Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Parution : Jazz en 150 figures de Guillaume BelhommeParution : le son du grisli #2Sortir : Festival Baignade Interdite
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Philippe Robert: Great Black Music (Le mot et le reste - 2008)

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Nouvelle galerie de portraits signée Philippe Robert, dressée cette fois en hommage aux musiciens ayant œuvré en faveur d’une Great Black Music aux genres disparates, dont les acteurs eurent pour point commun de protester contre l’abjecte place que les Etats-Unis auront longtemps réservé à leur population noire. Promesses de rêves contre réalité discriminatoire, le constat accablant conseilla aussi la résistance en musique : 110 preuves données ici, courant entre 1954 (Lady Sings The Blues de Billie Holiday) et 2005 (Vietnam Reflections de Billy Bang).

Une autre fois, Philippe Robert se montre judicieux et explique avec intelligence chacun de ses choix : disques montrant tous un intérêt musical autant qu’ils ont à voir avec des soucis d’ordre politiques et sociaux, spirituels ou mystiques, quelques parfums de désillusion au fur et à mesure que l’on avance dans le temps (mais dont le show business est aussi capable de se nourrir) et l’espoir d’échappatoires baroques ou cosmiques.  Jazz (seul oubli :Oliver Nelson, mais présences de Max Roach, Coltrane, Sanders, Ayler, Shepp, Leroi Jones, et de quelques figures choisies avec habileté : Joe McPhee, Milford Graves, scène inoubliable du Wildflowers Festival), soul, rhythm’n’blues et funk (Otis Redding, Ike & Tina Turner, Curtis Mayfield, George Clinton), joutes incandescentes (Sam & Dave, Last Poets, Public Enemy) et impressions plus individuelles (Terry Calier, Fela Kuti, Jimi Hendrix), jusqu’aux échos récents : prolongations jouées par Saul Williams, Mos Def, Madvillain. Les revendications multiples et les intérêts parfois différents aux origines d’œuvres importantes. Au bas de chaque chronique, une discographie sélective du musicien concerné, et d’autres noms encore : musiciens proches et nouvelles pistes à explorer. Ainsi, Great Black Music s'avère intarissable.

Philippe Robert - Great Black Music, Un parcours en 110 albums essentiels - 2008 - Le mot et le reste.

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Davor Mikan: Täuschung (Cronica electronica - 2007)

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Sorties de l’ordinateur personnel de Davor Mikan, les 31 pièces qui composent Täuschung parlent de silences et de sons détériorés, renferment les preuves sonores d’une identité en construction et du bestiaire étrange dont elle ne peut se passer.

Projetée, l’audace électronique – qui peut frôler l’absurde au point d’interdire toute connivence avec l’auditeur – n’en peut plus d’édifier un monument à ses déviances digitales à coups de grains et de souffles, de larsens et de chocs. Déflagrations, grincements, plaintes et râles indéterminés, attaques instrumentales soudaines et pauses de temps à autre. L’implacable revanche des machines, sur la musique et sur le musicien. Sans concession.


Davor Mikan, Eine Erinnerung. Courtesy of Cronica Electronica.

CD: 01/ animal 02/ ; o 03/ Gehässig 04/ Masken 05/ Schon halb verwest 06/ Geäst 07/ - 08/ Gespenster und Lippenstift, ein komplettes Drama 09/ Eine Erinnerung 10/ Cleaning my graves II 11/ Flimmer 12/ Glattes 13/ Animal 14/ Cleaning my graves I 15/ Balkig 16/ Gebälk 17/ Klitzer 18/ : o 19/ Vince 20/ s 21/ Herbst 22/ Riss 23/ Das Gewitter hat sich in eine Bahnhofshalle zurückgezogen 24/ Dunkelnder 25/ Flüsterhaus 26/ Der Eisverkäufer explodiert einfach 27/ Meine Freunde 28/ Gespenster 29/ Ein Tag 30/ Animal 31/ …rufen uns zu

Davor Mikan - Täuschung - 2007 - Cronica Electronica.

