efficace, le groupe projette cinq progressions bouleversées, d’une persuasion que la délicatesse des musiciens aurait pu interdire. Là, le soprano de Retchern et le violoncelle de Glynis Lomon mesurent ensemble l’approche expérimentale à soumettre à leur musique (Around The Bend) ; ici, le piano d’Eric Zinman et la batterie de Syd Smart commandent un mouvement impétueux (Pop Pop).

Souvent emporté par une fougue de bon conseil, Unified Fields est un disque à la dérive, heureux partout où il peut amarrer.

CD: 01/ Doorway to The Shadows 02/ Around The Bend 03/ Ha! ….. Wa Wa 04/ Numinous Journey 05/ Pop Pop 06/ Declamations 07/ Outpost

New Language Collaborative - Unifield Fields - 2008 - Ayler Records. Téléchargement.

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Fred Frith: Back To Life (Tzadik - 2008)

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Sur Back to Life, Fred Frith n’intervient pas, et laisse une poignée de virtuoses appliqués faire d’une sélection de ses compositions quelques pièces de musique de chambre souvent dérangée.

Quand le piano de Daan Vandewalle fait une pause dans l’interprétation d’une série de Seven Circles imprégnée d’école viennoise – faible pour le Seven Circle 3 aux digressions inspirées entre les schémas répétés –, le violoncelliste Joan Jeanrenaud (ancien membre du Kronos Quartet) et le percussionniste William Winant s’attaquent à Save As, développement hésitant sans cesse entre l’emportement mélodique et le chaos brutal institué par un dialogue qui vire souvent à l’affrontement.

Ailleurs encore, Stephen Drury conduit le Callithumpian Consort le long de Bridge Is Bridge et Back To Life, véritable chef-d’œuvre du disque et auparavant bande-son d’une chorégraphie composée par Frith en 1997. Audacieux, le mouvement profite du nombre des intervenants, tous irréprochables, qui ont su transformer un exercice pratique en œuvre surprenante.

CD: 01/ Seven Circles 1 02/ Save As 03/ Seven Circles 2 04/ Bridge Is Bridge 05/ Seven Circles 3 06/ Seven Circles 4 07/ Back to Life 08/ Seven Circles 5 09/ Seven Circles 6 10/ Elegy for Elias 11/ Seven Circles 7

Fred Firth - Back To Life - 2008 - Tzadik. Distribution Orkhêstra International.

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John Butcher, Torsten Müller, Dylan van der Schyff: Way Out Northwest (Drip Audio, 2008)

way out northwest

Enregistré l’année dernière au Festival de Vancouver, Way Out Northwest donne à entendre John Butcher improviser aux côtés de deux musiciens habitant la ville : le contrebassiste pourtant allemand Torsten Müller et le batteur Dylan van der Schyff.

Intense, la rencontre fait alterner grands moments de free instinctif – soprano emporté, quelques fois paraphrasé par l’archet de Müller (Haufig Eine Hydraulische Metaphertendenz) – et progressions nonchalantes malgré les tensions qu’elles renferment (sifflements aux portes du silence sur Taktgebertendenz, ou crescendo révélateur pour Sibila e Succhia). Partout, l’écoute bénéfique et le traitement judicieux ; conclure, enfin, sur un soupçon de jazz déviant (Gone, Goner) pour l’emporter tout à fait.

John Butcher, Torsten Müller, Dylan van der Schyff: Way Out Northwest (Drip Audio)
Enregistrement : 2007. Edition : 2008.
CD : 01/ Haufig Eine Hydraulische Metaphertendenz 02/ Magic Clock Machine 03/ Sibila e Succhia 04/ Sharpening the Windings until they roll up, roll up and snag on the point of the Tear 05/ Taktgebertendenz 06/ Gone, Goner
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Josh Russell: Sink (Quiet Design - 2007)

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Adepte de musique concrète, le Texan Josh Russell interroge avec Sink la résistance d’objets sonores face au silence. Remaniés, les sons dressent pour toute réaction un rempart fait de craquements et de parasites, croient au salut de la progression d’un bourdon hésitant et déjà malingre, comptent sur l’effet dissuasif d’un râle inattendu. A force d’efforts, l’abstraction, peu à peu, s’évapore, pour laisser place à un chant de sirènes passées à l’ère du digital. N’engageant aucun frais, l’expérience est à conseiller davantage encore.