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Daniel Levin: Blurry (Hat Hut - 2007)

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A la tête de son quartette, Daniel Levin gravait en 2006 un second album pour HatOLOGY : Blurry, qui applique, entre autres,  ses vues de musique de chambre au jazz d’Ornette Coleman et de Charlie Parker.

Deux reprises, donc : Law Year et Relaxin’ With Lee, avec lesquelles le violoncelliste impose une texture sonore dense et délicate, née du mariage de mouvements d’archets appuyés et des résonances du vibraphone de Matt Moran, disposant des strates décoratives pour permettre ensuite aux musiciens d’intervenir comme bon leur semble.

Ailleurs, Nate Wooley expose les facettes multiples d’une pratique interne de la trompette sur un autre emportement de Levin (Improvisation II), le leader mène sur un gimmick de contrebasse dont se charge Joe Morris une charmante progression cinématographique (Untitled). Et lorsqu’il arrive au groupe de sonner précieux (209 Willard Street Jazz), c’est pour rapidement rectifier le tir, et revenir plus efficacement encore à la défense d’une musique singulière d’où filtrent des audaces baroques.

CD : 01/ Law Years 02/ Improvisation II 03/ 209 Willard Street 04/ Cannery Row 05/ Untitled 06/ Relaxin' With Lee 07/ Sad Song 08/ Blurry

Daniel Levin Quartet - Blurry - 2007 - Hat Hut. Distribution Harmonia Mundi.

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Steamboat Switzerland : Zone 2 (Grob, 2007)

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Lucas Niggli (batteur entendu auprès de Jacques Demierre ou Pierre Favre, et aussi à la tête de sa propre formation : Zoom), Dominik Blum (piano) et Marino Pliakas (basse), forment le trio Steamboat Zwitzerland, dont Zone 2 est le cinquième album.

Pièce d’improvisation érudite et réussie, Zone 2 impose un feedback changeant à toutes interventions acoustiques : cordes tendues du piano et tremblement des aigus, emportements collectifs découpés en mouvements d’alertes, soutien infaillible de Niggli sur batterie réduite. Les arpèges d’une guitare sèche, soudain, signent la fin des efforts de vitesse, qui laissent toute la place à une nappe grave et roulante, presque endormie, chape de musique électroacoustique accablante, qui renferme le souvenir de l’expérience radieuse. 

Steamboat Switzerland : Zone 2 (Grob)
Edition : 2007.
CD : 01/ Zone 2
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Brochard, Guionnet, Perraud: [on] (In Situ - 2007)

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La rencontre du contrebassiste Eric Brochard, du batteur Edward Perraud et du saxophoniste – encore récemment entendu sur Propagations Jean-Luc Guionnet, en deux actes : Lithe et Néolithe, qui se succèdent sur [on].

Là, aviser un paquet de gestes bruts, affirmant le parti pris d’une pratique radicale de l’improvisation : qui extirpe ses visions de l’instant à coups de notes qu’on arrache : grincements de contrebasse et plaintes longues d’alto, progressions incommodes de guitare et confections de drones inquiets bien qu’en voie de développement.

Et puis, Guionnet glisse et dérive, impose à son instrument un parcours circulaire ; Brochard répète une note, relent décidé de corde lâche ; Perraud tourmente ses cymbales déjà convulsives. Lithe et Néolithe, qui se succèdent sur [on], et qui l’imposent avec adresse.

Eric Brochard, Jean-Luc Guionnet, Edward Perraud : [on] (In Situ / Orkhêstra International)
Edition : 2007.

CD : 01/ Lithe 02/ Néolithe

Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Han Bennink & Terrie Ex : Zeng ! (Terp, 2007)

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Retour sur la deuxième confrontation improvisée entre Han Bennink et Terrie Ex, Zeng ! fait figure d’exposé tiède parce que pas toujours inspiré.

Déconstruite, l’expérience donne à entendre un dialogue sans arrêt sur le fil, avantage autant qu’inconvénient pour la bonne tenue de l’ensemble. Qui oscille entre moments convaincants – Ex trouvant un soutien de taille dans la répétition (Radder) ou usant avec intelligence d’un bootle-neck (Shelly), maîtrise de Bennink – et dialogues approximatifs entre une batterie sur laquelle on n’en finit pas de porter des coups secs et une guitare électrique à l’audace mesurée. L’intérêt de Zeng !, d’en tirer les conséquences.

Han Bennink, Terrie Ex - Zeng ! - 2007 - Terp Records. CD: 01/ Spikkel 02/ Zegnie 03/ Hortsik 04/ Haraf ! 05/ Snerk 06/ Radder 07/ Two Bruised Ribs 08/ Shelly 09/ Pekele

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Achim Kaufmann, Frank Gratkowski, Wilbert de Joode: Palaë (Leo, 2007)

frank gratkowski achim kaufmann wilbert de joode palaë

Compilation d’improvisations données en public par le trio Achim Kaufmann (piano) / Frank Gratkowski (clarinettes, saxophone alto) / Wilbert de Joode (contrebasse), Palaë balade son inspiration de moments illuminés – précipitations extatiques sur les notes accablantes de Joode sur l’excellent Some Lanes – en périodes de doute profond, qui ont le charme d’états d’âme que l’on traîne jusqu’à les polir : A Destination Farther angoissant, Storeys Above tenté par le silence, œuvres aux noirs superbes. Partout, le référent classique, qui conseille bientôt à Kaufmann la tirade plus enlevée d'In The Face, histoire de conclure avec davantage d’entrain.

Achim Kaufmann, Frank Gratkoswki, Wilbert de Joode : Palaë (Leo Records / Orkhêstra International)
Edition : 2007. 

CD : 01/ Some Lanes 02/ A Destination Farther 03/ On The Cold, Terrified 04/ Storeys Above 05/ The Ranks 06/ The Heart of All 07/ In The Face
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Braida, Joode: Red Erg (Red Toucan - 2007)

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Wilbert de Joode et l’art du duo, ensuite. Aux côtés du pianiste Alberto Braida, le voici cherchant les réponses justes aux motifs répétitifs et appuyés de son partenaire. Confus, parfois, le dialogue pêche par l’impression qu’il donne de se suffire à lui-même (Wadi, Ger), quand il est pourtant capable de donner les gages d’une entente rare : la progression du piano que les grincements d’archet contrarient sur Sonoran, ou l’épreuve contemporaine mesurée et supérieure de Adrar, pièce magistrale recommandant Reg Erg.

CD: 01/ Tassili 02/ Leprechaun 03/ Tobol 04/ Adrar 05/ Is It Here ? 06/ Wadi 07/ Ger 08/ Sonoran 09/ Dome C 10/ Tea Time

Alberto Braida, Wilbert de Joode - Reg Erg - 2007 - Red Toucan.

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Paul Hegarty: Noise / Music (Continuum - 2007)

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Spécialiste de Georges Bataille et de Jean Baudrillard, mais aussi musicien et patron du label Dot Dot Dot Music, Paul Hegarty s’intéresse, en 200 pages, aux liens qui unissent bruit et musique. Une histoire ramassée, en quelque sorte, qu’introduit le refus d’admettre une définition satisfaisante du bruit : sur les ruines de la pensée nietzschéenne, parler de dissonance, de perceptions de différentes natures selon les cultures, avancer que bruit et bruits ne font pas un seul et même sujet, révéler les relations du bruit à la société, au son, enfin, à la musique, avant de finir par se demander : le bruit, en musique, serait-ce ce qui dérange ?