CD: 01/ Part One 02/ Part Two 03/ Part Three 04/ Part Four 05/ Part Five 06/ Part Six 07/ Part Seven 08/ Part Eight 09/ Part Nine 10/ Part Ten.

Josh Russell - Sink - 2007 - Quiet Design. Téléchargement gratuit.

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Keefe Jackson's Project Project: Just Like This (Delmark - 2008)

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Réunissant onze musiciens (dont les Vandermarquables Jeb Bishop et Dave Rempis) auprès du saxophoniste Keefe Jackson, Project Project redit avec Just Like This les préoccupations – déjà remarquées sur Ready Everyday – de son leader : revenir aux origines du jazz afin de lui révéler quel sera son avenir.

Cuivres en avant, l’orchestre dresse ainsi un hommage au swing, régénéré soudain par quelques gestes neufs – clarinettes de Jason Stein sur Dragon Fly et de James Falzone sur Just Like This (ici, la tradition trop appuyée quand même) –, ou immisce un peu de free sur un développement alangui – le ténor de Jackson et la batterie de Frank Rosaly, pour beaucoup dans la réussite de Which Well.

Quelques digressions déconstruites, ici ou là, ne cachent jamais longtemps le lyrisme menant partout l’ensemble : sur Titled, plus qu’ailleurs encore, où il est imposé crescendo après que les musiciens auront haché une à une leurs interventions ; sur Wind-Up Toy, moins habilement, composition qui conclut, dans un souffle, un enregistrement souvent pertinent.

CD: 01/ Dragon Fly 02/ Grass Is Greener 03/ Titled 04/ Just Like This 05/ Which Well 06/ Wind-Up Toy

Keefe Jackson ‘s Project Project - Just Like This - 2008 - Delmark. Distribution Socadisc.

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Sun Ra: Some Blues But Not The Kind Thats Blue (Atavistic - 2007)

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Publiée par Saturn en 1978, voici rééditée par le label Atavistic la somme d’interprétations rares qu’est Some Blues But Not The Kind Thats Blue – standards et compositions du pianiste enregistrés à neuf ou dix en 1977 –, augmentée de deux versions de I’ll Get By, enregistrées en trios en 1973.

D’un amas d’instruments geignant parvient d’abord à s’extirper le thème de Some Blues qu’impose un piano leste, attentif aux solos – instruments pas tous à la même distance du micro – de John Gilmore, Marshall Allen  et Akh Tal Ebah. Traités avec grâce, ensuite : le thème de My Favorite Things : instruments à vents (dont le ténor rauque de Gilmore) portés par l’accompagnement sombre du leader ; celui de Nature Boy, évoqué par les arpèges de piano puis croulant sous les dissonances dues aux flûtes.

Et puis, I’ll Get By, deux fois interprétée : par Sun Ra à l’orgue, Ronnie Boykins et Akh Tal Ebah, version au cool décalé un peu par l’intervention d’un clavier parfois excentrique ; par un second trio, ensuite, Gilmore remplaçant le trompettiste et mesurant ses écarts pour ne pas trop rompre avec les intentions convenables. Autant d’atouts en faveur d’une autre réédition, d’un autre document d’importance.


Sun Ra, I'll Get By. Courtesy of Atavistic.

CD: 01/ Some Blues But Not The Kind Thats Blue 02/ I’ll Get By 03/ My Favorite Things 04/ Untitled 05/ Nature Boy 06/ Tenderly 07/ Black Magic 08/ I’ll Get By 09/ I’ll Get By

Sun Ra - Some Blues But Not The Kind Thats Blue - 2008 (réédition) - Atavistic. Distribution Orkhêstra International. 

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