Lors de ses recherches, Hegarty est forcément tombé sur l’ouvrage de Jacques Attali : Bruits, petit abrégé de musicologie dérangée, et, au final, brouillon lui-même d’étude convaincante, simple fascicule composé pour l’essentiel de banalités et imprimé pour faire croire au monde que l’auteur s’y connaît aussi en musique. Là, donc, le point noir de l’ouvrage : Hegarty revenant souvent à sa lecture, ne pouvant se départir d’une autorité qu’il juge évidente simplement parce qu’elle l’a précédé sur le sujet.

Plus convaincant : l’historique fulgurant d’un parcours musico-bruitiste démarrant avec le vingtième siècle, qui refuse l’étude musicologique pointilleuse au profit d’une présentation efficace des grandes figures du domaine : pensée futuriste de Marinetti et Russolo née de la société industrielle mise en place peu avant eux ; technologies et arts accélérateurs d’expériences – Artaud et Schaeffer à la radio, Dubuffet et son art sonore brut – ; jazz que le bop transformera en art d’avant-garde, bientôt rattrapé par le Free Jazz d’Ornette Coleman, l’Ascension de Coltrane, et puis l’improvisation chère à Derek Bailey ; l’électricité porteuse d’une autre forme de troubles (Hendrix, Cream, Zappa) ; nouvelles possibilités du travail en studio – qu’on aurait quand même bien fait de mettre en parallèle avec l’usage répandu des drogues – et élaboration d’un rock qui progresse aux rythmes de ses expériences (Beatles, King Crimson, Henry Cow) ;  bruit et ravage punk, bruit et musique industrielle, bruit et fureur imposante (Laïbach, Ministry, Public Enemy) ; scène japonaise outrepassant tous les droits depuis les années 1970 (de Masayuki Takayanagi à Keiji Haino et Merzbow, maître en la matière auquel l’auteur consacre un chapitre entier) ; art sonore, et puis copiés-collés, expérimentations électroniques et usages étranges des tourne-disques. Le tour a ainsi été fait, rapide, presque complet (Sonic Youth et My Bloody Valentine à la trappe), qui aura mis en vis-à-vis d’un bout à l’autre de l’ouvrage le bruit qui dérange et la preuve donnée par John Cage4’33’’, qui redira toujours que le silence n’est jamais tout à fait silence. Restait aux musiciens évoqués dans Noise / Music de faire des conclusions de cette expérience un prétexte à prendre de multiples tangentes. A Hegarty d’en ramasser les expériences, et des les résumer en vulgarisateur compétent.

Paul Hegarty - Noise / Music, A  History - 2007 - Continuum Books.

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Anthony Braxton: (Yoshi’s) 1997 Vol. 4 (Leo Records - 2007)

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Cinq soirées passées au Yoshi’s d’Oakland en 1997 permirent à Anthony Braxton de développer son concept de Ghost Trance Music. Sur ce quatrième volume de la rétrospective publiée par Leo Records : deux compositions au programme, évocations de transes amérindiennes sur Composition N°213 et Composition N°214, rendues à la tête d’un ensemble de neuf musiciens – section rythmique assurée par Joe Fonda et Kevin Norton.

Ici, la progression instable, souvent précipitée, des instruments à vent ralentis soudain par la guitare à contre-emploi d’O’Neil, les cacophonies minuscules déposées sur résonances, et les entrelacs spécieux évoquant une version revue et étirée du Hat and Beard de Dolphy. Morceau que l’on pourrait aussi bien retrouver là : Composition N°214 aux graves imposants, portant aux nues le trio flûte / alto / guitare avant le retour implacable d’un duo assuré : contrebasse et clarinette basse. Inspirés et insistants, Braxton et son groupe, sur cet autre souvenir d’un passage mémorable au Yoshi’s.

CD1: 01/ Composition N°213 - CD2 : 01/ Composition N°214

Anthony Braxton Ninetet - (Yoshi’s) 1997, Vol.4 - 2007 - Leo Records. Distribution Orkhêstra International.

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